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  • L’ancêtre des Rothschild : 5 choses à savoir sur Mayer Amschel, à l’origine de la fortune de la dynastie bancaire

    Au XVIIIe siècle, Mayer Amschel, orphelin du ghetto de Francfort, fait fortune. C’est le premier de la famille Rothschild à réussir socialement et financièrement. Voici ce qu’il faut savoir sur cet homme aux qualités uniques et à l’intelligence très vive.

    Ecoutez l’épisode des Grands dossiers de l’Histoire en intégralité :

     

    1. Rothschild, né dans le ghetto juif de Francfort, n’a jamais quitté le quartier

    Mayer Amschel Rothschild naît en 1744 dans la Judengasse — littéralement « la rue des Juifs » — le ghetto juif de Francfort. Il ne quittera d’ailleurs jamais ce quartier, à l’époque l’un des plus anciens, des plus stricts et des plus misérables d’Allemagne.

    Large d’à peine trois mètres, sombre et humide, la rue est constituée d’un enchevêtrement de maisons qui, faute de terrain, ont poussé en hauteur, où s’entassent jusqu’à cinq familles. Ses habitants n’ont pas le droit d’en sortir les dimanches et jours fériés. Exclus des métiers agricoles, du commerce des armes et des matières premières, les Juifs de Francfort sont pour la plupart prêteurs sur gages, changeurs, fripiers ou brocanteurs. C’est dans cet environnement que naît la vocation du futur banquier.

    Son nom de famille, Rothschild, vient d’ailleurs de l’enseigne de la maison familiale : Zum rothen Schild, soit « à l’écusson rouge ».

    2. Mayer Amschel Rothschild est orphelin à douze ans, mais déjà doué pour les affaires

    Le destin de Mayer Amschel bascule très tôt. Son père, Amschel Moses Rothschild, modeste changeur faisant également commerce de soieries, meurt prématurément en 1755, laissant le jeune Mayer — alors âgé de onze ans — avec sept frères et sœurs. L’année suivante, en mars 1756, leur mère décède à son tour, laissant les huit enfants totalement orphelins.

    Pourtant, écrit l’historien Tristan Gaston-Breton, auteur de La Saga des Rothschild, aux éditions Tallandier, « dès avant son douzième anniversaire, Mayer est déjà capable, d’un seul coup d’œil, de reconnaître une pièce de monnaie, d’en déterminer son origine et son poids ». Ce don précoce pour la numismatique sera à l’origine de sa fortune.

    Il est alors placé en apprentissage dans la compagnie bancaire de Wolf Jacob Oppenheim à Hanovre, à plus de 250 kilomètres de Francfort, où il découvre pour la première fois une ville sans ghetto, dans laquelle les Juifs peuvent circuler librement, de jour comme de nuit.

    3. La stratégie du jeune Rothschild : séduire les princes collectionneurs

    À Hanovre, Mayer Amschel comprend rapidement que sa voie vers la fortune passe par la confiance des puissants. Comme le rapporte Derek Wilson dans son ouvrage Les Rothschild : « L’enfant du ghetto sut observer ces magnats aux splendides calèches, aux perruques soignées, aux vêtements brodés, et il comprit que pour accéder à la fortune et au luxe, il devait servir ces hommes et gagner leur confiance […] Les grands-ducs, archevêques et princes de l’Allemagne morcelée du XVIIIe siècle accumulent statues antiques, tableaux de la Renaissance, bijoux, monnaies et bronzes ».

    A seulement 19 ans, Mayer devient spécialiste des médailles anciennes. « Vers 1760, il commence à fournir des monnaies au jeune Guillaume de Hesse, comte de Hanau et héritier de la principauté de Hesse-Cassel, parfois à un prix inférieur au prix d’achat. Le profit immédiat ne l’intéresse pas : il bâtissait une relation » poursuit Derek Wilson. En 1769, le prince lui accorde le titre de fournisseur officiel de la Cour de Hesse, faisant de Mayer un facteur de cour, un titre alors très envié.

    4. Rothschild, banquier des princes : l’art de prêter sans se nommer

    Dans les années 1780, lorsque Guillaume devient Guillaume IX de Hesse après la mort de son père en 1785, il hérite d’une fortune colossale. Mais pour un prince, prêter de l’argent à intérêt est contraire aux préceptes de l’Église : cela rapporte, certes, mais nuit à la réputation.

    C’est là qu’entre en scène Mayer Amschel Rothschild : il effectue les prêts en son propre nom, pour le compte du prince, permettant à Guillaume de s’enrichir grâce à des taux très avantageux, tout en préservant son image.

    Cette symbiose profite également à Rothschild, qui perçoit des commissions et se forge une réputation dans toute l’Europe. Comme le note Tristan Gaston-Breton : « Les princes apprécient sa grande discrétion, son savoir-faire à toute épreuve et l’assurance avec laquelle, sans se tromper, il jongle avec les thalers. » (la monnaie des pays germaniques)

    5. Rothschild a 10 enfants, et bâtit son empire familial sur cinq pays

    Pour consolider son empire, Mayer Amschel déploie ses fils à travers l’Europe comme autant de relais bancaires : Nathan à Londres, James à Paris, Carl à Naples. Un contrat d’association est signé en 1810, acte de naissance de la compagnie Mayer Rothschild et fils, ancêtre de toutes les entreprises de la famille.

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    Ce projet dynastique réserve aux seuls fils la propriété des parts, qu’ils ne peuvent librement céder. Fidèle jusqu’au bout au prince Guillaume, Mayer n’hésite pas, lorsque les troupes napoléoniennes envahissent la principauté en 1806, à cacher le trésor de son protecteur dans les caves de sa maison de la Judengasse, continuant même à faire fructifier son argent en son absence.

    Par ailleurs, son influence est telle qu’il parvient à négocier, dès 1796, la fin du ghetto de Francfort, obtenant la liberté de circulation pour l’ensemble des Juifs qui y résidaient. Mayer Amschel Rothschild meurt en septembre 1812, à l’âge de 68 ans, sans jamais voir les fruits les plus spectaculaires de son œuvre.

    Franck Ferrand

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  • La propriété de Pierre Boulez en Haute-Provence à nouveau à vendre

    Douze ans après une première mise en vente, la maison de Pierre Boulez près de Saint-Michel-l’Observatoire, dans les Alpes de Haute-Provence, est à nouveau à vendre. La propriété fut construite à la fin des années 70 par l’architecte Odette Ducarre.


    Si vous vous promenez sur la route de la Bénédicte près de la commune de Saint-Michel-l’Observatoire pas loin de Forcalquier, n’hésitez pas à pousser jusqu’au n° 1885. Vous y découvrirez la superbe propriété que Pierre Boulez se fit construire il y a plus de 45 ans et où il prit régulièrement ses quartiers d’été jusqu’en 2014, deux ans avant sa mort.

    Mise en vente à l’époque pour la somme de 795.000 euros, la maison est de nouveau proposée à la vente par une agence spécialisée au prix de 1.100.000 euros. L’agence Architecture de Collection décrit la demeure comme « une citadelle de pierre et de béton située au cœur d’un environnement de 4 hectares (…) Imaginée pour celui dont l’exigence intellectuelle et la personnalité ont profondément marqué la musique contemporaine, la maison s’apparente à une architecture introspective, presque métaphysique, où l’espace devient le prolongement d’une pensée ».

    « Une architecture symphonique »

    La propriété, achevée en 1979 sur un terrain acquis par Pierre Boulez, fut conçue en 1975 par l’architecte Odette Ducarre qui l’a voulue comme « une architecture symphonique, à mi-chemin entre l’architecture et la sculpture. Un volume à la fois compact et disloqué, rendu unique par le parfait accord établi entre le béton blanc brut de décoffrage et les pierres du site ». D’une surface de 200 m2, sur trois niveau, la propriété dispose notamment de deux grandes chambres, de quatre terrasses et surtout d’une crypte sonore en sous-sol de 100 m2.

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    Curieuse coïncidence, le grand compositeur français, qui résidait principalement entre Paris et Baden-Baden ,en Allemagne, a choisi de faire construire cette résidence secondaire à une dizaine de kilomètres de Forcalquier, la ville où s’était installée à la même époque la famille du violoncelliste Jean-Guihen Queyras, qui fut par la suite et pendant de nombreuses années soliste dans l’Ensemble Intercontemporain créé et dirigé par Pierre Boulez.


    Le musicien se rendait d’ailleurs fréquemment à Forcalquier pour assister aux Rencontres Musicales de Haute-Provence qui lui ont rendu un bel hommage à l’occasion des cent ans de sa naissance en organisant, dans la maison de Saint-Michel-l’Observatoire, un concert le 23 juillet 2025 au cours duquel furent interprétées deux de ses œuvres de musique de chambre : Messagesquisse (pour violoncelles) et Anthèmes (pour violons).

    Philippe Gault

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  • Présidentielle 2027 : primaire de la gauche, Raphaël Glucksmann en pole position ?

    Les socialistes ont fait la semaine dernière le choix d’une primaire réservée aux adhérents du PS et de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann. Cette procédure devrait permettre au député européen d’arriver en tête de la gauche non mélenchonniste, même s’il ne s’est pas encore déclaré candidat à l’élection de 2027. 

     

    D’abord, il faut souligner le caractère peu représentatif de ce vote auquel n’ont participé que 14.000 adhérents du PS. Ensuite c’est vrai que ce choix d’une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de place Publique est fait pour favoriser Raphaël Glucksmann.

    Olivier Faure, le premier secrétaire, défendait une primaire ouverte pour désigner un candidat qui, ensuite, se serait plié à une autre primaire, plus large, avec François Ruffin, Marine Tondelier et d’autres.

    Ça aurait été un piège pour Glucksmann car on aurait eu un corps électoral final bien plus à gauche et pour tout dire hostile au réformisme social-démocrate du député européen.

    Raphaël Glucksmann ne se présentera pas à l’élection présidentielle sans le PS

    Avec ce choix de procédure fait, une porte s’ouvre pour Glucksmann. Mais lui aussi fait un pas en direction du PS. Il l’a dit dans un entretien à la Tribune Dimanche : « je ne nous imagine pas faire campagne sans les socialistes ». Raphaël Glucksmann ne se présentera pas sans le PS , donc il n’ira pas contre un autre candidat qui serait investi par ce parti.

    Mais puisqu’il lie son sort au PS, il veut des garanties sur l’organisation de cette primaire. En clair il ne veut pas participer à une sorte de cour des miracles socialistes avec un trop plein de candidats, du député Philippe Brun à Ségolène Royal.

    Jean-Luc Mélenchon renforce sa domination à gauche

    De toute façon, Glucksmann a prévenu qu’il ne se déclarerait pas avant fin septembre. Ça laisse du temps pour bien des tractations, bien des conciliabules. Mais ça laisse surtout du temps, à Jean-Luc Mélenchon pour faire campagne en solitaire.

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    Si les deux hommes représentent deux gauches opposées, voire irréconciliables, la nature a tout de même horreur du vide, et Mélenchon a un sens tactique hors pair.

    Pendant que le reste de la gauche se noie dans des querelles d’égos et de procédure de sélection de ses candidats, l’Insoumis en profite pour se poser en seul « vote utile » contre Marine Le Pen. Et si l’on regarde tous les sondages, ça marche.

    Plus ils attendent et plus Glucksmann et le PS laissent Mélenchon renforcer sa domination à gauche, ce qui s’était déjà passé en 2017 et en 2022.

    Guillaume Tabard

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  • Ukraine : Paris face à la guerre longue

    Demain, Paris mettra en scène la face visible de la puissance militaire française sur les Champs-Élysées. Mais aujourd’hui, Paris discute de la face immergée de la puissance militaire européenne. Volodymyr Zelensky, Mark Rutte, et 25 pays au total sont attendus pour une réunion de la Coalition des volontaires, destinée à organiser le soutien à l’Ukraine au-delà des cadres classiques de l’OTAN ou de l’Union européenne. 

     

    Pour comprendre cette réunion, il faut aller à Kyiv. Dans la capitale ukrainienne, beaucoup de ceux qui redoutaient il y a quelques mois une percée russe dans le Donbass parlent aujourd’hui d’un changement de dynamique. Désormais, l’Ukraine a développé un avantage technologique réel sur le terrain, avec ses drones et son service de renseignement.

    Mais cet avantage ne protège pas de tout. Dans les villes, la peur revient car Poutine cible les civils à mesure qu’il perd du terrain. De plus en plus d’Ukrainiens redescendent dans les caves pendant les alertes, notamment à cause des missiles balistiques russes, qui sont difficiles à intercepter.

    La guerre d’Ukraine n’est plus seulement une guerre de front, mais aussi une guerre de profondeur

    C’est en quelque sorte ce qu’on pourrait appeler le paradoxe ukrainien : Kyiv innove, frappe plus loin, résiste mieux. Mais la population civile, elle, encaisse une guerre de plus en plus longue.

    Celle-ci se déroule sur deux territoires précis. Tout d’abord dans le ciel ukrainien. La Russie y multiplie les attaques aériennes combinées, avec des drones, des missiles de croisière, des missiles balistiques. Les Ukrainiens interceptent beaucoup de drones, mais les missiles balistiques restent beaucoup plus difficiles à arrêter.

    C’est pour cela que récemment, Zelensky a annoncé un accord politique avec Washington pour produire sous licence des intercepteurs Patriot en Ukraine. Mais c’est insuffisant à ce stade. Aujourd’hui, il discute avec les Européens d’un système antimissile moins coûteux et produit en masse.

    L’Ukraine frappe la Russie sur ce qui lui permet de continuer la guerre : le pétrole

    Le deuxième territoire, c’est la mer d’Azov et la flotte fantôme russe. L’Ukraine frappe désormais des tankers. Kyiv les présente comme liés à ces circuits opaques permettant à Moscou de transporter pétrole et carburant en contournant les sanctions.

    On le voit, Kyiv ne cherche pas seulement à reprendre du terrain mètre par mètre. Kyiv cherche à frapper ce qui permet à la Russie de continuer la guerre : le carburant, les ports, les navires, les raffineries. En d’autres termes, l’Ukraine transforme désormais la logistique russe en cible militaire. Tout en touchant la population russe là où ça fait mal : à la pompe à essence.

    Cette réunion de Paris est un test pour l’Europe et l’Ukraine

    Personne, à Kyiv ou en Europe, ne semble vraiment croire à de véritables pourparlers de paix à court terme. Côté russe, le signal est plutôt celui de l’escalade. Le Kremlin affirme que les frappes ukrainiennes en profondeur ne rapprochent pas la paix, mais risquent au contraire d’élargir encore la zone tampon que Moscou veut imposer à l’Ukraine.

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    C’est pour cela que la réunion d’aujourd’hui est cruciale. Pour l’Ukraine, l’enjeu est d’obtenir une promesse de durée. Pour l’Europe, il s’agit de soutenir Kyiv militairement tout en se préparant à peser, demain, dans une éventuelle négociation. Autrement dit : construire le rapport de force avant de parler de paix. Il va être question des garanties de sécurité, des capacités militaires ukrainiennes et de l’industrie de défense.

    Poutine, qui misait sur la division de l’Occident à long terme, semble parfois pris à son propre jeu. En fait, la guerre d’Ukraine nous rappelle une chose simple : au XXIe siècle, la puissance d’un pays ne se mesure pas à ce qu’il montre, comme le fait la Russie. La puissance se mesure à ce qu’un pays peut encaisser pour devenir, à terme, le maitre des horloges.

    Lukas Aubin

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  • Hommage à Alfred Dreyfus : « Cette affaire est la preuve qu’on peut lutter contre l’antisémitisme » estime Vincent Duclert

    Emmanuel Macron a présidé hier la première journée nationale de commémoration de l’innocence du capitaine Dreyfus, 120 ans après sa réhabilitation par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. Vincent Duclert, historien, spécialiste de l’affaire Dreyfus et auteur de Dreyfus, Jour de gloire aux éditions Les Belles Lettres, était l’invité de la matinale de Radio Classique ce lundi. Présent à la commémoration, il revient sur les leçons qu’on peut tirer de cette affaire et qui sont plus que d’actualité aujourd’hui, dans un contexte de résurgence de l’antisémitisme. 

     

    Charles Dreyfus évoque la longue pérégrination de cette statue, qui a erré dans Paris pendant près de quarante ans.

    VINCENT DUCLERT : Il y a eu cette journée nationale voulue par le président de la République, et le même jour, la statue au sabre brisé a été transférée devant la Cour de cassation. Deux événements qui ont donné encore plus de force à cette journée, qui était tout à fait réussie.

    Cette statue a été commandée par le ministre de la Culture Jack Lang en 1984, et elle fut réalisée en 1986. À l’époque, son créateur, Louis Mitelberg, l’envisageait dans la cour de l’École militaire. Mais Charles Hernu, ministre de la Défense, et François Mitterrand n’en ont pas voulu, et aucune institution n’a accepté de l’accueillir car en 1986, l’affaire Dreyfus divisait encore la France, elle était gênante pour la nation.

    La statue a donc été exilée dans le jardin des Tuileries. C’est Jacques Chirac, en tant que maire de Paris, qui en 1994 la sort et la place boulevard Raspail, un lieu sans signification particulière, jusqu’à aujourd’hui.

    Vincent Duclert : « Il y a eu un temps du déni et du mépris pour cette affaire jusqu’en 1998 »

    Charles Dreyfus et moi-même nous sommes associés pour convaincre la mairie de Paris et la présidence de la République, avec d’autres soutiens, Paul Salmona, directeur du musée d’art et d’histoire du judaïsme, et Aurélie Filippetti, directrice des affaires culturelles à la ville de Paris. Il y a eu un alignement des planètes, et le président de la République a tenu à saluer dans son discours la présence de la statue. C’était un jour parfait.

    Dans votre ouvrage, vous parlez d’un « temps du déni et du mépris ». Est-ce que c’est ce qu’a véritablement ressenti la famille Dreyfus ?

    V.D. : Oui, absolument. La famille a été totalement isolée. La décision de la Cour de cassation du 12 juillet 1906 est une très grande décision : la Cour de cassation a instruit pendant deux ans et demi, repris tout un dossier tentaculaire, rempli de faux et de manipulations, pour asseoir la reconnaissance de l’innocence de Dreyfus sur des bases absolument incontestables, en droit comme en vérité.

    Dreyfus a dû se défendre tout seul, sans soutien de l’État

    Quelques jours après l’arrêt, le capitaine Dreyfus reçoit la Légion d’honneur. Mais immédiatement, l’Action française attaque la Cour de cassation, prétendant qu’elle a jugé sur un faux, sur une manipulation d’un article du code pénal. Dreyfus se retrouve seul à défendre cette décision, poursuivant les journaux en diffamation, sans que les pouvoirs publics s’engagent.

    Ce temps du déni et du mépris durera jusqu’en 1998, jusqu’au centenaire du J’accuse. Jacques Chirac, devenu président, écrit alors une très belle lettre aux familles Dreyfus et Zola, et Lionel Jospin organise une cérémonie au Panthéon.

    En 2006, une grande cérémonie est organisée à l’École militaire par Jacques Chirac, mais sans lendemain. Vingt ans plus tard, ce qu’imagine Emmanuel Macron, c’est un « panthéon permanent » : chaque année, on parlerait du capitaine Dreyfus, des dreyfusards et du dreyfusisme.

    Une journée nationale de commémoration de la reconnaissance de l’innocence d’Alfred Dreyfus a été mise en place le 12 juillet

    Souhaitez-vous, à titre personnel, qu’Alfred Dreyfus entre au Panthéon ? Est-ce la suite logique ?

    V.D. : Très honnêtement, j’ai proposé cette idée à Jacques Chirac en 2006, qui l’a sérieusement envisagée. Mais des attaques fallacieuses ont surgi contre l’image de Dreyfus, présenté comme une simple victime, ce qu’il n’est pas. Dreyfus est un combattant qui a résisté à l’impensable, un citoyen engagé, un symbole très fort. Ces polémiques ont conduit Chirac à ne pas poursuivre.

    Emmanuel Macron a choisi la journée nationale de commémoration. Honnêtement, je pense que c’est une très bonne idée.

    Le Panthéon, c’est très fort, mais c’est une seule fois: on l’a vu avec Marc Bloch, avec Manouchian. Là, chaque année, la société peut s’emparer du sujet, avec une statue ouverte à tous, dans un lieu splendide.

    « L’antisémitisme est un mécanisme » soutient Vincent Duclert

    On sent une urgence dans ce livre. La communauté juive a été attaquée à Sarcelles, l’enquête est en cours. Qu’est-ce qui vous inquiète le plus dans le parallèle entre l’affaire Dreyfus et notre société aujourd’hui ?

    V.D. : D’abord, il est très important de dire que l’affaire Dreyfus prouve qu’on peut lutter contre l’antisémitisme. Je tiens à souligner la valeur de Charles Dreyfus : 98 ans, remarquable, il a toujours soutenu les historiens sans jamais rien demander en retour. On retrouve en lui les qualités morales du capitaine : la discrétion et l’humilité.

    Sur l’antisémitisme, l’affaire Dreyfus démontre qu’on peut le combattre, attaquer les antisémites de front, et repenser la démocratie face à lui. C’est ce qu’a dit le président de la République, avec justesse. Le dreyfusisme est un rempart contre l’antisémitisme.

    Il faut tirer des leçons de l’affaire Dreyfus

    On comprend avec l’affaire Dreyfus que l’antisémitisme s’attaque aux Juifs, à toutes les minorités, et aux institutions de la République, c’est un mécanisme. Tout citoyen doit le combattre. C’est odieux d’exploiter l’antisémitisme pour des intérêts partisans. Ce qui a été montré hier, c’est que l’antisémitisme ne passera pas, et que nous avons des armes, et notamment le dreyfusisme, qui est une méthode, une volonté.

    Votre livre est-il aussi une sorte d’antidote, qui donne des clés ?

    V.D. : Oui, je l’ai conçu comme ça. Travailler dans l’urgence ne signifie pas bâcler ; c’est trouver les mots et répondre aux interrogations de la société. Le discours du président de la République était très bien articulé, écrit par son conseiller mémoire Bruno Roger-Petit, et pleinement endossé par un président qui suit ce dossier depuis longtemps. Il faut vraiment le saluer pour ce qu’il fait pour la mémoire, en s’appuyant sur la vérité historique.

    Il faut dire aux Français qu’il y a des affaires terribles, mais qu’on en sort la tête haute. L’affaire Dreyfus est terrible au départ : on broie un innocent, on menace les dreyfusards. Mais en reconnaissant les vérités de l’antisémitisme et de la raison d’État, la nation grandit, et elle offre des exemples : Anatole France, Émile Zola, le colonel Picquart.

    « Lucie est une pièce maîtresse de la défense du capitaine Dreyfus. »

    Il ne faut pas oublier aussi l’engagement des journalistes. Les femmes journalistes naissent à ce moment-là, notamment autour du journal La Fronde, qui va créer la première école de journalisme avec Dick May.

    Il y a une femme à laquelle vous consacrez également une place dans votre livre : Lucie Dreyfus. Pourquoi était-ce important de lui donner la parole ?

    V.D. : Parce que Lucie a été extraordinaire : elle a trouvé les mots pour réconforter son mari qui parfois désespérait, allait jusqu’à songer au suicide. Lucie est une grande écrivaine, à la fois très sensible et d’un grand sang-froid.

    Et ce qui est très intéressant, c’est que alors que les femmes à l’époque n’ont aucun droit, ne votent pas, et ne sont pas citoyennes, elle devient la tutrice légale de son mari quand celui-ci est sur l’île du Diable. C’est elle qui agit en son nom, qui travaille avec les avocats, et elle devient une pièce maîtresse de la défense du capitaine Dreyfus.

    « Le mécanisme similaire entre l’affaire Dreyfus et la Shoah est l’antisémitisme » explique Vincent Duclert

    Elle survivra à la Seconde Guerre mondiale, réfugiée dans un couvent à Valence sous le nom de Madame Duteil, nom lié du reste au chanteur Yves Duteil. Elle mourra presque de chagrin en apprenant la mort de sa petite-fille Madeleine Lévy : résistante, arrêtée par la milice à Toulouse, morte à Auschwitz, elle avait accompagné jusqu’à la chambre à gaz les enfants dont elle s’occupait dans le convoi.

    C’est là qu’au fond, de l’affaire Dreyfus, on en vient à la Shoah. Le mécanisme similaire, c’est l’antisémitisme, qui fabrique aussi l’extermination des Juifs. Tout est là pour dire qu’on ne peut accepter le moindre antisémitisme en France.

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    C’est aussi un message à la jeunesse, où l’on voit un brouillage entre antisionisme et antisémitisme. Il faut agir d’urgence.

    V.D. : Tout à fait. En tant qu’inspecteur général, je l’ai suivi dans de nombreux établissements. Il y a aujourd’hui une forme de court-circuit : quand on étudie la Shoah, certains élèves rétorquent en montrant ce que fait Israël à Gaza. Ce qui est très intéressant, c’est qu’avec l’affaire Dreyfus, on peut expliquer l’antisémitisme sans ce brouillage, sans cette confusion.

    J’ai assisté à Versailles à des travaux remarquables menés par des élèves, je félicite les professeurs et les inspectrices qui les ont accompagnés. Il faut absolument continuer à enseigner l’affaire Dreyfus et le monde juif dans les établissements scolaires, car cela ouvre sur l’ensemble de la société française, et sur le monde.

     

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  • Le Verbier Festival 2026 : vivez une expérience inoubliable avec les plus grands artistes classiques
    Le Verbier Festival débute ce jeudi sa 33ème édition. Radio Classique, partenaire fidèle de l’évènement suisse, suivra l’actualité du festival qui va proposer une soixantaine de concerts.

    C’est un plateau et une programmation exceptionnels que dévoile cette année encore le Verbier Festival, du 16 juillet au 2 août. À commencer par la traditionnelle cérémonie d’ouverture en hommage aux talents du canton : l’Ensemble de Cuivres Valaisan, vice-champion suisse des Brass Bands 2024, et l’Oberwalliser Vokalensemble se succèderont sur scène pour une soirée festive et captivante, entre virtuosité des cuivres et subtilité vocale.

    Le lendemain, un programme spectaculaire est prévu en ouverture de cette 33ème édition avec la gigantesque Turangalila-Symphonie d’Olivier Messiaen. Véritable symphonie concertante avec en solistes Lucas Debargue au piano et Cécile Lartigau aux ondes Martenot, elle sera dirigée par Esa-Pekka Salonen, probablement le plus grand chef actuel pour la musique du XXème siècle qui fera son retour tant attendu à Verbier cet été. En première partie, le grand final du Crépuscule des Dieux de Wagner sera interprété par la mezzo américaine Michelle DeYoung.

    Tout au long du festival, des sommets musicaux sont attendus, notamment le grand retour de Sir Simon Rattle qui dirigera le Verbier Festival Orchestra (VFO) dans un programme d’exception : le monumental Concerto pour piano n°3 de Rachmaninov avec Kirill Gerstein en soliste, suivi d’Une vie de héros de Strauss. Sir Simon Rattle dirigera également l’opéra de Bartók, Le Château de Barbe-Bleue, aux côtés de Magdalena Kožená et Gerald Finley. Autre rendez-vous lyrique à ne pas manquer, La Traviata de Verdi sera portée par les voix de l’Atelier Lyrique sous la direction de James Gaffigan en clôture du festival.

     

    Rencontres et duos légendaires

    L’un des immenses évènements de cette édition 2026 sera la rencontre inédite entre Martha Argerich et Alexandre Kantorow, réunis pour un concert à deux pianos à l’Eglise de Verbier, avant d’être rejoints par Magdalena Kožená pour les Amours du Poète de Schumann. Martha Argerich partagera également la scène lors d’un trio très attendu avec ses complices de toujours, la violoniste Janine Jansen et le violoncelliste Mischa Maisky. Janine Jansen interprétera à l’occasion l’une de ses œuvres fétiches de la musique du XXème siècle : le Concerto pour violon n°1 de Chostakovitch.

    Le festival verra défiler d’autres légendes du piano : Evgeny Kissin et Sir András Schiff s’associeront pour un récital mémorable autour de Dvořák, Schumann et Smetana. Khatia Buniatishvili illuminera la Salle des Combins dans un voyage allant de Bach à Liszt, tandis que le prodige Yuncham Lim proposera une carte blanche passionante, incluant une soirée de musique de chambre avec Daniel Lozakovitch et Kian Soltani, ainsi qu’un grand récital dédié au genre de la Fantaisie.

    La liste des artistes prestigieux s’allonge avec la présence de Leonidas Kavakos, Mao Fujita, Nikolaï Lugansky, Bruce Liu, Noboyuki Tsujii, et tant d’autres. Côté direction, le festival accueillera des maestros de premier plan : Lahav Shani, Gianandrea Noseda, Daniel Harding, Gábor Takács-Nagy et Vasily Pretrenko. De grandes voix mondiales résonneront également , à l’image de Renée Fleming, Bryn Terfel ou Peter Mattei.

     

    Transmission et création : l’Academy, le VFCO et UNLTD

    L’année 2026 marque un jalon historique pour le festival : le 20ème anniversaire du Verbier Festival Chamber Orchestra (VFCO), véritable ambassadeur international de l’évènement.

    Pilier incontournable du festival, l’Academy réunira une nouvelle fois les meilleurs jeunes talents de leur génération. Les master classes publiques (animées entre autres par Renée Fleming, András Schiff et Steven Isserlis) seront ouvertes à tous. Cette édition marquera également le 10ème anniversaire du prestigieux Prix Yves Paternot, célébré par un concert spécial réunissant plusieurs lauréats.

    En marge des concerts symphoniques, le laboratoire créatif UNLTD proposera une vingtaine d’évènements novateurs. Le Cinéma de Verbier accueillera notamment des propositions artistiques variées allant de Sandrine Piau à l’Orchestre Cesária Évora, en passant par un spectacle hommage dédié à Joséphine Baker.

    À l’occasion du centenaire de sa naissance, un ciné-concert et une recréation mondiale de l’album culte In a Silent Way de Miles Davis par le quintette à cordes Wooden Elephant promettent de bousculer les codes.

    Enfin, pour le jeune public, la programmation VF KiDS et les célèbres conférences gratuites VF Talks complèteront cette riche quinzaine musicale au cœur des Alpes suisses.

     

     

    Découvrez toute la programmation sur verbierfestival.com

     

     

    En tant que partenaire privilégié du festival, Radio Classique animera, du 20 au 22 juillet à 20h « Au cœur du Verbier Festival », un rendez-vous dédié au cours duquel Pauline Lambert reviendra sur l’actualité et la programmation du festival avec des témoignages d’artistes et des reportages réalisés sur place.

    Redécouvrez bientôt Le Petit Journal du Verbier Festival avec Pauline Lambert :

    Lundi 20 juillet

    Mardi 21 juillet

    Mercredi 22 juillet

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  • Langue française : 8 noms d’habitants étonnants, de Foix à Epinal, ces gentilés à retenir

    Les gentilés, terme désignant la dénomination des habitants d’un lieu, réservent parfois bien des surprises. Voici un tour d’horizon de quelques cas qui méritent qu’on s’y attarde, accompagnés de petits moyens mnémotechniques pour mieux les retenir.

     

    Comment appelle-t-on les habitants de Foix ?

    Les habitants de Foix sont les Fuxéens. Cette forme surprenante s’explique par l’étymologie : le nom Foix viendrait du peuple des Flussates, qui a donné en latin Fuxenses et Fuxum. Pour retenir, pensez au latin.

    A Metz, dit-on les Messinois ou les Messins ?

    Les habitants de Metz sont simplement les Messins. Un moyen mnémotechnique pour ne plus l’oublier : pensez à une femme qui parle de sa poitrine et qui dit « mes seins » : inattendu, mais imparable.

    Rares sont ceux qui connaissent le gentilé de Château-Thierry !

    C’est le gentilé le plus imposant de la liste : les Castrothéodoriciens. Il tire son origine de la forme latine Castrum Theodorici. L’usage a également popularisé la variante Castelthéodoricien, tout aussi longue, mais tout aussi correcte.

    Les habitants d’Épinal sont-ils des Épinais ou Spinaliens ? Ne vous trompez pas !

    Les habitants d’Épinal sont les Spinaliens. Pour retenir cette forme déroutante, voici le moyen mnémotechnique le plus audacieux : imaginez un vétérinaire à la campagne, appelé pour une infection aux pis d’une vache, qui s’exclame : « S’pis, y’a quelque chose ! mais spinalien » et vous n’oublierez plus jamais les Spinaliens.

    Monténégro : Monténégrins ou Monténégrais ? une astuce facile pour ne plus se tromper

    Les habitants du Monténégro sont les Monténégrins. Pour retenir ce gentilé, on peut imaginer l’image de quelqu’un qui monte des grains. Une astuce certes tirée par les cheveux, mais efficace.

    Andorre : Faut-il dire Andorrins ou Andorrans ?

    Ce sont les Andorrans qu’il convient d’employer. Le moyen mnémotechnique ? Pensez au participe présent adorant : on ne peut qu’être adorant envers les Andorrans.

    Comment appelle-t-on les habitants du Cap-Vert et de Mayotte ?

    La bonne forme est Cap-Verdiens. Ce gentilé est d’ailleurs régulièrement entendu dans les médias. Pour le mémoriser, on peut aussi penser au poète du début du surréalisme Pierre Reverdy.

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    Les habitants de Mayotte sont les Mahorais. Un moyen mnémotechnique ? Imaginez des mâts au rez-de-sol… !

    Karine Dijoud

     

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  • Tour du France 1964 : La prophétie du mage Belline qui a déstabilisé Anquetil face à Poulidor

    C’est l’une des éditions mythiques du Tour de France, celle de 1964, qui a vu s’affronter Poulidor et Anquetil. Jean-Paul Ollivier, « Polo-la-science », y revient dans son ouvrage : La grande boucle de mes souvenirs. Il raconte notamment la prophétie d’un mage et ses conséquences sur la course. 

    Ecoutez l’épisode des Grands dossiers de l’Histoire en intégralité :

     

    France Soir, le grand journal populaire de l’époque, a publié une prophétie d’un mage, Belline, qui annonce la disparition de Jacques Anquetil en Andorre lors de l’étape dans les Pyrénées. Cette prédiction inquiétante va être très importante pour l’issue du tour.

    Le 5 juillet 1964 à Andorre, c’est le jour de repos sur le tour. Comme c’est le cas depuis le début de l’évènement sportif, la chanteuse Dalida interprète ses grands succès. Elle parcourt le Tour dans une espèce d’élan populaire assez extraordinaire. Les coureurs ont besoin de repos puisque le lendemain, ils vont attaquer les Pyrénées, une étape de 186 km entre Andorre et Toulouse. Et au classement général, c’est un Français, Georges Groussard, qui est maillot jaune pour le moment.

    Anquetil et Poulidor : une France séparée en deux

    Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont pour l’instant 2e et 3e, et aucun n’arrive à distancer l’autre. Poulidor a pris de l’avance dans les Alpes, mais lors d’une étape entre Briançon et Monaco, il commet une erreur fatale. Il croit qu’il a gagné alors qu’il lui reste un tour entier à parcourir. Anquetil lui est passé devant et a remporté sa première étape sur le sur ce tour.

    La presse se délecte, évidemment, et les Français se passionnent pour tout ça. En 1964, on regarde très peu le Tour de France à la télévision. D’ailleurs, il y a juste un reportage télévisé par jour qui n’est pas long. En revanche, on suit tout ça à la radio, il faut imaginer tout le monde l’oreille collée au transistor et discuter à l’infini. Il y a des Anquetilistes et des Poulidoristes : la France est, comme d’habitude, séparée en deux camps.

    Pendant ce jour de repos, Anquetil n’est pas très en forme, parce qu’il se souvient de cette prophétie du mage Belline dans France Soir, la veille du départ de Rennes. Il prédisait une chute, un abandon d’Anquetil aux alentours d’Andorre. Et Anquetil, superstitieux, y croit plus ou moins. Alors, pour le distraire, le directeur sportif Raphaël Geminiani, un homme assez étonnant qui aime bien la bagarre, va l’entraîner dans un méchoui organisé par Radio Andorre. C’est la grande époque de triomphe des radios périphériques.

    Anquetil fait la fête, Poulidor se repose

    Certains disent que ce jour-là, Jacques Anquetil était sobre et qu’il a fait semblant de dévorer un gigot pour faire plaisir aux photographes. Mais d’autres assurent que ce n’était pas du tout du cinéma, que Jacques Anquetil n’a pas arrêté de manger et de boire. Avec son directeur sportif, il s’est livré à un concours de boissons, une baignoire a même été remplie de sangria !

    Pendant ce temps, Poulidor récupère, se repose, fait du vélo. Antonin Magne, son entraîneur, est à l’inverse de Geminiani :  c’est un homme très sérieux qui prescrit des tisanes à ses coureurs. Le lendemain, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont sur la ligne de départ, et tout le monde parle des excès que le premier a commis la veille.

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    Dans les premiers lacets du col d’Envalira, à 2400 m d’altitude, Anquetil n’avance pas. Il pense s’arrêter. À ce moment-là arrive Louis Rostollan, excellent grimpeur, qui fait partie de l’équipe d’Anquetil. Il dira plus tard : « j’ai secoué Jacques, harangué, insulté, traité de tous les noms d’oiseaux, et Dieu sait que j’ai un sacré vocabulaire ! ». Il faut croire que ça a marché. Louis Rostollan va aider son coéquipier, peut-être un peu trop puisqu’il le pousse, se met devant lui, lui prend la main et le tire au maximum avant de lâcher. Il passe également son coude gauche sous le bras droit d’Anquetil, au risque d’être disqualifié. « Je ne triche pas, Monsieur, puisque j’ai les deux bras posés sur le guidon comme le veut le règlement », argue Rostollan.

    Anquetil arrive finalement au sommet du col, mais avec plus de 4 min de retard. Il écope de 15 secondes de pénalisation pour avoir été aidé par son coéquipier. Germiniani, le directeur sportif d’Anquetil, lui donne un gobelet de champagne et lui dit « Jacques, si tu dois mourir, je t’en supplie, meurs en tête, pas devant la voiture balai. »

    Franck Ferrand

     

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  • Été 1936, les premières vacances : ces Français oubliés qui ne sont pas allés à la mer

    Été 1936 : pour la première fois de leur vie, des millions de Français découvrent la mer. Les sorties d’usine en liesse, les trains bondés, les plages, le maillot, le camping… ces heures qui n’appartiennent plus à personne, à condition de pouvoir partir…

    Ecoutez l’épisode des Grands dossiers de l’Histoire en intégralité :

     

    Au début de l’été 1936, un nouveau paysage va s’ouvrir pour les Français : le silence d’une plage, la campagne, la montagne. Ceux qui jusqu’alors avaient surtout connu les murs des usines et les ruelles des quartiers ouvriers vont, du jour au lendemain, découvrir à quoi peut ressembler un beau loisir dans un beau lieu.

    Tout ça à condition de pouvoir partir. Avoir 2 semaines de congés payés, c’est une chose, mais avoir les moyens de les utiliser, c’en est une autre. À la fin de juillet 36, l’État va s’en mêler puisque le jeune sous-secrétaire d’État aux sports et aux loisirs, le fameux Léo Lagrange, négocie avec les compagnies ferroviaires la création d’un billet spécial.

    Le tarif est réduit de 60 %, à condition de parcourir au moins 200 kilomètres. Le prix d’un aller-retour à la mer devient quelque chose d’abordable. C’est presque à la portée d’un salaire ouvrier, de certains en tout cas. Et c’est vrai que cet été-là, quelques 600 000 billets vont être vendus. Et l’année suivante, ce sera trois fois plus, pas loin de 2 millions.

    À l’été 36, le succès des guinguettes du bord de Marne

    Vous imaginez les trains bondés qui filent vers la Normandie ou vers la pointe bretonne, des vélos, des tandems chargés de bagages sur les routes de campagne. Cette image n’est pas fausse, elle symbolise l’été 36 dans l’inconscient collectif. Mais elle ne dit pas tout puisque la grande majorité des ouvriers vont beaucoup moins loin que ça.

    Énormément de gens vont rester aux portes des villes. Les gens qui habitent Paris se rendent plutôt dans les guinguettes du bord de Marne, là où on peut se baigner, danser, boire un verre à l’ombre sans dépenser un mois de salaire. Parce que les gens n’ont pas tous les moyens de partir en vacances ! Pour beaucoup, la mer reste encore un rêve, un horizon lointain.

    Aider aux moissons, le loisir de certains Français en 1936

    Une chose est peu évoquée lorsqu’on parle des vacances de 1936, c’est le retour des ouvriers vers la campagne. Il y a eu un exode rural, et l’été 36 marque une sorte de chemin inverse. Il y a beaucoup de gens qui s’en vont tout simplement à la ferme, chez leurs parents ou grands-parents, qui sont restés paysans. Beaucoup de ces travailleurs des usines ont encore une famille à la ferme. Ils ont des champs qui les attendent, alors ils vont profiter des fameux congés pour aller aider aux moissons, pour retrouver aussi leur maison d’enfance, et pour changer d’atmosphère.

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    Ce qui frappe au fond, ce n’est pas tant la destination que le mouvement lui-même, qu’on aille à la mer, au bord de la Marne ou à la ferme familiale. Ce qui est certain, c’est que pour la première fois de leur existence, des millions de Français vont changer de périmètre. Ces employés, ces ouvriers, ces familles qui ne sortaient pas de leurs villes et de leurs quartiers, parfois même de leurs rues, vont découvrir autre chose. Des choses qu’ils n’avaient vues généralement qu’en photographie. Ce n’est pas seulement une loi sociale qui vient de changer le calendrier des Français. C’est la première fois à cette échelle que la France peut se regarder elle-même.

    Franck Ferrand

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  • Le retour de la Josacine, antibiotique historique, est-il une bonne nouvelle ?

    La Josacine est un antibiotique qui avait disparu depuis 2023 mais qui revient aujourd’hui en France, grâce au laboratoire nantais Théradial. Ce retour est positif car il permet de diversifier les traitements et donc de réduire la résistance des bactéries face aux antibiotiques. Il va être renommé Josamycine Théradial, afin de ne plus être rattaché au médicament qui avait causé la mort d’une petite fille en 1994. 

     

    Ce médicament, un antibiotique, avait disparu des pharmacies depuis 2023, sur décision du japonais Astellas, qui préférait se concentrer sur des médicaments plus rémunérateurs.

    Mais un petit laboratoire nantais, Théradial est parvenu à convaincre ce groupe de lui racheter l’autorisation de mise sur le marché. Il aura mis plusieurs années à le convaincre, et il a profité notamment de la mise en place il y a deux ans d’un décret imposant la recherche d’un repreneur en cas d’arrêt de la commercialisation d’un médicament dit d’intérêt thérapeutique majeur.

    La Josacine était utilisée pour soigner des allergies à la pénicilline et des pneumopathies

    C’est une triple bonne nouvelle. D’abord parce que cet antibiotique était très utilisé dans l’Hexagone depuis 1983 par les allergiques à la pénicilline, ou pour traiter certaines pneumopathies. En 2019, 600.000 personnes avaient été soignées avec ce produit, soit en sirop, soit en comprimé.

    Ensuite parce que les bactéries se font plus résistantes aux antibiotiques ces dernières années. Il existe déjà quatre médicaments du même type. Un cinquième permettra d’avoir une plus grande variété pour soigner efficacement les malades et notamment les enfants de plus de trois ans. En alternant les produits, on réduit le risque de résistance.

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    Enfin c’est une bonne nouvelle pour la souveraineté sanitaire. Théradial est français. Si le principe actif sera toujours fabriqué au Japon, le reste sera made in France, dans l’usine d’un partenaire dans les Yvelines. Il faut savoir que le principe actif est complexe à fabriquer, ce qui fait d’ailleurs que ce médicament n’a pas de générique.

    L’antibiotique a été renommé Josamycine Théradial

    Certes, c’est une marque connue, mais elle est aussi associée à un fait divers tragique : en 1994, une enfant était morte après avoir bu un sirop empoisonné. Elle souffrait d’une bronchite. L’affaire a fait grand bruit et si le médicament de base n’était pas en cause, ce n’est pas forcément très vendeur.

    L’antibiotique s’appellera donc Josamycine Théradial, du nom de la molécule, ce qui simplifiera aussi les lancements à l’international selon la PME. Il devrait être disponible l’an prochain.

    Pierrick Fay

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