Cinq pays européens, dont la France, testent une application de vérification de l’âge des utilisateurs des réseaux sociaux, dans le but d’empêcher les enfants d’accéder à des contenus dangereux. Pour Hugo Micheron, chercheur en science politique, cette initiative, perçue par certains comme un premier pas vers l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, ne s’attaque pas à la source du problème. Invité de la matinale, il dévoile sa méthode pour lutter contre « le pouvoir algorithmique ».
Le Danemark, la France, la Grèce, l’Italie et l’Espagne deviennent les cobayes du prototype d’une application de vérification de l’âge des utilisateurs des réseaux sociaux développé pour l’Union Européenne. D’ici quelques mois, chaque État membre pourra ajuster l’application selon ses propres règles.
Pour Hugo Micheron, auteur de La Colère et l’Oubli (éditions Gallimard), il faut aller plus loin : « C’est un premier élément qui va dans le bon sens, mais le problème aujourd’hui, c’est qu’on n’a aucun contrôle sur l’algorithme des réseaux. Si on prend TikTok, il est devenu le concurrent du professeur d’école, car chaque heure passée par un enfant sur TikTok défait tout ce qu’il a appris dans la journée. » Selon l’Observatoire des plateformes en ligne, les 12-17 ans passent en moyenne 116 heures par mois sur internet, soit près de quatre heures par jour.
D’après le chercheur en science politique, les réseaux sociaux incarnent un nouveau type de pouvoir au cœur de nos sociétés : « Aujourd’hui, n’importe quel réseau social utilisé mondialement peut modifier une seule ligne de code de son algorithme et faire passer ses propres messages. Les propriétaires de ces algorithmes ont un pouvoir qui est au-dessus de celui des États, ils touchent les plus jeunes et le cœur de l’opinion publique. C’est le nouveau pouvoir algorithmique qu’il est nécessaire d’encadrer. »
Le pouvoir algorithmique
Sur les réseaux sociaux, l’algorithme désigne l’ensemble de données et de règles qui déterminent le contenu à afficher en priorité. Propre à chaque utilisateur, il évolue en fonction du comportement qu’il adopte en ligne.
C’est grâce à ce fonctionnement qu’il a déjà été utilisé pour influencer des événements majeurs dans le monde : « Aujourd’hui, il y a un système de guerre informationnelle et on l’observe dans des éléments très récents comme lors des tensions en Nouvelle-Calédonie. Nous avions repéré sur internet que l’Azerbaïdjan et la Chine ont amplifié les clivages pour déstabiliser encore plus la relation du pays avec la France. »
Le chercheur en science politique estime que notre seule solution est l’innovation : « De la même façon qu’on a pu encadrer l’usage de la presse au 19e siècle, il va falloir faire de même pour les algorithmes, mais pour ça, il faut innover. C’est pour cela que j’ai lancé Arlequin AI dont le but est de devenir un outil contre la désinformation qui, contrairement à ChatGPT, ne va pas générer du contenu, mais l’analyser à grande échelle et rendre ses conclusions disponibles à tous. »
IA : La France à la conquête d’une place de leader
Il existe sept types d’IA différentes. Arlequin AI est considérée comme une intelligence stratégique, car elle identifie des schémas et des tendances au sein des données tout en laissant un contrôle total sur l’analyse et l’interprétation des résultats aux experts humains.
Pour Hugo Micheron, c’est précisément dans cette branche que la France et l’Europe peuvent encore se faire une place dans le domaine de l’IA : « Les autres grands modèles reposent sur des données d’entraînement ; ils ont donc besoin d’énormément de données, de puissance de calcul et donc d’investissement. Si les Américains sont en tête dans la course à l’IA, c’est parce qu’ils possèdent ces trois atouts. Si l’Europe imite ces modèles, elle est condamnée à rester dans leur sillage. Il faut donc se baser sur des modèles comme Arlequin AI, qui n’a pas besoin de ces trois facteurs pour exister. »
Booking s’inquiète d’une augmentation des arnaques aux voyages liée à l’intelligence artificielle
D’après lui, c’est dans ce secteur qu’une alternative crédible peut émerger : « On est en pleine révolution de l’IA et l’Europe a une voix à défendre. Car s’il y a des ingénieurs du chaos, il doit y avoir des ingénieurs de la démocratie, et c’est justement là-dessus que la France peut avoir une carte à jouer. »
Retrouvez toute l’actualité Société
Guide Michelin : « C’est le média de l’art de vivre le plus influent au monde » affirme Gwendal Poulennec
Antisémitisme : « On constate une hausse vertigineuse depuis les attentats du 7 octobre » alerte Yonathan Arfi
Vers une panthéonisation d’Alfred Dreyfus ? « Il faut lui donner la réparation qu’il mérite » selon Vincent Duclert
La Seine : « La baignade reste interdite hors des sites sécurisés », signale le préfet de Paris, Marc Guillaume
Cet article Intelligence Artificielle : « On est en pleine révolution de l’IA et l’Europe a une voix à défendre » affirme Hugo Micheron est apparu en premier sur Radio Classique.