Le 8 mai 1927, Charles Nungesser et François Coli décollent de l’aérodrome du Bourget à bord de leur avion l’Oiseau Blanc. Ils ont un objectif : réaliser la première traversée aérienne de l’Atlantique sans escale. Malgré les espoirs suscités par leur vol, l’avion disparaît mystérieusement.
Charles Nungesser, naît à Paris en 1892, au sein d’une famille de marchands bouchers. Ses parents ayant divorcé, il partage son enfance entre Saint-Mandé, où réside son père, et Valenciennes, la ville natale de sa mère. Peu intéressé par les études, il se révèle en tant que sportif accompli, excellent nageur, footballeur et boxeur. À 15 ans, il décroche un diplôme en mécanique et électricité. Déjà fasciné par le ciel, il se passionne pour ce qu’on qualifiait à l’époque de « machines volantes » et consacre tout son temps libre à la construction d’aéroplanes. À 18 ans, il s’envole pour l’Argentine, où il rejoint son oncle. Il y passe deux années à travailler et à élaborer des plans d’avion.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, Nungesser s’engage dans l’aviation et se distingue par son courage. Interrogé par le général Nivelle sur sa capacité à abattre de nombreux ennemis, il lui répond : « Quand je suis devant l’adversaire et que je vois l’appareil bien au bout de ma mitrailleuse, je ferme les yeux et je tire. Lorsque je les rouvre, quelquefois je vois l’adversaire s’émietter dans l’espace, d’autres fois je me retrouve dans un lit d’hôpital. » Cette méthode, aussi risquée qu’efficace, lui vaut de nombreuses victoires, mais aussi de fréquentes blessures. En 1916, il est victime d’un grave accident lors d’un vol d’essai. Les médecins le croient mort, mais il se rétablit miraculeusement. En trois jours seulement, il marche avec des béquilles, et une semaine après, il rejoint déjà son escadrille au combat.
Pour récompenser ses exploits, Charles Nungesser reçoit la Légion d’honneur, et il devient l’un des as, faisant donc partie des pilotes totalisant au moins cinq victoires aériennes. Nungesser commence à avoir une petite célébrité. On le surnomme même le Hussard de la Mort en raison de l’emblème de son avion, connu de tous : un cœur noir enrobant une tête de mort, un cercueil, des tibias croisés et des chandeliers.
Crédit : Hugh W. Cowin / Rex Fea/REX/SIPA
C’est d’ailleurs ce symbole qui lui sauve la vie de manière inattendue. Un jour, en plein combat avec un chasseur allemand plus performant, il se pose à terre et capitule. Prêt à affronter la mort, il voit son adversaire se contenter de le survoler. L’aviateur allemand avait reconnu son insigne de guerre.
A l’aube d’un défi transatlantique
Après la guerre, Charles Nungesser se tourne vers un nouveau défi : la traversée de l’Atlantique. Première étape pour réaliser cet exploit : il faut trouver un avion. Il fait appel à Pierre Levasseur, constructeur aéronautique français, qui crée un modèle spécialement pour l’occasion. L’avion est un Pontonnier M.1 semblable à ceux utilisés par la marine nationale, avec plus de 14 mètres d’envergure, presque 10 mètres de long et 4 mètres de haut. Nungesser décide de le baptiser l’Oiseau Blanc, en hommage à un chef indien qu’il a rencontré lors d’un séjour en Amérique. Pour cette traversée de l’Atlantique, Charles Nungesser s’associe avec François Coli, un aviateur chevronné. Pendant 15 jours, ils effectuent les essais de vol, qui se déroulent sans encombre. Le 8 mai 1927, l’aérodrome du Bourget est en effervescence. Une foule de personnalités et d’aviateurs se rassemble pour assister au décollage de l’Oiseau Blanc. Parmi eux, des figures emblématiques telles que Joséphine Baker, Maurice Chevalier, et l’écrivain Tristan Bernard. L’ancien ministre Édouard Daladier est également présent, tout comme le boxeur Georges Carpentier.
Crédit : MARY EVANS/SIPA
Nungesser et Coli, vêtus de combinaisons de cuir jaune orangé, montent à bord de leur avion.
Les dernières heures de l’Oiseau Blanc
À 05h15, l’Oiseau Blanc décolle, se dirigeant vers le nord-ouest. Quatre autres avions s’envolent dans la foulée, l’un occupé par celui qui a piloté l’Oiseau Blanc pendant les essais, le second par des officiers, et les deux autres par des photographes et des opérateurs de cinéma. À 06h45, l’Oiseau Blanc est au sud de Rouen, dans les boucles de la Seine. L’avion vole très bas, à 200 mètres d’altitude. À 06h48, il passe la côte et s’engage au-dessus de la Manche, au-dessus des falaises d’Étretat, en étant toujours stable dans les airs. Mais les heures passent, et aucune nouvelle des aviateurs ne parvient aux autorités. L’Oiseau Blanc ne parvient jamais à destination.
Des recherches sont lancées, mais elles restent vaines. Les premières rumeurs circulent sur l’itinéraire de l’avion, certains témoins affirmant l’avoir vu en Angleterre ou même en Irlande. D’autres témoins l’auraient vu à Terre-Neuve au Canada. Selon l’historien explorateur Bernard Decré dans son ouvrage L’Oiseau Blanc, l’enquête vérité, paru en 2014 aux éditions Arthaud, « l’appareil aurait été abattu par des garde-côtes canadiens persuadés que l’avion était occupé par des contrebandiers. Pour se remettre dans le contexte, Terre-Neuve était une plaque tournante du trafic d’alcool, car on est encore en pleine période de prohibition. » Malgré ces témoignages, l’avion et ses pilotes ne seront jamais retrouvés, laissant derrière eux un mystère non résolu.
L’héritage de l’Oiseau Blanc
La disparition de l’Oiseau Blanc marque profondément l’histoire de l’aviation. Dix jours après cet événement tragique, l’Américain Charles Lindbergh réussit la traversée de l’Atlantique dans le sens inverse, de New York à Paris, à bord du Spirit of Saint Louis.
Crédit : Artcurial/BNPS/SIPA
Mais il faut savoir que la traversée Paris-New York est plus simple qu’en partant des côtes françaises. Encore aujourd’hui, pour effectuer un vol Paris-New York, il faut rajouter trois quarts d’heure de plus que dans l’autre sens en raison de la direction des vents. Les deux aviateurs avaient d’ailleurs réfléchi à partir de New York pour réaliser leur traversée, mais Nungesser aurait dit : « Partir de là-bas, cela reviendrait un peu à nous rendre visite à nous-mêmes ». En se posant à Paris, Lindbergh lui-même tient à rendre hommage à Nungesser en visitant sa mère à Paris.
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Jusqu’à sa mort en 1945, la mère de Charles Nungesser garde l’espoir de recevoir des nouvelles de son fils. Elle transforme son appartement en un musée dédié à la mémoire de son fils, accueillant des visiteurs du monde entier. Le mystère entourant la disparition de l’Oiseau Blanc alimente les spéculations et les recherches pendant des décennies, mais aucune preuve concrète n’émerge pour expliquer ce qui s’est réellement passé. En hommage à Charles Nungesser et François Coli, un monument a été érigé à Étretat, sur les falaises où l’Oiseau Blanc a été aperçu pour la dernière fois avant de disparaître au-dessus de la Manche. Ce monument, inauguré en 1928, est une stèle en pierre qui rend hommage à leur courage et à leur esprit pionnier. Il est devenu un lieu de pèlerinage pour les passionnés d’aviation et les admirateurs de ces deux héros, symbolisant leur contribution à l’histoire aéronautique.
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Cet article RÉCIT – L’aviateur Charles Nungesser : son vol mythique de 1927 n’arrivera jamais à destination est apparu en premier sur Radio Classique.