Classé au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO, figé sur pellicule en 1982 dans Fitzcarraldo de Werner Herzog, le Théâtre Amazonas perdu au beau milieu de l’Amazonie est le témoin précieux d’une ville construite sur l’exploitation d’une ressource très convoitée au XIXème siècle.
C’est un lieu marqué par sa géographie atypique, coincé au beau milieu d’une jungle luxuriante et d’un fleuve aux proportions démesurées, et qui a pu susciter dans l’imaginaire collectif un certain nombre de fantasmes et de mystères quant aux représentations et aux personnalités qui ont y siéger : le Théâtre Amazonas.
Terre de richesse et de convoitise pour les Européens depuis sa découverte au XVIIème siècle, l’Amazonie devient une véritable mine d’or dans la seconde moitié du XIXème siècle lorsque ses ressources naturelles permettent de répondre à la demande croissante en caoutchouc de l’Ancien Monde qui se modernise, ce dernier découvrant le confort de la conduite automobile (pneus), de la marche (semelles), ou bien même le confort d’une vie intime (préservatifs).
Manaus, ville située aux portes de l’Amazone dans le nord du Brésil, devient alors, à partir des années 1880, l’une des artères principales de ce commerce, s’équipant sous l’impulsion de son gouverneur, Eduardo Ribeiro, de tout ce qui se fait de mieux en matière de progrès et de raffinement : électricité, télégraphe, tramway, espaces publics, jardins d’agrément, lieux culturels … sans oublier, en 1882, la mise en chantier d’un projet mastodonte que l’on doit à un député brésilien du nom d’Antonio José Fernandes Junior : le Théâtre Amazonas, symbole d’une Amazonie devenue prospère et véritable phare de la civilisation moderne.
De l’or d’Amazonie, du marbre d’Italie et du fer forgé d’Angleterre
Construit dans un style éclectique où prédominent des inspirations renaissantes et néo-classiques, le théâtre Amazonas, de taille relativement modeste (capacité d’accueil de 700 places) présente toutes les caractéristiques du théâtre à l’européenne. Il en porte même les plus beaux morceaux : si l’or est d’Amazonie, les dorures sont d’Europe, de même que les miroirs, le bronze et la céramique viennent de France, le marbre d’Italie, l’acier d’Ecosse, le plancher du Portugal ou le fer forgé d’Angleterre. Sur le plafond de la coupole, sertie de l’extérieur aux couleurs du Brésil, un monument de la capitale française : la Tour Eiffel, … vue de dessous ! Sans oublier la majestueuse rencontre des eaux d’Amazonie de l’artiste brésilien Crispim do Amaral qui orne l’imposant rideau du théâtre.
Felipe Dana/AP/SIPA
Des petits bouts d’Europe importés par bateaux dont certains d’entre eux, victimes de tempête, accusèrent de nombreux retards … Sans oublier les problèmes de financement et les humeurs changeantes d’une météo tropicale qui auront considérablement ralenti la construction de l’édifice. Il faudra donc attendre le 31 décembre 1896 pour que le Théâtre Amazonas soit officiellement inauguré, soit 14 ans après le début des travaux.
Enrico Caruso et Sarah Bernhardt ont bravé les dangers de la jungle
S’il est avéré que la première représentation donnée au Théâtre soit La Gioconda de Ponchielli le 7 janvier 1897, il existe des rumeurs selon lesquelles des célébrités lyriques et théâtrales n’ont pas hésité à braver les dangers de la jungle pour jouer sur la scène de l’Amazonas. Parmi eux, le ténor italien Enrico Caruso ou bien encore la « Divine » Sarah Bernhardt.
Pour l’explorateur britannique John Hemming dans son essai intitulé Tree of Rivers, The Story of the Amazon, les probabilités que de telles personnalités aient pu fréquenter les lieux sont nulles : « Faire remonter une troupe d’opéra avec un orchestre et tout son attirail sur le fleuve représente un coût financier extrêmement cher. Donc oui, si les plus grands moments du Théâtre Amazonas étaient largement dominés par les pièces de théâtre et les concerts – ce n’était certainement pas en présence d’Enrico Caruso, d’Anna Pavlova – danseuse de ballet russe – ou de Sarah Bernhardt.»
Hiro Onoda, combattant jusqu’au bout : ce soldat japonais qui a appris la fin de la Seconde Guerre mondiale… en 1974
Les années passent, et loin de devenir l’attraction culturelle majeure de la ville, l’opéra tombe progressivement dans l’oubli : les investisseurs étrangers, attirés par des marchés plus prometteurs en Asie dans les années 1910, désertent la ville en masse, tandis que le Théâtre Amazonas, de moins en moins fréquenté, fini par ouvrir occasionnellement, avant de rester portes closes pendant plusieurs années. Ce n’est qu’à la fin des années 1990, sous l’impulsion du gouverneur Amazonino Mendes, devenu maire de la ville, que le Théâtre retrouve une nouvelle vie, l’opéra se voyant doter de son propre orchestre depuis 1997, l’Orchestre Philharmonique de l’Amazonas et d’un festival annuel : le Festival Amazonas de Opera.
Plus d’articles à découvrir
Ces célèbres chefs d’orchestre qui ont perdu patience face aux musiciens
Regardez ce violoniste rattraper in extremis son instrument… avec le pied !
Un spectateur remplace un musicien sur scène, sans avoir jamais joué le morceau !
Surprenez vos oreilles avec ces 10 instruments insolites
Cet article Un opéra au cœur de l’Amazonie, l’histoire méconnue d’un joyau lyrique qui a attiré les plus grands est apparu en premier sur Radio Classique.