Créé en 1787, Don Giovanni est considéré comme l’un des plus grands chefs-d’œuvre de la musique classique. Avec cet opéra en deux actes, Wolfgang Amadeus Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte signent leur deuxième collaboration, après Les Noces de Figaro, et le succès est sans appel. Basée sur le mythe de Don Juan, que raconte cette œuvre que Richard Wagner qualifiait d’ « opéra des opéras » ?
L’intrigue se déroule à Séville au XVIe siècle. Un homme monte la garde, de nuit, devant la maison d’un dignitaire espagnol, le respecté Commandeur. Il s’agit de Leporello, le valet de Don Giovanni, un grand séducteur qui cherche à s’introduire dans la demeure pour abuser d’Anna, la fille de ce haut personnage.
Alors que Don Giovanni est parvenu à accéder à la chambre de la jeune femme, le Commandeur surgit, alerté par les cris de sa fille. Furieux, il provoque l’intrus en duel, qui parvient à s’enfuir après l’avoir blessé mortellement. Face à l’horrible vision de son père gisant sur le sol, Anna est sous le choc. Elle tombe dans les bras d’Ottavio, son fiancé, qui tente de la réconforter et jure de venger le Commandeur.
Ruggero Raimondi dans Don Giovanni, le film de Joseph Losey / NANA PRODUCTIONS/SIPA
Après ce drame, Don Giovanni poursuit ses conquêtes. Accompagné de son valet, qui se prénomme Leporello, il avise une femme qui se lamente, le cœur déchiré par la cruauté d’un homme qui l’a séduite avant de l’abandonner. Si elle le retrouve, elle lui arrachera le cœur !
Opportuniste et insatiable, Don Giovanni engage la conversation avec elle pour la consoler. Mais, coup de théâtre, le monstre qu’elle décrit n’est autre que Don Giovanni lui-même, qui n’avait pas reconnu en elle Elvira, la femme qu’il avait délaissée après lui avoir promis le mariage.
Don Giovanni courtise toutes les femmes, des princesses aux paysannes
Don Giovanni s’éclipse opportunément, la laissant seule avec Leporello. Touché par ses larmes, il tente de la consoler avec l’un des airs les plus célèbres de Mozart, « Madamina, il catalogo è questo » (« Madame, voici le catalogue »), aussi appelé l’Air du catalogue.
Il lui décrit les conquêtes sans fin de son maître : paysannes, domestiques, bourgeoises, comtesses, baronnes, marquises et princesses, toutes les classes sociales et les âges y passent. Elvira n’en est que plus blessée et fait à son tour vœu de vengeance.
Le lendemain, des villageois se pressent pour la préparation du mariage de Masetto et de la charmante Zerlina. Alors que Don Giovanni se trouve dans le quartier avec Leporello, il aperçoit la future épouse. Le fougueux séducteur se présente auprès du jeune couple sous les traits d’un homme bon et honnête. Mais il compte bien trouver un moyen de la séduire…
Il charge alors son valet de se débarrasser du fiancé jaloux et des invités en les emmenant chez lui. Enfin seul avec Zerlina, Don Giovanni lui fait la cour et veut la dissuader d’épouser Masetto. La jeune femme tente de résister à ces belles paroles.
La voix de Don Giovanni le trahit
Soudain, Elvira apparaît et entreprend de révéler à Zerlina le véritable visage de Don Giovanni, avant que celle-ci ne cède à ses avances. L’impitoyable séducteur tente de la faire passer pour une femme follement éprise de lui, qui le poursuit sans retenue. Elle chante sa plainte, « Ah, fuggi il traditor » (« Ah, fuis le traître »), pour empêcher la jeune femme de tomber dans le piège.
Après la fuite de Zerlina, Don Giovanni rencontre Anna, la fille du Commandeur, encore dévastée par la mort de son père, et son fiancé Ottavio. Sans savoir qu’elle s’adresse au meurtrier de son père, elle demande de l’aide à Don Giovanni.
Mais Elvira est de retour et met le couple en garde. Une fois de plus, le grand manipulateur la fait passer pour folle à lier, semant le trouble et la confusion chez les jeunes fiancés.
Mais quelque chose tracasse Anna. Elle a déjà entendu la voix de cet homme… Atterrée, elle croit reconnaître en lui le meurtrier de son père et en fait part à son fiancé. Elle lui fait alors le récit de la nuit de l’intrusion, où elle s’est retrouvée à la merci de cet inconnu qui a tenté de la déshonorer. C’est brisée qu’elle demande à Ottavio de puiser dans cette blessure pour la venger. Il chante sa détermination dans l’air « Or sai chi l’onore », (que l’on peut traduire par « Tu sais quel infâme »).
Une grande fête qui sera le lieu de la vengeance
Pendant ce temps, Leporello retrouve son maître, et lui raconte qu’il a réussi à occuper Masetto et les invités à grand renfort de bavardages et d’alcool, mais c’était sans compter l’irruption sonore d’Elvira, qui a hurlé tout le mal qu’elle pensait de Don Giovanni. Le valet s’est alors débrouillé pour se débarrasser de la jeune femme en l’attirant à l’extérieur et en fermant la porte à clé. Enthousiaste et totalement insouciant, Don Giovanni demande à son valet d’organiser une grande fête, à laquelle toutes les belles femmes seront conviées pour prendre du bon temps auprès d’elles.
LEFEVRE SYLVAIN/SIPA
De son côté, Zerlina retrouve Masetto et tente d’apaiser sa jalousie en lui expliquant que Don Giovanni ne l’a pas touchée, pas même du bout des doigts. Toutefois, il se sent humilié d’avoir été abandonné le jour de son mariage.
Pour le convaincre, elle chante l’air « Batti, batti, o bel Masetto » (« Battez, battez, ô magnifique Masetto ») dans lequel elle se dit prête à recevoir les coups de son fiancé si c’est le prix à payer pour faire la paix et pour être heureux nuit et jour. C’est alors qu’ils tombent sur Don Giovanni, qui les convie à son bal. Ils acceptent, même si Masetto se fait violence.
La fête bat son plein, on danse, on festoie et on remercie l’hôte de sa grande générosité, sauf Elvira, Ottavio et Anna, qui ont décidé de se rendre masqués à la grande soirée, avec l’espoir d’enfin se venger.
Don Giovanni retourne encore une fois la situation à son avantage
Leporello et son maître se congratulent naïvement : tout se déroule comme ils l’avaient prévu. Alors qu’il danse avec Zerlina, le fougueux Don Giovanni entraîne sa proie à l’extérieur, tandis que son valet occupe l’attention de Masetto. Et lorsque Zerlina appelle à l’aide, attirant l’attention de plusieurs invités, il arrive encore à retourner la situation à son avantage.
Mozart : les 11 vérités sur le film Amadeus de Milos Forman, ce qu’on vous cache sur la vie et la mort du compositeur
Il joue la comédie et menace Leporello de son épée, en l’accusant d’avoir voulu la séduire. Mais nos trois convives venus incognito se démasquent pour révéler au monde qu’il n’est que mensonge et duperie. Encerclé, Don Giovanni réussit à s’enfuir.
Agacé par cette mascarade, Leporello tente de quitter son maître, mais celui-ci, en fin manipulateur, parvient à le convaincre de rester sous ses ordres. S’il court après autant de femmes, dit-il, c’est parce qu’il les aime toutes et ne saurait se rendre cruel en restant fidèle à une seule ! Leporello se laisse berner, et accepte même d’échanger ses habits avec ceux de Don Giovanni. En se travestissant en « homme simple », il va tourmenter un peu plus la pauvre Elvira.
Elvira dupée par une mise en scène cruelle organisée par Don Giovanni
Le cœur encore brisé d’avoir été abandonnée par Don Giovanni, elle apparaît à son balcon. Elle croit le voir – c’est en réalité Leporello qui porte les vêtements de son maître et fait mine de lui parler. Don Giovanni, caché derrière un buisson, lui adresse une déclaration d’amour et assure qu’il se repent dans une mise en scène cruelle.
Elvira se laisse attendrir par ces beaux discours. Finalement, elle part avec celui qu’elle pense être Don Giovanni. Maintenant seul dans la rue, le vrai Don Giovanni, déguisé en Leporello, chante la sérénade « Deh vieni alla finestra » (« Venez à la fenêtre, s’il vous plaît ») à la femme de chambre d’Elvira, espérant la conquérir elle aussi.
Surpris par Masetto et ses amis, qui cherchent à régler leurs comptes avec l’hôte de la fête, le faux Leporello fait mine de se joindre à eux dans leur traque et envoie les hommes à la recherche du pécheur. Une fois seul avec Masetto, il le roue de coups avant de se sauver.
Elvira et Leporello sont rejoints par Ottavio, Anna, Masetto et Zerlina. Tous veulent tuer le faux Don Giovanni mais Elvira s’interpose et les implore de l’épargner. Alors qu’ils sont sur le point de mettre leurs menaces à exécution, Leporello se démasque. La consternation est totale. Le valet assure que dans cette histoire, lui aussi est une victime. Tout en expliquant que son maître a abusé de son innocence, par un tour de passe-passe, il s’empare d’une arme et prend la fuite.
Seule Elvira confesse aimer encore Don Giovanni
Pour Ottavio, la vérité est enfin révélée au grand jour : ces événements sont la preuve que Don Giovanni est le meurtrier du Commandeur. Devoir et amour l’y obligent, il fait le serment de venger Anna ainsi que son père. Seul un cœur reste tiraillé par des sentiments contraires, celui de la malheureuse Elvira. Elle confesse aimer encore Don Giovanni dans l’air « In quali eccessi » (dont la traduction serait « Dans quels excès ! »). Si son cœur aspire à la vengeance, il tremble plus fort à l’idée de le savoir en danger.
Par une nuit de pleine lune, Leporello conte ses mésaventures à son maître et se plaint d’avoir frôlé la mort. Soudain, une voix profonde se fait entendre. Elle annonce qu’à l’aurore Don Giovanni aura cessé de rire car il ne sera plus de ce monde. Tremblant de peur, Leporello se dirige vers une statue et y lit l’inscription « J’attends ici vengeance du criminel qui m’a donné la mort ». Fidèle à sa nature provocatrice, le grand séducteur veut se jouer de la situation et force son valet à inviter la statue à dîner.
Quant à Ottavio, il est affligé par la demande d’Anna de repousser de nouveau le mariage. Il exprime son désarroi à travers l’air « Crudele » (« Cruel »). La jeune femme est profondément blessée de s’entendre qualifiée de la sorte, mais elle finit par s’apaiser et lui témoigne à nouveau son amour.
Don Giovanni est englouti par les flammes des Enfers
De retour chez lui, Don Giovanni se met à table lorsqu’Elvira le rejoint par surprise pour lui faire une ultime déclaration d’amour. Affligée, elle accepte d’oublier tous les mensonges mais ne récolte en retour que des moqueries. Jamais Don Giovanni ne se repentira.
En partant, Elvira pousse un cri d’épouvante, suivie de Leporello qui hurle à la vue de la statue du Commandeur devant la porte. Voyant que son valet est terrorisé, le maître des lieux décide d’aller ouvrir lui-même. La statue du Commandeur entre alors et exige de Don Giovanni qu’il se repente, mais il refuse. Soudain, un torrent de flammes jaillit et submerge Don Giovanni, qui lutte en vain avant d’être irrémédiablement englouti par les Enfers.
Don Giovanni : comment l’opéra de Mozart a-t-il été créé ?
Tous les autres personnages entrent, leur soif de vengeance toujours intacte. Ils sont rejoints par Leporello qui leur fait le récit de la fin tragique de son maître, dévoré par l’enfer.
Anna consent finalement à épouser Ottavio, à qui son cœur appartient. Elvira prend la décision de finir ses jours dans un couvent. Masetto et Zerlina prévoient enfin de se marier, tandis que Leporello fait le vœu de trouver un meilleur maître. Telle est la fin de celui qui fait le mal.
Pour en savoir plus sur Mozart
Mozart : 5 choses à savoir sur le plus célèbre des compositeurs
La vérité sur la mort de Mozart : mystères, Requiem et dernières heures du grand génie à Vienne le 5 décembre 1791
Quelle est l’histoire de La Flûte enchantée de Mozart ? Le résumé complet de l’opéra mythique que tout le monde devrait connaître
Cosi fan tutte de Mozart, l’opéra des liaisons dangereuses
Cet article Don Giovanni de Mozart, le séducteur puni : le résumé complet de l’opéra, de la séduction de Don Juan aux flammes des Enfers est apparu en premier sur Radio Classique.