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La guerre en Ukraine « touche à sa fin ». Cette affirmation de Vladimir Poutine a de quoi laisser perplexe, alors que la trêve à l’occasion des commémorations du 8 Mai 1945 n’a pas été respectée ce weekend. Sur le front, les positions s’enlisent mais la guerre technologique bat son plein et les combats ouvrent une nouvelle ère. Plongée dans la guerre des robots en Ukraine.
Celui qui se fait appeler Snow est français. Il est engagé au sein du 426e régiment de systèmes sans pilote du corps des Marines ukrainiens.
« Je suis pilote de drone à aile fixe kamikaze. Il faut s’imaginer des avions télécommandés. Les miens sont un peu plus grands qu’un homme et ils me permettent d’envoyer une bombe, un explosif, sur des cibles de l’infrastructure, des lignes logistiques ou du personnel, d’une portée qui peut aller de 20 km jusqu’à 150 km.
Il y a un fort côté économique à cette solution. On est sur une guerre technologiquement extrêmement dynamique. Chaque semaine, il y a de nouveaux drones qui sortent. Chaque semaine, on a de nouvelles techniques, de nouvelles interventions ».
Et chaque camp essaie de copier les avancées technologiques de l’autre, confie ce pilote de drone.
« Les drones, il y en a tellement, il y a un débit tellement fort autour de nos positions que forcément, ils finissent par tomber. Je vais prendre l’exemple du Molniya russe, un avion kamikaze à aile fixe qu’ils utilisaient depuis deux ans maintenant. Les Ukrainiens les ont récupéré, ils ont créé le Bliskovka, une copie quasi identique à ce drone, et nous, du coup, on les reproduit, on les utilise et on les renvoie vers eux. »
Dans la kill zone — la zone de destruction au plus près de la ligne de front —, il est trop dangereux de risquer encore des vies humaines pour des questions logistiques. Ce sont donc des robots qui sont envoyés, explique le sergent Serhii, qui combat dans le Donbass.
« Un pilote de drone a été récemment blessé sur une position très dangereuse, avec des essaims de drones dans le ciel. On a pu l’évacuer grâce à un véhicule sans pilote, contrôlé à distance. Dans notre brigade, on utilise aussi de gros drones pour livrer de la nourriture, de l’eau ou même des fournitures médicales. L’année dernière, l’un de nos soldats avait besoin d’une transfusion sanguine. La poche de sang lui a été livrée par drone. »
L’armée russe aussi utilise des robots, raconte Oleksandr Tartachnyi, analyste du think tank State Watch Ukraine.
« Le prix de fabrication des robots terrestres est d’un million de roubles. C’est presque 12 000 euros, ce n’est pas grand-chose pour l’industrie militaire. Ce sont des plateformes multifonctions. Ils peuvent être utilisés comme robots logistiques, mais il est aussi possible d’y ajouter une mitrailleuse et d’en faire un robot de combat. Ils sont alors utilisés surtout pour contrôler un territoire ou soutenir des soldats. La précision des tirs est un gros problème pour ces robots de combat, même s’il y a des progrès.
Le plus gros point faible des robots russes, c’est la connexion, parce qu’ils n’ont pas accès au satellite Starlink. Ils peuvent utiliser une connexion radio, mais on peut brouiller le signal. Les chercheurs en Russie travaillent sur l’autonomie des robots terrestres avec l’intelligence artificielle, mais pour l’instant, ce n’est toujours pas faisable. »
Même si les technologies évoluent très vite, les robots les plus basiques et les moins coûteux sont privilégiés sur un front qui s’enlise, explique l’ingénieur Alain Filipowicz, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste de la robotique et de l’intelligence artificielle.
« Les Ukrainiens testent des robots humanoïdes en peu d’exemplaires, venant des États-Unis, d’une société américaine. Là, on rentre vraiment dans des choses qui ressemblent à Star Wars. Je ne suis pas sûr que ce soit tellement intéressant que ça. Le robot humanoïde, c’est quelque chose de cher et de fragile par rapport à des robots beaucoup plus simples et beaucoup moins chers qui, eux, peuvent faire le boulot de façon tout aussi efficace. Par contre, l’effet psychologique peut être terrifiant.
Le retour à un système de guerre de position façon guerre de tranchées 14-18, on sait que c’est extrêmement coûteux en hommes, que certaines nations peuvent se le permettre compte tenu de leur absence d’éthique et de leur façon de faire — je pense notamment à la façon qu’ont les Russes de conduire les opérations. Les Ukrainiens ne peuvent pas se le permettre, ce qui veut dire que chaque vie qu’on peut sauver par l’usage de robots, et de robots qui ne sont pas forcément très sophistiqués et très chers, ça le mérite. »
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De janvier à mars derniers, 22 000 missions de l’armée ukrainienne ont eu recours à des robots. « C’est l’équivalent de vies sauvées 22 000 fois », s’est félicité le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Laurie-Anne Toulemont
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A l’occasion de la publication de son album « Echoes », Célia Oneto Bensaid sera, ce lundi 11 mai à 20h, l’invitée du Journal du Classique.
Longtemps négligée voire méprisée, la musique de Philip Glass connaît un vif succès depuis quelques petites années en France. Son œuvre lyrique Satyagraha a même fait, tout récemment, son entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris. Célia Oneto Bensaid n’a pas attendu que le vent tourne en sa faveur pour s’intéresser au compositeur américain, dont elle explore les partitions depuis longtemps, et avec passion, au point de compter parmi ses grandes ambassadrices.
En attendant de découvrir son enregistrement de l’intégrale des études de Philip Glass, elle nous offre ici, chez Mirare, un florilège de pièces écrites pour le piano ou transcrites, empruntées, pour certaines, au monde de l’opéra ou du cinéma. La pianiste nous éclairera, à cette occasion, sur sa démarche interprétative face à cette musique si envoûtante, parfois de l’ordre de l’hypnotique.
Laure Mézan
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La direction du Wiener Philharmoniker a décerné à Andris Nelsons le titre de membre honoraire. Une distinction hautement symbolique de la part d’une des plus grandes institutions du monde pour le chef letton limogé par l’Orchestre Symphonique de Boston.
L’annonce de la nomination d’Andris Nelsons en tant que membre honoraire de l’Orchestre philharmonique de Vienne sonne comme un véritable camouflet à l’égard du Symphonique de Boston. L’ensemble américain a annoncé début mars qu’il mettait un terme à son mandat de directeur musical en août 2027. Une décision qui a suscité une immense vague de soutien pour le maestro letton.
La distinction d’Andris Nelsons par l’illustre orchestre autrichien lui a été signifiée lors des répétitions de la dernière partie du cycle complet des symphonies de Gustav Mahler, les n° 3 et n° 8 qu’il dirige en ce moment à Vienne au Musikverein et à la Konzerthaus. Un coffret de 14 CD et la version numérique de cette intégrale seront disponibles le 23 octobre sous le label Deutsche Grammophon. Extrait de ce coffret, un CD consacré à la Symphonie n°5 de Mahler, enregistré au Festival de Salzbourg 2022, est sorti le 1er mai dernier (en tête des écoutes sur l’application Appel Music Classical)
Le Wiener Philharmoniker souligne que le chef letton de 47 ans est étroitement associé à l’institution viennoise depuis 2010, qu’il l’a dirigée à l’occasion du concert de la nuit d’été à deux reprises et du fameux Concert du Nouvel An en 2020.
Dans son communiqué, la direction du Philharmonique de Vienne rappelle qu’Andris Nelsons a également dirigé l’orchestre autrichien pour un enregistrement de l’intégrale des symphonies de Ludwig van Beethoven en 2019.
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Le président de la Philharmonie de Vienne, Daniel Froschauer, souligne le rôle important que le maestro a joué à la tête de l’orchestre : « Nous avons profité d’un partenariat artistique profond avec Andris Nelsons depuis de nombreuses années. Il est l’un des chefs d’orchestre qui sont devenus particulièrement proches de l’orchestre ces dernières années ».
Malgré l’annonce de son prochain limogeage du Symphonique de Boston, Andris Nelsons s’est engagé à honorer professionnellement son mandat jusqu’à son terme en août 2027. La tournée du grand orchestre du Massachusetts en Europe en début d’année prochaine donnera l’occasion au public parisien de l’applaudir lors de deux concerts donnés à la Philharmonie les 19 et 20 mars 2027. Au programme : des œuvres d’Igor Stravinsky et les Concertos pour piano n° 1 et 2 de Beethoven qu’interprétera Lang Lang.
Philippe Gault
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On dit parfois que si la Russie n’a pas gagné la Guerre en Ukraine, au bout de 4 ans et demi, l’Ukraine n’a pas non plus perdu. Pour Ulrike Franke, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR) et experte en question de sécurité et de défense, le pays de Volodymyr Zelensky tient bon. Et non seulement il tient bon, mais selon elle, « l’armée ukrainienne est la seule au monde capable de mener une guerre de drones ». Elle était l’invitée de la matinale de Radio Classique ce lundi.
Comment interprétez-vous la déclaration de Vladimir Poutine sur la fin prochaine du conflit en Ukraine, ainsi que l’éventualité d’une médiation allemande par Gerhard Schröder ?
ULRIKE FRANKE : À mon avis, ce n’est pas un énorme changement. C’était une simple phrase glissée en fin d’interview, pas une vraie déclaration officielle. Je ne m’attends donc pas à ce que cela modifie significativement la politique russe. Cela dit, c’est plutôt un bon signe qu’un mauvais : cela montre que Vladimir Poutine commence à réfléchir à la manière de mettre fin à cette guerre.
Il est probablement nerveux, dans la mesure où nous sommes dans la cinquième année de ce conflit et que ça ne va pas très bien pour la Russie — elle n’est pas en train de gagner, et qui aurait pu le dire il y a quatre ans et demi ? Pour autant, ce n’est pas le signe d’un vrai changement de politique. La veille, lors de la parade militaire russe, il n’a rien dit. La guerre continue, et j’imagine que Vladimir Poutine espère toujours pouvoir la remporter.
Mais quand il évoque Gerhard Schröder comme médiateur, c’est qu’il pense à un arrêt des combats, non ?
U.F. Peut-être. Cette proposition est d’ailleurs très intéressante. Pour rappel, Gerhard Schröder était chancelier allemand jusqu’en 2005, avant Angela Merkel, Olaf Scholz, et l’actuel chancelier Friedrich Merz — cela fait donc vingt ans. Pourquoi évoquer ce nom ? Parce qu’il est très proche de Poutine. En quittant le pouvoir en 2005, il est allé travailler en Russie pour une compagnie énergétique russe, ce qui lui a valu de vives critiques en Allemagne.
Poutine choisit son employé…
U.F. Un peu, oui. Il est jugé comme un chancelier plutôt réussi sur le plan national, mais sur le plan international, et notamment dans sa relation avec Poutine et la Russie, il est vu d’un œil très critique. D’ailleurs, les médias allemands n’ont pas vraiment discuté cette proposition — on a l’impression que c’est une sorte de mauvaise blague, pas quelque chose de sérieux.
Cela dit, il faut y réfléchir plus sérieusement sur un point : lorsqu’un médiateur entrera en jeu, il devra nécessairement être accepté des deux côtés. Ce ne pourra pas être quelqu’un agréé uniquement par les Ukrainiens et l’Occident — il faudra aussi que la Russie lui fasse confiance dans une certaine mesure. Ce sera donc difficile de trouver le bon profil. Ce sera probablement quelqu’un de plus discret. Quant à Gerhard Schröder, c’est intéressant d’y penser, mais je ne crois pas que ce sera lui.
Vous dites que la guerre est loin d’être terminée malgré cette petite phrase. L’Ukraine maîtrise notamment les technologies de drones. Faites-vous partie de ceux qui disent que l’Ukraine n’a toujours pas perdu cette guerre ?
U.F. Absolument. L’Ukraine n’a pas perdu cette guerre. Regardons la situation actuelle : nous sommes dans la cinquième année du conflit, et l’Ukraine tient. La Russie n’a occupé qu’une petite partie des territoires qu’elle réclame. Le New York Times a récemment calculé qu’au rythme actuel, si la Russie veut s’emparer de l’ensemble du Donbass, cela lui prendrait trente ans. La Russie n’avance presque pas. Le fait que l’Ukraine tienne toujours signifie qu’elle n’a pas perdu.
Et rappelons-nous : lors de la parade militaire russe sur la Place Rouge il y a quelques jours, il fallait presque l’autorisation ukrainienne pour la tenir — les Ukrainiens ont indiqué qu’ils n’attaqueraient pas pendant la parade, ce qui constituait aussi un signal fort envoyé à la Russie. Cette parade était d’ailleurs bien plus petite que les précédentes, et la crainte d’une attaque ukrainienne était palpable. La victoire symbolique de tout cela ne doit pas être sous-estimée. Cela dit, la Russie n’a pas perdu non plus. Il est tout à fait possible que l’Ukraine perde encore. Mais après quatre ans et demi de guerre, le fait que l’Ukraine tienne toujours, et qu’elle tienne bien, c’est impressionnant.
Imaginons que la guerre s’arrête dans quelques mois, voire un ou deux ans. Est-ce une raison suffisante pour que l’Europe cesse de s’inquiéter des ambitions russes et de la guerre hybride que la Russie lui mène ? L’Europe veut être prête à répondre à la Russie en 2030. Y sera-t-elle ?
U.F. Malheureusement, si cette guerre se termine, cela ne signifie pas que les menaces disparaissent. Si le régime de Poutine continue, les raisons de s’inquiéter demeurent. Les services secrets de l’OTAN et de plusieurs pays membres ont analysé ce que la Russie produit en termes d’équipements militaires : elle ne fabrique plus seulement pour la guerre ukrainienne, elle se prépare déjà à un conflit futur potentiel avec les pays de l’OTAN.
Les capacités se construisent, et l’intention de nuire aux États membres est répétée en permanence par Poutine et son entourage. À cela s’ajoute la guerre hybride — ou paix hybride — avec des attaques cyber, des sabotages, de la désinformation, des drones observés au-dessus d’infrastructures critiques partout en Europe. La Russie a clairement la volonté d’attaquer l’Europe et l’OTAN d’une manière ou d’une autre. Est-ce qu’on est suffisamment préparé aujourd’hui ? Pas encore. Mais partout en Europe, et notamment sur le flanc est, en Allemagne et ailleurs, un réarmement est en cours. Des équipements sont achetés, des budgets augmentent, des discussions sur la conscription et la hausse des effectifs sont ouvertes. L’Europe se prépare, mais cela va encore prendre du temps.
Le président finlandais Alexander Stubb a vanté, il y a deux semaines, l’efficacité de l’armée ukrainienne, qu’il considère comme la plus importante, la plus moderne et la plus efficace d’Europe. Partagez-vous cette appréciation ? L’Ukraine a-t-elle pris une avance technologique bien supérieure à celle de l’Allemagne, de la France ou de l’Europe en général ?
U.F. Sur le plan technologique, oui, absolument. L’Ukraine est aujourd’hui la seule armée au monde véritablement capable de mener une guerre de drones, et aussi de combattre des drones.
D’ailleurs, lorsque la guerre au Moyen-Orient a éclaté, ce sont les pays du Golfe qui sont allés voir l’Ukraine pour lui demander de l’aide face aux drones iraniens. Il y a une vraie avance ukrainienne sur tout ce qui touche à la technologie et aux cycles d’innovation. L’Ukraine est extrêmement rapide dans l’adaptation de ses systèmes, d’une semaine à l’autre.
Sur tout le reste, il faut garder en tête que l’Ukraine est un pays en guerre — elle fait des choses que nous ne sommes pas capables de faire, précisément parce que nous sommes en paix relative.
Vous dites que sur le plan de l’innovation, l’Ukraine va plus vite que la France et ses partenaires.
U.F. À cent pour cent. Toutes les quelques semaines, l’Ukraine — et la Russie aussi — modifient leurs systèmes de drones et de contre-drones, parce que c’est une nécessité absolue dans ce jeu du chat et de la souris. Nous avons vraiment du mal à suivre cette vitesse. On peut apprendre de l’Ukraine, notamment en matière de technologie et d’innovation.
Un sujet interpelle de nombreux observateurs aujourd’hui : la volonté de réarmement allemand, historique dans son ampleur. Certains, notamment des Français, s’inquiètent : si l’Allemagne se réarme comme elle en a l’ambition, avec la montée de l’extrême droite et de l’AfD, faut-il craindre un retour de certains fantômes de l’histoire ?
U.F. Il faut absolument séparer ces deux sujets. Le réarmement allemand, ce tournant historique de la Zeitenwende, est tout simplement nécessaire. On vient d’évoquer la menace russe, mais il faut aussi mentionner le fait que les États-Unis sont en train, plus ou moins, d’abandonner l’Europe. Le réarmement allemand est donc nécessaire — non seulement pour l’Allemagne, mais pour l’Europe entière.
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Je le dis très clairement : c’est une bonne nouvelle pour l’Europe, y compris pour la France. Il faut distinguer cela de la montée des votes pour l’AfD. Je comprends que les partenaires européens, et de nombreux Allemands eux-mêmes, s’en inquiètent.
Mais je ne crois pas que l’AfD représente une menace pour les autres Européens — il ne faut pas exagérer. C’est un parti non pro-européen, clairement nationaliste, mais se demander si l’Allemagne pourrait redevenir une menace pour l’Europe, cela va certainement trop loin dans ce contexte.
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Dans l’univers de la musique classique, comme au théâtre, il y a des expressions à dire, et à bannir. Chaque mercredi à 11h30, David Kadouch distille les rituels et les tabous des musiciens.
« Profite ! », c’est ce qu’on dit souvent aux musiciens avant un concert. Mais à mille lieues de ce petit mot réconfortant, c’est plutôt le trac et l’angoisse qui peuvent saisir un artiste. Alors pourquoi utiliser ce terme ?
C’est précisément ce que souhaite nous faire partager David Kadouch à l’antenne de Radio Classique et en podcast : l’envers du décor.
« En musique classique, on ne dit pas » s’attarde aussi sur les phrases interdites des musiciens, de « c’est ma première fois avec cette œuvre » à « j’ai tout raté ». Soulevez le rideau et plongez dans un univers que le pianiste connaît sur le bout des doigts, lui qui dès l’âge de 13 ans a partagé la scène avec le violoniste Itzhak Perlman à New York.
Fin connaisseur du monde classique, des salles de concert du monde entier, suivi par près de 95.000 followers sur Instagram, il fait désormais profiter les auditeurs de Radio Classique en exclusivité de son œil aguerri (tout autant que son oreille !), de son humour et de sa poésie.
Une publication partagée par David Kadouch (@davidkadouchpianist)
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David Kadouch est un habitué des festivals de musique internationaux, des Sommets Musicaux de Gstaad au Verbier Festival en passant par le Festival de piano de la Ruhr en Allemagne et le Festival de Jérusalem. Il a travaillé avec des chefs comme Gábor Takács-Nagy, Jean-Claude Casadesus, Charles Dutoit et Myung-whun Chung, et compte le Quatuor Ébène, le Quatuor Modigliani, Renaud et Gautier Capuçon, Edgar Moreau ou encore la soprano Sandrine Piau parmi ses partenaires privilégiés en musique de chambre.
« En musique classique, on ne dit pas » de David Kadouch est à savourer chaque mercredi à 11h30 dans l’émission « Changez d’air » de Pauline Lambert et en podcast sur l’application Radio Classique et toutes les plateformes.
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En 1845, l’écrivain Victor Hugo est au sommet de sa carrière. Notre-Dame de Paris et Hernani lui assurent une notoriété qui a largement dépassé les frontières françaises. Mais cette année-là, un scandale intime va mettre en péril sa carrière, avant que l’Histoire ne balaie tout.
Le 3 avril 1845 au Palais du Luxembourg, sous les lambris de la Chambre des Pairs, un nouvel arrivant prend place parmi les notables du royaume. L’homme n’est pas un aristocrate de naissance, mais un aristocrate de plume : un grand écrivain. Depuis Notre-Dame de Paris et Hernani, son nom résonne dans toute l’Europe.
Ce jour-là, le roi Louis-Philippe Ier le nomme Pair de France. Cet homme, c’est Victor Hugo. Il a 43 ans et il est au sommet : académicien, dramaturge triomphant, figure majeure des lettres françaises, il entre dans la haute sphère politique du régime de la monarchie de Juillet. La société officielle l’accueille parmi les grands hommes.
Sauf que deux mois à peine suffisent à faire vaciller l’édifice. Le 5 juillet 1845, dans un appartement de la rue Saint-Lazare, le peintre François-Auguste Biard fait constater par un commissaire de police le flagrant délit d’adultère de sa femme, Léonie Biard, née d’Aunet. Avec qui se trouvait-elle lorsque les policiers entrent dans la chambre ? Avec Victor Hugo.
Léonie d’Aunet est arrêtée. Elle passera deux mois à la prison Saint-Lazare avant d’être envoyée dans un couvent. Victor Hugo, lui, n’est pas inquiété : il est Pair de France, et l’immunité qui s’y attache le protège de toute poursuite judiciaire. Mais dans le Paris mondain, la chute est brutale. La roche Tarpéienne est proche du Capitole : l’homme que la monarchie vient d’élever, et qui est alors considéré comme un conservateur modéré, loin du républicain qu’il deviendra, se retrouve exposé aux sarcasmes et aux rumeurs. Le roi Louis-Philippe lui-même lui conseille de se faire oublier quelque temps.
Hugo se replie dans son cabinet de travail du Marais, dans sa belle maison entièrement décorée et ne sort plus, ou quasiment plus. C’est dans ce moment de retrait qu’un ancien projet reprend forme. La question de la justice et de la misère l’obsède depuis longtemps déjà : en 1829, il avait publié Le Dernier Jour d’un condamné ; en 1834, Claude Gueux, inspiré d’un fait divers carcéral, racontait le destin d’un homme broyé par la machine judiciaire. Mais cette fois, Victor Hugo veut quelque chose de plus étoffé, de plus ambitieux, de plus vaste.
Dans ses dossiers apparaît le titre de ce qui va devenir un grand roman : Les Misères. Le projet est de raconter les profondeurs de la société française, de montrer ce que deviennent les êtres que la pauvreté ou la justice rejettent hors du monde respectable. Ce dessein lui parle particulièrement dans ce moment de relégation. Il veut en faire une sorte de réponse à La Comédie humaine que Balzac est alors en train d’écrire.
Le manuscrit esquisse une architecture large : un ancien forçat, Jean Tréjean (qui deviendra Jean Valjean) poursuivi par un policier implacable ; une femme tombée dans la prostitution ; des enfants abandonnés ; toute une humanité fragile et blessée. Hugo commence à écrire, et quand il commence, rien ne l’arrête. Les pages s’accumulent, les personnages se peaufinent, d’autres apparaissent. Dans le silence de son cabinet, le Pair de France mal en point travaille à ce qui pourrait devenir l’un de ses plus grands livres.
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Sauf que la grande Histoire va frapper à la porte. En février 1848, la révolution éclate à Paris. Ce bouleversement politique interrompt brutalement le travail de Victor Hugo, qui laisse le manuscrit des Misères en suspens pour se lancer dans l’arène politique. Le texte restera en souffrance pendant de longues années et partira finalement en exil avec son auteur, dans les cartons emportés à la hâte lors de sa fuite précipitée hors de France, après le coup d’État du 2 décembre 1851.
Franck Ferrand
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À l’occasion de la parution simultanée des Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine et Dictionnaire amoureux d’Israël, Radio Classique a réalisé un entretien avec chaque auteur.
Elias Sanbar dessine dans son Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine le portrait d’une terre farouchement plurielle. Il y dresse un pont subtil entre la grande Histoire et la lumineuse simplicité d’un peuple riche de sa culture. De la rondeur d’un dialecte d’enfance à la portée universelle des lieux saints, Elias Sanbar nous emmène au-delà du prisme géopolitique habituel pour rendre hommage à l’âme singulière de son pays, qui a su opposer à la souffrance l’élégance d’un rire empreint d’autodérision.
Laure Dautriche s’est entretenue avec Elias Sanbar.
Laure Dautriche : Bonjour Elias Sanbar. Vous êtes historien, traducteur, poète et vous êtes l’auteur de ce Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine, « nouveau » parce que vous avez écrit il y a quinze ans un premier Dictionnaire amoureux sur le sujet. Vous avez beaucoup voyagé dans votre vie, vous avez été naturalisé français et vous êtes reparti plusieurs fois en Palestine. Vous écrivez : « Ce paysage me connaissait ». Qu’est-ce que cette terre, la Palestine, vous a appris sur ce peuple et sur vous-même ?
Elias Sanbar : Elle m’a appris que nous étions des gens simples. Elle m’a appris à quel point cette simplicité était belle. C’est un peuple qui a une soif de connaissances extrêmement vive. C’est un peuple qui pense que l’éducation est fondamentale. C’est un peuple qui pense que son plus grand atout, c’est sa culture, et la culture qu’il peut porter aux autres. Nous sommes dans un pays du livre. Et c’est un pays sans ressources. Il n’y a pas de gisements fantastiques, il n’y a pas de mines d’or, il n’y a pas de pétrole, il n’y a pas de gaz. C’est très petit. C’est une petite démographie. Mais c’est un pays quand même unique, à cause précisément de ce caractère d’être la terre sainte des trois religions, le territoire des trois monothéismes.
L.D : Vous posez cette question dans votre Dictionnaire : Est-ce qu’il existe une culture palestinienne comme il existe une culture arabe, italienne ou française ?
E.S : Ce n’est pas une culture palestinienne arabe, c’est une culture arabe de Palestine, tout comme les Irakiens ont une culture arabe d’Irak par exemple. Et c’est une richesse. Pendant des décennies, les gouvernements, les régimes arabes étaient paniqués par cette variété. Ils estimaient que c’était une variété qui pouvait mettre en danger l’unité nationale, la perception d’une unité identitaire. Alors que c’est une richesse. Les dialectes sont une richesse. Heureusement que les langues ont cette multiplicité de variétés et de territoires. Mais au bout du compte, c’est le même pays. Si vous voulez, c’est comme des territoires différents, mais dans un même pays. Ils parlent la même langue.
Par exemple, prenez le cas du poète palestinien le plus célèbre, le plus important, qui est Mahmoud Darwish, dont j’ai traduit les œuvres. Souvent, il est présenté comme étant un poète palestinien. Pourtant c’est un poète arabe de Palestine. Parce que sa poésie, c’est dans la langue arabe.
L.D : À la lettre « R » de votre Nouveau Dictionnaire amoureux de Palestine se trouve le mot « rire ». Le réalisateur Jean-Luc Godard, qui était un de vos amis, vous avait dit un jour à la fin des années 1960 : « Les Vietnamiens travaillent tout le temps. Les Cubains dansent tout le temps. Vous, les Palestiniens, vous riez tout le temps. » Qu’est-ce que cela veut dire ?
E.S : Ça veut dire qu’il y a de l’euphorie. Les Palestiniens ont un rire spécifique. Il y a en Palestine, du fait de l’histoire de ce pays, du fait de sa structure de société, du fait de son identité de terre sainte très particulière, il y a une forme d’humour doux qui relève de l’autodérision. Vous êtes tout le temps vraiment à la limite entre avoir un peu les yeux qui larmoient et en même temps rire. C’est une forme vraiment de frontières des rires, de frontière des états d’âme. Elle est très forte. On la retrouve souvent chez les peuples qui la développent quand ils sont confrontés à des situations injustes. C’est-à-dire, ils sont dans la peine et en même temps, ils se rient d’eux-mêmes dans ces situations. L’humour juif fait partie de cette catégorie d’humour. C’est un humour formidable. Ce n’est pas uniquement le fait de rire de soi, mais le fait de développer une forme d’humour, je crois, la plus fine, quand vous vous moquez de vous-même et pas de votre interlocuteur. Un rire qui mêle souffrance, peine, autodérision. On a un peu les larmes aux yeux, mais on ne pleure pas vraiment. Et c’est aussi une forme de résistance à la souffrance. C’est-à-dire que, quand vous avez ce rire-là, vous tenez tête.
L.D : Vous êtes né à Haïfa, dans le nord d’Israël, vous avez grandi à Beyrouth au Liban. Vous racontez qu’enfant, vous parliez deux langues, une pour « le monde extérieur, l’autre pour le dedans », l’univers familial. Un jour, lors d’un voyage en Jordanie à 20 ans, on vous dit pour la première fois que vous avez « parlé palestinien ». Qu’est-ce que cela signifiait pour vous ?
E.S : Parler palestinien, c’est parler arabe avec un accent particulier. C’était une langue qu’il ne fallait pas que je montre parce que quand j’étais enfant, on se moquait de moi quand j’avais cet accent là. À partir de l’âge de 3 ans, on m’a envoyé dans une école à Beyrouth mais moi je parlais avec l’accent de la maison. Les enfants se sont mis à se moquer de moi parce que c’était un accent différent, donc forcément ridicule.
Je me suis retrouvé quand même avec cette aptitude fantastique : parler libanais à l’école et parler palestinien à la maison. Et puis, à l’âge de 20 ans, au moment où j’avais décidé d’entrer un peu en politique et j’étais allé à Amman en Jordanie pour nouer des contacts avec des organisations palestiniennes, j’ai eu la preuve que l’accent maternel, l’accent de l’enfance est une espèce de mot de passe assez extraordinaire. On m’a fait remarquer que je parlais avec l’accent palestinien. La langue maternelle est finalement la seule langue que vous n’apprenez pas. Le palestinien, c’est une forme de dialecte. Les manières de parler l’arabe en Afrique du Nord donnent une place dominante aux consonnes. Nous sommes, nous, dans les langages où les voyelles sont extrêmement arrondies. Si vous entendez le parler de Beyrouth, c’est encore autre chose. Si vous entendez l’accent palestinien, c’est un accent très rond, très doux et qui ne heurte pas. Je dis souvent que c’est presque à l’image du paysage. Il n’y a pas de grandes montagnes en Palestine. Il n’y a pas de reliefs très accidentés. Tout est en rondeur et la langue est en rondeur. Cela dit, dans toutes ses formes, vous parlez arabe.
L.D : Vous avez été ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO pendant une quinzaine d’années. La Basilique de la Nativité à Bethléem, bâtie sur le lieu présumé de la naissance de Jésus-Christ, a été le premier site proposé par la Palestine pour être classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le site a été classé en 2012. C’est un lieu fondateur du christianisme inscrit par la Palestine dont le peuple est à 90% musulmans. En quoi était ce une étape essentielle pour vous ?
E.S : Quand nous avons dit que le premier site que nous inscrirons sera celui-là, nous avions clairement conscience, non seulement de l’importance du site, – c’est quand même le lieu fondateur du christianisme, qui concerne donc des milliards de personnes sur la Terre. Mais au-delà, il y avait une portée symbolique qui était très importante pour nous, qui était de dire que la Palestine, quelle que soit sa démographie, 90% de musulmans et 10% de chrétiens, est une terre plurielle.
De ce fait, elle décide de façon symbolique et solennelle que le premier site qui sera inscrit au nom de la Palestine sera le site de la nativité du Christ. C’était pour dire quelle est notre identité profonde. Je l’ai fait de façon extrêmement consciente. Et ce que je veux souligner, c’est qu’au niveau des responsables palestiniens, quand j’ai dit voilà, voilà le premier site pour lequel nous allons mener bataille, parce que cela a été une bataille, tout le monde m’a applaudi. Je n’ai pas eu une voix qui m’a dit quand même, n’oublie pas, qu’il y a l’esplanade des mosquées, qu’il y a le dôme du rocher à Jérusalem ou d’autres sites importants pour l’islam. Cela a été un geste conscient d’affirmation d’une identité profonde pour dire que la Palestine est un pays de pluralité. C’est un héritage inouï d’une très petite terre, si on veut parler en termes de kilomètres carrés et de surface, mais qui est unique sur la planète. Il n’y en a pas deux comme elle, qui soit une terre de sacralité pour les trois religions réunies. Il était très important de souligner cela quand nous avons mené bataille pour l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO.
L.D : Merci Elias Sanbar. Votre Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine est publié aux éditions Plon, ainsi que le Dictionnaire amoureux d’Israël signé Elie Barnavi que nous avons reçu la semaine dernière.
Découvrez l’entretien de Laure Dautriche avec Elie Barnavi, auteur du Dictionnaire amoureux d’Israël ICI
Le Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine par Elias Sanbar | Editions PLON
Le Dictionnaire amoureux d’Israël par Elie Barnavi | Editions PLON
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L’Or du Rhin de Wagner à l’Opéra de Marseille, les Quatre Saisons de Vivaldi aux Invalides par l’Ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi et un programme Brahms avec Daniel Lozakovitch à Monaco : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
L’Or du Rhin de Richard Wagner est à l’affiche de l’Opéra de Marseille jusqu’au 13 mai. Alexandre Duhamel chante Wotan, Zoltan Nagy Alberich et Marion Lebègue Fricka. L’Orchestre de l’Opéra de Marseille est dirigé par Michele Spotti. La mise en scène est de Charles Roubaud.
Dans le cadre de la Saison musicale des Invalides, Jean-Christophe Spinosi dirige l’un des chefs-d’œuvre du répertoire baroque : les Quatre Saisons de Vivaldi. Il sera à la tête de son orchestre, L’Ensemble Matheus pour une “lecture contemporaine, alliant musique et sensibilisation au climat.”
Daniel Lozakovitch est à Monaco pour un programme de musique de chambre consacré à Brahms. Avec la violoniste Sibylle Duchesne, les altistes François Duchesnes et Raphaël Chazal ainsi que les violoncellistes Alexandre Fougeroux et Florence Leblond, solistes à l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, il interprétera le Quinette à cordes n°2 et le Sextuor à cordes n°1.
Jean-Michel Dhuez
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La Seine Musicale a récemment publié le programme de sa prochaine saison, qui marquera en avril 2027, le dixième anniversaire de l’inauguration de cette salle francilienne située à Boulogne Billancourt dans les Hauts-de-Seine.
Olivier Haber, son directeur général, et Christian-Pierre La Marqua, qui s’y produira le 11 octobre prochain avec le programme Wonderfull World, seront les invités du Journal du Classique. Ils présenteront cette saison, et en détailleront les points forts.
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Être soudées, irréductiblement inséparables, aura aidé neuf résistantes à fuir Ravensbrück, dans le chaos de l’Allemagne de 1945. Une histoire racontée dans un livre par Gwen Strauss, la petite-nièce d’Hélène Podliasky, considérée comme la meneuse du groupe. Un récit à la fois palpitant et terrifiant, fruit d’un long travail de recherche, de collecte de témoignages, de fouilles dans les archives et de visites sur les lieux de mémoire allemands.
Elles s’appellent Hélène, Zaza, Nicole, Lonne, Guigui, Zinka, Josée, Jackie et Menna. Toutes avaient moins de 30 ans lorsqu’elles ont rejoint la Résistance. Arrêtées chacune de son côté, torturées, déportées, elles ont été contraintes de travailler dans l’usine d’armement HASAG, basée à Leipzig, aux côtés de 5000 autres prisonnières. Unies, soudées, ces jeunes femmes ont décidé ensemble de s’évader pour rejoindre la ligne de front et atteindre les positions américaines.
Après avoir été arrêtée en Bretagne, emprisonnée et jetée dans le camp de Romainville, Hélène arrive à Ravensbrück le 14 juin 1944. Lors du transfert, elle retrouve Zaza — Suzanne Maudet de son vrai nom —, une amie de lycée. Elles décident immédiatement de former équipe et ne se sépareront plus.
Une semaine plus tard, un nouveau convoi amène deux Hollandaises : Lonne (Madelon) et Guigui. Amies, elles ont abandonné leurs études à l’université de Leyde pour rejoindre la Résistance à Paris. Une autre Hollandaise, Sabine, donne des informations à Lonne sur les détenues du camp, et c’est ainsi que Zaza apprend que son amie de la prison de Fresnes, Zinka, est également sur place.
En juillet, Hélène et ses compagnes sortent de quarantaine. La gardienne en chef leur annonce que beaucoup de femmes vont être envoyées vers des Kommandos — des unités satellites de travail forcé rattachées au camp principal. On leur attribue un triangle rouge, symbole des prisonnières politiques, ainsi qu’un matricule imprimé sur une bande de tissu, avant de les envoyer à Leipzig pour travailler à l’usine d’armement HASAG, une usine de fabrication de munitions.
Hélène et son équipe sont affectées au forgeage et au trempage des projectiles antichars. Après passage dans des fours spéciaux, les obus sont chargés sur des chariots et trempés dans des bains d’acide. Une tâche atroce, répétée inlassablement pendant 12 heures d’affilée. Toute détenue ne remplissant pas son quota de production risque à tout moment d’être envoyée vers un camp dont on sait très bien qu’elle ne reviendra pas.
Malgré cette brutalité, certains contremaîtres se montrent un peu moins inhumains. Hélène réussit à nouer un lien de complicité avec Fritz Stupitz, à la fois poli et respectueux envers les prisonnières. Il sera un soutien pour elle et lui fournira même une pince coupante qui se révélera très utile par la suite.
Les deux dernières membres du groupe, Nicole et Jackie, arrivent en septembre. Elles font partie des « 57 000 », nom donné au dernier convoi de déportés parti de Pantin le 15 août 1944, soit dix jours seulement avant la libération de Paris.
Le 14 avril 1945, l’usine vient d’être bombardée par les Américains. L’ordre est donné de marcher en rangs serrés vers l’Est, sans que personne ne connaisse la destination finale. Les neuf femmes sont là, ensemble et une force incroyable les soutient. La colonne est gardée par deux SS et une surveillante tenant un fouet à la main.
Sur leur passage, les villageois assistent au défilé de ces femmes décharnées, en haillons, portant les marques des coups et des privations. Nicole entend une vieille Allemande murmurer : « Ce sera pour nous une honte éternelle » — preuve qu’une partie non négligeable de la population savait et comprenait très bien ce qui se passait.
Après 28 heures de marche quasi ininterrompue, aux abords d’Oschatz — à 60 km de Leipzig —, elles aperçoivent un groupe de prisonniers abattus devant elles, et sont contraintes par les SS de marcher sur des cadavres entassés. Au matin du 15 avril, ce sont 8 000 à 10 000 déportés, venus de plusieurs camps, qui sont rassemblés aux abords d’Oschatz.
Encerclées par les SS, Hélène comprend que s’il faut s’évader, c’est maintenant ou jamais. Toutes sont d’accord : c’est la bonne décision. On apprendra en effet que le 17 avril, nombre des femmes restées dans les colonnes ont été exécutées d’une balle dans la nuque dans un champ. Les neuf femmes profitent d’un moment de panique : les gardes allemands, terrifiés à l’idée de tomber sur les Russes de plus en plus proches, font changer de direction au cortège à plusieurs reprises, désorganisant la colonne. C’est le moment de sauter dans un fossé.
Sitôt à l’écart, les prisonnières arrachent de leurs uniformes les matricules et les triangles rouges, et tentent de retourner leurs vêtements pour dissimuler les rayures. Nicole, pétrifiée, n’arrive plus à tenir debout. Menna finit par l’agripper et la relever sans ménagement : elles n’ont plus le choix, il faut avancer pour trouver un abri et de quoi se nourrir.
Elles arrivent, la peur au ventre, aux abords du village de Kleinragewitz. À la première maison, elles tombent sur un prisonnier yougoslave travaillant comme fermier, présent depuis le début de la guerre et sans aucune intention d’alerter les autorités. Au contraire, il les aide, les nourrit, leur donne des provisions et un toit pour se reposer. D’autres fermiers yougoslaves les rejoignent et prennent soin des neuf femmes. Une halte qui ressemble à un havre de paix après le calvaire traversé, mais le chemin est encore long.
Hélène et Lonne, qui maîtrisent bien l’allemand, partent toujours en éclaireurs pour évaluer la situation et chercher des hôtes accueillants. Bientôt, le groupe est recueilli par une jeune femme, Anneliese, et son père — des Allemands qui, avec beaucoup de tendresse, les accueillent comme des membres de la famille. Leur seul souhait : que ces femmes puissent un jour témoigner que tous les Allemands n’étaient pas pareils, que certains n’ont pas cautionné les horreurs de cette guerre.
Hélène a entre-temps obtenu un papier à en-tête de la gendarmerie, qu’elle présente aux autorités de chaque village comme un laisser-passer. À chaque fois, cela fonctionne : Hélène joue la comédie à merveille et réussit à amadouer les gradés allemands. Le groupe croise également de jeunes soldats, des derniers mobilisés à peine âgés de 15 ans, lourdement armés malgré leur jeune âge.
Au village de Steina, alors qu’elles apprennent que le front n’est plus qu’à 20 km, un général les réveille dans un grand fracas à 5 h du matin en hurlant qu’il faut quitter les lieux immédiatement : elles ont été repérées par la police. Malgré les blessures aux pieds et la fatigue, il faut repartir. Dans une ferme en ruines, elles tombent sur des soldats allemands qui semblent avoir déserté la Wehrmacht, déclarent détester les SS et vont jusqu’à complimenter ces résistantes en fuite pour leur courage. Signe éloquent du degré extraordinaire de désorganisation de l’Allemagne de 1945.
Des tensions apparaissent au sein du groupe : certaines, à bout de forces, disent préférer rester sur place sans bouger. Les autres les secouent et les contraignent à continuer.
À Altenhof, Hélène et Lonne doivent parlementer avec un commandant peu commode qui manifeste visiblement une attirance pour Hélène. Il accepte de leur rendre service, à condition d’un tête-à-tête douteux avec elle. Les deux jeunes femmes restent inflexibles. Le commandant finit par s’avouer vaincu et leur indique que le front n’est plus qu’à quelques kilomètres, acceptant même de leur fournir une escorte jusqu’à la Mulde.
Encore faut-il traverser la rivière. En cette saison, l’eau est haute, les courants sont forts et les ponts ont tous été bombardés ou dynamités. Le 21 avril, l’officier remet à Hélène un document officiel : « Autorisation est donnée à six ressortissantes françaises, deux néerlandaises et une espagnole, sous autorité de Madelon Verstijnen, de traverser le front en direction de l’ouest afin de regagner leur patrie. » Un incroyable retournement de circonstances. La traversée se fait tant bien que mal, à l’aide d’un gué de fortune.
Enfin, elles arrivent à Pödelwitz. Pas d’Américains en vue, mais des drapeaux blancs accrochés aux fenêtres : elles savent qu’elles sont sur la bonne voie. Elles chapardent quelques-uns de ces drapeaux et avancent dans un bois où des tirs retentissent, sans qu’elles sachent même d’où ils proviennent. Puis une Jeep s’arrête devant elles. À son bord, deux soldats américains qui leur sourient de toutes leurs dents en leur tendant des cigarettes Camel. Elles sont enfin dans les bras de leurs libérateurs. Six jours se sont écoulés depuis leur fuite dans le chaos.
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Elles ne rentrent pas immédiatement en France. Il leur faut d’abord séjourner dans un camp de réfugiés de la Croix-Rouge. Le 16 mai, un train pour Paris est enfin prêt. Sept d’entre elles embarquent : Jackie, qui n’a cessé pendant l’évasion de répéter son désir d’être ramenée à Paris, a finalement décidé de rester pour s’occuper d’un foyer contribuant à prendre en charge femmes et enfants locaux. Hélène, quant à elle, s’est mise au service de l’armée américaine : vêtue d’un uniforme d’officier américain, elle fait office d’interprète lors des interrogatoires visant à mettre en lumière les crimes de guerre et recueille des renseignements pour localiser les déportés encore dispersés un peu partout.
Franck Ferrand
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