Chef de file des néo-classiques sous l’Ancien Régime, peintre emblématique de l’Empire, Jacques-Louis David fut aussi – on le sait moins – un révolutionnaire enragé.
Jacques-Louis David était déjà peintre à l’aube de la Révolution. Le chef de file du mouvement néo-classique, dont l’archétype est le fameux tableau Le Serment des Horaces peint en 1784, est une tête chaude, ouvert aux idées nouvelles. On constate même que lorsqu’il reçoit une commande pour les bâtiments du roi, intitulé Les Licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils, également exposé aujourd’hui au Louvre, il prend soin de ne pas choquer les esprits en ce début de Révolution, et enlève les têtes tranchées des fils de Brutus plantées sur des piques.
Membre de l’Académie Royale de peinture et de sculpture, il prend la tête des académiciens dissidents, et réclame la fin des privilèges pour ses membres, par exemple celui d’être exposé au Salon. Il montre un grand enthousiasme pour les idées nouvelles et révolutionnaires, à tel point que sa femme le quitte précisément pour cette raison.
David vote la mort de Louis XVI
Il devient un peintre révolutionnaire, et doit célébrer le Serment du jeu de Paume par une peinture gigantesque. « On m’a ravi le sommeil pour une série de nuits », lance-t-il. Il trouve un atelier assez grand, commence à travailler, demande aux députés de poser. Une souscription est lancée pour financer le projet, qui n’atteint pas la somme escomptée.
La Révolution s’accélère et l’Histoire va plus vite que les pinceaux. Certains députés qu’il a déjà représenté sont en disgrâce. Il abandonne le projet et se lance en politique. En septembre 1791, il se présente pour devenir membre de l’Assemblée législative. C’est un radical, proche des Montagnards, de Marat, Danton et Robespierre. Il organise les fêtes civiques et révolutionnaires, dont la fameuse fête de l’Être suprême. Il se dit prêt à « voter la mort du Capet ». Sa femme, qui l’avait déjà quitté, demande le divorce, devenu légal.
Proche de Robespierre, il s’en détourne par la suite
La veille de l’exécution de Louis XVI, un député est assassiné, Michel Lepeletier de Saint Fargeau. C’est David qui organise la veillée funèbre. Il en fait un tableau, et réalisera plus tard le fameux portrait de Marat assassiné, puis celui d’un jeune tambour, La Mort du jeune Bara. Il prend de plus en plus de place chez les Révolutionnaires. Proche de Robespierre, président du club des Jacobins, membre du comité de sûreté général, il est témoin de l’abject interrogatoire du Dauphin. Pendant plusieurs mois, il signe 300 arrestations. Il lui sera reproché de ne pas avoir sauvé ses anciens amis, notamment le chimiste Lavoisier et le poète André Chénier.
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A la fin de la Grande Terreur, en 1794, David se détourne de Robespierre, en affirmant haut et fort que ce dernier l’a trompé. Conduit dans la prison du Palais du Luxembourg, il échappe à l’échafaud grâce à l’intervention de son ex-épouse, et sera placé sous liberté surveillée. David deviendra par la suite le peintre officiel de Napoléon, mais c’est une autre histoire…
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Cet article Le peintre David dans la Révolution : radical, proche de Robespierre, il a participé à la Terreur est apparu en premier sur Radio Classique.