Le français parlé est une langue vivante, parfois malmenée, et c’est précisément ce qui la rend fascinante. Penchons-nous aujourd’hui sur ces maladresses – parfois charmantes – qui émaillent notre quotidien : les erreurs de prononciation.
« Aréoport », « pestacle », « omnibulé » : quand les sons s’inversent
Premier phénomène : la métathèse. En phonétique, elle se définit comme « la permutation de deux phonèmes dans la chaîne parlée ». Concrètement, elle consiste à dire aréoport au lieu d’aéroport, pestacle au lieu de spectacle, ou encore omnibulé — comme s’il y avait des bulles partout — au lieu d’obnubilé. Un glissement subtil, mais très fréquent.
« Frustre », « peneu », « esprès » : le son s’invite sans prévenir
Plus sournoise encore, l’épenthèse consiste à ajouter un son là où il n’en existait pas. C’est ainsi qu’on entend frustre à la place de fruste, qui signifie pourtant mal dégrossi. Les locuteurs du Sud de la France y sont particulièrement exposés, avec des prononciations comme peneu pour pneu, ou esprès pour exprès.
« Infermière », « secréteriat » : la substitution, un son en remplace un autre
Enfin, la substitution consiste à remplacer un son par un autre. Elle donne naissance à des formes comme infermière à la place d’infirmière, ou secréteriat au lieu de secrétariat. Plus discrète que la métathèse — qui, elle, déplace des sons à l’intérieur d’un mot —, la substitution se contente de modifier un son sans interversion.
« Fromage » : quand l’erreur devient la norme
Ces erreurs ne sont pas de simples fautes à bannir : elles témoignent d’une langue en perpétuel mouvement. Si l’Académie française veille, c’est souvent l’usage qui finit par prédominer. Et parfois, c’est même l’erreur qui s’impose durablement. L’exemple le plus savoureux reste celui du mot fromage, qui se disait initialement formage, et qui s’est définitivement modifié… par métathèse.
« Rabattre les oreilles » : une image anatomiquement douteuse
On entend pourtant souvent cette formulation. Mais à moins d’être un cocker, il sera difficile de voir ses oreilles rabattues. Le verbe correct est bien rebattre : on bat et rebat les oreilles de quelqu’un en lui répétant sans cesse la même chose.
« Pénitencier » : un adjectif qui n’existe pas !
Même cas de figure : l’adjectif pénitencier n’existe tout simplement pas. Il convient donc de parler d’un surveillant pénitentiaire, et non pénitencier.
« Orthodentiste » : une confusion entre le latin et le grec
La confusion est fréquente, mais les deux mots n’ont pas la même origine. Dentiste vient du latin dens, dentis – avec un e – qui signifie la dent.
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Orthodontiste, en revanche, est formé à partir du grec : orthos signifie droit, correct, et odontos – avec un o – désigne également la dent. L’orthodontiste est donc celui qui est chargé de remettre droite la denture.
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