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Plusieurs auditeurs de Radio Classique ont fait part de leur agacement face à des formulations qu’ils entendent partout et qui leur font grincer des dents. Ces deux phénomènes ont un point commun : ils révèlent une langue qui se relâche, qui perd en précision et qui glisse vers un registre plus familier.
Une auditrice, Ninon, s’interroge sur la tournure : elle aime des lasagnes depuis qu’elle est toute petite, et lui préfère l’expression depuis son enfance.
Elle a raison de s’en inquiéter. Depuis qu’elle est toute petite est une subordonnée temporelle qui pose un problème logique : elle sous-entend que la personne est encore, aujourd’hui, toute petite.
C’est ce que l’on appelle un présent de durée mal maîtrisé. La tournure n’est pas grammaticalement incorrecte, mais le sens en reste ambigu. Il est en effet plus clair et plus élégant de dire depuis son enfance.
Hugues, lui, évoque des formulations du type Les hommes politiques, ils pratiquent la langue de bois, ou encore La ville de Tulle, elle est belle — une construction que François Hollande affectionnait particulièrement, avec ses célèbres La France, elle est grande.
Ce phénomène, que les linguistes appellent la dislocation, consiste à énoncer d’abord le thème — la ville de Tulle — puis à le reprendre immédiatement par un pronom — elle. Cette tournure existe depuis longtemps à l’oral, et Molière lui-même ne s’en privait pas.
Elle permet de mettre en avant le sujet et s’emploie volontiers dans le langage adressé aux enfants. Mais à l’écrit, dans un journal télévisé ou dans un discours politique, voire un exposé en classe, elle est à éviter. Cette formulation alourdit la phrase et nuit à l’élégance du propos.
Dominique s’agace, de son côté, d’entendre des journalistes dire aujourd’hui au lieu de aujourd’hui, ou juin au lieu de juin.
Sur le plan phonétique, rappelons qu’aujourd’hui est issu de l’ancien français au jour d’hui, hui étant lui-même tiré du latin hodie, signifiant ce jour. Il s’agit déjà d’une locution doublement renforcée — un double pléonasme, en quelque sorte. Inutile d’y ajouter une erreur de prononciation.
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Quant à juin, fréquemment escamoté, il s’agit d’une prononciation relâchée particulièrement répandue à Paris. Efforçons-nous de rétablir les bonnes voyelles : ju-in.
Karine Dijoud
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Ettore Pagano, jeune violoncelliste italien de 22 ans, a remporté le premier prix de l’édition 2026 du Concours Reine Elisabeth. La seule représentante française qualifiée pour le tour final, Clara Dietlin, n’a pas réussi à se classer pami les 6 lauréats primés.
C’est grâce à son interprétation de la Symphonie concertante pour violoncelle de Serge Prokofiev qu’Ettore Pagano a fait la différence avec les onze autres concurrent(e)s qualifié(e)s pour le dernier tour du Concours Reine Elisabeth qui s’est déroulé la semaine dernière au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.
Le jeune violoncelliste italien s’est imposé devant la Sud-Coréenne Tae-Yeon Kim,20 ans, et le Sino-Canadien Leland Ko, 28 ans. Clara Dietlin, seule représentante française en finale, n’a malheureusement pas réussi à se classer parmi les six lauréats primés.
Né à Rome en 2003, Ettore Pagano a commencé le violoncelle à l’âge de neuf ans. Diplômé du Conservatoire Sainte-Cécile, la prestigieuse école de musique romaine il est devenu une véritable « bête de concours » avec plus de 40 premiers prix remportés dans des concours nationaux et internationaux parmi lesquels le Concours « Giovani musicisti » de la Philharmonie de la Scala de Milan ou le Concours Johannes Brahms de Pörtschach (Autriche).
En récompense pour sa distinction à Bruxelles du Prix de la Reine Mathilde, il recevra la somme de 25.000 € et sera invité à de nombreux concerts en Belgique et à l’étranger. Mais pas seulement !
Grâce à cette victoire Ettore Pagano, qui joue habituellement sur un violoncelle récent du luthier autrichien Wiltrud Fauler, va surtout avoir le privilège de pouvoir jouer pendant quatre ans sur le Goffriller de 1733 que Pablo Casals avait acquis en 1908 et légué à sa mort à sa fondation.
Ce prêt entre dans le cadre des célébrations par le concours bruxellois du 150e anniversaire commun de la naissance du musicien catalan et de la reine Elisabeth de Belgique dont il était très proche.
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Le précieux instrument sera remis au jeune violoncelliste romain lors de la cérémonie de remise des prix mardi à la Chapelle Musicale à Waterloo, en présence de la Reine des Belges Mathilde, présidente d’honneur du Concours Reine Elisabeth.
Le concert des lauréats classés 4e, 5e et 6e du concours, accompagnés par l’Orchestre Symphonique d’Anvers dirigé par Shiyeon Sung, aura lieu le lundi 8 juin au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le concert de clôture réunissant les 1er, 2ème et 3ème lauréats avec le Philharmonique de Bruxelles, sous la direction de Samy Rachid, se tiendra dans la même salle le mercredi 10 juin.
Ettore Pagano aura ensuite l’occasion de faire raisonner le Goffriller Casals dès cet été, à l’occasion de deux concerts dédiés au musicien espagnol : le 21 juillet à l’Auditori Pau Casals d’El Vendrell de San Salvador (province de Valladolid) et le 22 juillet au Palau de la Música de Barcelone.
En 2027, les épreuves finales du Concours Reine Elisabeth se tiendront du 9 mai au 2 juin à Bruxelles et seront dédiées au chant.
Philippe Gault
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Beethoven est d’un caractère emporté et imprévisible. Haydn a même raconté un jour avoir l’impression d’avoir devant lui un homme possédant plusieurs têtes, plusieurs cœurs et plusieurs âmes. Il y a chez lui un besoin d’amour absolument dévorant qui, en retour, réclame de la loyauté, au point de mettre en péril des amitiés pour une simple plaisanterie.
Ludwig van Beethoven est très sensible au moindre manque d’égards qu’on peut lui manifester, qu’il soit réel ou imaginaire. Et il est lui-même assez critique vis-à-vis des autres. Et puis, il y a cette surdité qui exacerbe un sentiment de frustration déjà latent.
Ses rapports sont difficiles avec les gens, il se sent rejeté. C’est ce qu’il exprime en 1802, dans son célèbre testament d’Heiligenstadt, rédigé six ans avant la création de la 5e symphonie. Retrouvé seulement après sa mort, le document révèle à quel point il se sentait enfermé dans sa surdité, coupé du monde.
Son style de vie reflète d’ailleurs sa difficulté à établir des relations intimes. Karl Czerny pense qu’il n’est pas fait pour la vie domestique. Nombre de ses amis ont témoigné de l’état de confusion permanent qui régnait chez lui. L’un d’eux le décrit ainsi : « Un désordre indescriptible régnait partout. Sur le piano, la poussière et la saleté luttaient avec les partitions. Dessous traînait encore un pot de chambre. Des chaises étaient couvertes de vêtements et d’assiettes contenant les reliefs de ses repas. » On imagine cet artiste vivant dans un désordre extérieur aussi total que son monde intérieur était, lui, rigoureusement ordonné.
Beethoven n’est pourtant pas dépourvu d’humour. Son goût des calembours l’a par exemple poussé à composer pour le musicien Hummel et pour son ami le baron Zmeskall von Domanovecz une pièce intitulée Duo pour deux paires de lunettes obligées — les deux destinataires ayant effectivement besoin de lunettes pour déchiffrer la musique.
Mais s’il aimait plaisanter, Beethoven n’est pas toujours beau joueur lorsque les plaisanteries se retournent contre lui. Un jour, il joue son nouvel Andante favori devant l’un de ses amis, Ferdinand Ries. Ce dernier se rend ensuite chez le prince Lichnowsky et lui transcrit l’œuvre de mémoire.
Le lendemain, le prince se présente chez Beethoven et lui dit, l’air malicieux : « Mon cher ami, j’ai composé pendant la nuit quelque chose qui va vous plaire. » Les deux hommes se mettent alors à jouer le morceau devant le compositeur. Là où tout le monde attend un éclat de rire, c’est une explosion de colère. Beethoven, furieux, n’a plus jamais rejoué quoi que ce soit devant Ries.
Il n’a pas davantage de considération pour le rang social. Le prince Lichnowsky, précisément, était celui avec lequel il s’était si gravement fâché. Son jeune élève, l’archiduc Rodolphe, reçoit des coups sur les doigts comme n’importe quel autre élève — son titre de prince n’y change rien.
Quant au prince Lobkowitz, il est un jour traité d’âne devant ses propres domestiques. Connaissant pourtant l’ampleur du génie qu’il a en face de lui, il accepte l’insulte. Beethoven lui dédie en échange la Symphonie Héroïque, la 5e symphonie, la Symphonie Pastorale et plusieurs autres œuvres majeures.
Vers la fin de sa vie, Beethoven se retrouve entouré de deux cercles d’amis distincts. Le premier, animé par son éditeur Steiner, comprend notamment Czerny et Schuppanzigh. Le second se compose de personnes rencontrées dans des auberges, qui ont rempli les célèbres cahiers de conversation — ces carnets par lesquels Beethoven, devenu sourd, communiquait avec le monde extérieur.
Il gère ces deux groupes avec une autorité assumée, se considérant lui-même comme le generalissimo du groupe Steiner. Des admirateurs fervents peuplent l’autre cercle, dont Beethoven tire parti sans détour : « Je n’estime mes amis que par ce qu’ils peuvent faire pour moi », déclare-t-il un jour — formule pour le moins dépourvue d’indulgence.
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C’est dans ce contexte qu’un jeune violoniste et étudiant en droit, Anton Schindler, entre dans le cercle du maître vers 1820. Il devient peu à peu son secrétaire et homme à tout faire, supportant jusqu’à la fin les emportements de plus en plus incontrôlables de Beethoven, ainsi que ses insultes : « Misérable chien ! Objet dérisoire et abject ! »
À la mort du compositeur, Schindler s’approprie de nombreux documents, dont les fameux cahiers de conversation — 400 au total, dont il détruit les deux tiers. Non pas pour nuire aux historiens, mais pour préserver l’image du maître et effacer ce que ces pages révélaient de trop sombre.
Franck Ferrand
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Le nouveau directeur musical de La Scala de Milan, le Coréen Myung-Whun Chung, ouvrira la saison avec des représentations d’Otello de Giuseppe Verdi au mois de décembre, dans une année riche en nouveautés, a annoncé le Teatro alla Scala.
Le metteur en scène italien Damiano Michieletto, habitué de La Scala, sera à l’œuvre pour cet Otello que dirigera dès le 7 décembre le nouveau directeur musical de la Scala Myung-Whun Chung.
À noter que le rôle principal sera interprété par un chanteur (Brian Jagde) au visage « pas peint en noir », contrairement à la tradition, a souligné le directeur de la Scala Fortunato Ortombina lors d’une conférence de presse.
« Ce sera une année pleine de défis mais aux risques calculés », a souligné le surintendant qui signe là sa première saison à la Scala. Parmi les inédits, l’institution milanaise prévoit le retour du Macbeth, autre opéra de Giuseppe Verdi dans une mise en scène de l’Australien Barrie Kosky, Les Puritains de Vincenzo Bellini par l’audacieux metteur en scène italien Davide Livermore, et le baroque Didon et Enée d’Henry Purcell, dans une mise en scène du jeune Espagnol Marcos Morau.
Autre
rareté programmée la saison prochaine à Mila, la Leonora de Ferdinando Paër, compositeur adoré de Napoléon Bonaparte. Du côté des ballets, Giselle, mis en scène par Akram Khan, sera proposé à la Scala en mars 2027 après dix ans de production au Royaume-Uni.
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La Scala a également commandé un opéra consacré à Beethoven pour les plus petits spectateurs, pour commémorer le compositeur allemand 200 ans après sa mort. Le théâtre a créé cette saison une catégorie « premium » avec des prix encore plus élevés, qui devront « en partie » financer les offres à tarif réduit et d’initiation à l’opéra. Celles-ci représentent 180.000 des 450.000 tickets vendus chaque année.
Philippe Gault (avec AFP)
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Franck Ferrand invite Roger Muraro à la Salle Gaveau, le Concert des Révélations des Victoires de la Musique Classique aux Invalides et le coup d’envoi du Nohant Festival Chopin : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours.
Franz Liszt est au programme au dernier concert Franck Ferrand invite de la saison. Roger Muraro interprètera ses plus belles œuvres pour piano, tandis que Franck Ferrand racontera la vie de ce compositeur hors du commun.
Dernier rendez-vous des concerts de la Saison Musicale des Invalides soutenus par le CIC, le Concert des Révélations des Victoires de la Musique, est l’occasion d’entendre les grands noms de demain. Cette année sont réunis la soprano Tamara Bounazou, lauréate de la catégorie Révélation artiste lyrique, la soprano Lucie Peyramaure et la mezzo-soprano Léontine Maridat-Zimmerlin, ainsi que la pianiste Arielle Beck, lauréate de la catégorie Révélation soliste instrumental, le violoncelliste Léo Ispir et l’accordéoniste Julien Beautemps. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le dimanche 12 juillet à 20 heures.
Coup d’envoi ce samedi 6 juin du Nohant Festival Chopin qui fête son 60e anniversaire et commémore le 150e anniversaire de la disparition de George Sand. Elisabeth Leonskaja lancera les festivités avec un récital réunissant Franz Schubert, Arnold Schönberg, Frédéric Chopin et Johannes Brahms.
Jean-Michel Dhuez
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On sait aujourd’hui que Beethoven composait avec une tige de bois entre les dents, un système d’écoute qui lui permettait de continuer de travailler malgré la perte progressive de son audition. Une entreprise, Sounduct, a lancé une technologie qui s’inspire justement de la conduction osseuse. Olivier Gauthier, son cofondateur, était l’invité ce jeudi de Comment j’ai réussi, sur Radio Classique.
Sounduct est une technologie que vous avez lancée pour prendre en charge la surdité, en utilisant la conduction osseuse. Comment ça fonctionne ?
OLIVIER GAUTHIER. : La conduction osseuse, c’est une propriété physiologique naturelle du corps humain qui permet d’entendre par l’intermédiaire de vibrations atteignant directement l’oreille interne du patient. Ces vibrations passent dans l’os et c’est ainsi qu’on les perçoit. La composition fibreuse des os, leur densité et leur localisation autour de la cochlée (un organe de l’oreille interne en forme de spirale NDR) permettent naturellement de véhiculer ces vibrations directement jusqu’à l’ouïe interne.
Et elle complète donc l’audition aérienne ?
O.G. : Elle peut effectivement compléter la conduction aérienne — qui est la façon naturelle d’entendre, les vibrations sonores classiques étant transmises dans l’air — mais la conduction osseuse peut aussi être un substitut pour les patients qui ne peuvent pas entendre, ou mal entendre, par voie aérienne.
Cette technologie est déjà utilisée depuis plusieurs années, au moins pour un usage récréatif. C’est une propriété découverte récemment ?
O.G. : Pas du tout, c’est tout le paradoxe. La conduction osseuse a été documentée par un scientifique italien il y a plusieurs siècles. Et même — sur Radio Classique, vous en avez certainement entendu parler — Beethoven, sur la fin de sa vie, alors qu’il était sourd, a pu continuer à composer grâce à un procédé archaïque de conduction osseuse.
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Et comment faisait-il ?
O.G. : Il y a plusieurs hypothèses, mais la plus répandue : il prenait une corde de son piano, enroulée autour d’un morceau de bois qu’il mettait entre ses dents. Les vibrations remontaient via cette corde, passaient dans sa mâchoire pour atteindre l’oreille interne. Grâce à son génie et à sa mémoire auditive, cela lui permettait d’entendre suffisamment pour continuer à composer.
Ces dernières années, la conduction osseuse s’est développée pour le grand public. Le fait que le son passe par les os, est-ce que ça peut les abîmer ?
O.G. : Les os en tant que tels, non. Ce qui a été documenté, c’est que certains dispositifs nécessitent une pression autour du crâne pour fonctionner, ce qui peut effectivement creuser les os sur le long terme. Ce n’est absolument pas notre cas, nous n’avons pas besoin de pression.
Votre dispositif, ce sont deux écouteurs que l’on pose sur l’oreille. À quoi ça ressemble ?
O.G. : Ce sont des écouteurs que l’on positionne derrière l’oreille, un peu comme des aides auditives classiques. De là partent deux pods que vous placez devant le conduit auditif et derrière le pavillon de l’oreille, ce qui permet une double conduction osseuse. Nous ne sommes pas seulement sur une conduction osseuse classique, mais sur une double conduction qui vient complètement englober la cochlée du patient et adresser l’intégralité des cellules auditives.
Quel est le potentiel de marché ? Combien de personnes sont concernées en France ?
O.G. : En France, environ 6 millions de personnes se déclarent avoir une perte d’audition handicapante. Et à l’échelle mondiale, ce sont 430 millions de personnes ayant atteint un stade nécessitant un appareillage.
L’idée est donc d’en faire un dispositif médical. Ce qui est étonnant, c’est que vous produisez en France, mais vous n’êtes disponible pour l’instant qu’aux États-Unis. Pourquoi ?
O.G. : Nous sommes une medtech basée à Strasbourg, et nous produirons à Strasbourg. Mais notre première demande d’autorisation a été déposée aux États-Unis, car ils sont malheureusement plus pragmatiques que le législateur européen : les passerelles pour obtenir des autorisations y sont beaucoup plus rapides.
À chaque fois que l’on reçoit des entreprises technologiques du secteur de la santé, on entend que les Européens prennent trop de temps. C’est ce que vous ressentez également ?
O.G. : C’est même un constat généralisé. En France, 37 % des fabricants de dispositifs médicaux ont à un moment donné renoncé à la mise sur le marché d’un dispositif dans notre pays. Ce ne sont pas 37 % des dispositifs qui n’ont pas été mis à disposition des patients, mais 37 % des entreprises qui ont abandonné. C’est une perte de chance considérable pour les patients, avec de nombreuses solutions qui restent inaccessibles.
L’idée, c’est aussi d’en faire un dispositif remboursé, j’imagine. Quel est le prix de vos écouteurs ?
O.G. : Nos aides auditives seront distribuées par les audioprothésistes, qui fixeront le prix final. Ce que je peux dire, c’est que le prix pour les patients sera bien inférieur à certains types d’implants que nous serons en capacité de substituer.
Pour aller au-delà de la surdité, si votre dispositif fonctionne, pourriez-vous l’ouvrir à d’autres usages grand public, comme l’écoute de la musique ?
O.G. : C’est une excellente question. Nous avons développé une technologie désormais brevetée — le brevet est délivré en France et aux États-Unis — dont le cœur technologique peut être déployé sur d’autres segments, notamment l’audio grand public, l’audiophilie ou encore l’audio pour les professionnels du spectacle.
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A l’occasion de la publication de son nouvel album, Jonathan Fournel sera, ce vendredi 29 mai à 20h, l’invité du Journal du Classique.
C’est avec le violoniste canadien Kerson Leong que Jonathan Fournel a enregistré son nouvel album tout juste sorti chez Alpha. Un album dédié à Fauré associant les deux sonates pour violon et piano du compositeur, écrites à deux périodes extrêmes de sa vie, ainsi qu’un florilège de transcriptions de mélodies et petites pièces du compositeur.
« L’écriture de Fauré exprime quelque chose de profondément humain – les sentiments que nous portons dans notre cœur, mais qui nous semblent difficiles à traduire en mots » nous dit Jonathan Fournel, qui nous éclairera ce soir sur ses affinités fauréennes.
Le pianiste nous dira également quelques mots sur le nouveau volet de son festival Les Songes Musicaux qui se tient ce week-end dans le pays du Saulnois.
Laure Mézan
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C’est à l’Auditorium du Palais du Pharo à Marseille qu’a été donné le 12 avril dernier ce concert de l’Orchestre Philharmonique de Marseille dirigé par Michele Spotti que diffuse Radio Classique ce samedi à 20 heures.
Au programme Cyberkniffe, rhapsodie pour clarinette et orchestre composée en 2011 par le compositeur italien Nicola Piovani. Elle était interprétée par Alessandro Carbonare, clarinette solo de l’Orchestre de l’Académie Sainte-Cécile de Rome. Au cours de cette soirée vous pourrez également entendre deux œuvres de Robert Schumann : le triptyque Ouverture, scherzo & finale et la Symphonie n°3 “Rhénane”, évocation musicale des paysages et des légendes du Rhin.
Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Marseille et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.
Jean-Michel Dhuez
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Premier compositeur de la génération 1810, Felix Mendelssohn était un surdoué. Musique, mathématiques, lettres anciennes, dessin, équitation et même danse : il excellait en tout.
De ses premières Symphonies pour cordes écrites à l’adolescence, à son poignant Quatuor n°6 composé sous le choc du décès de sa sœur Fanny, à quelques mois de sa propre disparition, nous écouterons ses principales œuvres au cours de cette soirée classique qui lui sera consacrée.
Vous pourrez ainsi entendre des extraits du Songe d’une nuit d’été, par l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, une formation dont Mendelssohn a été le premier directeur musical, les Romances sans paroles jouées par Daniel Barenboïm, la Symphonie n°4 « Italienne » par l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé par Sir Georg Solti, ainsi que l’Ouverture Les Hébrides, par l’Orchestre Philharmonique de Londres placé sous la direction de Bernard Haitink.
Jean-Sébastien Bach, que Mendelssohn a fait redécouvrir, sera également présent avec le Chœur d’entrée de la Passion selon saint Matthieu, dans l’arrangement de Mendelssohn lui-même. Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.
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Réalisé par Milos Forman, Amadeus est un chef-d’œuvre cinématographique oscarisé, et pourtant truffé d’inexactitudes historiques. Peter Shaffer, le dramaturge qui a adapté sa propre pièce de théâtre pour le grand écran, l’a toujours revendiqué : c’est une fantaisie sur un thème réel, non un documentaire. Mais alors, qu’est-ce qui est vrai ? Voici un décryptage sans complaisance.
C’est le pilier central du film… et son plus grand mensonge historique. Aucun document ne prouve une quelconque rivalité entre les deux hommes, seulement une concurrence professionnelle normale dans le milieu musical compétitif de Vienne.
Salieri a même assisté à une représentation de La Flûte enchantée du vivant de Mozart et l’a publiquement admirée, et les deux hommes avaient collaboré en 1785 sur une cantate commune, Per la ricuperata salute di Ofelia, redécouverte en 2015 dans les archives du Musée tchèque de la musique à Prague.
Dans ses lettres, Mozart n’accuse jamais Salieri d’actes malveillants, ce qui est d’ailleurs cohérent avec le film lui-même. Après la mort de Mozart, Salieri accepta même d’enseigner à son fils, Franz Xaver, geste difficilement compatible avec l’image du rival sanguinaire que le film lui prête.
Le film s’ouvre sur un Salieri âgé, hurlant le nom de Mozart dans la nuit, après s’être tailladé la gorge. La tentative de suicide est réelle : Salieri a effectivement essayé de mettre fin à ses jours en novembre 1823, dans un état de démence sénile avancée. En revanche, il ne finit pas ses jours dans un asile psychiatrique.
Il a été hospitalisé au grand hôpital général de Vienne, un établissement médical, et non un « asile de fous ». Il décède le 7 mai 1825 à Vienne, à l’âge de 74 ans. Dans ses moments de lucidité, il rétractait catégoriquement ses confessions au sujet de Mozart, unanimement interprétées aujourd’hui comme les divagations d’un vieillard dément, soumis à une légende noire qui existait déjà de son vivant.
Le film ne montre pas exactement un Mozart ruiné par l’indifférence du public, il suggère plutôt un homme happé par la folie, le deuil paternel et l’obsession du Requiem, avec en toile de fond quelques difficultés financières. Mais la réalité est plus nuancée : lors de ses meilleures années, entre 1784 et 1786, Mozart pouvait gagner jusqu’à 10 000 florins par an, une somme colossale, équivalant approximativement à plus d’un million d’euros en pouvoir d’achat actuel, à une époque où un ouvrier gagnait 25 florins par an et où un professionnel aisé vivait confortablement avec 450 à 500 florins. Son revenu moyen à Vienne est estimé entre 1 900 et 4 000 florins selon les années, ce qui restait très confortable.
Son problème n’était donc pas le manque de revenus, mais une gestion catastrophique de son argent : grand appartement chic à Vienne, jeux de cartes et de billard pour des enjeux élevés, vêtements fastueux, train de vie extravagant… Il vivait largement au-dessus de ses moyens.
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Surtout, contrairement au mythe du génie incompris mourant dans l’oubli, Mozart est mort au faîte de sa gloire. En 1791, La Flûte enchantée venait de triompher, et Haydn avait déclaré dès 1785 à Léopold Mozart : « Votre fils est le plus grand compositeur que je connaisse, en personne ou de nom. » Mozart était en train de rembourser ses dettes grâce à ses nouvelles commandes quand la mort le faucha.
L’humour scatologique de Mozart est réel et documenté : sur 371 lettres conservées, 39 contiennent des passages scatologiques ou sexuels. Il a même composé le canon « Leck mich im Arsch » (K. 231). Mais cet humour était parfaitement courant dans la culture populaire du XVIIIe siècle en Europe centrale (sa mère, sa sœur et son père en usaient eux-mêmes).
C’est la morale bourgeoise pudibonde du XIXe siècle qui l’a rétrospectivement transformé en bizarrerie choquante. Quant au rire aigu si particulier de Tom Hulce, qui joue Mozart, il n’a pas été imaginé pour le film : des contemporains décrivent un rire singulier et incontrôlé, tranchant avec la profondeur de sa musique. Mais Milos Forman en fait une caricature permanente, là où la réalité décrivait une exubérance naturelle.
Le film met en avant la facette potache de Mozart, mais il savait aussi faire preuve d’une rigueur remarquable : 626 œuvres composées avant 35 ans, une carrière indépendante gérée seul dans un milieu impitoyable, une discipline créatrice hors du commun.
Le film la dépeint comme une femme opportuniste, peu concernée par la musique de son mari, sauf quand elle peut en tirer profit. Pourtant, dans une lettre à son père Léopold, Amadeus la défend en la décrivant comme ayant « le meilleur cœur du monde ». Si le film montre bien Constance gérant les partitions de son mari, il passe sous silence qu’elle chantait elle-même certaines de ses œuvres en public.
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Quant à sa soif d’argent, l’explication est aussi simple que poignante : à la mort de Mozart, Constance avait 29 ans, deux enfants en bas âge et des dettes considérables. Seule dans une société où les femmes ne pouvaient compter que sur elles-mêmes, elle développa un sens des affaires remarquable par pure nécessité de survie, vendant les manuscrits, obtenant une pension impériale, organisant des concerts commémoratifs à travers toute l’Europe, et remboursant intégralement les dettes de son mari.
Elle se remaria en 1809 avec le diplomate Georg Nikolaus von Nissen, qui l’aida à rédiger la première grande biographie de Mozart. Elle décède à 80 ans, riche, respectée, et ayant sauvé l’héritage de son mari.
Cette scène est parmi les plus croustillantes du film et les moins fiables historiquement. La réplique culte du « trop de notes » apparaît pour la première fois dans la biographie de Mozart publiée en 1798 par Franz Xaver Niemetschek, sept ans après la mort du compositeur.
L’anecdote, jamais confirmée par aucun document contemporain, concernerait L’Enlèvement au sérail (1782). La formule originale allemande, « Zu schön für unsere Ohren, und gewaltig viel Noten, lieber Mozart ! », pourrait d’ailleurs signifier « extraordinairement beaucoup de notes », une expression d’étonnement admiratif plutôt qu’une critique condescendante.
Quant au bâillement : pure invention. Joseph II était un mélomane sincère et cultivé, qui jouait lui-même du violoncelle et était globalement bienveillant envers Mozart. C’est lui qui engagea Lorenzo Da Ponte, le librettiste des Noces de Figaro, de Don Giovanni et de Cosi fan tutte.
Un messager anonyme a bien commandé le Requiem à Mozart, c’est avéré. Dans le film, ce messager porte le même masque que Léopold Mozart lors du bal masqué, mais c’est Salieri qui revêt délibérément ce costume pour exploiter la culpabilité de Mozart envers son père mort. Le masque à double visage représente la duplicité de Salieri lui-même : admirateur sincère et ennemi implacable à la fois. Un symbole fort, mais imaginé par Peter Shaffer.
Dans la réalité, le commanditaire était le comte Franz von Walsegg, un aristocrate excentrique qui commandait des œuvres à des compositeurs pour les faire passer pour les siennes. Son intendant Anton Leitgeb se chargeait de transmettre les commandes en insistant sur l’anonymat. Le messager portait simplement un masque de bal ordinaire. Rien de funèbre, juste un client vaniteux.
La vérité est plus complexe : à la mort de Mozart, Constance, déterminée à obtenir le solde du paiement du comte Walsegg, chercha d’urgence quelqu’un pour achever le Requiem. Elle confia d’abord la tâche à Joseph von Eybler, élève et ami de Mozart, qui orchestra cinq sections de la Séquence directement sur le manuscrit original avant d’abandonner.
Elle se tourna ensuite vers un autre élève de son défunt mari, Franz Xaver Süssmayr, 25 ans, qui acheva le Lacrimosa, composa entièrement le Sanctus, le Benedictus et l’Agnus Dei, et effectua une copie intégrale de l’œuvre de sa propre main, allant jusqu’à contrefaire la signature de Mozart. Salieri n’avait strictement aucun lien avec cette œuvre.
Le film est plus subtil qu’on ne le croit : il ne montre jamais Salieri empoisonner directement Mozart. La culpabilité exprimée par Salieri est surtout psychologique (sabotage de carrière, exploitation de la fragilité d’un homme brisé).
Dans la réalité, l’empoisonnement est totalement exclu par les historiens. L’hypothèse la plus sérieuse aujourd’hui est celle d’une fièvre rhumatismale sévère combinée à une inflammation aiguë des reins.
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Une saignée excessive pratiquée dans la nuit du 4 décembre aurait pu aggraver fatalement son état. D’autres hypothèses évoquent une épidémie sévissant à Vienne fin 1791. L’hypothèse de la trichinose (parasite pouvant être présent dans de la viande mal cuite), avancée en 2001, est aujourd’hui généralement écartée par les historiens de la médecine, les symptômes de Mozart ne correspondant pas suffisamment à cette pathologie. Mozart avait montré des signes inquiétants dès septembre 1791 à Prague. Le 20 novembre, il s’alita définitivement, et décéda dans la nuit du 4 au 5 décembre 1791, peu avant 1h du matin, à 35 ans.
Mozart a été enterré le lendemain au cimetière Saint-Marx, à Vienne, dans une fosse commune, pratique normale et légale pour la classe moyenne. Elle avait été imposée par les réformes hygiénistes de Joseph II, qui prescrivaient des enterrements simples dans des fosses non marquées hors des murs de la ville, chaque corps dans son cercueil individuel.
Quand Constance souhaita retrouver la tombe des années plus tard, le fossoyeur était mort et les emplacements avaient été réutilisés. Un cénotaphe a bien été érigé à Saint-Marx, et un monument honorifique au Cimetière central de Vienne, mais ses restes n’y sont pas. Le crâne conservé au Mozarteum de Salzbourg n’a jamais été formellement identifié. Mozart n’a, à ce jour, aucune tombe connue.
C’est l’une des incohérences que le film lui-même ne résout pas : comment Salieri aurait-il pu occuper le poste de Kapellmeister impérial, le plus haut poste musical de l’Empire, de 1788 à 1824 s’il était médiocre ?
Antonio Salieri était un compositeur respecté et influent, dont les opéras étaient joués dans toute l’Europe. Il a été le professeur de Beethoven, Schubert et Liszt, trois des plus grands génies de la musique. C’est Mozart lui-même qui écrivait dans une lettre de 1781 que Salieri était « le seul qui compte aux yeux de l’Empereur ». Sa réputation a été durablement et injustement détruite par une légende noire entretenue depuis Pouchkine (Mozart et Salieri, 1830) et définitivement scellée par le film de Forman.
Daphnée Cataldo
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