La star planétaire Céline Dion sera en résidence à partir du mois de septembre à Paris pour une série de 16 concerts. Frédéric Longuépée, PDG de Paris la Défense Arena, était l’invité des Voix de l’économie. Alors que la billetterie générale vient d’ouvrir, il nous dévoile les coulisses de cet évènement sans précédent.
Céline Dion sera en résidence à partir du mois de septembre à Paris La Défense Arena. Ce n’est pas votre coup d’essai : vous aviez déjà accueilli Mylène Farmer pour 9 concerts, Taylor Swift pour 4 concerts en 2024, mais cette fois-ci, vous allez mettre les petits plats dans les grands.
FRÉDÉRIC LONGUÉPÉE : Effectivement, on passe dans une dimension supérieure avec 16 dates réparties sur plusieurs semaines. C’est près d’un demi-million de billets mis en vente, mais surtout une demande sans précédent : nous avons eu près de 9 millions d’inscrits pour accéder aux préventes. 9 millions d’inscrits pour un demi-million de places disponibles, ça fait près de 20 personnes par place. On n’avait clairement jamais vu ça.
Qu’est-ce que ça change, une résidence ? C’est un format qui se développe de plus en plus et qui modifie le rapport entre l’artiste et ses fans. Avant, c’était l’artiste qui se déplaçait ; là, ce sont les fans qui viennent voir l’artiste en un seul endroit.
F.L. Oui, c’est un vrai changement. Historiquement, les artistes tournaient pour aller à la rencontre de leurs fans. Le format de la résidence est un bouleversement complet : les fans viennent à l’artiste. C’est aussi l’opportunité pour cet artiste de s’installer dans une ville, et non pas de passer en coup de vent. Elle s’installe, au lieu d’être un effet ponctuel dans une ville du monde.
« Le dialogue avec Céline Dion s’est construit sur le long terme »
Est-ce que ça permet d’investir davantage dans la production scénique ? J’imagine que c’est un confort pour l’artiste.
F.L. Absolument. La difficulté des tournées, c’est que l’on met en place des kits scéniques relativement standards pour des salles relativement standards dans le monde entier. Le fait de s’installer en résidence permet d’imaginer un dispositif scénique avec des écrans intégrés, des lumières particulières, une acoustique spécifique. C’est un dispositif hors norme, à l’image de ce qu’est cette artiste. Elle va rester chez nous pendant 16 dates, et nous avons réservé la salle pendant 45 jours, du début septembre à la mi-octobre.
Comment avez-vous obtenu ce contrat ? Céline Dion est produite par AEG, et non par Live Nation qui est en passe de devenir propriétaire de la Défense Arena. Comment avez-vous réussi à la convaincre ?
F.L. Ce projet est indépendant du rachat de la salle par Live Nation, qui je le rappelle est soumis à la validation de l’Autorité de la concurrence. Céline Dion est produite par AEG, et le dialogue s’est construit sur le long terme. Vous savez, à l’image des sportifs, les médailles ne se gagnent pas le jour de la compétition, elles se gagnent avant, quand personne ne regarde. Le fait d’armes est là : nous avons honoré un rendez-vous pris en 2020, qui n’a jamais été annulé, en maintenant le contact avec la production. Je salue le travail des équipes de Paris La Défense Arena, ainsi que de Concerts West aux États-Unis, d’Interconcert en France et d’AEG Presents. Ce rendez-vous a donc été honoré en 2026, et nous sommes ravis d’avoir entretenu cette relation tout au long de ces années.
« Des attaques massives de bots pour nuire aux entreprises et aux organisations »
Pratiquement un demi-million de spectateurs sont attendus sur la durée de cette résidence. La sécurité de la billetterie doit représenter un enjeu considérable.
F.L. C’est effectivement un enjeu particulier, et vous comprendrez que certaines informations restent confidentielles. La sécurité est de deux ordres. Premièrement, nous sommes aujourd’hui confrontés à des attaques massives de bots qui ciblent les serveurs. Historiquement, c’était pour aspirer les billets et les revendre sur des plateformes non autorisées. Aujourd’hui, l’objectif est davantage de nuire aux entreprises et aux organisations. Un des enjeux forts, mis en place avec nos prestataires — AXS, la filiale billetterie d’AEG, et Ticketmaster, notre logiciel de billetterie — est de lutter contre ces bots et de garantir un billet valable et officiel à l’entrée de la salle.
La Défense Arena a été pensée dès sa construction avec des espaces d’hospitalité : huit salons, près d’une centaine de loges. Les places y sont forcément limitées. Y a-t-il la même bataille du côté des entreprises que du côté des spectateurs ?
F.L. Oui, complètement. On assiste à une transformation assez forte du marché des hospitalités dans le live. La demande a été très forte dès les premières 24 heures : 10 000 e-mails avaient été reçus dans la boîte dédiée aux entreprises.
10 000 demandes pour une centaine de loges !
F.L. Absolument. Cela nous a obligés à mettre en place une gestion de liste d’attente pour qualifier et absorber cette demande. Environ 30 000 places seront réservées aux hospitalités. L’offre a été structurée autour de six produits, à partir de 650 €, avec des offres sur mesure pour les groupes et les grands comptes. Autre signal très fort : près de 40 % des entreprises du CAC 40 ont réservé des hospitalités dès la première semaine d’ouverture.
Ces tubes sont inspirés par la musique classique, et vous ne le saviez (peut-être) pas !
Ça va vraiment être un marqueur de cette rentrée d’automne 2026. Les retombées économiques sont importantes : la région Île-de-France les estime à 300 millions d’euros, avec notamment 30 % de spectateurs étrangers. Il y a aussi des retombées plus difficiles à évaluer, mais considérables, en termes d’image.
F.L. Effectivement, on a pris connaissance de cette estimation de la région Île-de-France à 300 millions d’euros. Je voudrais rappeler qu’en dehors de tout événement exceptionnel, l’impact économique annuel de Paris La Défense Arena est déjà d’une centaine de millions d’euros. Avec la résidence de Céline Dion, cet impact va être multiplié. Mais au-delà des 300 millions d’euros, l’autre marqueur important, c’est la capacité à transformer un quartier d’affaires en destination culturelle mondiale.
Et c’était l’un des enjeux à l’inauguration de la salle en octobre 2017…
F.L. C’était effectivement l’un des enjeux à l’inauguration. Le pari est gagné.
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Cet article Concerts de Céline Dion : « La demande est de 20 personnes pour 1 place, on n’avait jamais vu ça » réagit le PDG de Paris La Défense Arena est apparu en premier sur Radio Classique.