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Radio Classique vous propose de vivre ou de revivre le concert donné le 25 juin dernier à La Source Vive dans le cadre des Rencontres Musicales d’Evian.
Trois œuvres de Johannes Brahms étaient au programme : la Sonate pour alto et piano n°2 avec Timothy Ridout et Guillaume Bellom, la Sonate pour violon et piano n°1 avec Renaud Capuçon et Emanuel Ax, ainsi que le Trio pour piano, violon et cor par Stephan Dohr, Renaud Capuçon et Denis Kozhukhin.
Ce concert sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.
Jean-Michel Dhuez
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Céline Greco, médecin, cheffe de service à l’hôpital Necker et spécialiste de la douleur, a fondé l’association IM’PACTES en 2022 afin d’accompagner et protéger les enfants. Elle insiste ce matin au micro de David Abiker sur la nécessité d’accentuer l’aide aux enfants, afin que ceux-ci s’intègrent à la société et ne soient pas victimes de violences similaires à celles dénoncées dans le périscolaire parisien récemment.
Selon vous, où est l’angle mort de ce scandale du périscolaire parisien ?
CÉLINE GRECO : On a énormément de difficultés, depuis très longtemps, à entendre la parole des enfants. On a vraiment du mal à les croire quand ils font état des violences subies.
Il y a une certaine nonchalance à sélectionner, à superviser, à former les adultes qui vont s’occuper de ces enfants. Il y a beaucoup d’animateurs non formés et non supervisés dans le périscolaire, et ça fait partie des plus gros manques aujourd’hui qui génèrent toutes ces violences.
Il y a quand même un sacré paradoxe. Il y a des stagiaires qui doivent passer six entretiens d’embauche pour un stage de 3 mois en banque, et pour s’occuper d’enfants en bas âge, vous parlez de nonchalance.
C.G. : Anne Tursz, qui est pédiatre et épidémiologiste au CNRS, disait souvent qu’on faisait plus attention à qui on confie sa voiture que son enfant.
Ce qu’il faut espérer, c’est que la société ait pris conscience de ces drames. Ce qu’on voit là à Paris, ce n’est que la face émergée de l’iceberg, il n’y a pas de raison qu’il n’y ait des scandales qu’à Paris.
Il faut que les parents puissent mieux en parler à leurs enfants, mieux repérer les signes qui font qu’un enfant ne va pas bien, afin de se tourner aussi plus vite vers des structures comme les unités d’accueil pour enfants en danger, pour pouvoir déposer des plaintes afin d’écarter ces gens de tout contact avec des enfants.
On parle souvent du manque de moyens. Est-ce qu’il y a aussi un problème de formation, d’évaluation des professionnels qui travaillent auprès des enfants ?
C.G. : C’est sûr, et ça fait partie des mesures qu’on demande dans le cadre du comité scientifique pour la refondation de l’Aide sociale à l’enfance. Il faut mieux former les professionnels de la santé, du travail social, de l’Éducation nationale, de la justice, de la police, afin de mieux les repérer et faire une meilleure prévention.
Si on formait mieux les gens, on aurait déjà beaucoup moins de soucis, on arriverait à repérer les enfants et à les prendre en charge beaucoup plus vite.
Il y a aussi les enfants confiés à l’État ou à son représentant. Près de 400 000 enfants et jeunes majeurs relèvent aujourd’hui de l’Aide sociale à l’enfance. Est-ce qu’un système d’une telle ampleur peut encore être piloté comme il l’est aujourd’hui ?
C.G. : On manque d’homogénéité. Chaque département se voit confier les enfants de son département et fonctionne selon ce qu’il décide d’être prioritaire ou pas.
Il y a une très grande hétérogénéité selon les départements dans la prise en charge des enfants. Il y a des départements, par exemple, qui ne vont pas prolonger la prise en charge des enfants à l’âge de 18 ans, et des départements qui vont mettre en place des contrats jeunes majeurs pour ne pas lâcher les jeunes et les accompagner au minimum jusqu’à 21 ans.
Il y a des départements qui vont être très pionniers dans la prise en charge de la scolarité et de la santé de ces enfants, et d’autres non. Donc il y a une très grande hétérogénéité qu’il faut qu’on arrive à corriger, ça c’est sûr.
Il ne faut pas que ce soit un coup de chance de tomber dans le département X plutôt que dans le département Y pour avoir la possibilité d’avoir une prise en charge de sa santé et de sa scolarité.
Il y a un paradoxe là-dessus. Beaucoup de collectivités territoriales demandent de la décentralisation, de l’autonomie pour avoir de la créativité et de l’initiative. Il faut des contrôles, mais en même temps il ne faut pas décourager ceux qui ont envie de faire bien.
C.G. : Les départements sont ceux qui sont au plus proche des enfants. La question en fait, c’est de savoir quelle priorité on donne à leur avenir ?
Vous ouvrez un deuxième centre d’appui à l’enfance aujourd’hui en initiative privée. Que pouvez-vous faire de plus et de mieux que ce que fait l’État ?
C.G. : On a ouvert effectivement le premier centre d’appui à l’enfance Astérya à Paris, en début décembre, et on a déjà vu plus de 800 enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance. On en a donc déjà inscrit plus de 800 dans des parcours de soins, avec l’intention d’en suivre plus de 2 000 par an. On voit bien que déjà au bout de 6 mois, les enfants vont mieux.
Après, c’est effectivement une initiative privée de l’association IM’ PACTES, mais dans le cadre d’un beau partenariat public-privé appuyé par les mécènes et le milieu associatif. C’est la Ville de Paris qui nous a mis à disposition une maternelle qu’on a transformée en centre d’appui. Ces enfants sont vus sur un modèle d’hôpital de jour, donc ils sont pris en charge par l’État, par la Sécurité sociale.
Maintenant, il faut voir comment l’État peut nous aider à se déployer plus vite, afin que les 400 000 enfants soient dans les 10 ans tous pris en charge au niveau de leur santé, et donc de l’école et de leur insertion dans la société.
Et là-dessus, il faut rappeler des chiffres concernant l’Aide sociale à l’enfance : ils sont catastrophiques.
C.G. : Aujourd’hui, 5 % seulement des jeunes de l’Aide sociale à l’enfance se présentent à un baccalauréat général et 1 % peuvent s’engager dans des études supérieures. Mais en même temps, c’est compliqué de se projeter dans des études supérieures lorsque vous êtes lâché à 18 ans. Et 10 % des enfants de l’ASE ont un suivi de leur santé. C’est selon moi un scandale.
Ce qui est aussi scandaleux, c’est le décalage entre le discours ambiant d’une société qui place l’enfant au cœur des préoccupations, et puis des scandales à répétition. L’affaire Bétharam, le petit garçon qui a été tondu il y a un an et demi à Paris, la découverte des violences dans le périscolaire… On a le sentiment que la violence que nous découvrons depuis plusieurs mois vient de loin, qu’elle relève d’une histoire ancienne.
C.G. : Oui, ça vient de très loin. Dans la Rome antique, le père de famille s’appelait le pater familias, et il avait des pouvoirs. Il avait la patria potestas, c’est la puissance paternelle, qui était un pouvoir sur tous les membres de la famille. Mais il avait aussi le jus vitae necisque, le droit de vie et de mort sur ses enfants, et le jus vendendi, c’est-à-dire le droit de vendre ses enfants.
Figurez-vous qu’il a fallu attendre les travaux en France de Victor Hugo, qui s’est beaucoup élevé pour le droit à l’éducation. Vous connaissez ce poème Melancholia :
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules.
Victor Hugo s’est beaucoup battu pour l’arrêt du travail des enfants, pour la bientraitance des enfants, pour le droit à l’éducation.
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Mais il a fallu attendre 1970 pour que la puissance paternelle se transforme en autorité parentale, confiée à égalité entre la mère et le père, et que l’enfant objet devienne enfant sujet de droits.
Il a fallu attendre 1989 pour que la France ratifie la Convention internationale des droits de l’enfant. On a 40 ans de retard sur la Suède. Et il a fallu attendre 2019 pour interdire les châtiments corporels. On a beaucoup de chemin à faire.
À quoi verra-t-on que les mesures annoncées pour protéger les enfants ont été utiles, que ce soit dans le périscolaire ou dans le cadre de l’Aide sociale à l’enfance ?
C.G. : Il faut qu’on arrive à prendre en charge le plus tôt possible les enfants, et on verra quand ils auront atteint leur majorité s’ils se sont insérés socialement, si la délinquance baisse.
Un enfant non pris en charge sur le plan de sa santé coûte à l’État chaque année 38 milliards d’euros chaque année, selon une étude du Lancet qui date de 2021, qui a étudié les conséquences des violences subies dans l’enfance dans tous les pays européens. On aura fait des bonnes choses quand ce coût aura baissé.
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À l’occasion du concert d’adieu de leur chef principal Lahav Shani, les membres de l’orchestre Philharmonique de Rotterdam se sont amusés à changer d’instrument en fin de représentation. Le chef d’orchestre israélien, très apprécié de ses musiciens et du public néerlandais, occupe ce poste depuis 2018.
Successeur à la tête du Rotterdam Philharmonic Orchestra de Yannick Nézèt-Séguin en 2018, plus jeune directeur musical (chef principal) de la formation néerlandaise à 29 ans, Lahav Shani laissera un souvenir inextinguible dans le grand port néerlandais a lors que s’achèvera son ultime mandat fin août après deux concerts à Grafenegg.
À la rentrée le chef d’orchestre israélien débutera dans sa nouvelle fonction de directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Munich.
Il était donc normal que la formation lui dédie fin mai un week-end très spécial à l’occasion de ses adieux à la salle De Doeden qui abrite l’orchestre depuis 1966. Le point d’’orgue de ces deux jours d’hommage a eu lieu le dimanche 31 mai lors d’un concert au cours duquel le maestro a pu montrer la polyvalence de ses talents, au pupitre mais également au piano pour accompagner la soprano Chen Reiss dans Ch’io di scordi di te ? Non temer amato, l’aria de WA Mozart.
Entre les différents morceaux proposés ce soir-là, des vidéos de témoignages de grands musiciens ayant joué sous la baguette de Lahav Shani, désormais chef honoraire de l’orchestre, ont été diffusées sur grand écran.
Le témoignage de Martha Argerich a particulièrement touché le maestro, les musiciens et le public. La grande pianiste argentine, qui a joué cinq fois sous sa direction à Rotterdam, confiant que Lahav Shani est « une « combinaison de sérénité et d’excitation ».
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Mais c’est à la fin de ce concert que les musiciens de la formation lui ont réservé une surprise tout à fait inédite. À l’issue de l’exécution de la Symphonie n° 4 de Gustav Mahler, pendant les rappels, alors que le maestro revenait des coulisses, les musiciens ont en effet décidé d’échanger leurs instruments et certains employés ont rejoint l’orchestre.
Résultat : le 1er violon au violoncelle, un contrebassiste à la trompette, des trompettistes au violon, des altistes à la flûte et même un agent d’accueil à la contrebasse et le directeur artistique à la clarinette pour une interprétation quelque peu approximative d’un extrait de la Symphonie du Nouveau Monde bien que dirigée par Lahav Shani, sous le choc puis hilare lorsqu’il a demandé : « Et je dois diriger ça ? ».
Une nouvelle preuve de l’affection que ces musiciens lui portent depuis sa nomination. Quelques mois avant sa prise de fonction en 2018, le jour de son 29e anniversaire, alors qu’il devait diriger le Philharmonique de Rortterdam pour la Marche de Radetzky les musiciens avaient entonné, juste après les premières mesures de l’œuvre de Johann Strauss, un Happy Birthday qui avait ému aux larmes leur futur chef principal.
Philippe Gault
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À l’occasion de son grand retour à Paris pour La Cenerentola de Rossini au Palais Garnier, Enrique Mazzola sera, ce vendredi 26 juin à 20h, l’invité du Journal du Classique.
Directeur musical du Lyric Opera of Chicago depuis cinq ans, Enrique Mazzola s’était fait rare en France ces dernières années. Le voici de retour depuis quelques semaines à Paris, au Palais Garnier, où il dirige, jusqu’au 11 juillet, La Cenerentola de Rossini. Une production qui marque ses débuts à l’Opéra national de Paris. On le retrouvera ensuite le 11 septembre à la Philharmonie pour un Porgy and Bess en version semi-scénique avec le Chineke! Orchestra et le Cape Town Opera, puis en fin d’année pour les Concerts du Nouvel An avec l’Orchestre national de Radio France.
L’occasion pour le chef de se confier sur ses nouveaux projets et sur sa vie à Chicago, lui qui dirige l’une des plus prestigieuses maisons d’opéra américaines. Une institution à la tête de laquelle il a d’ailleurs été reconduit jusqu’en 2031.
Laure Mézan
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De Vienne aux fjords norvégiens, des Alpes bavaroises aux îles écossaises, des compositeurs aussi illustres que Bach, Beethoven ou Schubert, ont fait de la marche et de la randonnée le berceau de leur inspiration. Retour sur une tradition musicale méconnue : celle des créateurs qui ont enfilé leurs bottes pour trouver leurs mélodies.
En octobre 1705, Jean-Sébastien Bach n’a que 20 ans et occupe un modeste poste d’organiste à Arnstadt, en Allemagne. Mais une ambition le dévore : rencontrer Dietrich Buxtehude, le plus grand organiste d’Europe du Nord, qui officie à l’église Sainte-Marie de Lübeck. Il décide alors d’entreprendre un voyage à pied de près de 400 kilomètres – aller.
Bien que l’itinéraire précis de Bach ne soit pas documenté, et que son parcours a dû être imaginé sur la base d’éléments biographiques, les historiens s’accordent à dire qu’il a emprunté la Alte Salzstraße, l’ancienne route du sel, une voie commerciale médiévale très fréquentée, notamment entre Lüneburg et Lübeck.
Bach avait choisi la marche pour échapper aux droits de douane exorbitants pratiqués sur les diligences. Il avait demandé un congé de quatre semaines, mais reste absent quatre mois. Aucun témoignage ne permet de savoir ce qu’il s’est passé à Lübeck, mais la rencontre semble avoir été décisive puisqu’à son retour, son style a profondément été transformé.
Imaginez Beethoven déambulant seul dans les forêts de la campagne viennoise, carnet de musique en poche, les yeux perdus dans les frondaisons du Wienerwald… Ce n’est pas une légende. Entre 1803 et 1825, il passe près de quinze étés à Baden bei Wien, dont les sources thermales et les vignobles sont le théâtre de ses longues promenades quotidiennes.
En mai 1810, il confie par écrit à Therese Malfatti : « Quel plaisir alors de pouvoir errer dans les bois, les forêts, parmi les arbres, les herbes, les rochers. Personne ne saurait aimer la campagne comme moi. »
Cette communion avec la nature donne naissance à la Sixième Symphonie « Pastorale », Op. 68.
Chose rare dans l’histoire de la symphonie, chacun de ses cinq mouvements porte un titre évocateur : Éveil d’impressions agréables en arrivant à la campagne, Scène au bord du ruisseau, Joyeuse assemblée des paysans, Tonnerre – Orage, puis Chant pastoral. Sentiments joyeux et reconnaissants après l’orage.
Dans la vallée du Helenental repose aujourd’hui le « Beethovenstein », une stèle marquant l’un de ses endroits de repos favoris. Les Beethovenwege, sentiers balisés à son nom, permettent aux promeneurs de marcher dans ses pas sur plus de 26 kilomètres.
De 1893 à 1896, Gustav Mahler séjourne à Steinbach am Attersee, en Autriche, où il fait construire une petite cabane au bord du lac. Le programme est immuable : composition dès l’aube, randonnée l’après-midi dans les Alpes environnantes. Un été, le chef d’orchestre Bruno Walter lui rend visite et admire les cimes enneigées alentour. Mahler lui lance alors : « Inutile de regarder là-haut, j’ai déjà tout composé ! » C’est à Steinbach que naissent ses 2ème et 3ème Symphonies, cette dernière étant une immense ode à la création du monde et à la montagne elle-même.
À partir de 1908, fuyant ses deuils (le décès de sa fille aînée Maria Anna, la découverte de sa maladie cardiaque, et sa démission forcée de la direction de l’Opéra de Vienne), Mahler trouve refuge à Toblach, en plein cœur des Dolomites italiennes. Dans une nouvelle cabane isolée, il compose Das Lied von der Erde, sa 9ème Symphonie et les premières pages de sa 10ème, inachevée.
Aujourd’hui, les Gustav Mahler Musikwochen à Steinbach et les Mahler Festspiele à Toblach perpétuent son souvenir dans ces paysages qui l’ont profondément ébloui.
Richard Strauss connaissait les Alpes comme sa poche, ce qui n’est pas surprenant pour un homme qui avait installé sa villa à Garmisch-Partenkirchen, au pied de la Zugspitze, le point culminant d’Allemagne.
Il y a vécu plus de quarante ans, composant et randonnant dans les alpages et vallées bavaroises tout au long de sa vie.
C’est pourtant à l’âge de 14 ans qu’une aventure décisive scelle son rapport à la montagne : pris dans un orage d’une violence extrême lors d’une excursion dans les Alpes bavaroises avec des amis, le groupe est contraint de battre en retraite en catastrophe.
Plusieurs décennies plus tard, cette journée devient son poème symphonique Eine Alpensinfonie (Une Symphonie alpestre, 1911-1915), dans lequel il y décrit une journée entière de randonnée alpine, de l’aube à la nuit tombante. Il faut une centaine de musiciens, une machine à vent et une machine à tonnerre, pour restituer la grandeur de la montagne.
Comme Mahler, Brahms avait ses habitudes : lever matinal, longue promenade, puis composition. Lorsqu’il découvre Pörtschach am Wörthersee, en Autriche, en 1877, c’est un coup de foudre. Il écrit à son amie Clara Schumann : « Le premier jour était si beau que je voulais absolument rester un deuxième, le second si beau que je reste pour l’instant ! »
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Il y retourne trois étés consécutifs, randonnant jusqu’au belvédère de la Hohe Gloriette qui domine le lac et les montagnes des Karawanken. C’est là que seront élaborés sa 2ème Symphonie, surnommée la « Symphonie de Pörtschach », et son Concerto pour violon.
Le Brahmsweg, un sentier circulaire de six à huit kilomètres au bord du lac, retrace aujourd’hui ses itinéraires, avec, des haut-parleurs diffusant sa musique dans le vent. À Wiesbaden, des randonnées guidées organisées en forêt permettent également de retrouver ses itinéraires favoris.
Edvard Grieg n’avait pas besoin d’aller bien loin pour trouver son inspiration. Sa villa Troldhaugen, « la colline des trolls », surplombe un lac aux portes de Bergen, et c’est dans une petite cabane isolée au bord de l’eau qu’il compose, à l’abri du monde. Il passe de nombreux étés à Lofthus, dont les fjords vertigineux et les violons traditionnels (hardingfele) ont coloré son langage musical.
Les suites de Peer Gynt, avec Le Matin ou Dans l’antre du roi de la montagne, ses Pièces lyriques et ses danses norvégiennes témoignent d’une passion pour la nature intériorisée jusqu’à l’os.
Le 7 août 1829, Felix Mendelssohn débarque sur l’île de Staffa, en Ecosse, et pénètre dans la célèbre grotte de Fingal, avec ses colonnes de basalte hexagonales et les vagues de l’Atlantique qui s’y engouffrent en rugissant. Le choc est immédiat.
Il écrit à sa sœur Fanny pour lui « faire comprendre combien les Hébrides l’ont extraordinairement touché », et note dans la même lettre les premières mesures de ce qui deviendra l’Ouverture Les Hébrides (1830, révisée en 1832). Les ruines de la chapelle Holyrood à Édimbourg lui avaient, quelques jours plus tôt, inspiré le thème initial de sa Symphonie n°3 « Écossaise ».
Franz Schubert aime le Wienerwald et ses sentiers, où il se promène avec ses amis lors de virées champêtres appelées les Schubertiades. Il fréquente régulièrement la Höldrichsmühle, un vieux moulin-auberge situé à Hinterbrühl, au sud de Vienne.
La légende voudrait qu’il y ait composé Der Lindenbaum (Le Tilleul), l’un des lieder les plus célèbres de Winterreise, à l’ombre d’un tilleul.
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C’est à travers ses cycles de lieder qu’il immortalise la marche comme état de l’âme. Dans Die schöne Müllerin (La Belle Meunière, 1823), un apprenti meunier quitte tout et part sur les routes, guidé par le seul murmure d’un ruisseau. Dès le premier lied, Das Wandern (La Marche), une joie simple célèbre le bonheur d’errer sans autre but que l’horizon. Quatre ans plus tard, dans Winterreise (Le Voyage d’hiver, 1827), ce même marcheur semble avoir vieilli de toute une vie : il traverse seul un paysage hivernal désolé (rivière gelée, corneille perchée, tilleul battu par le vent) où la nature n’est plus un décor mais le miroir brisé d’une âme en exil. À ces deux fresques s’ajoute Der Hirt auf dem Felsen (Le Pâtre sur le rocher), évocation pastorale d’une voix solitaire qui s’élève et se perd dans les hauteurs.
Sir Edward Elgar ne randonnait pas toujours à pied, il lui arrivait d’enfourcher son vélo, baptisé « Mr Phoebus », pour sillonner les collines du Worcestershire. Les Malvern Hills, qu’il apercevait depuis sa fenêtre pendant près de 55 ans de sa vie, ont été au cœur de toute sa création.
Une théorie suggère que le thème principal de ses Variations Enigma dessine, lorsqu’on le visualise, le profil des Malvern Hills . D’autres y voient dans la Variation VII, « Troyte », la description d’une promenade orageuse qu’Elgar faisait dans les mêmes collines avec son ami Troyte, les coups de timbales symbolisant le tonnerre.
Il y a des histoires où la nature reprend ce qu’elle a donné. Celle de Mieczysław Karłowicz est de celles-là. Compositeur polonais du tournant du XXe siècle, il s’installe à Zakopane en 1907, au pied des Tatras, frontière naturelle entre la Pologne et la Slovaquie. Alpiniste, skieur et photographe passionné, il réunit ses deux amours lors de longues sorties solitaires. Ses Chants éternels et son Concerto pour violon portent l’empreinte de ces sommets et de cette lumière froide.
Le 8 février 1909, il part seul en ski vers Czarny Staw depuis Hala Gąsienicowa. Une avalanche se détache du Mały Kościelec et l’emporte. Il a 32 ans. À l’endroit exact où il périt, un obélisque est érigé dès 1909, portant l’inscription latine : « Non omnis moriar », signifiant « Je ne mourrai pas entièrement ».
Daphnée Cataldo
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Arrivé à l’Opéra de Rouen il y a maintenant six ans, Ben Glassberg fait ses adieux en tant que directeur musical à l’occasion de deux grands concerts de gala. Après de nombreuses prouesses musicales et des bouleversements personnels, il revient sur cette expérience dans le Journal du Classique de Laure Mézan.
Vous n’avez que 32 ans et vous êtes arrivé à la tête de cet orchestre il y a 6 ans. Quel regard portez-vous sur ce jeune homme qui débutait sa carrière de façon assez fulgurante ?
BEN GLASSBERG : Je ne reconnais pas cet homme. À l’époque, j’avais l’impression que je connaissais presque tout ce qu’il fallait pour être un chef d’orchestre. C’était peut-être une arrogance de jeunesse.
J’avais 25 ans quand Loïc Lachenal [directeur général et artistique de l’Opéra de Rouen Normandie NDR] m’a proposé le rôle de directeur musical. J’ai tout de suite dit oui : c’était évident qu’il y avait une alchimie avec l’orchestre.
Et pendant ces 8 ans en tant que chef d’orchestre à Rouen, j’ai appris qu’en fait, à l’époque, je ne savais rien. Maintenant, je commence à comprendre ce qu’il faut vraiment pour être un directeur musical.
À Rouen, vous avez jonglé entre le répertoire symphonique et l’opéra, entre la scène et la fosse. Vous avez autant besoin des deux pour vous épanouir en tant que chef ?
B.G. : Oui, en fait, je ne crois pas qu’il soit possible d’être un chef d’orchestre sans faire l’un ou l’autre.
Évidemment, avec la musique symphonique, il n’y a pas d’histoire, mais il y a toujours un discours musical, et cela implique aussi des émotions. Je trouve aussi que lorsqu’on joue dans la fosse, il faut vraiment écouter : ça a beau être le chef qui dirige, ce sont en réalité les musiciens qui écoutent les chanteurs et qui jouent avec eux.
Quels ont été, si l’on pourrait en citer quelques-uns, les plus grands défis que vous avez eu à relever à Rouen ? Je pense à Wagner notamment.
B.G. : Oui. Tristan et Isolde de Wagner a été notre plus grand succès musical. Un an plus tôt, je disais à Loïc Lachenal que je n’étais pas sûr qu’on y arriverait. C’est tellement grand et difficile, c’était un grand espace, nouveau pour moi.
J’avais déjà dirigé Le Vaisseau Fantôme à Vienne, mais Tristan, c’est différent. Et il m’a dit qu’il nous faisait confiance, qu’on allait y arriver, et il avait raison. Les musiciens ont tellement travaillé avant les répétitions, c’était vraiment extraordinaire ! J’étais très ému de diriger cette œuvre qui est peut-être la plus importante dans l’histoire de la musique classique.
Faire ça à Rouen avec nos musiciens, c’était un voyage extraordinaire. Mais évidemment, on a fait beaucoup de choses très touchantes et marquantes. Côté lyrique, je compte Dialogues des Carmélites, cette magnifique mise en scène de Tiphaine Raffier et cette distribution 100% française, c’était extraordinaire.
Et aussi le Ariane à Naxos de Richard Strauss. C’est un opéra de chambre, donc presque écrit exprès pour nos musiciens. J’ai des amis dans la distribution, notamment Sally Matthews et John Findon dans les deux rôles principaux, et Paula Murrihy en tant que compositrice. C’était un très haut niveau et j’ai adoré ces projets.
Cette aventure musicale et humaine a été aussi belle que douloureuse, dans la mesure où elle a été marquée par une grave dépression qui vous a tenu écarté longtemps de la scène. Une dépression et des tentatives de suicide dont vous avez parlé ouvertement. Vous avez aussi évoqué votre coming-out. Est-ce que cela a été important pour votre reconstruction de briser le tabou sur la santé mentale et sur la fragilité des musiciens ?
B.G. : C’est essentiel. J’ai l’impression que beaucoup de gens ont honte des maladies mentales. Surtout dans notre métier d’émotions, parfois très dur et qui nous isole. Il faut qu’on parle honnêtement des conditions mentales.
Si je me casse une jambe, je peux rater des concerts et personne ne dit rien. Mais quand on doit annuler un concert parce que je ne peux pas sortir du lit, parce que je ne veux pas continuer à vivre, c’est différent, on n’en parle pas très souvent. J’ai été très touché par des collègues à Rouen qui m’ont accompagné dans la reconstruction. On a fait Le Vaisseau Fantôme et Iolanta de Tchaïkovski cette saison, après presque un an sans se voir. C’était vraiment comme une famille.
Il y a beaucoup de gens qui comme moi souffrent de maladies mentales. J’ai reçu pas mal de messages sur internet de gens qui m’ont dit qu’ils souffraient eux aussi et me remerciaient pour ce que j’avais dit. Il faut vraiment être entouré de gens qui nous soutiennent parce qu’il est impossible de se reconstruire tout seul.
Et qu’est-ce que cela a changé dans votre façon d’aborder votre métier de chef d’orchestre aujourd’hui ?
B.G. : Ça change beaucoup. Déjà, je travaille moins. Quand on est un jeune artiste, on a l’impression qu’il faut travailler tout le temps, et que si on dit non à un projet, quelqu’un qui va le prendre et on va être oublié. Maintenant, je ne suis plus focalisé sur cela. Ce n’est pas grave si je suis oublié.
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J’adore le métier, j’adore être chef d’orchestre, mais ce n’est pas la chose la plus importante au monde. J’ai mes deux enfants, ma famille, des amis et ma santé à garder avant tout. Depuis que j’ai pris cette décision de mettre en priorité ce qui est important, je prends beaucoup plus de plaisir dans le métier. Et je trouve que la musique peut nous aider à comprendre ce qu’on a dans la tête.
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La guitare « Rebâtir Notre-Dame de Paris » a été réalisée par un artisan français à partir de bois de chêne issu d’éléments d’un plancher du beffroi nord de la cathédrale attaqué par les flammes lors de l’incendie du 15 avril 2019. Un instrument d’exception qui relie le métier artisanal séculaire de luthier à la formidable aventure d’engagement et de savoir-faire qui fait renaître Notre-Dame de Paris.
L’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris a pour objectif de donner à la cathédrale tous les soins dont elle a besoin en mettant en valeur les savoir-faire d’excellence mobilisés pour les travaux. C’est ainsi qu’a été confiée à l’atelier de lutherie landais Berg Guitare la fabrication d’une guitare artisanale à partir d’un bois issu de Notre-Dame de Paris.
Une manière de « faire connaître la beauté d’un travail artisanal d’exception avec la noblesse du matériau, la volonté commune de préserver et transmettre un héritage vivant, celui des métiers d’art et du patrimoine », selon Philippe Jost, président de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris.
Un projet né d’une rencontre entre les Ateliers Perrault, retenus par l’établissement public pour réaliser les travaux de restauration des deux beffrois de la cathédrale, et le luthier Jonathan Berg, fondateur de la maison Berg Guitares à Dax.
Ce bois de chêne est issu d’éléments qui ne pouvaient être réemployés lors des travaux de restauration d’un plancher du beffroi nord, réalisés en 2024. Ce plancher avait été endommagé par les flammes lors du terrible incendie de 2019.
Exemplaire unique, cette guitare électrique, conçue et fabriquée par l’artisan landais, a nécessité plus de 1000 heures de travail.
Elle est habillée d’incrustations fines en laiton, dites « en dentelle », qui s’inspirent d’une partie du dessin de la rose sud de la cathédrale ainsi qu’une citation : « La cathédrale luit comme un bijou d’émail « , extraite du poème de Théophile Gautier dédié au monument.
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Le luthier Jonathan Berg explique que son idée a été « de réaliser une guitare sobre qui dévoile sa complexité à celui qui prend le temps de la contempler.
Elle jette un pont entre le savoir-faire architectural historique, l’art de la restauration et le monde de la musique contemporaine (…) Ce bois, qui a traversé le feu, est toujours vivant. Il va résonner à nouveau pour transmettre de nouvelles vibrations universelles. Les flammes qui ont endeuillé le ciel de Paris laissent ainsi place à des notes de musique ».
Conservée par l’établissement public, la guitare Rebâtir Notre-Dame de Paris sera jouée dans le cadre de partenariats au bénéfice des travaux de restauration complémentaires dont a besoin l’édifice.
Peut-être sera-t-elle exposée un jour dans l’hypothétique projet de musée rétrospectif de l’histoire de la cathédrale de Paris, pourtant réclamé par de nombreux responsables politiques dont le chef de l’État (L’Hôtel-Dieu a même été envisagé pour l’abriter), à l’instar du Musée de l’œuvre Notre-Dame de Strasbourg.
Philippe Gault
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Alors que la France traverse un épisode caniculaire similaire à celui de 2003, le sort des personnes âgées inquiète tout particulièrement. Patrice Machuret, directeur d’établissement accueillant des personnes âgées, était l’invité de Radio Classique ce jeudi. Il revient sur son livre Papa, Maman, qu’est-ce qu’on va faire de vous ? et aborde les mesures mises en place dans ses établissements, non seulement pour accompagner les anciens, mais aussi rétablir la confiance avec les familles, tout en affirmant qu’il est urgent de faire des EHPAD un sujet de la présidentielle de 2027.
Nous sommes face à une canicule plus précoce que celle de 2003, qui avait coûté la vie à 15 000 personnes âgées. Les EHPAD sont-ils aujourd’hui réellement prêts à faire face à un tel scénario ?
PATRICE MACHURET : C’est mieux qu’avant, puisque nous avons l’obligation de disposer d’une salle climatisée, chez nous, c’est une grande salle de restaurant qui permet de réunir les résidents.
Mais là où je vous rejoins totalement, c’est que lorsqu’on travaille en EHPAD, on déteste la chaleur. Avant, le danger se limitait au mois d’août : moins de personnel, les congés, la chaleur. Aujourd’hui, ces épisodes caniculaires, on les vit comme tout le monde, plusieurs fois dans la saison.
Les personnes âgées n’ont pas la sensation de soif, elles sont capables de rester au soleil par 40 degrés, donc il faut aller les chercher. Les traitements médicamenteux, notamment diurétiques, posent également problème : il faut les alléger pour éviter des agitations, des troubles du comportement et de la déshydratation.
Vêtements légers, glaces, menus allégés : on a toute une panoplie qui est mise en place, et les autorités et nos groupes organisent des cellules de crise pour combattre ce phénomène caniculaire. Et il faut penser aussi aux salariés : travailler en EHPAD par 30 ou 40 degrés en prenant soin de nos anciens, c’est extrêmement difficile.
Depuis 2003, les EHPAD doivent avoir une pièce climatisée au moins. Est-ce réellement le cas dans une grande majorité d’EHPAD ?
P.M. : Les salles climatisées sont obligatoires, il en faut au moins une. Là où on peut avoir des difficultés et où il faut se repenser, c’est sur le reste : les étages ne sont pas nécessairement climatisés, les chambres non plus.
Autrefois, on hésitait même à climatiser une chambre, par peur d’y oublier une personne sous 17 ou 18°C. Je pense qu’aujourd’hui, comme pour tous les bâtiments privés et publics, il va falloir se repenser totalement face à ces épisodes qui ne sont plus exceptionnels.
Il y aura toujours des décès en EHPAD, c’est une réalité. Mais fera-t-on mieux qu’en 2003 ?
P.M. : Globalement, on le voit aussi pour les écoles, pour les crèches : on ferme, on fait attention et on essaye d’anticiper au maximum. Depuis 2003, on est très encadré par l’ARS et le département, qui sont nos autorités de tutelle, pour mettre en place des renforts et des rondes d’hydratation, on est très vigilants.
La moyenne d’entrée en EHPAD dépasse aujourd’hui 90 ans. On a des dossiers de personnes de 101 ou 102 ans, qui viennent du domicile et qui étaient encore très bien il y a six mois. Donc forcément, ils sont beaucoup plus dépendants. Dès qu’il y a un épisode un peu inquiétant, le Covid, une épidémie de gastro, une simple infection ORL, ils se fatiguent.
Racontez-nous votre quotidien depuis qu’il fait chaud.
P.M. : On met des renforts en place. On fait de petites cellules de crise le matin avec tous les responsables, dont le chef de cuisine, pour vérifier que les menus soient allégés. On surveille l’hydratation, on a des brumisateurs. Les sorties sont très importantes : ils ont tendance à ne pas se rendre compte qu’il ne faut pas rester au soleil par 40 degrés.
Il y a aussi une culture du passé : quand on avait chaud, on ouvrait les fenêtres. Il faut leur expliquer qu’aujourd’hui, on ferme les volets dès 8h du matin, et qu’on rafraîchit un peu la nuit quand on peut. On reprend des habitudes et on trace tout ça, parce que depuis ces dernières années, on doit tout consigner pour justifier qu’on fait ce qu’il faut pour nos anciens.
Comment dort-on à 98 ans dans une chambre non climatisée où il fait 35 degrés ?
P.M. : Comme tout le monde : on ne dort pas bien. Nos anciens dorment déjà naturellement un peu moins que les autres.
Surtout sur des matelas généralement entourés de plastique.
P.M. : C’est obligatoire pour des raisons d’hygiène. C’est pour ça que je pense qu’il va falloir se repenser. On a la même problématique avec les rails au plafond pour les manipulations, qui ne sont pas obligatoires aujourd’hui. Ils permettent de soulager le soignant et la personne. Globalement, il va falloir qu’on s’adapte encore et encore pour prendre en charge correctement nos anciens.
Les EHPAD cumulent les défis : solidarité, finances, démographie. Vous avez publié « Papa, Maman, qu’est-ce qu’on va faire de vous ? », à la fois récit d’expérience et guide pour les lecteurs, où vous expliquez qu’on a un Himalaya devant nous. Est-ce qu’on est prêt ?
P.M. : Mon modeste souhait serait d’en faire un thème de campagne, parce que c’est un vrai débat de société.
Vous avez 600 000 personnes en EHPAD aujourd’hui et entre 150 000 et 200 000 entrées par an. Ça touche donc deux millions, deux millions et demi de personnes. Et il y a la culpabilité : depuis l’affaire Orpea, il y a une vraie rupture de confiance avec les EHPAD.
Quelle a été la conséquence de ce scandale ?
P.M. : La conséquence, c’est d’abord une surcharge de contrôles de la part des sièges, des groupes privés, associatifs ou publics.
Il y a eu aussi une rupture de confiance avec les familles, et c’est ça que j’ai voulu rétablir. Ce n’est pas de l’angélisme, mais aujourd’hui, 95 % des EHPAD sont bien traitants. Les enquêtes menées par le ministère au moment de l’affaire Orpea l’ont prouvé. Et vous avez des personnels extraordinaires. Je le dis sincèrement : quand vous vous occupez de quelqu’un de 102 ans par 38 degrés en situation d’incontinence, je dis chapeau, que vous ayez 22 ans, 30 ans ou 40 ans.
Ce livre sur le scandale Orpea [Les Fossoyeurs] a-t-il été bénéfique ou dévastateur pour le secteur ?
P.M. : Il a alerté sur des dérives réelles d’un secteur, sur des personnes qui s’imaginaient faire 20 à 30 % de bénéfice net sur la dépendance, ce qu’on appelle « l’or gris », ce qui n’était pas acceptable.
En revanche, on a découragé des investisseurs sains, des personnels qui n’ont plus forcément envie de dire qu’ils travaillent en EHPAD. Et surtout, on a accentué la culpabilité des familles qui s’inquiètent pour leurs parents. C’est cette confiance qu’il faut rétablir, et c’est pour ça que j’ai essayé de fournir un mode d’emploi de l’EHPAD.
Pensez-vous que les candidats à la présidentielle vont s’emparer de la préparation de la structure d’accueil de nos personnes âgées face aux enjeux démographiques qui nous attendent ? On a un problème de retraite, les gens vont devoir payer des EHPAD qui coûtent cher, de 1 800 € à plus de 5 000 € par mois. Dans un Etat endetté qui montre des dysfonctionnements dans d’autres services publics, tout est à revoir ?
P.M. : C’est un vrai débat de société. Il ne faut pas oublier que quand on a 90 ou 101 ans, on a été aussi un adulte, et ces gens ont besoin qu’on prenne en charge leurs difficultés du quotidien.
On sait qu’il y a des besoins partout, mais là, on ne peut plus reculer : il manquera 110 000 places en 2030. Qu’est-ce qui va se passer ? On va reprendre nos parents chez nous ?
Aujourd’hui, avec le niveau de dépendance et d’autonomie des personnes âgées, on ne peut pas les garder chez nous comme on le faisait il y a 30 ou 40 ans. À l’époque, on les avait pour 6 mois ou 1 an. Aujourd’hui, avec l’espérance de vie, on ne peut pas garder nos parents 4 ans chez nous. Des aidants merveilleux le font, mais on voit rapidement les limites, d’autant plus qu’avec les troubles cognitifs qui touchent un tiers des personnes, c’est encore plus complexe.
À quoi voit-on qu’un EHPAD tourne rond, quand on est visiteur ?
P.M. : D’abord, il y a l’ambiance. C’est comme pour un achat immobilier, il faut en visiter plusieurs. On sent tout de suite si les personnels sont heureux à la façon dont ils vous accueillent. Il faut demander le taux d’encadrement, si un médecin coordonnateur est présent et combien de temps, combien d’infirmiers et de soignants il y a, depuis combien de temps ils sont en poste.
Et puis il faut être honnête : ça dépend aussi de ses moyens. Avec une retraite de 1 500 euros, on ne peut pas viser un établissement à 5 000 euros qui va peut-être se permettre plus d’animation, une cuisine maison et davantage de personnel ou de remplaçant.
Chacun fait avec ses moyens, mais il y a des établissements publics associatifs qui sont excellents. Il faut faire confiance à son bon sens, discuter, observer. Je remercie les familles et les aidants, parce que ce n’est pas simple de prendre en charge une personne âgée. En EHPAD, on meurt, c’est la dernière adresse. Notre travail, c’est d’accompagner du mieux possible, mais le risque zéro n’existe pas.
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Un mot sur votre parcours : vous étiez journaliste politique à France 3, et puis un jour, vous avez décidé de diriger un EHPAD. Qu’est-ce qui vous a pris ?
P.M. : J’ai été co-élevé par une grand-mère franco-britannique qui m’a aimé, donc je pense que j’avais cette appétence naturelle pour les personnes âgées, et j’avais aussi envie de donner du sens.
Mais encore une fois, c’est une équipe : seul, je ne suis rien. Dans un établissement à taille humaine, on donne le ton, avec le soutien d’un groupe, parce que seul on ne peut rien faire. C’est un métier chronophage mais extraordinaire en termes de sens.
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À l’occasion du concert inaugural de la Source Vive et du lancement des Rencontres Musicales d’Evian, Renaud Capuçon, Yo-Yo Ma et Alexandre Hemardinquer seront, ce jeudi 25 juin à 20h, les invités du Journal du Classique.
Depuis 50 ans la musique se déploie à Evian et depuis un peu plus de 30 ans elle a pour écrin l’une des salles les plus singulières et chaleureuses qui soit, la Grange au Lac, cette tente en bois telle que l’avait rêvée Mstislav Rostropovitch. La Grange au Lac a désormais une petite sœur, la Source Vive, qui vient à peine de naître et accueille ses premiers musiciens. Elle forme désormais, avec son aînée, un duo qui porte le nom des Mélèzes. Nous en vivrons ce soir le concert inaugural, marquant le lancement de la nouvelle édition des Rencontres Musicales d’Evian. Avant cela, nous passerons un petit moment dans le studio de Radio Classique installé dans le foyer de la Source Vive, en compagnie de Renaud Capuçon, le directeur artistique des Mélèzes, d’Alexandre Hemardinquer, son délégué général, et de Yo-Yo Ma qui participe à ce concert exceptionnel
Ils nous feront partager leurs émotions liées à la découverte de cette nouvelle salle aux formes arrondies et enveloppantes, conçue pour l’intimité de la musique de chambre et dans laquelle résonnera, cet été, l’œuvre de Brahms. Ils nous éclaireront également sur les nouveaux projets qui se déploieront dans ces deux salles si complémentaires tout au long de la saison à venir.
Laure Mézan
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À partir du 1er juillet, l’Opéra national de Paris (OnP) proposera de découvrir les coulisses du Palais Garnier grâce à une nouvelle expérience immersive. Une plongée au cœur de l’envers du décor de l’institution aux côtés d’une danseuse étoile filmée à 180° et diffusée sur des casques de réalité virtuelle.
Après la découverte du Palais Garnier à travers les airs emblématiques de l’opéra grâce à des casques de réalité virtuelle l’an dernier, l’Opéra national de Paris proposera aux visiteurs une nouvelle expérience immersive du 1er juillet au 30 novembre.
Intitulée « Dans les pas d’une Étoile – Les coulisses du Palais Garnier », ce dispositif donnera aux visiteurs du Palais Garnier l’opportunité de plonger au cœur des coulisses de l’historique maison aux côtés de la danseuse étoile Bleuenn Battistoni.
De l’entrée des artistes jusqu’aux toits du bâtiment, ce parcours inédit permettra de découvrir des espaces habituellement inaccessibles au public. Le visiteur assistera aux temps forts du quotidien de l’artiste : un cours de danse, l’essayage d’une robe dans l’intimité des ateliers de costumes, puis une répétition sur scène de La Dame aux camélias de John Neumeier, avant de s’immerger dans la fosse avec l’orchestre de l’OnP dirigé par le chef d’orchestre finlandais Markus Lehtinen. L’expérience se termine sur une vue imprenable depuis le sommet du bâtiment au crépuscule.
Le film, d’une durée d’environ 10 minutes, a été conçu pour permettre au regard de circuler librement dans l’image à 180 degrés.
L’expérience est proposée aux visiteurs du Palais Garnier, pour 12 euros sans réservation, dans la Rotonde du glacier où seront disposés 10 casques Apple Vision Pro dans une scénographie conçue par le designer Tom Ducarouge.
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Selon Alexander Neef, le directeur général de l’OnP, « Cette expérience immersive permet au public d’accéder à des espaces et à des instants qui ne peuvent habituellement être partagés. Grâce à des vues spectaculaires et à une proximité inédite avec les artistes et les métiers de l’Opéra, elle invite chacun à découvrir le Palais Garnier sous un angle entièrement nouveau ».
Pour le réalisateur du film Matthieu Genre « Le choix de l’immersion comme médium n’est pas un simple parti pris technologique : il répond à une nécessité narrative. Le regard n’est plus guidé par un montage classique, mais laissé à l’initiative du spectateur, qui devient actif dans sa manière d’explorer l’image ».
Philippe Gault
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