Le Premier ministre François Bayrou tient une conférence de presse ce lundi 25 août à 16 heures, marquant la rentrée politique. Il doit également affronter des appels à bloquer le pays le 10 septembre pour contester le projet de budget du gouvernement, dont la suppression de deux jours fériés et les 44 milliards d’économies prévus. Invité de la matinale, Thierry Breton, ancien commissaire chargé du marché intérieur, affirme qu’il est temps pour le gouvernement de faire preuve de pédagogie pour expliquer ces mesures.
Mouvement du 10 septembre, menace de censure, budget 2026 : le Premier ministre François Bayrou est attendu au tournant en ce jour de rentrée politique. À cette occasion, le chef du gouvernement tient une conférence de presse pour défendre le plan d’économies de 44 milliards qu’il a annoncé le 15 juillet.
Pour Thierry Breton, ancien commissaire chargé du marché intérieur, c’est le moment pour le gouvernement de fournir des explications : « Depuis 2013, la France avait signé, dans le cadre du pacte de stabilité, l’obligation d’avoir des budgets à l’équilibre. L’Allemagne, signataire également, est passée de 62% de son déficit à 60%, alors que la France est passée de 63% à 113%, pourtant ces deux pays ont eu la même évolution. On ne peut que se demander où va tout cet argent ? »
L’ancien ministre de l’économie alerte sur la situation : « Depuis 1974, la France n’a pas présenté un seul budget à l’équilibre, vous trouvez ça normal ? En sachant qu’on ne construit pas plus d’infrastructures, qu’il n’y a pas plus de trains ou d’écoles. Et pourtant, on emprunte chaque année, rien que pour faire fonctionner le surendettement, 300 à 350 milliards, on est devenu le premier emprunteur au monde ! »
La pédagogie : une nécessité
Si le montant des 43,8 milliards d’économies est intangible, « les mesures peuvent toutes être discutées », a confié le Premier ministre. Au même moment, de nombreux parlementaires ont déjà signifié leur volonté de s’opposer à François Bayrou par une motion de censure concernant le budget 2026.
Pour Thierry Breton, il est temps de faire place à la discussion : « Je ne mets absolument pas en cause les partis politiques ou les syndicats, car chacun défend ses intérêts et c’est normal, c’est le principe de la démocratie. Mais maintenant que chacun a fait preuve de mordant, il est temps de laisser la place à la pédagogie. » Sous la présidence de Jacques Chirac, la dette était passée de 663,5 milliards d’euros à 1211,4 milliards d’euros, soit de 55,5% à 64,1% du PIB.
Son ancien ministre de l’Économie, Thierry Breton, propose de s’inspirer du plan de désendettement mis en place à ce moment-là : « L’idée était d’abord de faire appel à Michel Pébereau, ancien président de la BNP. Et nous avions mis en place une commission transpartisane qui a réuni des hommes de gauche, de droite, des communistes, des syndicalistes, des journalistes, enfin tous ceux qui contribuent à la vie publique, et on a tout simplement fait de la pédagogie pour leur expliquer les faits. Et aujourd’hui, il faut agir, car il n’est pas minuit moins le quart, mais minuit et quart ! »
Un accord avec les États-Unis à revoir ?
« Avec les États-Unis, l’Union européenne a conclu un accord solide bien qu’imparfait », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, à propos de l’accord tarifaire plafonnant à 15% les droits de douane pour tout ce qui est exporté d’Europe vers les États-Unis. Thierry Breton rappelle que les négociations avaient débuté avec un accord portant sur les 15% de droits de douane à l’exportation des produits européens vers les États-Unis, mais qu’en ce qui concerne l’importation, il n’était pas censé y avoir de taxes.
Pour lui, il y a un manque de clarté concernant le déroulement de ces négociations : « Donc là, on a besoin de savoir comment et pourquoi on en est arrivé à ces 15% de taxes aussi bien sur l’export que sur l’import. » Il explique aussi que ce n’est pas la seule clause à respecter dans ce contrat : « Pour qu’on réussisse à avoir ce fameux prix d’ami, il est important que tout le monde soit au courant qu’on a signé un accord stipulant que, pendant 3 ans, on achète pour 250 milliards d’hydrocarbures aux États-Unis, alors qu’actuellement on en achète que pour 70 milliards. »
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D’après lui, l’Europe aurait pu mieux négocier : « Je ne jette pas la pierre à qui que ce soit, mais quand on regarde le Canada ou le Mexique, avec qui les relations ont été beaucoup plus tendues, ils ont réussi à passer d’entre 90% et 95% de droits de douane à 4% pour le Canada et entre 1% et 2% pour le Mexique, et tout ça parce qu’ils ont su être fermes et tenir jusqu’au bout. »
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