Le président de la République, Emmanuel Macron, a indiqué ce jeudi soir que la France allait reconnaître l’État de Palestine. L’annonce sera officiellement faite à New York lors de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre prochain. Invité de la matinale, Sébastien Boussois, spécialiste du Moyen-Orient, dévoile l’impact international de cette annonce.
La France va devenir le 149e pays à reconnaître l’État de Palestine. Annoncée par le président de la République, Emmanuel Macron, ce jeudi soir, la décision a été saluée par l’Autorité palestinienne, tandis qu’Israël, par la voix de son Premier ministre Benjamin Netanyahou, dénonce une « récompense de la terreur ».
D’après Sébastien Boussois, spécialiste du Moyen-Orient, ce choix s’inscrit dans une logique dépassée : « Beaucoup pensent que c’est une décision courageuse et salutaire, mais je pense que cela représente plutôt une vision ancienne du monde qui pense pouvoir rétablir l’état palestinien avec une simple déclaration. »
Depuis plusieurs semaines, Emmanuel Macron et ses équipes tentent de convaincre, en coulisses, le maximum de pays à suivre la voie de la France. L’Arabie Saoudite et une quinzaine d’autres États semblent bien engagés, mais ce n’est pas le cas de tout le monde : « Au niveau européen, on a vu que l’Espagne est plutôt favorable à cette décision, mais du côté de l’Allemagne, obtenir un accord unilatéral va être compliqué. En réalité, le véritable maître du jeu, ce sont évidemment les États-Unis, qui vont accorder un droit de veto au Conseil de sécurité, et c’est eux qui auront le dernier mot. »
L’avenir politique de Netanyahou : un enjeu majeur
« C’est évident qu’après cette annonce, les relations entre la France et Israël ne vont pas s’améliorer », affirme Sébastien Boussois. Pourtant, d’après lui, c’est vers une toute autre question qu’il faut se tourner : « Le Premier ministre israélien a déjà beaucoup de relations détestables. Le plus important à faire dans les mois à venir, c’est d’observer le maintien ou non de Benjamin Netanyahou au pouvoir ! Il y a déjà deux partis qui ont quitté sa coalition, mais on ne sait pas quelle alternative pourrait émerger pour tenter de revenir au fameux processus de paix avec l’État de Palestine. »
Le spécialiste du Moyen-Orient alerte sur l’évolution du débat en France à ce sujet : « On ne peut plus condamner la politique israélienne sans qu’il y ait des simplifications outrancières, de l’incitation à la haine et, clairement, une montée de l’antisémitisme. On l’observe bien en France avec la France Insoumise qui mélange tout et joue un rôle très important dans la mise en danger de l’unité nationale. Il est nécessaire de se garder de ce type d’exposition, car cela engendre de grandes conséquences en interne et à l’international. »
Emmanuel Macron en quête d’un rôle international
Sébastien Boussois annonce que les relations franco-américaines sont au plus bas : « Dans les yeux de Donald Trump, Emmanuel Macron, ce chef du fameux village d’irréductibles Européens, essaie de résister à son nouvel ordre mondial, qui serait, bien sûr, largement dominé par les États-Unis. Mais après l’annonce de la reconnaissance de l’État de Palestine, je pense qu’Emmanuel Macron a planté le premier clou du cercueil des relations, déjà catastrophiques, entre l’Europe et les États-Unis. »
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D’après lui, le président français cherche déjà un rôle stratégique pour l’après 2027 : « La réalité, c’est que, sur la scène de la politique interne, Emmanuel Macron ne pèse plus grand-chose, et beaucoup sont déjà en train d’aiguiser leurs couteaux pour lui succéder. Je pense que, contrairement à d’autres dirigeants européens qui ont souvent raté leur départ, Emmanuel Macron tente déjà de s’exporter en montrant qu’il joue un rôle sur de nombreux conflits en suspens, qui viennent de démarrer ou qui ont été oubliés, pour se préparer un nouveau poste d’ici la fin de son deuxième mandat. »
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