Un matin de 1679, une femme est arrêtée. Elle se nomme Catherine Monvoisin et cache de terribles secrets qui vont éclabousser jusqu’à la couronne de France…
1. La Voisin a été arrêtée en pleine messe
Le dimanche 12 mars 1679, au sortir de l’église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle à Paris, Catherine Monvoisin, dite La Voisin, est arrêtée par le lieutenant François Desgrez, redoutable chasseur de criminels. À 42 ans, cette femme d’allure ordinaire cache en réalité de sombres secrets. Son arrestation s’inscrit dans une vaste enquête lancée après la fuite, en 1672, de la célèbre empoisonneuse, la marquise de Brinvilliers.
Les autorités ont commencé à tirer le fil et dévidé toute la pelote. Ils ont découvert mille activités souterraines et criminelles. Tout un commerce de maléfices, de cérémonies plus ou moins obscures et de crimes qui font froid dans le dos.
2. « Faiseuse d’anges », elle aurait pratiqué plusieurs milliers d’avortements
Dès son enfance, sous la Régence d’Anne d’Autriche, Catherine Deshayes s’est spécialisée dans la chiromancie, la lecture des lignes de la main. Mais son activité s’est rapidement étoffée. Installée dans le quartier de Bonne-Nouvelle, elle est devenue une adresse recherchée par les femmes embarrassées de grossesses non désirées. Dans une cahute au fond de son jardin, elle dirige un véritable bureau de « faiseuses d’anges », les avorteuses de l’époque, alimentant ce qu’elle présente comme un « four à pâté ».
La Voisin prend soin d’ondoyer les enfants avant de les jeter aux flammes
Selon l’historien Jean-Christian Petitfils, elle aurait avoué, un jour d’ivresse en prison, avoir brûlé ou enterré dans son jardin plus de 2 500 fœtus. Chiffre sans doute exagéré et jamais vérifié, car les magistrats n’ont jamais fouillé son jardin. Le plus troublant : en bonne chrétienne, l’âme en paix, elle ondoyait toujours l’enfant avant de le jeter dans les braises.
3. La Voisin était au cœur d’un réseau tentaculaire de criminels
L’arrestation de La Voisin révèle aux enquêteurs qu’elle est le pivot d’une vaste nébuleuse parisienne de magiciens, devineresses, empoisonneurs et alchimistes. Habile entremetteuse, nous dit Jean-Christian Petitfils, la sorcière connaissait le repaire secret de la plupart de ses acolytes. Tous ces gens se fréquentaient, s’encourageaient, se prêtaient ou au contraire, se volaient la clientèle, les amants ou les maîtresses, se querellaient, cherchaient même à s’empoisonner. Il fallait être vigilant, surtout entre amis, porter sur soi un contre-poison.
La clientèle est variée : certains viennent pour connaître l’avenir, d’autres pour traiter une maladie honteuse, séduire quelqu’un ou accélérer un héritage en aidant un parent à mourir grâce aux fameuses « poudres de succession ». Pour satisfaire ces demandes, on fournit des substances constituées d’insectes, de fluides humains ou de poisons mortels.
4. Les grands noms du royaume éclaboussés
En avril 1679, Louis XIV nomme Nicolas de La Reynie, lieutenant général de police, rapporteur d’une commission temporaire spéciale : la Chambre ardente. Au fil des interrogatoires, parfois sous la torture, les révélations se multiplient et éclaboussent les plus grands noms du royaume. Aucun des étages de la société n’est à l’abri. La Comtesse de Soissons, nièce de Mazarin, aurait fui en Belgique après avoir fait appel à La Voisin. Le Maréchal de France Monsieur de Luxembourg fait partie des accusés : clamant son innocence, il se rend de lui-même à la prison de la Bastille ! Il n’y aura finalement pas de procès, et celui-ci sortira après plus d’une année d’emprisonnement.
Madame de Montespan aurait eu recours à La Voisin
Le dramaturge Jean Racine est accusé d’avoir empoisonné son ancienne maîtresse, la comédienne Marquise du Parc. Le nom de Madame de Montespan est cité, et Louis XIV lui même est soupçonné d’avoir été un client indirect de La Voisin. Mais faut-il prendre ces dénonciations – parfois arrachées sous la torture – pour argent comptant ? Certainement pas. Mais cela ne veut pas dire que tous les témoignages doivent être rejetés.
5. Une mort sur le bûcher sans repentir
Après un procès qui s’éternise, La Voisin est condamnée à mort en février 1680. La veille de son exécution, le 19 février, elle trinque et soupe copieusement avec ses gardes, s’enivre et chante jusqu’à minuit une vingtaine de chansons à boire. On lui suggère de penser à Dieu et de chanter un Ave Maris Stella ou un Salve Regina, mais elle les tourne en ridicule.
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Elle refuse de voir un confesseur. Le 22 février 1680, les Parisiens la voient passer dans son tombereau, vêtue de la tenue blanche des condamnés, traînée vers la place de Grève. Au moment de monter sur le bûcher, elle se débat violemment. Assise de force sur une chaise, le buste entouré de fil de fer, elle s’agite comme une possédée. Elle repousse cinq à six fois les bottes de fourrage.
Mais après quelques escarmouches rougeoyantes, elles finissent par s’embraser sous les acclamations réjouies des voyeurs. Les flammes commencent par lécher ses chevilles, puis le bas de sa robe, avant de s’élever en bourrasque comme aspiré vers son visage. Cette mort agite les contemporains. Je dirais même qu’elle les passionne. Une question transparaît avec une curiosité qui peut-être est mêlée d’angoisse. Est-ce qu’il est possible que La Voisin ait refusé un vrai repentir chrétien ? Pour la société de l’époque, c’est quasiment impossible à imaginer.
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Cet article L’affaire des poisons : 5 choses à savoir sur La Voisin, une criminelle sous le règne de Louis XIV est apparu en premier sur Radio Classique.