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« Enthousiasme », « passion », « formidable »… autant de mots qui ont changé de sens au cours des siècles. La notion de divin, très présente alors, a désormais disparu et les a un peu affadis. Il est temps de leur redonner leur éclat.
L’enthousiasme, ce mot magnifique qui pétille, vient de loin tout en ayant une connotation sacrée. Son histoire est même divine. Il vient du grec ancien en, qui signifie « dans », et theos, le dieu. Le mot grec enthousiasmos désigne donc littéralement « avoir un dieu en soi ». L’enthousiaste est celui qui est traversé par le souffle divin, qui possède une sorte d’inspiration sacrée.
Cependant, le sens du mot n’est plus le même aujourd’hui. Il a perdu une partie de cette connotation sacrée. Quand nous disons de quelqu’un qu’il est enthousiaste, nous mettons en avant sa motivation, son énergie, son envie de se lancer. Nous sommes passés du transport mystique à la joie communicative. Ce phénomène est appelé en linguistique la désacralisation sémantique.
Un autre terme positif, « formidable », possède une origine surprenante. Il vient de l’adjectif latin formidabilis, lui-même dérivé de formido qui signifie « la peur ». À l’origine, ce qui inspire la crainte est « formidable ». Ainsi, si l’on s’en tient à son étymologie, dire qu’un concert est « formidable » signifierait qu’il vous a terrifié. Ce mot a connu une amélioration de sens, et aujourd’hui, ce qui est exceptionnel ou remarquable est qualifié de « formidable ».
L’étymologie du mot « passion » est tout aussi intéressante. Ce mot, qui a donné le participe présent employé comme adjectif « passionnant », vient du verbe latin patior qui signifie « souffrir ». Ainsi, la passion est d’abord la souffrance, d’où la Passion du Christ. Puis le sens s’est élargi, et le mot « passionnant » désigne aujourd’hui ce qui nous emporte, ce qui nous dépasse.
D’autres mots magnifiques, tels que « exaltant » et « inspirant », enrichissent notre vocabulaire. « Exaltant » vient du latin exaltare, qui signifie « élever très haut ». Être exalté, c’est être élevé au-delà de soi-même. Quant à « inspirant », il vient du verbe inspirare, « souffler dans ». Être inspiré, c’est recevoir un souffle divin ou artistique.
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Karine Dijoud
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Alors que le conflit ukrainien s’enlise, Moscou intensifie sa pression sur les pays baltes. En menant une guerre hybride, Vladimir Poutine souhaite maintenir la pression sur les pays européens, en leur faisant payer leur soutien à Kiev.
Il y a depuis quelques jours une accumulation de signaux inquiétants dans la région des pays baltes. Le premier, le plus spectaculaire, c’est cet exercice russe de tir réel organisé sur le lac Peïpous, lac qui marque une partie de la frontière entre la Russie et l’Estonie. Des cibles mobiles ont été visées sur l’eau, sans notification préalable aux autorités estoniennes.
Le deuxième c’est le fait que la Lituanie dit disposer de renseignements sur de possibles attaques russes contre des infrastructures critiques, dans l’énergie et les transports.
Enfin, le troisième, c’est le président letton qui évoque des informations sur des tentatives de sabotage russes. Autrement dit, on n’est pas dans la grande offensive militaire classique, on est plutôt dans une pression permanente. C’est ce qui rend la situation dangereuse finalement. La guerre est nulle part et partout à la fois.
Beaucoup de mes contacts à Riga me disent qu’ils se sentent aujourd’hui “en deuxième ligne”, juste derrière l’Ukraine. Ils ont déjà leur sac de 72h, prêt dans un coin, avec de quoi partir immédiatement en cas d’attaque. Et aucun n’a confiance en Vladimir Poutine. Cela révèle la teneur du climat psychologique dans la région.
C’est tout le but de la guerre hybride russe, qui fait la guerre et en même temps ne la fait pas. La Russie mobilise des moyens conventionnels et non conventionnels, tout en restant sous le seuil du conflit. Ce n’est pas le char russe qui entre officiellement en Estonie, en Lettonie ou en Lituanie. C’est une somme d’actions plus ambiguës comme tester une frontière, provoquer un incident, financer de la désinformation, ou instrumentaliser des minorités russophones.
Si la Russie agit ainsi c’est d’une part parce que les pays baltes sont un point de vulnérabilité stratégique pour l’OTAN, très exposés car proches de la Russie, de Kaliningrad et de la Biélorussie.
D’autre part, pour Moscou, il s’agit de tester la cohésion occidentale pour voir jusqu’où elle peut aller.
Et, enfin parce que cette guerre du flou permet la stratégie du déni plausible. Le Kremlin peut toujours dire : ce n’est pas nous, ce sont des acteurs isolés, un accident, une hystérie antirusse.
Mais l’objectif n’est probablement pas d’envahir demain matin. Il s’agit plutôt de diviser pour mieux régner, afin de faire comprendre aux Européens que leur soutien à l’Ukraine a un coût. C’est la stratégie du seuil : suffisamment agressive pour déstabiliser, pas assez pour provoquer une guerre ouverte.
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Les pays baltes peuvent répondre, mais leur marge de manœuvre est étroite. Leur première réponse, c’est la résilience en protégeant les infrastructures critiques, les ports, les réseaux électriques, ou encore les chemins de fer. La deuxième, c’est l’attribution : dans la guerre hybride, le flou est une arme, donc nommer les responsables quand les preuves sont solides devient un acte stratégique. La troisième, c’est la réponse collective comme des sanctions, des expulsions, ou une présence renforcée de l’OTAN.
L’article 5 ne risque pas cependant d’être déclenché. L’OTAN reconnaît que des attaques hybrides ou cyber majeures peuvent, dans certains cas, être assimilées à une attaque armée. Mais ce n’est pas automatique. Il faut une décision politique des alliés, à la suite d’une évaluation de la gravité de l’attaque. C’est sur ce point que Moscou joue. Faire assez mal pour inquiéter, mais pas assez clairement pour déclencher une réponse militaire collective.
Les pays baltes sont donc devenus un laboratoire de la confrontation entre la Russie et l’OTAN au XXIème siècle. Poutine ne cherche pas forcément à franchir les frontières, il cherche à les rendre invivables. C’est peut-être ça, finalement, le cœur de la stratégie russe dans les pays baltes : transformer la paix en guerre des nerfs.
Lukas Aubin
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Alors que la forêt de Fontainebleau est touchée par des incendies depuis dimanche dernier, Emmanuel Macron s’y rend ce jeudi pour apporter son soutien aux pompiers mobilisés. Guillaume Poitrinal, co-fondateur du promoteur immobilier WO2 et président de la Fondation du patrimoine, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce jeudi. Il insiste sur la nécessité d’adapter les villes au réchauffement climatique et déplore le manque d’action et de renouvellement des infrastructures.
Vous avez lancé une collecte pour financer des mesures d’urgence et de prévention contre les incendies de forêt. 32 000 hectares ont déjà brûlé, on est très en avance sur le calendrier. À quoi est destinée cette collecte, Guillaume ?
GUILLAUME POITRINAL : À la prévention, mais surtout à la replantation. Replanter un hectare coûte à peu près 4 000 €, donc avec 32 000 hectares, on commence à parler de sommes vraiment importantes, qui dépassent les 100 millions d’euros.
Il faut savoir que cette forêt appartient à environ 10 % à l’État, c’est l’ONF, les forêts domaniales. Il y a 17 millions d’hectares de forêts en France. Il y a donc un enjeu de refinancement de ces plantations, qui doivent être faites vite et bien, avec des plants qui résistent au réchauffement climatique.
J’appelle tous les Français qui aiment la forêt de Fontainebleau : pour replanter 100 m², il faut 40 €. La forêt de Fontainebleau, c’est un monument. On va replanter ces forêts, on va les retrouver. Une collecte spéciale ouvre ce matin, dédiée spécifiquement à la reconstitution du massif des Trois Pignons, qui appartient à notre patrimoine commun.
Nous avons également diffusé il y a quelques jours un reportage de Rémi Pfister depuis l’église Saint-Eustache, où l’on apprenait que le grand orgue souffrait énormément de la chaleur. C’est le cas également des grands monuments de France ?
G.P. : Absolument. On observe désormais des fissures, des effondrements, des incendies qui se propagent plus vite en période de canicule. Le réchauffement climatique impacte notre patrimoine.
Il existe cependant des solutions : protéger, prévenir, réparer. Il y a une mobilisation populaire que nous encourageons avec Stéphane Bern, avec le Loto du patrimoine, les grandes collectes.
Sur le site de la Fondation du patrimoine, vous trouverez 2 500 projets en cours de financement : l’église de votre village, un pont, un lavoir, un musée, des théâtres. Nous travaillons notamment à la réouverture des théâtres de sous-préfecture du XIXe siècle. Nous avons rouvert Châtellerault, nous allons rouvrir Guéret et Bar-le-Duc. C’est une magnifique cause.
Qu’est-ce qui ne va pas aujourd’hui dans notre habitat ? Après les trois grosses vagues de chaleur, il continue à faire chaud dans nos murs, la chaleur ne redescend pas.
G.P. : Nous avons choisi de construire une ville très minérale, avec des matériaux stockeurs de chaleur, à forte inertie. L’inertie présente un intérêt au début d’une canicule : le bâtiment garde la mémoire de la température précédente, ce qui procure une sensation de fraîcheur. Mais autrefois, les canicules duraient 48 heures. Aujourd’hui, elles durent une semaine, et la chaleur se retrouve piégée dans les murs en béton, parfois en pierre, et elle ne se dissipe plus la nuit.
Le bois présente plusieurs vertus : c’est un matériau bas carbone qui stocke du carbone. Mais surtout, le comportement de nos bâtiments en bois est remarquable en période de canicule.
On va pouvoir rafraîchir la nuit car le matériau est sans inertie : il ne stocke pas de chaleur, c’est un isolant thermique. La nuit, les températures baissent et le bâtiment peut se rafraîchir.
Sur notre opération de bureaux de 120 000 m² à Nanterre Université, l’Arboretum, à deux pas de La Défense, nous avons mesuré 6 °C de moins en journée par rapport à la dalle de La Défense.
C’est dû à des bâtiments qui ne rayonnent pas, à la végétation, à une petite rivière et à une conception bioclimatique des bâtiments, avec des terrasses et des fenêtres ouvrantes. C’est très agréable d’y travailler.
Quelle est la différence de température entre une maison à la campagne et un appartement parisien ?
G.P. : La différence est absolument considérable : 6 à 7 °C en journée, et jusqu’à 20 °C la nuit. Un vrai rafraîchissement devient possible dès lors qu’on réduit les matériaux à forte inertie, qu’on ajoute de la végétation, et qu’on pratique une écoconception des bâtiments.
Il faut des bâtiments qui captent peu le rayonnement : des façades non entièrement vitrées, des casquettes formant des terrasses, des escaliers extérieurs qui abritent les façades. On a toute une écoconception qui est adaptée au réchauffement climatique.
Nous essayons également de ne pas dépasser 6 ou 7 étages, afin de faire des bâtiments qui se font de l’ombre les uns aux autres.
Une tour prend le rayonnement solaire sur 300 degrés, c’est une serre, et on ne peut pas ouvrir les fenêtres. La ville de demain sera d’inspiration méditerranéenne et haussmannienne, et ne dépassera probablement pas 6 ou 7 étages.
Est-ce que nous ne payons pas également des choix politiques ? On a tout misé sur la rétention de chaleur pour économiser l’énergie, en oubliant qu’il faudrait de plus en plus l’évacuer. S’est-on trompé sur le DPE ?
G.P. : Oui, très largement, et c’est connu. On s’est trompé sur le DPE, d’abord parce qu’il ne prend pas en compte le bilan carbone. La France est obsédée par la consommation et les économies d’énergie, cela remonte à Raymond Barre, et depuis, on est enfermés dans ce tunnel des kilowattheures.
Le vrai sujet, c’est le bilan carbone et l’adaptation au changement climatique, qui est pour une grande part inévitable. Nous travaillons sur le bilan carbone pour les températures de 2060-2070.
Dans le même temps, il faut adapter la ville : utiliser le bois à la place des matériaux minéraux, et repenser toute l’architecture en fonction de canicules de plus en plus fréquentes.
Il y a eu des pétitions signées à Paris : « pas de volets, pas de loyer ». Supprimer les volets dans certains immeubles parisiens, c’était aussi une erreur ?
G.P. : Bien sûr qu’il faut s’abriter, limiter l’impact du rayonnement solaire, et utiliser des matériaux non stockeurs de chaleur, anti-îlots de chaleur.
Il faut ajouter des parcs, de la végétation, supprimer du bitume, et utiliser des couleurs plus claires, plus réfléchissantes, plutôt que des teintes sombres pour les revêtements.
Vous travaillez avec des thermiciens. Quel message vous délivrent-ils ?
G.P. : L’adaptation de nos études. La RT 2012, la RE 2020, ont été conçues à une époque où les canicules duraient 36 heures. On préconisait alors des bâtiments avec beaucoup de béton, des murs très épais.
Ce n’est plus adapté au changement climatique tel qu’on le vit aujourd’hui. Il faut une ville qui respire, des matériaux biosourcés, tels que le bois, la paille, le chanvre, à la fois très isolants et sans inertie. Il faut aussi concevoir la ville différemment et la renouveler.
Ce qui me préoccupe, c’est le très faible nombre de permis de construire en ce moment. Beaucoup de villes refusent toute construction, or, sans construction, il n’y a pas d’adaptation possible. Il faut de la promotion immobilière, mais d’un nouveau type, qui soit susceptible d’attirer à nouveau des investisseurs.
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Une partie de la crise immobilière est liée au fait qu’on continue à produire les mêmes produits qui ne correspondent plus à la demande. Sur le campus dont je vous parlais, nous accueillons en pleine crise AstraZeneca, Otis, Panasonic, GCC, Spie Batignolles Energy : c’est un succès locatif remarquable au milieu d’une crise considérable.
Et ça fonctionne parce qu’on a posé la question du produit et qu’on en propose un autre. C’est cela, à mon sens, qui nous permettra de sortir de la crise immobilière.
Et pourtant, le GIEC et les ministres de la transition écologique alertent depuis des années sur la dimension plus spectaculaire de ces canicules, qui sont plus précoces et plus longues. Pourquoi, au niveau politique, n’arrive-t-on pas à convaincre ?
G.P. : Vous ne pouvez pas imaginer l’inertie néo-administrative. La France est un territoire de lobbys. Le réglementaire et le para-réglementaire, toutes ces normes qui ne figurent ni dans la loi ni dans les décrets, mais qui font partie des habitudes interprofessionnelles, nous rendent très lents en matière d’adaptation.
C’est cela qu’il va falloir revoir sous la pression non pas des lobbys mais des habitants de ces logements. Ce sont eux qui nous amèneront dans ce changement de paradigme à nous interroger sur ce avec quoi on construit, comment on construit, et ce qu’on construit.
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Pour la première fois de son histoire, la Coupe du Monde de football proposera un spectacle musical pendant la mi-temps de la finale. Un show musical réunissant d’immenses stars accompagnées par deux orchestres dirigés par le chef d’orchestre Gustavo Dudamel.
NEW • Chris Martin, Gustavo Dudamel & Bijan Mortazavi during rehearsals for the FIFA World Cup Halftime Show
Bijan Mortazavi | IG pic.twitter.com/0l7htIlvO7
— Coldplay United Kingdom (@ColdplayUK_) July 14, 2026
Une première dans l’histoire de la compétition mais un type de spectacle très apprécié aux Etats-Unis où la finale annuelle du Super-Bowl (football américain NFL) propose chaque année un show musical très spectaculaire à la mi-temps.
Celui de dimanche est organisé par la FIFA et l’ONG Global Citizen, avec pour objectif le recueil de dons à destination du Fonds mondial pour l’éducation citoyenne de la FIFA qui œuvre pour élargir l’accès à une éducation de qualité et au football pour les enfants dans le monde entier.
A la tête de la chorale du PS22, formée d’élèves de quatrième et cinquième années d’une école publique de Staten Island, Chris Martin le leader du groupe Coldplay coordonnera ce spectacle qu’accompagneront l’orchestre Philharmonique de New York et l’Orchestre symphonique Simón Bolívar du Venezuela. Deux formations dirigées par Gustavo Dudamel qui aura à cœur de rendre hommage dimanche aux trop nombreuses victimes du séisme qui a touché son pays fin juin.
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Dans un message publié sur les réseaux sociaux, le maestro vénézuélien se réjouit de pouvoir réunir pour la première fois « l’extraordinaire Orchestre philharmonique de New York et mes chers *Bolivarianos*, qui représentent toute la famille *El Sistema*, ainsi que le Venezuela tout entier (…) Les communautés que nous bâtissons grâce à la musique seront toujours une source de force lorsque nous en aurons le plus besoin ».
Le lien entre Gustavo Dudamel et Chris Martin n’est pas nouveau. En août 2025, à l’occasion de la tournée mondiale de Coldplay, la première partie des dix concerts donnés par le groupe au stade de Wembley à Londres avait été assurée par l’orchestre Simon Bolivar des jeunes du Venezuela.
Philippe Gault
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Les ventes de cigarettes ont reculé de 7 % au premier semestre, soit 40 millions de paquets de moins que l’année dernière. Une bonne nouvelle pour la santé des Français, mais une mauvaise pour les finances publiques : les recettes fiscales sur le tabac, qui alimentent en grande partie l’Assurance maladie, sont elles aussi en chute libre.
C’est une mauvaise nouvelle pour les fabricants de cigarettes. Il s’est vendu au premier semestre 40 millions de paquets de moins que l’an dernier, soit une baisse de 7 %. Il s’en est quand même vendu encore 550 millions en six mois, mais cela se confirme.
En 2018, plus d’un milliard de paquets avaient été achetés en six mois selon les douanes françaises. Les Français fument donc de moins en moins, même s’ils fument un peu plus que les Italiens ou les Espagnols.
Les raisons de cette baisse sont connues : les politiques de prévention, les interdictions de fumer sur les plages ou dans les parcs publics, le développement de la cigarette électronique et surtout la hausse des prix. Entre 2018 et aujourd’hui, fumer une cigarette coûte 80 % plus cher. La politique anti-tabac mise en place par l’État semble quand même porter ses fruits.
Cette baisse est une mauvaise nouvelle pour l’État français car quand on parle de hausse du prix du tabac, on parle surtout hausse des taxes. Elles représentent plus de 80 % du prix du paquet, TVA incluse. En conséquence, les recettes diminuent. On est passé d’un pic de 15 milliards d’euros de taxes en 2020 à 12 milliards et demi l’an dernier, malgré la flambée des prix.
Cette année, les recettes pourraient repasser sous les 12 milliards, pour la première fois depuis 2016. Une mauvaise nouvelle pour les comptes de l’Assurance Maladie qui récupère l’essentiel de ces taxes, surtout que cette tendance devrait se poursuivre. À un moment, l’État devra peut-être songer à compenser ce manque à gagner pour la Sécurité sociale.
Mais ce que l’État perd à court terme, il devrait le gagner à long terme. Le tabagisme tue, c’est marqué en gros sur les paquets. En France, le tabac a été responsable de plus de 68.000 décès selon Santé publique France. Ils sont dus à des cancers, des maladies cardiovasculaires et des maladies respiratoires chroniques.
Selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, le coût social net du tabac serait de 150 milliards d’euros en France. Dix fois plus que ce que rapporte les taxes.
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On peut donc se réjouir de cette baisse des ventes de tabac, en la relativisant aussi, car ce chiffre de 40 millions en moins n’intègre pas les achats de cartouches à l’étranger, ni surtout la contrebande et la contrefaçon de cigarettes non taxées. Sans doute l’un des freins à de nouvelles hausses des prix.
En attendant à plus long terme un changement d’habitudes générationnelles, l’Assurance maladie a proposé récemment d’interdire la vente de tabac à toutes les générations nées après 2009.
Pierrick Fay
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Alors que les députés votent pour la dernière fois cet après-midi sur le projet de loi d’aide à mourir, Sébastien Lecornu a fait savoir hier qu’il saisirait le Conseil constitutionnel en cas d’adoption du texte. La déclaration du premier ministre est un rebondissement, alors que les partisans de l’euthanasie et du suicide assisté s’attendaient à une simple formalité.
On savait que Sébastien Lecornu était réservé à titre personnel sur ce texte, mais jusqu’à présent, il n’avait pas mis son autorité en jeu pour en empêcher l’adoption.
Le président du Sénat, Gérard Larcher, avait déjà annoncé qu’il saisirait le Conseil constitutionnel, notamment sur l’absence de clause de conscience pour les établissements refusant d’administrer l’aide à mourir. Ce contrôle de constitutionnalité aurait donc eu lieu de toute façon.
Si le premier ministre le fait à son tour c’est pour sonner l’alerte sur les ambiguïtés de cette loi même si, une fois encore, il aurait pu le faire plus tôt, avant les votes plutôt qu’après. Mais c’est aussi la première fois qu’il assume publiquement une différence d’appréciation avec Emmanuel Macron qui l’avait pourtant choisi pour Matignon en raison de sa fidélité absolue.
Il est peu probable, mais pas totalement impossible, que cette déclaration du premier ministre inverse le cours des votes. L’effet principal de cette initiative de Sébastien Lecornu c’est que ce vote définitif ne sera pas un point final.
Ceux qui comme le ministre des relations avec le Parlement, Laurent Panifous ou le Conseil économique, social et environnemental avaient prévu d’organiser un « cocktail de célébration » dès ce soir devront attendre un peu avant de fêter au champagne la légalisation de l’aide à mourir. Au moins le temps de s’assurer que plusieurs dispositions ne bafouent pas tout simplement les principes fondateurs de la Constitution.
Le premier ministre soulève en effet trois points : le délai de rétractation, qui peut être réduit à deux jours, moins que pour un simple crédit bancaire ; la clause de conscience des établissements pour qui l’aide active à mourir serait contraire à leur éthique ; et enfin le consentement des 800 000 majeurs protégés. Cela souligne que cette proposition de loi est en fait plus radicale et contraignante que promise, et bien moins consensuelle que ses promoteurs prétendent.
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Il faut d’abord rappeler que la majorité favorable à la proposition de loi n’a cessé de diminuer au fil des trois lectures. Ensuite l’idée indécente d’un cocktail de célébration a choqué des élus qui, sans être des militants de l’euthanasie, étaient prêts à faire passer ce texte.
Tout comme la pression d’Emmanuel Macron pour faire adopter la loi à tout prix avant la trêve estivale agace ceux dont le premier objectif n’est pas d’offrir au chef de l’Etat un trophée pour garnir le bilan famélique de son second mandat.
Enfin, que Sébastien Lecornu sorte de sa réserve met en valeur des dérives par rapport au texte d’équilibre promis par Macron. Tout cela pourrait faire réfléchir des députés au moment où ils vont procéder au vote le plus vertigineux sans doute de toute leur vie.
Guillaume Tabard
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Donald Trump attaque une nouvelle fois les institutions, et aujourd’hui c’est le tour de la Cour pénale internationale. Le président américain a lancé une opération de démantèlement en l’accusant de radicalisme, ce qui le conduit à contester une fois de plus le droit international qui se trouve au-delà de sa souveraineté américaine.
Un nouveau front vient de s’ouvrir, et il n’est pas militaire, ni économique, mais juridique. Les États-Unis de Donald Trump partent en guerre contre la Cour pénale internationale. Le secrétaire d’État Marco Rubio accuse la Cour d’être devenue « radicale et extrême », et donc de menacer la souveraineté américaine.
Il n’en fallait pas plus pour que l’administration américaine cherche à la démanteler. Et la méthode d’action est pour le moins trumpienne. On tire d’abord et on pose les questions ensuite. Dorénavant, chaque personne ou Etat qui coopérerait avec la CPI pourrait subir des restrictions de visas, des sanctions, voire des menaces.
Il faut rappeler que, paradoxalement, les États-Unis ne sont pas membres de la CPI. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome. Mais Washington n’aime pas le pluralisme. Il préfère l’unilatéralisme, car, ce qui inquiète Trump, ce sont certains dossiers qui pourraient le toucher directement : l’enquête ouverte sur les Américains en Afghanistan, ou le mandat d’arrêt émis en 2024 contre Benyamin Netanyahou.
Washington accepte très bien la justice internationale quand elle vise ses adversaires. Mais quand elle vise ses intérêts, elle devient soudain une menace existentielle. On passe donc d’un désaccord juridique à une opération de démolition politique.
Cela dit quelque chose de très profond du régime de Trump. L’illibéralisme, ce n’est pas seulement attaquer les contre-pouvoirs à l’intérieur comme les juges, les médias, ou les universités. C’est aussi refuser, à l’extérieur, toute limite qui viendrait contraindre l’action du pouvoir. C’est cela l’illibéralisme, cette capacité à se soustraire aux règles quand elles ne conviennent pas.
Dans la vision trumpienne, la souveraineté est absolue. Elle signifie que personne ne peut juger l’Amérique, personne ne peut imposer une norme au-dessus de la décision politique nationale.
Si l’on suit cette vision, le droit international n’est donc plus une règle commune. Il devient une arme, parmi d’autres, utile quand il frappe Poutine, illégitime quand il touche Netanyahou ou un responsable américain.
Et c’est là le point commun avec beaucoup de régimes illibéraux contemporains. La Russie de Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie d’Erdogan, tous défendent l’idée que la souveraineté doit protéger le pouvoir contre toute ingérence extérieure. La justice internationale est alors présentée comme une ruse occidentale pour mener la guerre par le droit.
Mais Trump rajoute une couche car il retourne cette rhétorique contre les institutions que les Occidentaux ont eux-mêmes contribué à construire. Quand Moscou refuse la CPI après le mandat d’arrêt contre Poutine, ça n’est pas une surprise. Quand cela vient de Washington, c’est beaucoup plus déstabilisant pour l’ordre international car les États-Unis ont précisément participé à fonder ce monde post-1945.
La CPI continue tout de même de travailler. Elle enquête sur l’Ukraine, sur Gaza, sur le Darfour, sur les Philippines. En mars 2025, l’ancien président philippin Rodrigo Duterte a même été arrêté à Manille puis transféré à La Haye pour des accusations de crimes contre l’humanité liées à sa guerre antidrogue. C’est un exemple très concret : quand un État coopère, la CPI peut agir.
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Mais cette justice a une faiblesse structurelle : elle dépend directement des États. Elle n’a pas de police mondiale. Elle peut viser Netanyahou, mais elle dépend de la volonté des États membres de l’arrêter s’il voyage chez eux. C’est donc une justice réelle, mais conditionnelle.
Le danger de l’offensive de Trump, c’est qu’elle donne un argument à tous les dirigeants qui voudraient échapper au droit. Désormais, chacun pourra conclure que l’impunité n’est plus une anomalie, mais une doctrine.
Au fond, la guerre de Trump contre la CPI n’est que l’arbre qui cache la forêt. En réalité, il mène une guerre totale et plurielle contre l’idée même qu’il existe, au-dessus des États, une limite morale et juridique à sa propre violence politique.
Lukas Aubin
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Chaque 14 juillet, le défilé militaire sur les Champs-Élysées est, plus qu’un rituel républicain, un message politique adressé au monde. Cette année, sous le thème du « réveil stratégique de l’Europe », il incarne la volonté française de bâtir une défense européenne autonome, à l’heure où Washington se désengage et où la menace russe s’intensifie.
Avec le contexte international, le 14 juillet n’est plus seulement une fête nationale. On le voit avec le défilé militaire sur les Champs-Élysées qu’il faut décortiquer. Ce défilé, c’est un langage politique.
On y voit des soldats, des avions, des blindés, mais aussi des invités. C’est un moment durant lequel on raconte une certaine idée de la France, de sa puissance et de sa place dans le monde. C’est un narratif.
De mon point de vue, il faut donc lire ce 14 juillet à trois niveaux. Le premier, c’est le niveau national via Emmanuel Macron. Pour lui, ce défilé est l’un des derniers grands moments régaliens de son mandat. Une manière de rappeler qu’il reste à la manœuvre sur les sujets qui structurent sa présidence depuis 2017 : l’armée, la souveraineté, l’Europe, la guerre, la place de la France dans le monde.
Le deuxième niveau, c’est l’Europe. Le thème retenu cette année est celui du « réveil stratégique de l’Europe ». Trente-cinq pays de la « coalition des volontaires » doivent être présents, dont vingt-cinq au niveau des chefs d’État et de gouvernement. Cette édition a donc pour objectif de présenter une Europe capable d’agir ensemble, avec des forces prêtes à coopérer et à construire une sécurité commune.
Et puis le troisième niveau est mondial. À l’heure de la désoccidentalisation, Emmanuel Macron veut rappeler que la France n’est pas une puissance occidentale isolée. Il cherche ainsi à parler au reste du monde, où l’ordre international ne se lit plus seulement depuis Washington, Bruxelles ou Paris.
L’Ukraine est aussi présente en ce jour de fête nationale car elle oblige la France à redéfinir le sens même de celle-ci. Si le 14 juillet renvoie à l’idée d’unité, aujourd’hui, cette idée s’élargit.
Il s’agit de construire une cohésion européenne face à la guerre, de penser une défense européenne, indépendante des États-Unis. La doctrine affichée est que la sécurité de l’Ukraine est indissociable de celle de l’Europe.
Ce réveil stratégique européen ne répond pas seulement à la guerre en Ukraine au sens militaire du terme. Il répond aussi à une menace russe hybride : menaces nucléaires, cyberattaques, sabotages, manipulations de l’information.
C’est dans ce contexte qu’il faut lire, par exemple, la polémique autour de Xenia Fedorova, ancienne patronne de RT France, lorsqu’elle affirme dans le JDD le 9 juillet dernier qu’« une armée nationale existe d’abord pour défendre son pays et ses intérêts, non pour habiller les choix idéologiques de ses dirigeants ». La formule visait Emmanuel Macron, mais elle pourrait être retournée contre Moscou. Que fait l’armée russe en Ukraine, sinon habiller une guerre impériale du vocabulaire de la défense nationale ?
Au-delà des mots, on sait que la Russie cible massivement la France via des cyberattaques depuis quelques semaines, pour tirer parti de la bulle médiatique de cet événement.
Ce 14 juillet devient donc une bataille des récits doublée d’une bataille tout court : pour Paris, il s’agit de démontrer que le réarmement européen est une réponse pragmatique à une Russie qui fait déjà la guerre à l’Europe.
La France veut parler au monde comme une puissance à la tête d’une voie européenne : ne plus dépendre entièrement de Washington, ne pas céder à Moscou, et montrer que l’Europe peut devenir un acteur stratégique autonome.
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C’est pour cela que ce 14 juillet est une opération de projection, une sorte de représentation géopolitique multivectorielle de soi. À l’Europe, Paris dit : nous sommes le cœur d’un groupe en train de s’unir. À l’Ukraine : nous ne vous abandonnons pas. À la Russie : nous répondrons désormais coup pour coup.
Aux États-Unis : nous sommes toujours vos alliés mais nous suivons nos intérêts. Et au reste du monde : la France n’est pas simplement un pays occidental aligné, elle veut rester une puissance d’équilibre, capable de parler à l’Occident comme au monde non occidental.
Au fond, ce 14 juillet dit ce que la France voudrait encore être : une nation souveraine, une puissance européenne, et, dans un monde qui se désoccidentalise, un pays qui refuse de sortir de l’histoire et cherche une solution pour y rester.
Lukas Aubin
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Alors que ce mercredi a lieu le vote final sur la loi créant un « droit à l’aide à mourir » à l’Assemblée nationale, Ségolène Perruchio, médecin et présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, a signé avec huit autres personnalités une tribune dans le journal La Croix contre ce projet de loi. Invitée de la matinale de Radio Classique aujourd’hui, elle a alerté sur ce texte de loi qui est trop vaste selon elle et qui remet en cause les soins palliatifs qui eux aussi peuvent être utilisés pour soigner les patients au lieu du recours à l’euthanasie.
Quel est l’objet de ce dernier texte du projet de loi ?
SÉGOLÈNE PERRUCHIO : C’est fondamental que les députés sachent vraiment pourquoi ils votent. Un certain nombre d’entre eux croient voter pour un texte qui ouvre un droit exceptionnel dans quelques situations très rares. Or ce n’est pas du tout ça.
C’est un texte qui vise à ouvrir un droit à choisir le moment de sa mort, c’est complètement autre chose. On peut être pour, on peut être contre, mais il faut savoir pourquoi on vote.
Des députés appartenant à des groupes politiques peuvent se sentir influencés. On lit dans Le Figaro des abstentionnistes qui disent que si leur conviction les ferait voter contre le texte, leur groupe est pour et que donc ils voteront pour. C’est eux que vous essayez de convaincre également ?
S.P. : Évidemment. S’abstenir, à partir du moment où la majorité penche vers le oui, c’est voter oui. Donc si des députés ont des doutes sur un texte aussi engageant, je ne peux que les exhorter à voter contre, cela signifie peut-être que ce texte n’est pas bon, qu’il faut prendre plus de temps. Et ce vote un 15 juillet mérite mieux.
Il y a eu quatre ans de débats, trois allers-retours entre l’Assemblée et le Sénat, ça ne vous semble pas suffisant ?
S.P. : Non, parce qu’il n’y a jamais eu de vrais échanges ni de recherche de compromis. La navette parlementaire n’a pas fonctionné : le Sénat a rejeté ce texte trois fois sans qu’aucun compromis soit trouvé.
Le texte qu’on a aujourd’hui, c’est le texte de départ. Il y a eu des élargissements retenus par le gouvernement, qui craignait que le projet ne passe pas. Ce ne sont que des manœuvres politiciennes, on est resté sur des postures et on n’est pas allé au fond des enjeux, malgré le temps qui y a été consacré.
Le Premier ministre Lecornu et Emmanuel Macron ne sont pas sur la même ligne. Le président a évolué sur ce sujet au fil du temps, il n’était pas forcément favorable au projet de loi sur la fin de vie lors de son premier quinquennat.
S.P. : Il se met très en retrait, mais ce qui est sûr, c’est qu’il pousse très fort pour ce texte. S’il passe, il se fera contre une immense majorité de soignants.
Pourtant, c’est nous qui devrons l’appliquer au quotidien, nous à qui on va demander de gérer des critères flous et larges, nous à qui on va donner ce pouvoir de choisir qui peut vivre ou qui peut mourir, et on ne veut pas de ce pouvoir là.
Cette tribune dans La Croix pose les mots sur ce que vous vivez à titre personnel et professionnel : « nul ne devrait choisir entre souffrir et mourir ».
S.P. : La question de légaliser l’aide à mourir ou de développer les soins palliatifs, ce sont deux réponses différentes à la même question légitime : la peur de souffrir en fin de vie, la peur de la mort. Et donc on y répond de deux manières différentes.
D’un côté, on anticipe le moment de la mort, avec cette utopie que maîtriser le moment de sa mort résoudrait la peur de mourir.
De l’autre côté, et c’est ce que je fais au quotidien avec les équipes de soins palliatifs, on accompagne et on soulage les patients. Il n’est pas inéluctable de souffrir en fin de vie, pour peu qu’on ait les moyens de soulager les patients.
Le choix ne doit pas se résumer entre anticiper sa mort ou souffrir. Les soins palliatifs offrent depuis 40 ans une troisième voie : ne pas donner la mort, même si elle est réclamée, mais promettre qu’on va soulager, qu’on va créer au quotidien avec le patient une situation qui le soulagera toujours davantage.
Le délai de rétractation est assez court. En tant que médecin, vous est-il arrivé de voir une personne aspirer à la fin de vie, puis, réconfortée par vos équipes, se dire finalement que la vie valait la peine d’être vécue jusqu’au bout ?
S.P. : Bien sûr, et c’est pour ça qu’on s’engage dans ce débat, ce n’est pas dogmatique, c’est notre expérience du quotidien.
On entend très souvent : « Docteur, j’en ai assez, faut que ça s’arrête, faites-moi la piqûre. » Ce sont des phrases presque du quotidien. Il faut prendre en charge ces patients de manière satisfaisante, physiquement, mais pas seulement. Ce qui leur fait peur par-dessus tout, c’est la dépendance, c’est d’être un poids, c’est le regard qu’on porte sur eux.
L’une des premières choses qu’il faut changer, c’est la manière dont on répond aux sonnettes à l’hôpital. Si on répond rapidement, avec le sourire et en étant prêt à les aider, ça va tout changer par rapport à certains soignants qui, malheureusement, parce qu’ils sont surchargés, répondent lentement et arrivent excédés de cette énième sonnette.
Si on fait ça, on voit que les patients non pas changent d’avis, mais oublient de demander la mort, c’est sorti de leur quotidien. Ils se rendent compte que, malgré la maladie, malgré l’annonce de la mort à venir, il y a encore du temps à vivre, et dans des moments difficiles, il peut aussi y avoir des moments agréables.
Ce texte est aussi beaucoup trop large de votre point de vue, notamment parce qu’il ne concerne pas que des personnes en phase terminale d’une maladie de Charcot ou d’un cancer très grave.
S.P. : Le cadre est extrêmement vaste : on parle de maladies graves incurables en phase avancée ou terminale, sachant que la Haute Autorité de Santé a dit qu’on ne pouvait pas qualifier la phase avancée ou terminale. On parle donc probablement de plusieurs centaines de milliers de patients potentiellement éligibles.
Ce n’est pas du tout un texte réservé à quelques situations exceptionnelles de patient en toute fin de vie, c’est un texte qui pourrait toucher énormément de monde. D’ailleurs, dans les pays qui ont légiféré en ce sens, la proportion de personnes décédant par euthanasie est croissante et très importante, on approche les 8 % à Québec.
Si le texte passe, comment allez-vous, vous et vos équipes, participer à des actes que vous refusez pour des raisons éthiques ou déontologiques ?
S.P. : C’est une vraie question. On en parle, et on va en parler encore plus. Aujourd’hui, tel que le texte est rédigé, on n’a pas la liberté de dire que chez nous, on ne le fera pas, alors que la plupart des médecins de mon service sont objecteurs de conscience.
Va-t-on être contraints d’agir malgré notre conscience, parce que les autres solutions ne seront pas satisfaisantes ? C’est une possibilité, mais il faut pouvoir continuer à dormir la nuit.
Est-ce qu’on va transférer les patients ? Ce n’est pas très satisfaisant non plus. Est-ce qu’on va laisser intervenir des gens de l’extérieur pour pratiquer l’aide à mourir ? Là aussi on ne sait pas. Tout cela nous met en grande tension éthique, et aujourd’hui je n’ai pas de réponse, mais on y réfléchit.
Est-ce très différent, en termes d’acte médical, d’une sédation profonde ?
S.P. : Oui, très différent. La sédation profonde consiste à endormir quelqu’un qui est en train de mourir : cette personne meurt de sa maladie en temps naturel, simplement elle ne vit pas consciemment ses dernières heures ou derniers jours.
L’aide à mourir, elle, consiste à injecter un produit létal, c’est donner la mort. Je sais que ce terme dérange les promoteurs du texte, mais ce n’est pas le terme qui est violent, c’est l’acte. Et pour la personne qui est au bout de la seringue et qui doit pousser le piston, la différence est fondamentale. J’aimerais qu’on me regarde dans les yeux en me disant qu’il n’y en a pas. Il y en a une.
François Braun, ancien ministre, disait : « Demain, il sera plus facile d’accéder à l’euthanasie qu’à une unité de soins palliatifs. » C’est le cœur de l’échec selon vous ?
S.P. : C’est en tout cas le cœur des risques. On a un engagement sociétal et législatif à développer les soins palliatifs, mais dont les effets, dans le meilleur des cas, se feront sentir dans dix ans, c’est pour ça que la stratégie est décennale.
Demain, en revanche, on risque d’avoir une loi qui légalise l’aide à mourir, et on aura quinze jours maximum pour dire oui ou non au patient. Le risque majeur, c’est que les patients demandent la mort par défaut d’accès aux soins en général, et aux soins palliatifs en particulier. Ce serait un échec cuisant.
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Est-ce une perte de la relation de confiance entre soignant et patient ?
S.P. : Aujourd’hui déjà, dans nos unités, les patients sont inquiets des médicaments qu’on leur donne. Ils craignent d’être shootés, d’être endormis, et ça nous pose souvent des problèmes. Des familles refusent la morphine parce qu’elles ont déjà peur qu’on accélère les choses. C’est déjà notre combat du quotidien de nous laisser les soulager.
Demain, si la main qui soigne peut aussi être celle qui donne la mort, cette confiance sera gravement altérée, et ça impactera le soin comme les patients.
Jean-Marc Sauvé, qui co-signe votre tribune dans La Croix, disait dans Le Point que cette loi fait peser un fardeau sur les plus modestes. C’est également votre avis ? Est-ce que vous y voyez une médecine à deux vitesses ?
S.P. : C’est tout le paradoxe de cette loi. Elle est demandée par des bien-portants, des gens en pleine capacité qui ont peur de perdre leur autonomie, de devenir un poids, et je le respecte.
Mais le risque, c’est que cette loi pèse sur les plus vulnérables, les plus isolés, les plus modestes : ceux qui ont le plus de difficultés d’accès aux soins, ceux qui se sentent le plus un poids. Je pense en particulier aux personnes âgées en EHPAD, qui se sentent déjà un poids pour leur famille. C’est une grande inquiétude.
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Dans un message publié sur son compte Facebook, Khatia Buniatishvili annonce qu’en raison des fortes chaleurs qui touchent la France en ce moment elle renonce à sa participation au Festival de La Roque-d’Anthéron. La pianiste franco-géorgienne devait ouvrir l’événement provençal le 16 juillet.
La pianiste franco-géorgienne devait donner un récital le jeudi 16 juillet lors de la soirée d’ouverture de la 46e édition du festival mais, sur son comte Facebook, la musicienne a écrit que « pour la raison de chaleur extrême à mon sens qui est annoncé le jour de mon concert (36°C), pour la sécurité et le bien- être de tous – vous et moi, je dois annuler ma performance. J’ai évidemment essayé de changer la date du concert, mais malheureusement ce n’était pas possible pour le festival. Je suis désolée et attristée ».
Lors de ce récital, Khatia Buniatishvili devait interpréter la Sonate pour piano n° 21 de Franz Schubert, la Fantaisie en ut majeur de Robert Schumann et la Valse n° 1, Mephisto, de Franz Liszt. Pour la remplacer dans l’amphithéâtre de Florans, les organisateurs ont fait appel à la toute jeune pianiste italienne Martina Meola (14 ans) qui jouera des œuvres de Frédéric Chopin et Franz Liszt. Khatia Buniatishvili devrait retrouver la scène et des températures plus clémentes le 22 juillet en Suisse à l’occasion de la 33e édition du Verbier Festival.
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Exceptés ces deux cas et quelques rares concerts, la musique classique a été peu affectée par les trois vagues de canicules qui se sont succédées sur la France depuis un mois. On citera néanmoins la soirée de clôture du festival de Chambord, annulée le samedi 11 juillet alors que le Loir-et-Cher avait été placé en vigilance rouge. Renaud Capuçon, bénéficiant d’une carte blanche, devait s’y produire entouré de Vanessa Wagner (paino), Krzysztof Michalski (violoncelle), Paul Zientara (alto) et Laurène Helstroffer Durantel (contrebasse).
Philippe Gault
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