Le monde bascule en apprenant l’assassinat de Kennedy. Le Général De Gaulle est personnellement bouleversé. Au-delà de la tragédie, cet événement révèle une relation franco-américaine complexe, faite d’admiration et de profondes divergences sur l’arme nucléaire et la souveraineté. Découvrez les dessous d’une estime mutuelle minée par les enjeux de la Guerre Froide.
Nous sommes le vendredi 22 novembre 1963, à Paris. Il est 20h, la nuit est tombée sur l’Élysée. Après avoir éteint la lumière de son bureau, le Général de Gaulle s’apprête à rejoindre son épouse quand le secrétaire général de l’Élysée l’interrompt subitement : « On a tiré sur le président Kennedy. » C’est la stupéfaction. Le général fait demi-tour et, le temps qu’il rallume la lumière, la confirmation tombe : Kennedy est mort. De Gaulle connaît les risques du pouvoir étant donné qu’il a lui-même été la cible de nombreuses tentatives d’assassinat. Il se remet à peine de l’attentat du Petit-Clamart. Le 22 août 1962, alors que le président était en route avec sa femme en direction de Villacoublay, un groupe d’hommes a déversé une salve de balles sur le couple.
Au-delà de la condamnation du drame qui frappe l’Amérique, De Gaulle ressent une proximité particulière avec ce président américain, de 27 ans son cadet. Il dira même au Conseil des ministres : « Ce qui est arrivé à Kennedy, c’est ce qui a failli m’arriver. Son histoire, c’est la mienne. » Touché, il demande à ce que la France mette ses drapeaux en berne à partir du moment de l’annonce jusqu’à l’enterrement à Washington. Cela aura duré 4 jours.
Charles De Gaulle a tenu à se rendre aux obsèques. Et c’est vêtu de son uniforme de général de brigade qu’il marche derrière le cercueil de Kennedy.
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Un hommage surprenant, compte tenu des relations parfois tendues entre la France et les États-Unis en pleine Guerre froide. Mais la déclassification d’archives américaines a révélé une estime et une admiration mutuelles entre les deux hommes, au-delà des divergences.
De l’estime à la divergence : la France, l’Europe, et l’arme nucléaire
À peine quelques mois après son élection, le 20 janvier 1961, Kennedy choisit contre toute attente pour son premier voyage à l’étranger la France. Et les deux présidents manifestent tout de suite des signes de grande estime. Éric Branca explique dans De Gaulle et les grands : « Entre les Nouvelles Frontières de l’Américain et la résurrection appelée de ses vœux par le Français, il existait à coup sûr un point commun. »
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C’est André Malraux, ministre d’État chargé des Affaires culturelles, qui va accompagner le couple présidentiel et surtout Jackie Kennedy dans toutes sortes de visites, à la Malmaison, au musée du Louvre, et à une soirée à l’opéra. Un programme très chargé lors duquel De Gaulle et Kennedy se rencontrent pour étudier un certain nombre de dossiers.
L’essentiel se joue dans les discussions, feutrées, entre les deux chefs d’État. De Gaulle est clair : la France doit se doter de l’arme nucléaire. C’est une question de souveraineté. Kennedy, lui, hésite. Son secrétaire à la Défense, Robert McNamara, a une autre vision. Il théorise une « riposte graduée » : en cas d’attaque soviétique, les États-Unis ne réagiraient pas forcément avec l’arme nucléaire, mais de manière proportionnée.
Pour De Gaulle, c’est inacceptable. Cela signifie que l’Amérique pourrait hésiter à se sacrifier pour défendre l’Europe. La France doit donc être capable de se défendre seule. La discussion est très tendue. Et Kennedy va jusqu’à demander au Général : « comment les alliés de la France pourraient-ils être sûrs que Paris utiliserait l’arme atomique pour les défendre, et l’Allemagne en particulier ? » De Gaulle, imperturbable, lui rétorque : « vous savez, le Rhin est beaucoup plus étroit que l’Atlantique. La France se sent plus intimement liée à la défense de l’Allemagne que l’Amérique à la nôtre. »
Les non-dits de l’Histoire
En octobre 1962 survient la crise des missiles de Cuba. Le monde retient son souffle après que les Soviétiques ont annoncé installer des rampes de lancement nucléaires à Cuba, à portée de tir des États-Unis. Kennedy a besoin de soutien. Il envoie son émissaire, Dean Acheson, à Paris. Kennedy est prêt à tout, il demande d’ailleurs à son secrétaire d’État d’annoncer à Charles De Gaulle qu’ils sont prêts à aider la France à maîtriser la technologie nucléaire. Mais Acheson déteste De Gaulle. Il ne lui a jamais pardonné son opposition à la Communauté européenne de défense qui aurait créer une armée européenne.
Dean Acheson omet donc volontairement de parler de la proposition de Kennedy. Pourtant, De Gaulle va assurer directement son soutien total à Kennedy après avoir vu les photos des rampes de lancement soviétique à Cuba. Kennedy obtient ce qu’il voulait et les Soviétiques retirent alors leurs missiles de Cuba. Mais pour De Gaulle, cette affaire révèle une chose essentielle : même la plus grande puissance du monde, les États-Unis, peuvent être vulnérables et obligés de composer. Quelques mois plus tard, l’assassinat de Kennedy à Dallas vient obscurcir un peu plus le tableau.
De Gaulle et la bombe atomique : Quand les Américains ont tout fait pour empêcher la France d’avoir une force de frappe nucléaire
80 minutes après sa mort, Lee Harvey Oswald a été inculpé du meurtre du président. Pourtant, il a nié avoir tiré sur lui et a affirmé qu’il était « un pigeon ». Mais avant de pouvoir être jugé, Lee Harvey Oswald a été abattu par Jack Ruby, un propriétaire de boîte de nuit, lors de son transfert de la prison du quartier général de la police à la prison du comté.
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Il n’y a donc jamais eu de procès. De Gaulle fait partie de ceux qui n’acceptent pas la version officielle, celle de l’acte isolé d’un déséquilibré. Il soupçonne un complot, voici ce qu’il confie à Alain Peyrefitte, dans La Voix du Général : « La police a fait le coup, ou bien elle l’a fait faire, ou bien elle l’a laissé faire. Lee Harvey Oswald n’est qu’un prête-nom, c’était l’homme qu’il leur fallait, un merveilleux accusé. La fable était de faire croire que le type avait agi par amour du communisme. »
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