Le Hamas a annoncé, lundi 18 août, avoir donné son feu vert à un cessez-le-feu avec Israël dans la bande de Gaza, associé à une libération d’otages retenus dans le territoire palestinien. La proposition, soumise par les médiateurs égyptiens et qatari, n’a toujours pas été validée par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Invité de la matinale, Gilles Kepel, politologue spécialiste du monde arabe, analyse la situation.
Une trêve de soixante jours du conflit israélo-palestinien en échange de la libération de dix otages et d’un retrait partiel de l’armée israélienne : voilà ce que prévoit le cessez-le-feu accepté par le Hamas ce lundi.
Le directeur des services de renseignement égyptiens, Diaa Rashwan, a confirmé au média d’État Al-Qahera News que l’Égypte et le Qatar, les deux médiateurs dans le cadre du conflit israélo-palestinien, ont bien également soumis cette proposition à Israël et que « la balle est désormais dans son camp.»
D’après le politologue et spécialiste du monde arabe, Gilles Kepel, la population israélienne est divisée quant à l’acceptation de ce cessez-le-feu : « Ce dimanche, deux millions de grévistes ont manifesté pour appeler à la libération des otages et à la fin de la guerre à Gaza, alors que, dans le même temps, l’extrême droite souhaite l’extermination du Hamas et non la libération des otages. Le constat est clair Netanyahu est pris entre le marteau et l’enclume. »
Offensive à Gaza : Quand les coûts dépassent les objectifs militaires
Cette relance diplomatique intervient au moment où l’armée israélienne, sur ordre du cabinet militaire du Premier ministre Benyamin Netanyahu, se prépare à lancer une nouvelle phase de ses opérations militaires à Gaza. L’objectif : libérer tous les otages israéliens et « vaincre le Hamas.»
Pourtant, Gilles Kepel révèle qu’il n’est plus possible pour Israël de continuer l’occupation de Gaza : « Tout ça commence à coûter très cher à Israël. C’est coûteux en hommes, en argent, mais aussi en réputation à l’échelle internationale, et on l’observe par les alliés de toujours d’Israël qui lui mettent vraiment la pression pour stopper le conflit. »
D’après l’Institut international d’études stratégiques de Londres (IISS), l’armée israélienne dispose de 169 500 soldats appelés et professionnels. Mais aujourd’hui, une faille s’est créée entre le gouvernement israélien et son armée : « Les gens refusent de rentrer dans l’armée, le nombre d’officiers ou de soldats potentiels qui se suicident ne fait qu’augmenter, donc le consensus qui dit que l’armée et le gouvernement sont comme les deux doigts d’une même main est en train de se fragiliser. »
L’Iran prêt à la confrontation malgré le cessez-le-feu
Le 24 juin dernier, l’Iran et Israël ont accepté un cessez-le-feu, mettant fin à la guerre des douze jours. Pourtant, ce lundi, le premier vice-président iranien, Mohammad Reza Aref, est revenu sur cet accord : « Nous devons être prêts à tout moment à la confrontation. Aujourd’hui, nous ne sommes même pas dans une situation de cessez-le-feu, il y a plutôt une cessation des hostilités. »
Le politologue spécialiste du Moyen-Orient alerte : « L’Iran fait tout pour continuer ses recherches et l’exploitation d’uranium afin d’atteindre un niveau lui permettant de disposer de l’arme nucléaire. Il observe aussi ce qui se passe à Gaza, car ils ne veulent pas que le Hezbollah rende les armes, étant donné que pour eux, c’est un relais d’information très important. »
Gaza : « Par la seule voie des armes, il n’est pas possible pour Israël de détruire le Hamas », affirme Frédéric Encel
Gilles Kepel annonce que le monde s’apprête à être bouleversé : « Il y a une véritable course qui est en train de se jouer au Moyen-Orient, en même temps que ce qui se passe avec la guerre en Ukraine. Le monde tel qu’on le connaît va être bouleversé, et ce qui est sûr, c’est que Washington en est l’épicentre. »
Retrouvez les articles liés à l’actualité internationale
Rencontre Trump-Zelensky : « Les Européens et Zelensky veulent rappeler que la paix ne se fait pas à n’importe quel prix », explique Ulrich Bounat
Guerre en Ukraine : « Donald Trump compte beaucoup sur son charisme et raisonne toujours en homme d’affaires » souligne Anne Toulouse
Gaza : « Par la seule voie des armes, il n’est pas possible pour Israël de détruire le Hamas », affirme Frédéric Encel
Guerre en Ukraine : « Un report de l’ultimatum peut intéresser Donald Trump », analyse Claude Blanchemaison
Cet article Gaza : Netanyahu est pris en étau entre « les grévistes qui réclament la libération des otages et l’extrême droite qui veut l’extermination du Hamas » selon Gilles Kepel est apparu en premier sur Radio Classique.