Dans un contexte international marqué par la montée des tensions, notamment sous l’impulsion de Donald Trump, entre les menaces à l’égard du Groenland ou la mise en place de nouveaux droits de douane contre la France, l’avenir apparaît plus incertain que jamais. Invité de la matinale, Alain Duhamel, éditorialiste et essayiste, auteur du livre Les Politiques, Portraits et Croquis (Éditions de l’Observatoire), livre son analyse du paysage politique mondial et français.
Pour Alain Duhamel, Donald Trump incarne un bouleversement sans précédent de l’économie mondiale. « La rationalité de Donald Trump commence là où se termine son côté totalement chaotique, contradictoire, instable, imprévisible, désorganisateur. C’est le désorganisateur en chef de l’économie mondiale. Personne n’a eu, jusqu’à présent, cet impact-là. À lui tout seul, il modifie les règles commerciales du monde entier. » L’éditorialiste insiste sur la capacité du président américain à imposer ses propres règles, au mépris des accords et traités internationaux. « Ce n’est pas un accord ou un traité, c’est ce qu’il impose au monde. »
Alain Duhamel ne cache pas son exaspération face à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qu’il juge trop « pusillanime ». « J’ai été effondré quand je l’ai vue aller s’agenouiller devant Trump sur un golf comme si c’était un vassal qui se présentait devant son suzerain. Je trouvais ça vraiment humiliant. » Malgré ses critiques sur la lenteur de la Commission, il souligne que « plus le temps passe, plus la nécessité de l’Europe s’impose ». Même le Royaume-Uni, longtemps réticent, se rapproche de l’Union européenne, non par idéologie, mais par pragmatisme : « Le seul moyen de peser réellement aujourd’hui dans le monde, c’est que l’Europe soit, sinon unie, ce qu’elle ne sera jamais, mais suffisamment solidaire et audacieuse. »
Une fin de règne amère
Selon l’invité, la politique extérieure demeure le dernier grand domaine d’action du président de la République. « Ce qui reste à Emmanuel Macron, c’est essentiellement la politique extérieure, c’est-à-dire bien entendu la diplomatie, mais aussi les forces armées. » Il salue la constance du président dans le renforcement de la défense française depuis 2017, une rupture avec les décennies précédentes. « Il a toujours cru à la nécessité de la dimension européenne, y compris en matière de défense, puisqu’il a été pionnier. » Alain Duhamel observe également qu’Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, subit un rejet croissant en fin de mandat. « Les fins de règne, et notamment les fins de deuxième mandat, ont toujours été catastrophiques, et se sont toujours mal terminées pour tous les présidents, y compris de Gaulle. »
Interrogé sur les qualités nécessaires pour réussir en politique, l’essayiste estime que « l’opiniâtreté et la ductilité » sont essentielles : « Il faut être non seulement habile, mais intuitif, parce que l’habileté sans intuition, ça ne sert à rien. » Il assume pleinement ses critiques envers certains responsables politiques, affirmant ne pas être hypocrite quant à ses écrits : « Parmi ceux qui sont en activité, il y a ceux que je critique vraiment beaucoup et ceux dont je laisse entendre qu’ils n’ont pas le niveau. »
Une France profondément divisée
Alain Duhamel est préoccupé par « le retour de divisions et d’animosité entre les Français à un stade que je n’ai pas connu depuis 1981. » Il compare la situation actuelle à celle de la IVe République et même à la période révolutionnaire, soulignant une fragmentation et une hostilité rarement atteintes.
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Pour Alain Duhamel, aucun responsable ne possède aujourd’hui de capacité fédératrice. Il reste néanmoins optimiste sur la possibilité qu’une personnalité, émergée à l’occasion de la prochaine élection présidentielle, puisse jouer ce rôle. « Quand François Mitterrand a été élu, qui aurait dit qu’il pouvait avoir un rôle fédérateur ? Or, il l’a eu en politique internationale où il a entraîné les Français avec lui, y compris dans la guerre du Golfe. Il ne faut pas préjuger. Aujourd’hui, il n’y a pas de fédérateur, peut-être que le vainqueur ou la victorieuse, qui sait, sera fédérateur. »
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