Les 24 et 25 juin, les chefs d’État et de gouvernement des 32 pays membres de l’OTAN se réunissent à La Haye, aux Pays-Bas. Au même moment, les États-Unis, membre de l’OTAN, viennent de s’investir dans le conflit israélo-iranien après avoir frappé trois sites nucléaires clés en Iran ce dimanche. Invité de la matinale, Hubert Védrine, revient sur l’entrée en guerre des États-Unis et leur exigence pour le sommet de l’OTAN.
« Aujourd’hui, je peux dire au monde que les frappes ont été une réussite militaire spectaculaire », a assuré le président des États-Unis, Donald Trump, lors d’une courte allocution à la Maison Blanche après avoir bombardé trois sites du programme nucléaire iranien. L’opération a été nommée « Marteau de minuit », pour sa force et sa surprise nocturne.
Après les premières frappes américaines, le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu a remercié de manière très appuyée Donald Trump. Pour Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Benjamin Netanyahu avait de bonnes raisons de le faire : « Netanyahu ne voulait pas simplement obtenir le soutien, mais l’engagement des États-Unis. Ça fait plusieurs mois qu’il y travaille, donc il a toutes les raisons de le remercier. »
D’après cet engagement, il ne risque pas de durée : « Trump frappe, menace, mais il ne va pas s’engager dans une guerre durable car les trumpistes sont opposés à ça. Il ne faut pas s’étonner s’ils repartent tout de suite après avoir négocié de laisser le régime iranien survivre en échange de ne pas reconstituer leur programme nucléaire. »
Le danger de l’unilatéralisme américain
Le 4 novembre 1979, des centaines d’étudiants iraniens prenaient d’assaut l’ambassade américaine de Téhéran et retenaient en otage une cinquantaine de diplomates. Ils sont retenus pendant plus d’un an.
Pour l’auteur du Nouveau Dictionnaire amoureux de la Géopolitique (édition Plon), c’est l’une des raisons de l’engagement des États-Unis dans le conflit : « Donald Trump n’a pas plié et n’est pas intimidable par la pression exercée par Benjamin Netanyahu avec les otages américains. Mais ce n’est pas la même chose du côté iranien, car les Américains n’ont jamais pardonné la prise d’otage d’il y a 46 ans. »
Face à la situation, l’ONU réitère son appel urgent à une désescalade du conflit. L’intervention de Donald Trump peut devenir un réel danger : « Même si Trump ne prétend pas vouloir aller à la guerre, il est quand même unilatéraliste, donc il ne prend en compte que ses seuls intérêts, et il est capable de frapper n’importe quand. »
L’OTAN : un sommet pour Donald Trump
Pour Hubert Védrine, Donald Trump a une technique dont il sait très bien se servir : « En ce qui concerne sa gestion tactique, il est très oral, et c’est comme ça qu’il déstabilise, intimide et inquiète les gens. » C’est d’ailleurs de cette manière qu’il a appelé ses alliés de l’OTAN à une plus grande prise de responsabilité dans leur propre défense en les invitant à s’engager à consacrer à ce sujet 5% de leur PIB.
Mais l’Alliance a encore un moyen de s’en sortir d’après l’ancien ministre des Affaires étrangères : « Emmanuel Macron avait lancé l’idée d’un pilier européen dans l’alliance, avec la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Pologne, dans le contexte de la guerre en Ukraine, dans le cas où, si les États-Unis se retirent de l’OTAN, comme ils l’avaient menacé, ils resteraient assez forts. Mais cet élan peut s’affaiblir à tout moment si Donald Trump compte finalement rester dans l’OTAN. »
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Il conclut par une inquiétude face au déroulement du sommet : « Moi, ce que je crains, c’est que ce soit une occasion manquée où l’on va être obligé de s’écraser face à Donald Trump alors que ça aurait pu être un moment décisif. »
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