Dans sa dernière étude, l’Insee révèle que les Français continuent d’avoir de moins en moins d’enfants chaque année. L’organisme estime qu’au cours de cette année, il est possible que le nombre de décès dépasse celui des naissances. Invité de la matinale, Maxime Sbaihi, économiste et spécialiste de la démographie, décrypte les causes de cette dénatalité historique.
« Cette situation arrive 10 ans plus tôt que les projections initiales de l’Insee », s’alarme Maxime Sbaihi. Dans son bilan démographique, l’Insee précise que le taux de natalité de l’année 2023 était déjà le plus faible depuis la fin du baby-boom au milieu des années 1970.
Le spécialiste de la démographie explique : « Du côté des décès, il y a une tendance assez naturelle à la hausse, comme les premiers baby-boomers arrivent aujourd’hui à des âges de 80 ans. D’un autre côté, la natalité s’effondre, ce qui fait qu’on arrive à un solde naturel négatif. Ça veut dire que les décès deviennent supérieurs aux naissances, une première depuis les années 30. »
Pourtant, d’après lui, ce phénomène n’est pas nouveau : « Ça fait 10 ans que le taux de natalité ne fait que baisser, mais pendant tout ce temps, on a juste fait face à une indifférence générale. Pourtant, je pense que c’est quelque chose auquel on doit s’intéresser car ce régime démographique inédit risque de ne pas disparaître de sitôt. »
La France face à un défi générationnel
À partir de 1964, le monde a connu une chute de la fécondité. La France y avait toujours résisté, affichant encore récemment un taux de 2,2 %. Aujourd’hui, ce taux a baissé à 1,6 et, pour Maxime Sbaihi, les causes sont multiples : « Dans un premier temps, il faut comprendre que l’exception démographique française est morte. Maintenant, pourquoi ça baisse ? Je vois plusieurs facteurs socio-économiques, avec la crise du logement qui prive les jeunes de suffisamment d’espace pour déployer leurs projets familiaux, le travail qui ne paie plus, ce qui fait que le niveau de vie des actifs ne progresse plus, au point d’être même rattrapé par celui des retraités. »
Un véritable contraste face aux désirs des Français : « Quand on regarde, le taux de natalité est de 1,6 %, mais l’envie est à 2,3 %. Donc on veut faire plus d’enfants, et la baisse de naissance n’est pas que voulue, c’est une contrainte. »
D’après l’économiste et spécialiste de la démographie, un bouleversement de notre société est à prévoir : « Il faut revoir tout notre système social : tout se basait sur une pyramide des âges pyramidale qui n’est plus pyramidale car elle maigrit par le bas et grossit par le haut. Il fallait une jeunesse majoritaire, sauf que les moins de 20 ans sont en minorité face aux plus de 60 ans, et on s’éloigne toujours plus du seuil de renouvellement qui est à 2,1, alors que le taux de fécondité est à 1,6. Cet édifice social a été construit sur des postulats qui ne se vérifient plus aujourd’hui, et c’est pour ça que ça craque de partout. »
Vers un nouveau modèle social ?
En 2024, Emmanuel Macron appelait à un « réarmement démographique ». Mais pour Maxime Sbaihi, ce n’est pas l’approche à adopter : « Il ne faut pas penser que les bébés sont des obus et le ventre des femmes, des canons. »
Il conseille une approche avec des mesures concrètes pour la jeunesse : « Si on fait en sorte que le travail se mette à payer, que les jeunes puissent se loger et que les retraités feraient un effort, on pourrait peut-être éviter le pire. Il faut aussi changer la politique familiale française car, je vous rappelle, vous n’avez pas d’allocation familiale au premier enfant. Il faut sortir de cette logique des années 80 en disant que le premier enfant vient seul, le deuxième est incité avec les allocations et le troisième avec la part fiscale entière. Il faut tout recalibrer dès le premier enfant. »
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Il insiste sur le besoin de maintenir des discussions avec l’Élysée : « Notre situation démographique est un sujet aussi important que le réchauffement climatique, mais il faut encore que tout le monde le réalise. A l’occasion des premières réunions avec l’Élysée, mais maintenant, il faut prendre des mesures pour rééquilibrer tout ça. »
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