Cléo de Mérode a séduit l’Europe et l’Amérique, fascinant des personnages de la haute société. Mais derrière la figure de la Belle Epoque se cache une femme qui n’a cessé d’être sous le feu des projecteurs tant par sa beauté que par les infamies qui lui ont collé à la peau jusqu’à son dernier souffle. Voici six exemples frappants.
Cléopâtre-Diane de Mérode naît à Paris en 1875. Sa mère, issue de l’aristocratie viennoise, a fui son pays pour cacher une grossesse illégitime, un scandale pour l’époque. Pour sauver les apparences, Madame de Mérode raconte que son mari est retenu à Vienne. Cléo ne découvrira la vérité que bien plus tard. Sans grands moyens, elle élève sa fille dans un petit appartement du Quartier Latin, lui offrant une éducation stricte et veillant à ce qu’elle entre à l’école de danse de l’Opéra de Paris.
Une muse façonnée et bafouée
Dès l’adolescence, sa beauté attire les artistes. Le photographe Nadar la capture, Toulouse-Lautrec la peint, Falguière la sculpte… mais sans respecter son consentement. Elle n’avait autorisé le sculpteur qu’à représenter son visage, et il a choisi de la modeler nue. Quand la presse invente qu’elle a posé déshabillée, Cléo demande à l’artiste de démentir. Il se tait. Le scandale profite à sa renommée.
En 1895, lors d’une représentation d’
Aïda, le roi des Belges, Léopold II, tombe sous son charme. Il tente de la séduire, mais Cléo l’éconduit et la rumeur d’une liaison s’installe.
Simone de Beauvoir associe le nom de Cléo de Mérode à une prostituée
Plus grave encore : lorsque la presse dénonce les atrocités du Congo belge, certains parlementaires affirment que le roi aurait été « mal conseillé par ses maîtresses ». Cléo, pourtant étrangère à cette affaire, est publiquement désignée comme coupable par association.
Blessée par cette affaire, Cléo part aux États-Unis. Là-bas, elle est désignée comme «
la plus belle femme du monde ». Le public est conquis, confirmant qu’elle n’est pas seulement une danseuse, mais une icône de grande renommée.
De retour en Europe, elle enchaîne les tournées : Italie, Autriche, Allemagne, Russie… Partout, elle subjugue.
Pendant la Première Guerre mondiale, Cléo propose de devenir infirmière. Les autorités lui demandent plutôt de danser, réduisant encore son rôle à celui d’un corps destiné à distraire. Mais elle accepte. Ses performances deviennent un moment de réconfort pour les soldats.
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En 1918, elle se produit bénévolement pour récolter des fonds destinés aux orphelins de guerre. Par la suite, elle continue de transmettre, mais discrètement, en donnant des cours de danse à domicile et à l’Union catholique du théâtre.
Même des décennies plus tard, Cléo continue d’être réduite à une image. En 1949, Simone de Beauvoir publie
Le Deuxième Sexe et associe le nom de Cléo à une prostituée. Cléo porte plainte, obtient gain de cause et Simone de Beauvoir est condamnée à supprimer le passage ainsi qu’à payer un franc symbolique. L’autrice déclarera plus tard : «
je la croyais morte depuis longtemps, ce qui m’aurait facilité les choses. » Cléo de Mérode ne décédera qu’en 1966, à l’âge de 91 ans. Elle aura traversé un siècle à prouver ses valeurs et ne pas être réduite à sa beauté.
Franck Ferrand retrace le parcours d’une femme qui a tenté, malgré tout, de reprendre possession de sa propre histoire.
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Cet article Cléo de Mérode, icône oubliée de la Belle Epoque : admirée, mais aussi trahie, sa beauté sans égale lui a coûté cher est apparu en premier sur Radio Classique.