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  • Langue française : « avocat », pourquoi le fruit et le métier portent-ils le même nom ?

    Parlons de ces étymologies surprenantes liées aux noms de métiers. D’où viennent ces mots qui désignent nos professions ?

     

    Le boucher, celui qui abat les boucs

    La première apparition de ce mot remonte à 1180, dans le Roman de Renart. On y trouve la forme ancienne bouchier, désignant celui qui tue les animaux destinés à la consommation. Le terme est directement dérivé de bouc, car le boucher était à l’origine chargé d’abattre des boucs.

    Le charcutier, qui prépare et vend la chair cuite

    La première occurrence du mot apparaît en 1464, sous la forme chaircutier, désignant la personne qui prépare et vend de la charcuterie. Cette forme ancienne révèle clairement son origine : le mot vient de chair cuite, soit précisément ce que prépare et vend le charcutier.

    Le maraîcher, une référence à la périphérie de Paris

    Pourquoi appelle-t-on « maraîcher » le vendeur de fruits et légumes ? Parce qu’au XVII᷊ siècle, ces productions étaient cultivées dans les marais situés en périphérie de Paris.

    L’avocat cache en réalité une double étymologie

    Une question revient souvent : pourquoi le fruit et le métier portent-ils le même nom ? La réponse tient en deux mots : étymologies distinctes.

    L’avocat, en tant que profession juridique, vient du latin ad (« vers ») et vocatus (« appelé »). Le verbe advocare désigne le fait d’appeler quelqu’un pour un procès, et par extension, celui qui est appelé auprès d’autrui pour l’assister.

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    Quant au fruit, son étymologie est tout autre. Il vient de l’espagnol abocado, lui-même issu du mot aztèque ahuacatl, qui désigne ce fruit mais possède également un second sens : celui de… testicule.

    Karine Dijoud 

     

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  • L’art de la transmission au Festival de Pâques avec Yulianna Avdeeva et Iris Scialom

    A l’occasion de leur participation au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, Yulianna Avdeeva et Iris Scialom seront, ce lundi 8 avril à 20h, les invitées du Journal du Classique.

     

    S’il convie chaque année des grands artistes internationaux, le Festival de Pâques d’Aix-en-Provence met aussi à l’honneur des talents émergents et leur fait partager la scène avec de prestigieux aînés. C’est ainsi que la pianiste Yuliana Avdeeva, qui a donné un récital le 30 mars au Conservatoire Darius Milhaud, a également prodigué ses conseils à quelques jeunes et remarquables musiciens, la violoniste Iris Scialom, l’altiste Héloïse Houzé et le violoncelliste Krzysztof Michalski. Une résidence qui se conclue par un concert au Théâtre du Jeu de Paume, dans le cadre du cycle Génération@Aix.

    Les grands maîtres passent le flambeau

    Yulianna Avdeeva nous parlera justement de transmission et d’éhanges ce soir en compagnie de l’une de ces jeunes partenaires, Iris Scialom qui poursuit un beau parcours et compte déjà parmi les nouvelles grandes étoiles du violon.

    Laure Mézan

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  • Pavarotti : Le grand ténor a reçu l’extrême-onction dans son enfance, il a miraculeusement survécu à une grave maladie

    Luciano Pavarotti a connu un destin hors du commun : fils de boulanger, l’Italien né à Modène et disparu en 2007 est toujours aujourd’hui un des plus célèbres chanteurs lyriques au monde, et certainement le plus aimé. Pourtant, son parcours a failli s’interrompre brutalement en 1947, l’année où il a frôlé la mort. 

     

    Luciano Pavarotti est né le 12 octobre 1935. Son père, Fernando Pavarotti, est boulanger, un homme qui prépare son pain la nuit et chante le jour. C’est d’ailleurs bien plus qu’un passe-temps : Fernando est un ténor de grand talent, que l’on entend à l’église ou en remplacement dans tel ou tel petit spectacle.

    Sa mère, Adele Venturi, travaille pour subvenir aux besoins d’une famille aux revenus modestes, occupant un emploi d’ouvrière dans une manufacture de tabac.

    Luciano Pavarotti, frère de lait de Mirella Freni, autre grande figure de l’opéra

    Fait remarquable : parce qu’elle travaille dans cette manufacture, on craint que son lait soit contaminé et elle ne peut pas allaiter son fils. La même situation se présente pour la mère d’une autre grande figure de l’opéra, Mirella Freni. Les deux enfants ont ainsi la même nourrice, un lien originel qui unira toute leur vie les deux chanteurs.

     

     

     

    Dans le salon familial, le petit Luciano découvre la musique au son des 78 tours que son père lui apprend à manipuler avec soin. Il écoute les grandes voix de l’époque et s’installe lui-même dans la cour de l’immeuble, dont l’écho lui est favorable, pour hurler La donna è mobile du Rigoletto. Son père lui offre une petite mandoline, symbole d’une passation de pouvoir entre un père qui rêve de scène et un fils qui va accomplir ce rêve à sa place.

    Après la guerre, la vie de Luciano Pavarotti est mise en danger

    En 1943, Luciano a huit ans quand les bombardements alliés s’abattent sur Modène, ville qui abritait notamment les usines Ferrari et Maserati. La famille Pavarotti se réfugie alors pendant un an à la campagne, chez un fermier. C’est là que le jeune garçon développe sa passion pour les plantes et les animaux, une sensibilité qui ne le quittera jamais.

    En 1947, un accident en jouant dans la cour de la ferme lui vaut de contracter le tétanos. Sa vie est en danger. On lui administre même l’extrême-onction.

    C’est Ève Ruggieri, journaliste et grande spécialiste musicale qui l’a longuement côtoyé, qui rapporte ses propres mots : « Ça ne m’a pas plu du tout. J’ai entendu ça, ça ne m’a pas plu du tout. »

    La grande rencontre de Pavarotti : Beniamino Gigli, successeur désigné de Caruso

    Cet épisode constitue un tournant décisif. Luciano Pavarotti en sort avec une détermination nouvelle, une soif de vivre et la conviction qu’il faut aller au bout de ses rêves. Même s’il continue d’écouter les grands ténors de l’époque – en 1949, à quatorze ans, il rencontre Beniamino Gigli, le successeur désigné de Caruso – sa trajectoire reste encore incertaine. Son père, qui nourrissait lui-même de grandes ambitions vocales mais souffrait d’un trac insurmontable, voyait en Gigli un modèle supérieur à son propre fils. Cette remarque, loin de le décourager, aiguillonna Luciano.

    Le choix du destin et le premier succès avec La Bohème

    Après le tétanos, Pavarotti s’oriente pourtant vers une voie plus raisonnable : il se prépare pendant deux ans au métier d’instituteur. Mais en 1954, à dix-neuf ans, il se souvient de ce qu’il a frôlé. La vie n’est pas faite pour être subie. Il abandonne tout et se lance à corps perdu dans le chant, soutenu par des parents aimants et par un père qui voit enfin naître, à travers son fils, la vie qu’il n’a pas pu vivre.

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    La carrière commence au milieu des années 1950. Ce sera La Bohème, puis Herbert von Karajan qui le révèle au grand public à travers de prestigieuses productions et des enregistrements qui feront le tour du monde.

    Luciano Pavarotti devant la Scala de Milan en 1966/PUBLIFOTO/OLYMPIA/SIPA

     

     

    De Caruso à Gigli, de Gigli à Pavarotti : une lignée de ténors d’exception. Mais comme le résume Ève Ruggieri : « Il n’y a pas de Pavarotti aujourd’hui. Il y a des gens que l’on ne remplace pas. »

     

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  • Maria Callas : en 1953, la soprano légendaire entreprend un régime spectaculaire et met sa voix en danger

    Maria Callas n’aimait pas qu’on l’appelle « La Diva », ni « La Divina » : elle trouvait que cela faisait trop superficiel, trop capricieux. La cantatrice leur préférait le terme de Prima donna, autrement dit la première dans un groupe de chanteurs et de chanteuses. Elle a poussé loin cet engagement dans un art collectif, au point de se transformer physiquement à la demande du réalisateur Luchino Visconti. 

     

    En 1953, Maria Callas entreprend un régime spectaculaire qui va transformer son apparence de façon radicale, suivant le modèle de l’actrice Audrey Hepburn pour la beauté. C’est Luchino Visconti qui lui aurait demandé de maigrir pour La Vestale, qu’elle doit chanter en décembre de cette année-là. Elle n’a plus un atome de graisse — au point que Toscanini, venu assister aux répétitions, ne la reconnaît même pas.

    Maria Callas et son père à New York, en 1949 / SAMA/SIPA

     

    Cette transformation physique se comprend lorsqu’on connaît l’exigence artistique qui est, chez Callas, absolument constitutive. Quelques années plus tôt, dans une lettre adressée à son mari Battista Meneghini au sujet de Norma, elle écrivait déjà :

    « Je voudrais donner tellement plus dans toutes les choses que je fais. Dans le chant, je voudrais faire que ma voix obéisse toujours comme je le veux. Mais il semble que je veuille trop et l’organe vocal est ingrat et ne te rend pas tout. Je dirais qu’il est rebelle et ne veut pas être commandé. Il veut toujours s’échapper et j’en souffre, au point que si je continue à ce rythme, tu auras une neurasthénique sur les bras. Serafin (le chef d’orchestre Tullio Serafin NDR) dit qu’il est très content de ma Norma, mais moi, malheureusement, je ne le suis pas du tout. Je suis convaincue de pouvoir faire cent fois mieux. »

    La voix de Maria Callas est fragilisée

    C’est cette même exigence qui préside à la métamorphose physique de 1953. Mais la perte de poids, si elle libère une silhouette nouvelle, fragilise irrémédiablement la voix.

    Maria Callas en 1957 / SAMA/SIPA

     

     

    Avec cette perte de poids importante (trente kilos) et trop brusque, son corps ne lui permet plus, faute de muscles appropriés de substitution, de soutenir ses sons. Elle va pallier ce qui devient un véritable handicap par une pression sur le diaphragme, et très souvent, on la verra chanter en serrant ses deux bras autour de la base de sa poitrine, sa façon d’aider le son à sortir.

     

    Et pourtant, sur scène, le miracle continue d’opérer. Hector Bianciotti, qui assiste à la Traviata donnée à Milan en 1955 sous l’égide de Visconti, en rend compte dans un hommage publié au moment de la mort de la cantatrice en 1977 dans Le Nouvel Observateur :

    « Maria Callas éludait tout geste superflu, synthétisant ses mouvements, définissant son personnage par quelques attitudes. Elle en traçait l’épure en projetant sa silhouette jusqu’au fond de la salle. Elle commença à chanter et le miracle eut lieu. La voix de Callas, infiniment plastique, semblait être toujours en quête d’une autre voix avant de se cristalliser dans le paroxysme du sentiment. »

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    Cette métamorphose physique ne tarde pas, par ailleurs, à alimenter les rumeurs les plus incongrues. Une marque de pâtes de régime, Pantanella, qui fournit d’ailleurs le Vatican, prétend que c’est un régime à base de ses produits qui serait à l’origine de la perte de poids de la cantatrice.

    Une plaisanterie de mauvais goût que la Prima Donna ne supporte pas : elle intente un procès qu’elle gagnera au bout de quatre ans. Meneghini racontera dans ses mémoires que le pape Pie XII aurait reçu le couple en audience pontificale et les aurait assurés de son soutien dans cette affaire.

    Franck Ferrand

     

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  • Agenda des concerts : Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, Philharmonie de Paris, notre sélection de la semaine

    Renaud Capuçon joue le Concerto pour violon n°2 de Bartók avec l’Orchestre de Paris dirigé par Esa-Pekka Salonen, Emmanuel Pahud dans le Concerto pour flûte d’Aram Khatchatourian avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par Lionel Bringuier au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence et Martha Argerich dans le Concerto pour piano n°2 de Beethoven avec l’Orchestre Philharmonique de Munich dirigé par Lahav Shani au Grand Théâtre de Provence : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours

     

    8 et 9 avril : Renaud Capuçon joue le Concerto pour violon n°2 de Bartók avec l’Orchestre de Paris dirigé par Esa-Pekka Salonen 

    Renaud Capuçon est l’invité de l’Orchestre de Paris placé sous la direction d’Esa-Pekka Salonen. Il interpréter le Concerto pour violon n°2 de Bela Bartók. Au programme également le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss et la Symphonie n°5 de Jean Sibelius. Radio Classique diffusera ce concert le samedi 9 mai à 20 heures.

    • Philharmonie de Paris.
    • Mercredi 8 avril et jeudi 9 avril à 20 heures.
    • www.philharmoniedeparis.fr
    • 8 avril : Emmanuel Pahud dans le Concerto pour flûte d’Aram Khatchatourian avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par Lionel Bringuier au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence

      Emmanuel Pahud est l’un des invités de l’édition 2026 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Il jouera, avec l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège dirigé par Lionel Bringuier, le Concerto pour flûte d’Arma Khatchatourian, une œuvre écrite à l’origine pour violon et que Jean-Pierre Rampal a transcrite pour flûte. En seconde partie de soirée, la Symphonie n°6 ”Pathétique” de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Ce concert sera diffusé en direct sur Radio Classique.

      • Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.
      • Mercredi 8 avril à 20 heures 30.
      • www.festivalpaques.com
      • 10 avril : Martha Argerich dans le Concerto pour piano n°2 de Beethoven avec l’Orchestre Philharmonique de Munich dirigé par Lahav Shani

        Martha Argerich est une habituée du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Elle y jouera le Concerto pour piano n°2 de Ludwig van Beethoven avec l’Orchestre Philharmonique de Munich dirigé par Lahav Shani. Au programme également la Symphonie n°1 “Titan” de Gustav Mahler. Ce concert sera diffusé en direct sur Radio Classique.

        • Grand Théâtre de Provence, Aix-en-Provence.
        • Vendredi 10 avril à 20 heures 30.
        • www.festivalpaques.com
        • Jean-Michel Dhuez

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        • Langue française : « merci », d’où vient ce mot qu’on utilise tous les jours ?

          L’étymologie de « merci » est passionnante : Ce mot chargé d’histoire à véhiculé toutes sortes de sous-entendus, disparus aujourd’hui. Plongez dans les origines de ce terme et découvrez comment bien l’utiliser. Est-ce que vous savez s’il faut dire « merci de » ou « merci pour » ?

           

          Ce mot, que nous employons plusieurs fois par jour, est issu du latin merces, qui signifiait le prix. À l’origine, il désignait la somme que le vaincu devait payer au vainqueur pour se racheter. C’est précisément de là que vient l’expression « être à la merci de », c’est-à-dire lui être totalement soumis, dépendant de son bon vouloir.

          Dire merci, ou je suis à votre merci, puis je vous remercie, furent d’abord des formules hyperboliques pour témoigner sa reconnaissance envers un service rendu. Ainsi, conclure une lettre par merci équivalait initialement à écrire la formule obséquieuse je suis votre humble serviteur.

          Avec le temps, le mot s’est allégé de cette charge servile, et nous pouvons aujourd’hui l’employer sans aucune idée de servilité.

          Merci de ou merci pour ? Les subtilités d’une formule du quotidien

          L’usage de merci semble anodin, pourtant il recèle des nuances grammaticales que beaucoup ignorent. Faut-il dire merci de ou merci pour ? La règle repose sur une distinction simple : le concret et l’abstrait.

          Pour des éléments tangibles, c’est-à-dire que l’on peut toucher, on emploiera merci pour : merci pour les fleurs, merci pour les chocolats. En revanche, pour des éléments abstraits, on privilégiera merci de : merci de votre gentillesse.

          Une subtilité supplémentaire s’applique toutefois aux éléments abstraits : la préposition varie selon que l’action s’est déjà produite ou non. Avant que les choses n’aient lieu, on dira merci pour : ainsi, une directrice qui entame son discours pourra lancer merci pour votre attention. Une fois le discours achevé, on basculera sur merci de : merci de votre attention.

          Une mise en garde : « Merci de » peut apparaître comme un ordre

          Lorsque merci est suivi d’un verbe, la règle est sans exception : on emploie toujours la préposition « de ». Exemples : merci d’être venus si nombreux, merci de m’avoir écouté.

          Une mise en garde s’impose enfin sur l’usage de « merci de me répondre » dans un courriel. Si cette formulation est grammaticalement correcte, elle s’apparente davantage à une injonction, voire un ordre donné au destinataire. Il convient donc de l’employer en connaissance de cause, ou de lui préférer une tournure plus courtoise.

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          Les mêmes règles s’appliquent au verbe remercier. Suivi d’un verbe, on utilisera toujours la préposition de : « je vous remercie de m’avoir soutenu ». Suivi d’un nom, la logique concret/abstrait reprend ses droits : je vous remercie pour les fleurs (élément tangible), ou je vous remercie de votre amabilité, une fois celle-ci manifestée.

          Karine Dijoud

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        • Les envoûtantes invocations d’Elsa Dreisig

          A l’occasion de la publication de son album « Invocation », Elsa Dreisig sera, ce vendredi 3 avril à 20h, l’invitée du Journal du Classique.

           

          Elle a choisi des invocations, des prières, des moments suspendus qui comptent parmi les plus fragiles et les plus beaux d’un opéra. Elsa Dreisig nous présentera ce soir son nouvel album, sorti aujourd’hui même chez Erato, réunissant une vingtaine d’airs, d’une grande profondeur dramatique. « Des instants où le personnage de l’opéra se rapproche de lui-même, où l’on entend son âme chanter » confie-t-elle.

          Elsa Dreisig met son âme à nu

          La soprano nous éclairera ce soir sur l’élaboration de cet album ponctué d’airs aussi célèbres que Casta Diva, Vissi d’arte, l’air à la lune de Rusalka ou la chanson de Solveig mais aussi des pages plus rares, voire inédites au disque, empruntées à 14 compositeurs et compositrices différents. Un programme enregistré avec l’orchestre de l’Opéra Carlo Felice de Gênes et Massimo Zanetti.

          Laure Mézan

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        • Guerre au Moyen-Orient : entre les mollahs et Trump, le dilemme impossible des Iraniens

          La célèbre avocate iranienne Nasrin Sotoudeh a été arrêtée. L’ancienne lauréate du prix Sakharov est une figure de l’opposition en Iran. C’est le signe que le régime des mollahs ne desserre pas son étau sur la société iranienne malgré la guerre et les bombardements israélo-américains. « Nous allons les ramener à l’âge de pierre » promet le président américain Donald Trump. Pas de quoi entamer l’espoir de voir la démocratie arriver un jour dans son pays pour Arash (le prénom a été changé), dont Radio Classique a recueilli le témoignage, et qui vient tout juste de quitter l’Iran.

          https://www.radioclassique.fr/wp-content/uploads/2026/04/iranienlat.mp3

           

           

          Arash est arrivé à Paris il y a trois jours. Il a quitté l’Iran avec ses parents âgés, en passant par l’Arménie. « Mon père a besoin de traitements médicaux qui n’existent plus en Iran à cause de la guerre. Nous devions venir le soigner en Europe, sinon son cancer pouvait revenir. J’ai voulu emporter avec moi toutes les choses importantes, au cas où je ne pourrais jamais revenir ou si notre maison était détruite. Mais on a tout oublié. »

          Lorsque les combats commencent le 28 février, Arash se trouve dans le sud de l’Iran.

          « Je me suis réveillé au son des explosions — les vitres de la maison tremblaient —, puis je suis allé faire réparer ma voiture. En marchant, une explosion m’a projeté de deux à trois mètres. Je ne suis pas tombé, mais c’était brutal et effrayant. En voiture, j’ai pris des gens dans la rue avec moi ; il n’y avait pas de taxi. Ils étaient effrayés, ils voulaient partir. »

          Téhéran « ressemblait à Gaza, avec des checkpoints partout »

          Trois heures après le début de son voyage, un ami l’appelle pour lui annoncer la mort de l’Ayatollah Ali Khamenei.

          « J’étais sûr que le régime allait tomber en quelques heures ou quelques jours. C’était un mélange de sentiments contradictoires, parce que ce régime nous a fait beaucoup souffrir, moi et ma nation. Mais j’étais très inquiet de ce qui allait arriver ensuite — allions-nous devenir comme la Libye, la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan ? Je ne suis pas certain que si le régime tombe, nous aurons une meilleure vie. »

          De retour dans la capitale, Arash vit dans l’angoisse permanente alors que les bombes pleuvent sur Téhéran.

          « Il y avait tellement d’explosions. Une fois, alors que je conduisais sur une route, j’ai vu douze, treize immeubles complètement détruits. Ça ressemblait à Gaza. Il y a des checkpoints partout. Ce sont des endroits très dangereux, car ils sont visés par Israël. »

          « Je veux être en Iran, quoi qu’il arrive »

          Face à la menace du président américain de « ramener l’Iran à l’âge de pierre », Arash n’a qu’une hâte : retourner dans son pays.

          « Je ne veux pas être en dehors de l’Iran alors que c’est la guerre. Quoi qu’il arrive à mon pays, je veux y être. Parce que j’aime mon pays, même si c’est l’âge de pierre. Je ne veux pas que l’Iran soit séparé en plusieurs pays. Bien sûr, je préfère un gouvernement démocratique, mais je suis certain que les États-Unis et Israël ne nous donneront jamais un régime démocratique. »

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          Malgré son opposition farouche au régime, Arash se résigne à s’en remettre aux mollahs et à leur armée.

          « J’ai besoin de militaires pour faire face à Donald Trump. Je suis très triste de dire cela. Les pires choses que j’ai vécues dans ma vie sont arrivées à cause du gouvernement et de l’armée. Même si ce sont des tueurs, des primitifs — malgré tout ce qu’ils sont —, on les connaît. Maintenant on a besoin d’eux pour ne pas laisser ces idiots ramener notre pays à l’âge de pierre. Après ça, on saura quoi faire de ces imbéciles de l’armée et du gouvernement. On doit avoir une démocratie. On va travailler pour cela. Il faut que nous soyons plus courageux, plus unis en tant que nation iranienne. Et j’en suis sûr : ce sera possible. »

          Laurie-Anne Toulemont

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        • Votre soirée classique consacrée à Jean-Sébastien Bach en ce Dimanche de Pâques à 20 heures

          Pour célébrer en musique le Dimanche de Pâques, Radio Classique vous propose une soirée dédiée à Jean-Sébastien Bach.

          Vous pourrez écouter plusieurs de ses œuvres consacrées à la Résurrection du Christ, comme la Cantate BWV 4 “Christ lag in Todesbaden”, jouée le jour de Pâques en 1707 ou l’Oratorio de Pâques composé en 1725 à Leipzig où Jean-Sébasien Bach occupait le poste de Kantor. Au programme également, sa musique orchestrale avec le Concerto Brandebourgeois n°3, et ses principales pièces pour clavecin comme Le Clavier bien tempéré ou L’Art de la fugue.

          Cette soirée sera aussi l’occasion d’entendre Alessandro Marcello et Vivaldi dont Jean-Sébastien Bach s’est inspiré ainsi que La Resurrezionne, premier oratorio de Georges Frederic Haendel qui était l’exact contemporain de Jean-Sébastien Bach.

          Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France et sur les grands axes autoroutiers grâce au DAB+.

          Jean-Michel Dhuez

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        • « Vladimir Poutine dispose de 7 ou 8 palais et a une fascination pour les yachts » selon le grand reporter Vincent Jauvert

          David Abiker reçoit Vincent Jauvert, journaliste et auteur du livre Kremlin confidentiel – Le Vrai Poutine aux éditions Albin Michel. Il révèle que le président russe a mis en place un système de détournement de fonds à son profit, dont il fait bénéficier sa famille, et notamment ses enfants cachés. 

           

          Vous suivez de près l’ascension de Vladimir Poutine depuis 25 ans. Quand Poutine voit Trump expédier Maduro en prison, neutraliser avec un certain succès – et avec Israël – le numéro 1 iranien et quelques autres caciques du régime, il doit se demander pourquoi il n’est pas parvenu à liquider Zelensky quatre ans après le début de la guerre en Ukraine !

          VINCENT JAUVERT : Absolument. C’était son idée, planifiée six ou sept mois à l’avance : renverser Zelensky en deux ou trois jours. On a découvert des documents montrant que le FSB – les services secrets dont il a lui-même été le patron à la fin des années 90 – avait reçu l’ordre de déstabiliser politiquement l’Ukraine en organisant des manifestations d’extrême droite, ou prétendument d’extrême droite, de façon à ce que, quand la situation serait mûre, la Russie arrive en amie protectrice du régime.

          Au mois de février 2022, la situation n’est pas celle-là. Des membres du FSB, des généraux, ainsi que son principal conseiller lui disent : « Monsieur le Président, vous devriez attendre. » Mais pour une raison qu’on ignore toujours, Poutine décide d’y aller. Des hommes étaient déjà pré-positionnés pour éliminer Zelensky, mais ça n’a pas marché, notamment parce que la CIA était au courant de tout. Une opération qui aurait dû durer deux jours, comme la prise de Maduro ou l’élimination de Khamenei, dure toujours. Cela démontre que la Russie n’est pas l’équivalent des États-Unis, et c’est bien le problème de Poutine, qui a rêvé d’être l’équivalent d’un numéro 1 soviétique.

          Vladimir Poutine est obsédé par l’idée de perdre la vie

          Comment expliquez-vous qu’Israël réussisse mieux que d’anciens du KGB en matière d’assassinat politique et stratégique ?

          V.J. C’est d’autant plus étrange qu’il y a une interpénétration formidable entre Russes et Ukrainiens, qui ont vécu ensemble pendant plusieurs siècles. Peut-être parce que pour les Israéliens, l’enjeu est existentiel. En tout cas, ils le vivent ainsi. L’enjeu ukrainien n’est pas, lui, une question de survie pour la Russie. Et puis le FSB est un service corrompu. La Russie est tellement corrompue que ses agents n’ont peut-être pas la même hargne que le Mossad.

          Votre livre, Kremlin Confidentiel, commence par un épisode spectaculaire : le moment où Prigojine trahit la confiance de Poutine, lance ses mercenaires vers Moscou, puis s’arrête, raisonné notamment par le président biélorusse. Dans cet épisode, on devine quelque chose d’assez méconnu chez nous : l’obsession de Poutine de perdre la vie, de se maintenir au pouvoir, une obsession presque maladive. Et sa crainte de Prigojine. C’est donc un homme qui a peur, malgré les apparences.

          V.J. Absolument. Il est obsédé par la peur d’être renversé, ce qui est assez logique puisqu’il n’a aucune légitimité. Les élections, à part peut-être la première en 2000, sont toutes truquées. Il n’a donc pas de légitimité politique, et il y a beaucoup de gens qui attendent son départ. L’affaire Prigojine est extraordinaire : je raconte dans le livre que le président biélorusse — ami et vassal de Poutine — a reçu un coup de fil de Poutine le matin de l’avancée de Prigojine, à l’été 2023.

          Poutine lui dit : « Je vais le tuer, lui et tous ses hommes. » Et le président biélorusse lui répond : « Vladimir Vladimirovitch, je vous le déconseille. Premièrement, ils sont très armés, très aguerris, ils ont fait beaucoup de guerre, contrairement aux jeunes recrues que vous allez envoyer. Et surtout, ce clash risque de déclencher ce que tout le monde attend : une révolution, ou un début de révolution. Il y a toutes les raisons du monde en Russie pour qu’il y en ait une. » Poutine répond : « D’accord. » Ce qui prouve qu’il avait peur.

          Est-ce encore le cas ? Vous parlez d’une période pré-révolutionnaire à cette époque. Les Russes ont-ils envie d’une révolution ?

          V.J. Qu’ils aient envie de changer de pouvoir et qu’ils soient mécontents, c’est certain. Mais Prigojine, c’est l’élite. Et je pense que l’élite pourrait, si elle se sent encore mal à l’aise, renverser Poutine. C’est en tout cas sa terreur. Prigojine était un camarade de Poutine, quelqu’un à qui il avait confié les banquets officiels du Kremlin — il était très proche de lui. Et même ces gens-là ne supportent plus Poutine, ou du moins le craignent au point de se dire qu’ils pourraient l’éliminer.

          Les élites russes resteront loyales à Poutine tant qu’elle estimeront avoir plus à gagner qu’à perdre

          Prigojine, lui, avait des raisons particulières : la guerre en Ukraine se passait très mal, il avait perdu beaucoup d’hommes, faute d’armement suffisant, en raison de la corruption massive au ministère de la Défense. Mais cette situation de corruption et de mécontentement est vraie dans l’ensemble des secteurs économiques et politiques russes. Tant que les élites estimeront avoir plus à gagner avec Poutine qu’à perdre, elles resteront loyales — mais être exclu de l’Occident et être sanctionné, c’est vraiment dur pour elles.

          Vous décrivez l’ascension de Poutine — la façon dont il a été adjoint au maire de Saint-Pétersbourg, dont il a failli sombrer après la défaite de ce maire, puis dont il a été récupéré par l’entourage de Boris Eltsine pour s’occuper de la famille Eltsine. Tout au long de cette ascension, on observe une obsession de l’argent : des postes au salaire officiel misérable, mais avec des revenus parallèles. Est-ce encore le cas aujourd’hui ? C’est un homme riche qui aime l’argent, alors qu’il se présente aux Russes comme quelqu’un de simple ?

          V.J. Ce n’est qu’une façade. Dès qu’il arrive au pouvoir en 2000, Poutine installe un système de détournement de fonds à son profit. Il réclame 35 % des commandes de matériel médical. C’est ce que m’a raconté, et qu’il a raconté à d’autres, l’un des actionnaires d’une entreprise de matériel médical, qui a depuis disparu dans la nature, de peur. Il explique comment les fonds sont versés sur des comptes à l’étranger via des hommes de paille, souvent des membres de la famille de Poutine, une famille bien plus élargie qu’on ne le croit.

          Des cousins, souvent diplômés, occupant des postes intéressants, et aujourd’hui nommés à des fonctions de pouvoir. Et Poutine a également des enfants : ses deux filles dont on connaissait l’existence, mais aussi deux fils nés récemment, qu’il cache — pour des raisons de sécurité, certes, mais aussi parce que cela ne correspond guère à l’orthodoxie religieuse dont il se veut le chantre. Il se dit ultra-conservateur, mais mène une vie personnelle très éloignée des canons de la religion orthodoxe.

          Et sur cette accumulation de biens — les palais avec patinoires, casinos, et même des pistes de pole dance — à quoi cela sert-il ?

          V.J. Tout cela n’est que façade d’une kleptocratie où 8 à 10 personnes détiennent peut-être 20 à 30 % de la Russie. Poutine dispose de cinq, six, sept, huit palais — certains dont il est propriétaire, d’autres construits pour lui par des amis qu’il a enrichis. Il a aussi une fascination pour les yachts : il veut avoir le plus grand, et ses amis lui en ont offert. Il reproduit même son bureau du Kremlin dans ses résidences pour toujours apparaître dans ce petit bureau qui semble modeste — un paravent de plus. Ce n’est pas du tout l’ascète qu’il prétend être.

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          Vous mentionnez aussi son obsession de la longévité.

          V.J. Il investit massivement — ou fait investir ses amis — dans une entreprise de recherche sur la longévité, détenue en partie par sa fille, endocrinologue. Cette obsession n’est pas sans rappeler celle de Staline, ni d’ailleurs celle des milliardaires californiens — ce n’est donc pas si surprenant en soi. Sauf que pour Poutine, cela signifie repousser le plus loin possible la question de la succession. Il veut garder le pouvoir aussi longtemps que possible, car comment se protéger, lui et sa famille, une fois qu’il ne l’aura plus ?

           Ce qui signifie, pour conclure, que Poutine souhaite que la Russie reste fidèle au modèle qu’il a inventé après lui ?

          V.J. Le modèle en soi, je pense qu’il s’en moque éperdument. Ce qu’il veut, c’est qu’on lui assure la succession. Tout est bâti depuis le début pour conserver le pouvoir. C’est tout.

           

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