Gorbatchev, réformateur audacieux, est à l’initiative de la Perestroïka et de la Glasnost. Saluées à l’Ouest, ces réformes précipitent la chute du Mur de Berlin et révèlent les tensions internes du régime. Alors comment Gorbatchev a-t-il involontairement scellé le destin de l’URSS ? Plongez au cœur d’un empire en implosion.
Le 11 mars 1985, une étrange atmosphère plane sur Moscou. La radio diffuse de la musique classique, les programmes habituels sont suspendus, et les manifestations officielles sont annulées. Une ambiance pesante, familière aux Soviétiques habitués aux codes subtils annonçant le décès d’un dirigeant. Pourtant, aucune annonce officielle ne vient confirmer les suspicions. Constantin Tchernenko, secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, est au plus mal. À 73 ans, il incarne un système vieillissant, à bout de souffle. L’attente est palpable, lourde de conséquences pour l’avenir de l’URSS.
La mort de Tchernenko, confirmée dans l’après-midi par un communiqué médical laconique, met fin à un règne bref, mais symptomatique. À la tête du pays pendant seulement un an, il succède à une série de dirigeants vieillissants, incapables d’endiguer le déclin de l’Union Soviétique. L’économie est en berne, minée par l’inefficacité et la corruption. La course aux armements, relancée par l’initiative de défense stratégique de Ronald Reagan, draine les ressources du pays. Sur le plan social, la société est étouffée par un système rigide et oppressant. L’URSS, autrefois symbole de puissance et d’idéologie, apparaît comme une gérontocratie incapable de se réformer.
L’étoile montante du Kremlin : Gorbatchev
Pourtant, au sein du Politburo, le comité central du parti communiste de l’Union soviétique, un homme se distingue. Mikhaïl Gorbatchev, 54 ans, a gravi les échelons du parti avec une rapidité surprenante.
Son parcours, de sa région natale dans le Caucase du Nord à l’université de Moscou, en passant par des responsabilités croissantes dans le domaine agricole, en fait un homme nouveau, familier des arcanes du pouvoir, mais porteur d’une vision différente. Son dynamisme et sa jeunesse contrastent avec la sénilité ambiante. Depuis deux ans déjà, il supplée Tchernenko dans les réunions officielles et les voyages à l’étranger, laissant entrevoir les prémices d’un leadership nouveau.
Gorbatchev à la conquête du pouvoir et des esprits
Dès son élection, Gorbatchev rompt avec les traditions soviétiques. Fini les apparitions protocolaires et les déplacements en limousines aux vitres fumées. Il se promène dans les rues de Moscou, serre des mains, discute avec les passants, et laisse ses gardes du corps à distance. Son épouse, Raïssa, l’accompagne dans ses sorties, rompant avec l’image des épouses de dirigeants invisibles et effacées.
Crédit : OSHIHARA/SIPA
Ce nouveau style de communication séduit l’opinion publique et marque une rupture profonde avec le passé. Gorbatchev comprend l’importance de l’image et de l’adhésion populaire pour mener à bien ses réformes.
Fort de ce soutien, Gorbatchev lance sa grande réforme : la Perestroïka, ou restructuration économique, et la Glasnost, ou transparence politique. Il s’attaque à la corruption, à l’inefficacité, et à la stagnation économique. Les entreprises se voient accorder plus d’autonomie, les prisonniers politiques sont libérés, et la censure est assouplie. La presse bénéficie d’une liberté sans précédent, révélant les problèmes de la société et les abus du pouvoir. Des œuvres littéraires interdites depuis des décennies sont enfin publiées. L’URSS s’ouvre au monde, et les mots « Perestroïka » et « Glasnost » résonnent dans toutes les langues.
Ces réformes audacieuses suscitent un immense espoir en Occident, où Gorbatchev est salué comme un homme de paix et de progrès. Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1990 et devient une figure emblématique de la fin de la Guerre Froide. Mais à l’intérieur de l’URSS, les résistances sont fortes. La vieille garde du parti voit d’un mauvais œil ces changements. Les différentes nationalités qui constituent l’URSS, longtemps réprimées, expriment leurs revendications avec de plus en plus de force. L’économie, malgré les efforts de Gorbatchev, peine à se redresser. Les pénuries persistent et les tensions sociales s’aggravent.
La chute d’un système
La chute du Mur de Berlin en novembre 1989 marque un tournant décisif. Elle symbolise l’effondrement du bloc soviétique en Europe de l’Est et encourage les aspirations à l’indépendance au sein de l’URSS. Les pays baltes, l’Ukraine, la Géorgie, et d’autres républiques multiplient les déclarations de souveraineté. Gorbatchev tente de trouver un compromis en créant une nouvelle assemblée législative, le Congrès des députés du peuple, et en accordant plus d’autonomie aux régions. Mais ces mesures sont jugées insuffisantes par les nationalistes, qui réclament l’indépendance pure et simple. L’unité de l’URSS est plus que jamais menacée.
Au cœur de l’été 1991, alors que la situation se détériore, un groupe de dirigeants communistes orthodoxes tente de renverser Gorbatchev. Le 19 août, alors qu’il est en vacances en Crimée, il est placé en résidence surveillée et les putschistes prennent le contrôle de Moscou. Mais le coup d’État échoue face à la résistance populaire, menée par Boris Eltsine, le président de la Russie. Gorbatchev est libéré, mais son autorité est irrémédiablement affaiblie. L’URSS est au bord du précipice.
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Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev annonce sa démission de la présidence de l’Union Soviétique. Dans un discours télévisé empreint de tristesse et de lucidité, il reconnaît l’échec de sa tentative de réformer le système et prend acte de la disparition de l’URSS.
Le drapeau rouge est abaissé sur le Kremlin, remplacé par le drapeau tricolore russe. L’Union Soviétique, née de la révolution d’Octobre 1917, cesse d’exister.
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