Le 30 avril 1945, Adolf Hitler se donne la mort dans son bunker de Berlin alors que la ville s’écroule sous les assauts de l’Armée Rouge. Mais que devient son corps ? Entre dissimulation, désinformation soviétique et recherches occidentales, le destin du cadavre du dictateur nazi est resté flou pendant des décennies.
En début d’après-midi de ce 30 avril 1945, le chaos règne à Berlin. Le FührerBunker est plein à craquer. À l’intérieur, le bruit incessant de la ventilation, la forte odeur de poussière et les tremblements des bombardements extérieurs s’accentue. Cette cacophonie est due à l’arrivée de l’Armée Rouge. Les soviétiques sont aux portes de Berlin. Cela fait 12 jours qu’Hitler et son entourage vivent au rythme des rumeurs pour tenter de s’échapper, la dernière parlant d’un poste de guet ou un pont par lequel on pourrait encore tenter de partir.
La veille, Adolf Hitler assistait à son dernier grand événement : son mariage. Organisé dans la hâte, il a fallu trouver un conseiller municipal pour officialiser l’union. Il se trouve que la seule personne proche des lieux à occuper ce poste était… le responsable du ramassage des ordures. Les dernier proches d’Hitler sont réunis pour assister au moment où il va faire d’Eva Braun sa femme. Pendant ce temps, l’armée soviétique progresse à l’Est tout comme les Alliés à l’Ouest. La fin du règne nazi approchant, les jeunes mariés et leurs proches s’enterrent dans le FührerBunker à 8 mètres sous terre. Ils ne le savent pas encore mais tous les invités du mariage sont appelés à mourir dans les 48h.
Crédit : AP/SIPA
Parmi les tenants du Reich se trouve Heinz Linge. Âgé de 32 ans, cela fait 6 ans qu’il a une profession exceptionnelle : être le majordome d’Adolf Hitler. Depuis le début du conflit, il suit le Führer absolument partout. Ses tâches consistent à réveiller Hitler, précisément en début d’après-midi, puisqu’il vit de manière totalement décalée. Il l’aide à s’habiller et il conduit ses invités lorsqu’il en a. Mais le chancelier du Reich ne se porte plus bien depuis le 20 juillet 1944, date à laquelle des civils et des militaires allemands ont failli renverser le gouvernement en tentant de l’assassiner.
Depuis, il s’est complètement renfermé sur lui-même. Heinz lui est demeuré fidèle malgré la sévère tendance à la paranoïa hérissée de moments de colère du Führer. Lors d’un déjeuner qui a eu lieu l’avant-veille, Hitler donnait des directives très claires sur ce qu’il fallait faire de son cadavre après sa mort. Il le répètera à plusieurs reprises : il veut que son corps disparaisse. Ce choix n’est pas anodin, au moment du repas, on lui a montré des photos des restes de Mussolini qui avait subi les pires outrages.
Le FürherBunker : le tombeau du Reich
Vient le début de l’après-midi du 30 avril 1945. Heinz vient de faire ses adieux à son maître. Il ferme ensuite la porte du bureau dans lequel se trouvent Hitler et Eva Braun. Une fois le couple enfermé, Heinz ne veut pas rester trop près et s’éloigne. Il veut sortir du bunker mais on le retient. Les bombardements sont si intensifs qu’il risque d’être blessé. Alors qu’il rentre dans l’antichambre du bureau, il sent une odeur de poudre très caractéristique. Il est 15h30 et Hitler et sa femme sont morts. Heinz va attendre quelques minutes avant d’entrer dans la pièce où se trouvent les deux corps. Il raconte : « Hitler s’était tiré une balle dans la tempe droite avec son pistolet 7,65mm, celui-ci se trouvait à ses pieds sur le sol. Sa tête était un peu penchée contre le mur, le sang avait giclé sur le tapis à côté du canapé. À côté de lui était assise son épouse. Elle avait replié ses jambes sur le canapé et son visage crispé trahissait la cause de sa mort, l’empoisonnement au cyanure. La petite boîte où se trouvait le poison était sur le bureau. »
Crédit : Michael Sohn/AP/SIPA Le FührerBunker reconstitué lors d’une exposition à Berlin en 2016
Avec de l’aide, le majordome enveloppe les morts dans des couvertures grises en laine. Ils posent les corps à 2 mètres seulement de la sortie du bunker dans un trou déjà formé par les obus. Ils suivent ensuite à la lettre les instructions du führer en installant les morts l’un à côté de l’autre et en leur versant dessus 200L d’essence. Un officier prend ensuite un chiffon qu’il allume avec un briquet et le jette sur les cadavres. Un véritable brasier se crée. Les restes sont enterrés à la hâte par deux gardes SS dans le même trou d’obus car les troupes soviétiques arrivent à peine à 200 mètres du bunker.
Le soir même, les derniers généraux allemands décident de capituler. Le bunker étant désormais coupé du monde extérieur, il faut sortir pour aller à la rencontre des troupes soviétiques. Le chef d’Etat-Major Krebs se porte volontaire. Il fabrique un drapeau blanc avec des draps. Le 1er mai 1945 à 2h du matin, Krebs traverse les lignes soviétiques en agitant son drapeau et il demande à rencontrer le général Tchouikov pour lui annoncer la mort d’Adolf Hitler.
Crédit : MARY EVANS/SIPA
Le pouvoir politique réside maintenant entre les mains de l’héritier désigné d’Hitler, l’amiral Dönitz. À 4h00 du matin, Staline apprend la nouvel et dit : « bien fait pour ce salopard. Dommage qu’on n’ait pas pu le prendre vivant. Où est le cadavre ? »
La guerre de la désinformation
Le 2 mai 1945, les Soviétiques prennent possession de la chancellerie du Reich, le Führerbunker est tombé lui aussi. Les derniers à défendre ce bunker sont des Français, de la division Charlemagne, qui ont tout fait pour que les Soviétiques ne fassent pas tomber la place un 1er mai. Lorsque les Russes entrent dans le Bunker, ils n’y découvrent que quelques employés de l’administration terrifiés. Le reste des personnes se sont toutes suicidées. C’est d’ailleurs le cas de Goebbels, sa femme et leurs 6 enfants qui ont aussi été enterrés à la hâte près de la sortie du bunker. Le lieutenant-colonel Klimenko et plusieurs soldats ont voulu voir l’endroit où se trouvait le cadavre de Goebbels. À côté, un soldat remarque un trou d’obus recouvert de terre meuble qui semble avoir été récemment pelletée. La terre laisse apparaître les cadavres calcinés d’un homme et d’une femme, enveloppés dans des couvertures grises. Mais ils sont déjà méconnaissables et une rumeur disant que le corps d’Hitler a déjà été découvert, les soldats réenterrent donc les restes.
Le lendemain, le lieutenant-colonel Klimenko apprend que le corps d’Hitler, déjà découvert, n’est en fait pas le bon. Il renvoie ses soldats à la chancellerie pour redéterrer les deux cadavres qui sont chargés discrètement dans un camion au cours de la nuit du 5 au 6 mai 1945. Le système soviétique étant ce qu’il est, on se méfie évidemment des médecins qui vont procéder. On ne leur dit pas qui ils sont censés autopsier. Les médecins légistes notent ceci sur le corps supposé d’Hitler : « Le cadavre ayant brûlé, il est difficile d’établir l’âge de la personne, mais on peut l’évaluer à 50 ou 60 ans. La taille étant d’un mètre 65, les mensurations sont imprécises en raison de la carbonisation des tissus. Le cadavre est en état avancé de calcination et il en sort une odeur de chair brûlée. Dans la bouche ont été découverts des éclats de verre correspondant à des fragments d’une ampoule de verre fin. »
Les légistes précisent que les examens médico-légaux des organes internes ont établi la présence de cyanure. En réalité, il manque un morceau du crâne et c’est la raison pour laquelle ils ne savent pas que l’homme en question s’est tiré une balle dans la tête. De Berlin, les corps changent fréquemment d’endroits au gré des humeurs de l’administration soviétique. L’identité du Führer est confirmée après avoir détaché le dentier du reste du corps. On demande à l’assistant dentiste d’Hitler d’analyser cette pièce, et il confirme qu’il s’agit bien de celui du Führer. On va confier cette mâchoire à l’ancêtre du KGB, le NKVD.
Les Alliés mènent l’enquête
Le 4 juillet 1945, les alliées entrent dans Berlin. À ce moment-là, le monde entier sait qu’Hitler est mort mais on en ignore encore la cause. Les Soviétiques ne se montrent pas du tout coopératifs et en profitent pour répandre de fausses rumeurs. Quand le bras droit de Roosevelt, Harry Hopkins, rencontre Staline le 26 mai, le leader communiste dit au représentant américain : « à mon avis, Hitler n’est pas mort, il se cache quelque part. » Et Joukov surenchérit en déclarant en conférence de presse, « Hitler doit se trouver en Espagne ou en Argentine ».Ils veulent instaurer le doute. Ils savent que le renseignement, c’est le pouvoir. A la conférence de Potsdam Staline va confirmer cette version à Churchill et au nouveau président des Etats-Unis, Truman.
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Les occidentaux, eux, décident d’aller vérifier tout ça de leurs propres yeux. Ils chargent alors un petit comité d’historiens d’enquêter sur les dernières heures d’Hitler. Pendant 3 mois, ils rencontrent les témoins qui ne sont pas encore tombés entre les mains des soviétiques. Conclusion de leur rapport : le Führer s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête. Il persiste encore une question fondamentale pour les Occidentaux, qu’est-ce que les Soviétiques ont bien pu faire du corps d’Adolf Hitler ?
Quand Staline lit le rapport des Occidentaux, il ne comprend pas pourquoi il est dit qu’Hitler s’était tiré une balle dans la tête. Le rapport d’autopsie réalisé par ses médecins indique bien que le Führer s’est tué avec une fiole de cyanure. Staline va réorganiser les services et demander au NKVD une enquête pour déterminer les causes exactes de la mort d’Adolf Hitler. Le ministère des Affaires intérieures réalise l’enquête, mais les hommes du ministère de la sécurité d’État, eux, refusent de dévoiler où se trouve le corps du Führer. L’enquête se met à patiner mais cela a un effet positif.
Les enquêteurs finissent par fouiller intégralement le FürherBunker. Ils retournent alors à l’endroit où les ossements d’Hitler et d’Eva Braun ont été retrouvés. Là ils découvrent deux petits ossements qui s’emboîtent très bien et qui s’avèrent appartenir à la boîte crânienne du Führer. Grâce à un petit trou, ils comprennent que les occidentaux avaient vu juste, Hitler s’est bel et bien tiré une balle dans la tête. Les différents services soviétiques se partagent le corps, enfin ce qu’il en reste. Le corps calciné est enterré à Magdebourg avec Eva Braun et les Goebbels. Des restes qui dépendent du ministère des Affaires intérieures. La boîte crânienne du dictateur, elle, est entre les mains du ministère de la Sécurité d’État.
Qui était le maréchal Hindenburg, celui qui a propulsé Hitler au pouvoir ?
L’historien François Kersaudy explique : « Les années passent et le 5 avril 1970, sur décision du chef du KGB Yuri Andropov, les restes enterrés sous la Cour du numéro 36 de la westernunstrasse de Magdebourg sont exhumés pour la 6e fois dans le plus grand secret, transportés 11 km plus loin jusqu’à un terrain vague situé à proximité de la ville de Chenbeek. Brûlés sur un bûcher, réduits en cendres, broyées et jetés dans la rivière Biderin. » Pour quelle raison ? On ne le sait pas. Mais dès lors, il ne resterait plus du Führer du Reich qu’un os pariétal conservé dans une boîte à disquette aux archives centrales d’État de l’URSS et une mâchoire carbonisée cachée dans une boîte à chaussures au fin fond des archives du KGB. Incontestablement, Hitler est mort à Berlin à la toute fin du mois d’avril 1945.
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Cet article L’histoire du cadavre d’Hitler : Franck Ferrand raconte la dissimulation et la désinformation qui a duré des décennies est apparu en premier sur Radio Classique.