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La Fondation de l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR) a annoncé la nomination de Tugan Sokhiev au poste de Chef principal et Conseiller artistique. Le mandat initial de trois ans du chef d’orchestre russe débutera dès le lancement de la saison 2026-2027.
On sait enfin qui succèdera à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande à partir de l’automne prochain à Jonathan Nott, en partance pour l’orchestre du Gran Teatre del Liceu de Barcelone dont il est le nouveau directeur musical. Et ce successeur a pour nom Tugan Sokhiev « reconnu pour sa clarté, son intensité dramatique et sa capacité à créer une connexion profonde avec ses musiciennes et musiciens », selon les termes de Steve Roger, le directeur général de l’OSR.
Avec le titre de Chef principal et Conseiller artistique, le chef d’orchestre russe de 48 ans est engagé pour un mandat initial de trois ans et, dès la saison 2027-2028, il effectuera chaque année une résidence de six semaines à Genève.
Outre ses activités de direction, Tugan Sokhiev participera aux concours de recrutement des nouveaux membres de l’orchestre. Ses programmes ainsi que les projets de tournées seront élaborés en étroite concertation avec la direction générale et la commission artistique de l’OSR.
La relation artistique entre l’Orchestre suisse et Tugan Sokhiev a débuté en avril 2024 au Victoria Hall de Genève et s’est développée au fil de collaborations régulières.
C’est d’ailleurs à l’occasion d’un concert au cours duquel le maestro russe, plébiscité par les musiciennes et musiciens de l’orchestre, a dirigé la Symphonie n° 5 de Serge Prokofiev en octobre 2025 que la Fondation de l’OSR lui a proposé de prendre les fonctions de Chef principal et Conseiller artistique.
Une osmose entre les membres de l’orchestre genevois et Tugan Sokhiev qui se réjouit « de poursuivre cette aventure à leurs côtés, de concevoir des programmes inspirants, d’explorer les richesses du grand répertoire symphonique et de découvrir ensemble de nouvelles perspectives artistiques ».
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Depuis son départ de la direction musicale de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse et du Théâtre du Bolchoï de Moscou en mars 2022, quelques jours après le début de l’intervention russe en Ukraine, Tugan Sokhiev a multiplié les collaborations avec les plus grands orchestres européens dont le Philharmonique de Berlin, notamment lors du traditionnel Concert de la nuit d’été de Schönbrunn l’an dernier.
Le 1er janvier 2027 c’est l’Orchestre Philharmonique de Vienne qu’il dirigera à l’occasion du Concert du Nouvel An au Musikverein.
Philippe Gault
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A l’occasion de la publication de leur ouvrage commun dédié à Jean-Sébastien Bach, Claire-Marie Le Guay et Erik Orsenna seront, ce lundi 8 juin à 20h, les invités du Journal du Classique.
C’est à quatre mains que la pianiste Claire-Marie Le Guay et l’écrivain Erik Orsenna ont écrit ce touchant ouvrage qui nous plonge dans l’intimité, dans le foyer même de Bach, auprès de sa famille, de ses élèves comme au plus profond de son âme. « Que la joie demeure », tel est le titre de ce livre édité chez Albin Michel qui ne se veut pas être une biographie mais une série de réflexions sur l’un des plus grands génies de l’histoire de la musique derrière lequel se cache un homme profondément attachant.
Claire-Marie Le Guay et Erik Orsenna nous éclaireront ce soir sur leur démarche et sur la place que la musique de Bach occupe dans leur vie. Bach auquel la pianiste vient de consacrer un nouvel album sorti chez Mirare.
Laure Mézan
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Des dizaines de mots que nous utilisons tous les jours viennent de l’arabe, et pas des moindres. Voici lesquels !
Commençons par le vocabulaire des sciences. Au Moyen Âge, la civilisation arabe copiait, traduisait et enrichissait des textes grecs anciens, à Damas, au Caire, à Cordoue. La bibliothèque de Cordoue comptait, au Xe siècle, autant de volumes que la ville comptait d’habitants, soit 400 000. Tous les savants d’Europe venaient s’y instruire.
Les Arabes avaient la passion de nommer, classer, calculer et mesurer. Ils nous ont légué les mots algèbre, algorithme, alchimie, chimie, chiffre, azimut et zéro — ce petit mot qui, à lui seul, a changé l’histoire du monde.
Au-delà des sciences, nous devons à la langue arabe une grande partie du lexique de l’art de vivre et du logement raffiné : alcôve, baldaquin, divan, sofa, tabouret. Le champ lexical du soin du corps n’est pas en reste : henné, khôl, massage, talc, hammam.
Et côté musique, la langue arabe nous a transmis la guitare, le luth et le tambour.
La cuisine, elle aussi, puise abondamment dans l’héritage arabe. Parmi les mots que nous lui devons : artichaut, aubergine, épinard, safran, cumin, estragon, tajine, couscous.
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C’est aussi le cas d’abricot, qui a réalisé un véritable voyage linguistique en passant par le grec, le latin, l’arabe, l’espagnol et le catalan avant d’atterrir dans nos vergers français.
Pour conclure, un mot particulièrement éloquent : zénith. Ce terme désigne le point le plus haut du ciel, situé juste à la verticale au-dessus de notre tête. Il vient de l’arabe samt ar-ras, qui signifiait « chemin au-dessus de la tête », abrégé en samt.
Mais au Moyen Âge, des scribes européens peu familiers de l’arabe ont mal lu le mot et l’ont transformé en senit, puis zenit, et enfin zénith — avec le H final que nous lui connaissons. Ce joli mot est donc né d’une faute de copie.
Les erreurs, elles aussi, font l’histoire des mots.
Karine Dijoud
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Alors qu’il vient d’y interpréter Calaf dans Turandot, Roberto Alagna a été honoré par le Met Opera de New York où il a fait ses débuts il y a trente ans. À l’occasion de cet hommage, le ténor français a reçu une plaque à son nom commémorant un artiste « favori du public ».
Roberto Alagna n’est pas peu fier de la distinction qui lui a été remise par le Met Opera de New York où il s’est produit, du 21 mai au 6 juin, pour les dernières représentations de Turandot de Giacomo Puccini sous la direction d’Oksana Lyniv, données au Lincoln Center depuis septembre 2025.
À cette occasion, le ténor français a reçu une plaque commémorative pour célébrer ses trente ans de collaboration avec l’institution new yorkaise et l’admiration que lui a toujours portée le public du Met.
Outre cette plaque commémorative, Roberto Alagna s’est vu remettre une page extraite de la partition originale de La Bohème, le premier opéra dans lequel il a chanté au Met. C’était en avril 1996 dans le rôle de Rodolfo alors qu’il était âgé de 32 ans.
S’en sont suivies, plus de 150 représentations en trente ans au Lincoln Center dans 17 autres rôles parmi lesquels Don Carlo dans l’opéra de Giuseppe Verdi, Don José dans Carmen de Georges Bizet, Radamès dans Aida de Giuseppe Verdi et surtout Roméo dans Roméo et Juliette de Charles Gounod en 1998. Une prestation triomphale, tant auprès du public que de la critique.
Autre fait particulièrement marquant dans le parcours de Roberto Alagna avec le Met Opera, son mariage (le deuxième) avec la soprano roumaine Angela Gheorghiu en avril 1996. La cérémonie avait eu lieu à l’issue d’une représentations de La Bohème dans la grande salle du Met, plus précisément dans la loge du maire de New York à l’époque, Rudolph Giuliani, qui avait lui-même célébré cette union.
Les deux chanteurs, longtemps considérés comme formant le couple le plus « romantique » de la scène lyrique, se sont produits ensemble à l’occasion de 26 représentations sur la scène du Met dans cinq opéras (La Bohème, Roméo et Juliette, L’Elisir d’amore, Faust et La Rondine) jusqu’à leur séparation fin 2009.
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Dans un message publié sur les réseaux sociaux, Roberto Alagna a remercié le Met pour cette distinction, « Le prix qui me touche le plus » et précise : « il célèbre 30 années inoubliables au Met. Il y a 30 ans, Puccini m’a fait découvrir le Metropolitan Opera avec La Bohème. 30 ans plus tard, c’est à nouveau Puccini, cette fois avec Turandot, qui marque ce magnifique anniversaire ».
Wishing @roberto_alagna a very happy birthday! pic.twitter.com/sV9o0P9gn4
— Opera with Opera News (@operamagazine) June 7, 2026
Le public du Met aura, à nouveau, l’occasion de montrer son attachement à Roberto Alagna lors de la prestigieuse soirée de gala qui sera proposée le 25 mai 2027 pour célébrer les 60 ans de l’installation de l’institution new yorkaise au Lincoln Center.
Le ténor français qui a fêté ses 63 ans ce dimanche, y chantera aux côtés d’immenses voix parmi lesquelles Lise Davidsen, Joyce DiDonato, Renée Fleming, Sondra Radvanovsky, Nadine Sierra, Sonya Yoncheva ou encore Piotr Beczała, Freddie De Tommaso et Christian van Horn.
Philippe Gault
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Deux auditeurs de Radio Classique nous ont font part ce matin de mots ou expressions qui ne signifient pas ce qu’on imagine. On emploie ou on entend ces faux-amis de la langue française presque tous les jours : « sans doute » et « global ».
Sans doute est une locution trompeuse. On pourrait imaginer qu’elle signifie sans aucun doute possible et qu’elle présente une chose comme certaine. Or, sans doute signifie probablement, peut-être. C’est déroutant.
Aussi, si l’on ne veut pas instiller le doute — surtout face à des personnes dont le français n’est pas la langue maternelle — mieux vaut employer des locutions plus claires : peut-être ou assurément.
Quant à l’adjectif global, il signifie en français pris dans son ensemble, dans sa totalité. On parlera ainsi d’une vision globale ou d’un bilan global. Ce n’est donc pas un synonyme de mondial.
Une entreprise globale n’a ainsi rien à voir avec une entreprise mondiale. Il s’agit d’un anglicisme par fausse analogie avec l’anglais global, qui, lui, signifie effectivement mondial : un anglicisme sémantique, c’est-à-dire un anglicisme de sens. Reconnaissons toutefois que la bataille semble perdue d’avance : on parle désormais tant de globalisation pour dire mondialisation qu’il sera très difficile de redresser la barre.
Un autre auditeur nous invite à tordre le cou une fois pour toutes à deux termes impropres : moins pire et gent féminine.
Moins pire s’est d’abord répandu sur un ton humoristique, mais il a eu tant de succès que beaucoup de personnes l’emploient désormais sans se poser de question — ou avec de grands guillemets pour signaler qu’elles ont conscience du barbarisme qu’elles commettent, mais l’utilisent quand même.
Pire étant le comparatif de mauvais, on ne peut pas y ajouter le comparatif moins : un comparatif ne se compare pas. Si l’on souhaite conserver cette tournure, on dira moins mauvais — cette formulation est la moins mauvaise des deux — ou, pour plus d’élégance, meilleur ou préférable.
Gent féminine, quant à lui, est souvent victime d’une faute d’orthographe. Le mot gent ne prend pas de e final. Cette périphrase, très employée par les journalistes pour éviter les répétitions, est d’ordre littéraire. Elle vient du latin gens, gentis, qui désigne la race, l’espèce ou l’ensemble de personnes partageant un intérêt commun.
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On la retrouve fréquemment chez Jean de La Fontaine : la gent marécageuse pour désigner grenouilles et crapauds, la gent trotte-menue pour les rats et les souris. Traditionnellement, le t final ne se prononçait pas — c’est d’ailleurs ce qu’indiquent Le Robert et Le Larousse — mais il est aujourd’hui admis de le prononcer ou non. À noter que l’adjectif gente existe bel et bien : c’est un mot ancien signifiant joli, gentil. On parlait ainsi d’une gente dame.
Karine Dijoud
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Ancien avocat à l’esprit profondément cartésien devenu méditant assumé, Oscar Lalo relève dans son Dictionnaire amoureux de la méditation un défi littéraire : capturer sur le vif l’essence de la méditation et traduire le silence en mots.
Il nous raconte, de l’intérieur, la confrontation brute avec notre propre esprit, et l’apprentissage exigeant du désapprentissage.
Oscar Lalo ne nous livre ni manuel d’instructions ni parcours fléché, mais le témoignage vibrant d’une conscience qui se dénude pour embrasser enfin le monde tel qu’il est : sans filtre, sans fard, avec pour seule boussole un sentiment de liberté.
Elodie Fondacci s’est entretenue avec Oscar Lalo.
Elodie Fondacci : Oscar Lalo, bonjour. Vous êtes écrivain, et vous pratiquez la méditation. Ces deux pratiques font partie de votre vie, sont votre vie, vous sont essentielles comme l’air et l’eau… Vous ne pouvez les dissocier, à tel point que vous avez inventé un mot pour vous décrire, quand vous avez écrit ce Dictionnaire amoureux de la méditation : « mécrivant », la fusion de « méditant » et « écrivain ».
Comment avez-vous découvert la méditation au point d’en tomber amoureux, au point de l’aimer, tout simplement, de façon profonde, consciente, chaque jour renouvelé ?
Oscar Lalo : Je pensais que la méditation ne croiserait jamais mon chemin, ou que moi je ne la croiserais pas, parce que je suis très terre-à-terre, très cartésien on va dire. Et je pensais que tout participait d’une nébuleuse sectaire, jusqu’à ce que mon frère aîné suive un cours en Inde, il y a trente ans, et me dise « voilà ce que j’ai fait, et maintenant, il y a un centre en Europe, qui est en France ». Je lui ai dit que ce n’était pas pour moi, mais mon épouse y est allée avec son épouse à lui. Et ma femme, qui n’avait jamais arrêté de fumer malgré ses nombreuses tentatives, – nous avions tout essayé -, a arrêté la cigarette en dix jours. Ca m’a un peu interpelé, mais elle a eu l’intelligence de ne pas chercher à m’y envoyer.
Six mois, huit mois plus tard, j’étais quasiment en situation de burn-out. À ce moment-là j’étais avocat, et j’avais un studio d’enregistrement, j’avais quelques vies en cours… trop. Et j’ai voulu aller me reposer. Ca n’a pas vraiment été le cas, mais ce que je sais, c’est que quand je me suis assis pour la première fois sur ce coussin, dans l’Yonne à Dhamma Mahï, à Louesme, je me suis dit deux phrases qui me semblaient extrêmement ésotériques mais qui sont venues de moi : c’était d’abord « voilà ce que je cherche depuis toujours », et puis « j’ai déjà été là ». Et depuis je n’ai jamais cherché aucune autre voie de méditation, puisque celle-là m’attendait et me convenait.
E.F : Quand vous dites « j’ai déjà été là », c’est que vous aviez le sentiment de revenir à un endroit que vous connaissiez intimement, profondément ?
O.L : C’est exactement ça, ce qui est très perturbant quand on se veut très scientifique, très cartésien. Mais je ne pouvais rien y faire, j’étais de retour à une maison que je connaissais très anciennement, et dans laquelle je me sentais totalement en sécurité.
E.F : Vous dites que la méditation, c’est trouver la possibilité d’une véritable liberté.
O.L : C’est un peu l’objectif, même si à partir du moment où l’on a un objectif, on va dans la mauvaise direction, car il ne faut rien en attendre. Mais c’est vrai que c’est le seul lieu où je me sens totalement libre.
E.F : Vous vouliez en quelque sorte avec ce livre, Oscar Lalo, témoigner de l’intérieur, c’est-à-dire écrire en méditant. C’est un oxymore en soi ! Vous avez cherché à pousser l’instantané de l’écriture à son paroxysme, c’est-à-dire à écrire sur le vif, en captant instantanément ou presque ce que vous étiez entrain de ressentir en méditant : un défi difficile !
O.L : C’était un défi totalement impossible ! Écrire sur la méditation c’est déjà un pari complètement fou, écrire seul un dictionnaire c’est encore plus fou. Je m’étais fixé un cahier des charges, qui était un peu à la Perec : ne jamais mettre le mot « je ». Et très vite j’ai réalisé que c’était trahir la collection des Dictionnaires amoureux, qui est une merveilleuse collection, dont le cahier des charges est précisément d’incarner le plus possible le thème auquel on s’attaque. Cela aurait été une trahison suprême que de paraître incarner une espèce d’absence de soi ; ça aurait été prétentieux, faux, et à nouveau traitre à la collection. Mais ayant dit cela, je n’étais pas plus avancé.
J’ai essayé d’arriver à faire percevoir ce qu’est la méditation de l’intérieur, puisque ce Dictionnaire est tout sauf un cours, tout sauf une méthode. Je trouvais l’approche unique, pour le coup très honnête et très difficile voire impossible : qu’est-ce qu’il se passe à l’intérieur ? Car si l’on devait définir la méditation, c’est précisément la vision intérieure, d’ailleurs c’est la signification du mot « Vipassana », la méditation que je pratique : vision intérieure. Ca veut dire que peut-être pour la première fois de notre vie, au lieu de regarder toujours ce qu’il se passe à l’extérieur, et d’y réagir, on cherche à observer ce qu’il se passe à l’intérieur et à tenter de n’y pas réagir.
E.F : Vous dites que la méditation permet de décortiquer les mécaniques intérieures qui enclenchent les actions à notre insu. Nous sommes guidés par nos peurs, par l’instinct, par des automatismes, et en méditant, on arrive à le percevoir, et à comprendre comment les choses s’enclenchent en nous.
O.L : C’est ça, c’est cette observation sans choix. C’est arriver à une espèce d’objectivité paroxystique, probablement impossible, mais enfin arriver à voir ce qui est, la réalité telle qu’elle est. Vous imaginez le défi que c’est dans notre monde d’aujourd’hui, où la réalité est travestie de toutes pièces, où des gens, des hommes politiques parmi les plus puissants arrivent à faire croire au fait qu’il y aurait des réalités alternatives, qui n’auraient rien à voir avec la nôtre. Donc avec la méditation Vipassana, que j’appelle la « Matrice » quand je suis dans un centre de méditation, j’ai l’impression vraiment d’être de retour dans une matrice et d’y être protégé. Et du fait de cette protection, non filtrée, non teintée, j’ai l’impression d’arriver, grâce à cette technique absolument incroyable, à me rapprocher, en tous cas autant que faire se peut, de la réalité telle qu’elle est. Et donc de ne plus être dans une espèce de fantasmagorie qui éloigne de la vie.
E.F : Nous sommes assez nombreux à rêver de cela, à avoir cet idéal en tous cas, d’arriver à vivre sereinement la vie telle qu’elle est, juste vivre tout simplement. Mais d’emblée vous nous mettez en garde : si nous cherchons dans ce Dictionnaire la voie à suivre, et bien nous n’allons pas la trouver. Je vous cite : « Si une telle voie existait, ça se saurait. Nous serions bien plus nombreux à nous y engager. Il y aurait une app’ pour ça, des stories qui finissent bien, des influenceuses postant des selfies au sommet de la sérénité, mais la méditation ne se télécharge pas. Pas de QR code collé sur les pierres du sentier, rien qui mène ailleurs. Juste ici, encore ici, toujours, ne pas apprendre : désapprendre. » Alors comment fait-on, Oscar Lalo, si cela ne s’apprend pas, comment fait-on pour commencer à méditer ?
O.L : Alors ça s’apprend. Il faut juste ne pas se dire que ça va se faire quand on obéit aveuglément à un gourou. Je mets beaucoup en garde contre les gourous dans ce Dictionnaire, parce qu’il y a une telle mode de la méditation que tout le monde s’en improvise enseignant.
La méditation Vipassana est la seule que j’ai pratiquée, c’est pour ça que je ne parle d’aucune autre méditation, et c’est pour ça que ce Dictionnaire est totalement incarné et n’est pas une espèce d’encyclopédie sur tout ce qui existe, ce serait absolument mensonger de ma part de parler de méditation zen, ou d’autres styles de méditation. Mais en tous cas, la méditation Vipassana permet, lors d’une retraite de dix jours dans un centre bien déterminé, coupé du monde, sans téléphone, sans ordinateur, d’apprendre les tous premiers pas de cette technique. Mais on les apprend soi-même. On a des instructions, mais on est ab initio, on est dès le premier mouvement d’orteil son propre maître. Et c’est ce que je trouve très séduisant. C’est un autre mot que je trouve très important : la responsabilité. On est responsable de soi dès le début, donc il n’y a pas de psy, juste une technique dont on s’aperçoit, ce qui est absolument réjouissant, qu’elle est universelle. C’est pour ça que les gens de toutes religions, de toutes nationalités, suivent ces cours. Parce qu’on a tous les mêmes souffrances, on a tous les mêmes envies. Et l’objet qui est utilisé immédiatement, dès notre arrivée, est un objet universel : la respiration.
E.F : Dans cette pratique, nos ennemis ce sont nos sens : la vue, l’odorat, le goût, le toucher bien sûr, mais peut-être le plus insidieux des ennemis c’est la pensée, vous le disiez, tyrannique, qui revient et nous empêche.
O.L : Alors ce sont nos ennemis et nos amis. Dans la méditation tout est carrefour. Tout est une opportunité pour se libérer ou pour s’enchaîner davantage. Et donc les six sens, dont la pensée effectivement, permettent soit de se libérer, soit de s’aliéner. La vue par exemple. Même si la vue n’est d’ailleurs pas le meilleur exemple car souvent on pratique les yeux fermés. On s’aperçoit qu’un objet qui rentre en contact avec la vue peut créer soit une forme de sagesse, si l’on accepte la réalité de cet objet, soit une forme d’aliénation si l’on réagit à cet objet, en disant « c’est horrible » ou « c’est merveilleux ». C’est sûr que c’est beaucoup plus difficile, c’est un stade beaucoup plus avancé que de s’apercevoir que ce qui est agréable et plaisant, c’est une forme d’aliénation beaucoup plus élevée. Mais bon là on saute des chapitres, même s’il n’y en a pas dans le Dictionnaire amoureux.
E.F : Vous livrez dans ce Dictionnaire deux définitions, même si vous ne chercher jamais à en livrer : « La version la plus épurée de la méditation : ne pas », et ensuite : « La méditation c’est une porte ouverte, et derrière, rien, et tout ».
O.L : Oui (rires). Ce n’est pas évident de gloser sur le silence ! On s’aperçoit que cet exercice a été complètement délirant, cinq ans d’écriture nuit et jour, surtout quand je n’écrivais pas, et toujours cette question : comment écrire le rien ? Comment écrit on ce qui n’est pas ? Cette interview, Elodie, si l’on y était totalement fidèle, elle se passerait complètement en silence, et on laisserait chacun y piocher ce qu’il veut !
E.F : Et bien on va laisser chacun méditer sur ces définitions, à travers ce Dictionnaire de la méditation à lire les yeux fermés ! C’est un livre qu’on pose sans cesse, en tous cas c’est ce qui m’est arrivé, parce qu’on essaie de s’exercer. Comme vous le dites : c’est en méditant qu’on apprend à méditer. Merci beaucoup Oscar Lalo.
Le Dictionnaire amoureux de la méditation, par Oscar Lalo
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Rigoletto à l’Opéra de Marseille, une Soirée lyrique au Festival de Saint-Denis et le Concerto pour violon de Schumann avec Isabelle Faust et l’Orchestre de Paris dirigé par Klaus Mäkelä : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
Rigoletto de Verdi est à l’affiche du dernier rendez-vous lyrique de la saison de l’Opéra de Marseille. Sebastian Catana interprétera le rôle-titre, John Osborn sera Le Duc de Mantoue et Ruth Iniesta Gilda. Le Chœur et l’orchestre de l’Opéra de Marseille seront dirigés par Paolo Arrivabeni dans une mise en scène de Charles Roubaud.
Le Festival de Saint-Denis bat son plein. Parmi les prochains rendez-vous la Soirée lyrique de ce mardi 9 juin avec Cyrielle Ndjiki Nya, Karine Deshayes et Eva Zaïcik, accompagnées par l’Orchestre national d’Ile-de-France dirigé par Alizée Léhon. Au programme : Mozart, Gluck, Berlioz et Rossini.
Isabelle Faust est l’invitée de l’Orchestre de Paris dirigé par Klaus Mäkelä. Elle interprétera le Concerto pour violon de Robert Schumann.
Au programme également Roméo et Juliette-Ouverture-Fantaisie de Piotr Ilitch Tchaïkovski et la création française de Taste of Metal du compositeur finlandais Sauli Zinovjev.
Jean-Michel Dhuez
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Si le Débarquement en Normandie a été une surprise pour les nazis, c’est parce que tous les services secrets alliés se donnèrent la main pour brouiller les pistes. C’est ce que l’on appelle l’opération Fortitude, la plus vaste entreprise d’intoxication jamais menée dans l’histoire militaire.
Dès 1942, les Alliés avaient pris soin de camoufler leur débarquement en Afrique du Nord sous un rideau de fumée, destiné à faire croire aux Allemands à une opération en Norvège — soit une toute autre direction. Cette logique de déception allait atteindre son apogée avec la préparation de l’opération Overlord.
De leur côté, les Allemands hésitaient. Le débarquement allié pourrait-il avoir lieu en Norvège, en Italie, dans les Balkans, dans le nord de la France ? Pendant longtemps, toutes les hypothèses devaient être maintenues ouvertes. Or, on ne le dira jamais assez : le succès d’Overlord fut d’abord le succès des services secrets. Le mensonge était général, planifié, distillé avec un luxe considérable de moyens.
Il faut rappeler qu’Hitler disposait alors de 60 divisions en France, en Belgique et aux Pays-Bas, de 16 divisions en Norvège et au Danemark, et de 46 divisions réparties entre l’Italie et les Balkans — de quoi rendre toute tentative de débarquement a priori impossible. L’objectif des Alliés était donc double : accréditer l’hypothèse d’un front principal en Italie afin d’immobiliser le maximum de divisions allemandes en Méditerranée, tout en jouant sur la menace norvégienne pour en écarter d’autres des côtes françaises. La stratégie porta ses fruits : en juin 1944, près de 500 000 Allemands étaient encore stationnés en Norvège — où ils resteraient d’ailleurs jusqu’à la chute de Berlin.
Mais le tour de force majeur de Fortitude fut de convaincre Hitler que le véritable coup de force allié interviendrait dans le Pas-de-Calais. Le Führer en était convaincu, sans l’ombre d’un doute. La marine allemande avait quant à elle écarté la côte du Calvados, la jugeant trop rocheuse pour un débarquement. La Luftwaffe, pour sa part, privilégiait également l’hypothèse du Nord-Pas-de-Calais, en raison des contraintes d’autonomie de vol de ses appareils. Bref, chacun se trompait de direction.
Paradoxalement, les Allemands croyaient disposer d’une parade efficace face à la perspective d’un débarquement : le célèbre mur de l’Atlantique, le Westwall. En réalité, cet ouvrage était autant un instrument de propagande qu’un véritable système défensif. Il s’agissait avant tout de rassurer les populations du Grand Reich, en leur faisant croire qu’elles étaient hors d’atteinte des Anglo-Américains derrière ce rempart supposé infranchissable.
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La réalité était bien plus fragile : sur les 15 000 points bétonnés prévus pour le 1er mai 1943, un tiers seulement avait pu être réalisé au 1er mai 1944. Des 547 canons initialement programmés le long de la côte, il n’y en eut jamais que 229 effectivement déployés. Autant dire que le rempart présentait des fragilités bien réelles, notamment sur la côte normande — précisément là où les Alliés allaient frapper…
Franck Ferrand
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A l’occasion de la publication de son premier album, Iris Daverio sera, ce vendredi 5 juin à 20h, l’invitée du Journal du Classique.
C’est Marc Chagall qui l’a inspirée pour son premier album sort chez Oktav records dont le titre, « Les Amoureux en bleu », fait référence à un tableau de jeunesse du peintre. Un peintre dont elle peut admirer presque tous les soirs la fresque qui orne le plafond du palais Garnier. Car Iris Daverio est flûte solo de l’orchestre de l’opéra de de Paris.
Elle nous racontera ce soir son amour pour Chagall et sa conception de ce programme associant des œuvres qui entrent en résonance avec l’univers de ce peintre des couleurs. Elle nous entraine ici dans un voyage onirique, du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy au Sextuor de Poulenc, en passant par des pièces de Holmès, Boulanger, Dutilleux, Gaubert et Ravel.
Iris Daverio présentera ce programme en concert le 9 juin, salle Cortot, avec quelques-uns des nombreux complices de cet album.
Laure Mézan
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Les 20 et 21 mai derniers l’Orchestre de Paris dirigé par Daniel Harding donnait à la Philharmonie de Paris, deux grandes œuvres du répertoire.
Tout d’abord Pierre et le Loup de Sergueï Prokofiev avec la récitante Amira Casar et la Symphonie Fantastique d’Hector Berlioz. Ce sont ces deux soirées que Radio Classique vous propose ce dimanche à 20 heures. Ce concert sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.
Jean-Michel Dhuez
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