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Le temps d’un soir à Paris, des musiciens et chanteurs, pour la plupart iraniens ou franco-iraniens, se sont retrouvés pour faire vivre la culture iranienne, invisibilisée par la guerre et opprimée par le régime des mollahs. Le concert en soutien au peuple iranien était organisé au « Consulat Voltaire », un lieu de création qui organise régulièrement des expositions, des concerts, et des conférences.
Assise au centre de la scène du « Consulat Voltaire », entourée de musiciens, Aïda Nosrat chante et se souvient du bruit des bombes de son enfance, durant la guerre entre l’Iran et l’Irak. Aujourd’hui, ce cauchemar recommence pour les enfants iraniens : « Il y a une douleur intense, une peine immense dans mon cœur. Quand je chante, je dois lutter pour empêcher les larmes de monter. Il y a aussi une grande colère en moi. »
En France depuis dix ans, elle ne reçoit que très peu de nouvelles de ses proches en Iran, où l’accès à Internet est sévèrement limité par le régime : « J’ai beaucoup de chance : l’une de mes amies dispose d’une connexion Internet, même si cela est très risqué pour elle. Grâce à son téléphone, j’ai pu parler avec mes parents. Heureusement, ils habitent en banlieue, loin du centre. Téhéran est une ville immense, plus grande que Londres. J’espère qu’ils resteront en sécurité. Mon plus grand espoir est que cette guerre s’arrête, quelles que soient les circonstances. »
À ses côtés, Pouya Khoshravesh fait glisser son archet sur son kamancheh, une sorte de violon vertical. Pour pouvoir en jouer librement, il a dû fuir l’Iran en 2013 : « Je jouais avec mon oncle, un chanteur reconnu en Iran, et nous avions constamment des problèmes. Après chaque concert, les autorités venaient l’interroger : « Qu’avez-vous récité comme poésie ? Il ne fallait pas dire cela. » Ils ont tenté de supprimer la musique. En Iran, lorsqu’un musicien joue à la télévision, les instruments ne sont pas montrés à l’écran. On place une fleur devant eux, car ils sont interdits. Je ressens à la fois de l’inquiétude et de la joie, dans l’espoir que très bientôt, nous verrons un Iran libre. »
Entre alors sur scène la danseuse soufie Sahar Dehghan, le visage voilé par sa chevelure. Elle tourne, tourne, et ses mains se libèrent.
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« Nous ne voulons pas que notre musique soit enterrée, ni nos danses. Avant 1979, avant la révolution islamique, la danse était permise en Iran. Il y avait même des festivals de danse contemporaine, Martha Graham y avait sa place. Avec la liberté que j’ai ici, je peux au moins faire cela : montrer notre belle culture, notre richesse, et cette raison pour laquelle nous tenons debout malgré les difficultés.
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Je ne suis pas sous les bombes, mais je pense que même si je l’étais, même dans une cave souterraine, je continuerais de danser et de raconter des contes aux enfants pour qu’ils n’aient pas peur. J’espère que les gens n’associeront pas le peuple iranien à quelque chose de négatif, car dans ce chaos, il n’y est pour rien. Ce peuple est magnifique, fort et courageux. »
Lorsque la mezzo-soprano Ariana Vafadari entonne une chanson populaire iranienne, le public reprend en chœur. Un moment de paix suspendu. À l’origine du concert, la dramaturge Sonia Hossein-Pour : « Je n’arrivais pas à rester les bras croisés. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, aider les gens à se consoler face à ce qui se passe. Il existe de nombreux récits très différents autour de l’Iran, dans lesquels on ne se retrouve pas toujours. Il y a aussi de profondes divergences au sein de la diaspora iranienne sur ce qui se passe, elle est très déchirée. La musique peut être une forme de réconfort et de communion. »
Laurie-Anne Toulemont
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Prononcer le mot de Cambronne ou un terme commençant par un « P » et finissant par un « N » dans une conversation ordinaire pourrait surprendre. Mais ajoutez une guitare et une moustache, et ces mêmes mots deviennent du patrimoine national. Rendons donc hommage à Georges Brassens, conservateur en chef des gros mots, dont le génie consistait à sublimer la langue de la colère.
Georges Brassens nous lègue une véritable poésie de la colère, un florilège savoureux de gros mots et d’insultes élevés au rang d’art. Dans La Ronde des jurons, il réunit une collection de termes devenus rares : morbleu, ventrebleu, sacrebleu, cornegidouille, jarnibleu et palsambleu. Mais pourquoi tant de « bleu » ?
À l’époque, prononcer le nom de Dieu était considéré comme un péché. Le mot « bleu » servait alors de substitut pudique.
Ainsi, morbleu permet d’éviter le blasphème explicite : il signifie « mort de Dieu ». Ventrebleu signifie « par le ventre de Dieu ». Sacrebleu, quant à lui, correspond à « sacré Dieu ». Jarnibleu est une forme plus altérée : c’est une déformation euphémique du juron « je renie Dieu ». Enfin, palsambleu signifie par « le sang de Dieu ».
Parmi ces termes, cornegidouille mérite une mention particulière. Ce juron, qui exprime la colère ou l’étonnement, a été inventé de toutes pièces par Alfred Jarry dans sa pièce Ubu Roi, où le personnage d’Ubu s’exclame : « Cornegidouille, je suis le roi peut-être ? »
Georges Brassens poursuit sa galerie avec d’autres pépites : cristi, ventre-saint-gris, par ma barbe, nom d’une pipe, sapristi et sacristi.
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Georges Brassens nous a appris qu’un mot cru, choisi avec justesse, est moins vulgaire qu’un discours hypocrite. Aussi, si vous vous cognez l’orteil contre un coin de table, évitez le terme commençant par « P » et finissant par « N » — et proférez plutôt un bon jarnicoton : ce mot d’initié soulage tout autant, avec infiniment plus de style.
Karine Dijoud
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Désavoué par le conseil d’administration du Festival de Salzbourg, Markus Hinterhäuser quitte son poste alors que son contrat avait été prolongé jusqu’en 2031. Le directeur artistique est « mis en congé » jusqu’à la fin de son contrat actuel qui court jusqu’au 30 septembre prochain.
La situation s’est brusquement dégradée la semaine dernière au sein du Festival de Salzbourg. Son directeur artistique depuis 2016, Markus Hinterhäuser, 67 ans, s’est retrouvé au cœur d’un conflit ouvert avec le conseil d’administration, au point que les deux parties, d’un commun accord, ont décidé ce jeudi de mettre fin à leur collaboration avec effet immédiat. Officiellement, le dirigeant autrichien est donc suspendu d’activités jusqu’à la fin de son contrat actuel, qui court jusqu’au 30 septembre 2026.
Reconduit à son poste il y a deux ans pour cinq années supplémentaires, jusqu’en 2031, Markus Hinterhäuser apparaissait pourtant solidement installé à la tête du festival. Mais la relation avec le Kuratorium, organe de gouvernance qui représente notamment les autorités publiques, s’est fortement dégradée ces derniers mois.
En cause, une perte de confiance progressive, alimentée par des désaccords sur la gestion interne et le respect des procédures instaurées depuis l’arrivée à la présidence du festival de Kristina Hammer en 2021. Il est question notamment d’un différend majeur concernant la nomination d’un(e) responsable à la tête du département d’art dramatique du festival.
L’accord conclu pour un troisième mandat, qui devait donc démarrer le 1er octobre 2026 et se terminer normalement à l’automne 2031 était en effet assorti d’une clause régissant la conduite de Markus Hinterhäuser envers le conseil d’administration et les tiers. Mais, selon la présidente du conseil et administratrice Karoline Edtstadler : « Le conseil a unanimement estimé que le directeur artistique n’avait pas rempli les conditions requises pour la prolongation de son contrat ». L‘ORF (radio-télévision publique autrichienne) évoque même l’argument d’un manquement présumé de Markus Hinterhäuser à l’obligation de « bonne conduite ».
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Le conseil d’administration a pourtant proposé, fin février, au directeur artistique de réfléchir à une solution de compromis : son maintien en poste jusqu’en 2027 afin d’organiser une transition en douceur. Markus Hinterhäuser avait jusqu’au vendredi 13 mars pour examiner la proposition mais n’y a pas répondu. Un silence qui équivalait, de fait, à un refus et fermait donc la voie à une sortie concertée, ouvrant ainsi la probabilité d’une fin de mandat précipitée.
Pour la prestigieuse institution, cette crise survient à un moment très sensible alors que d’importants travaux de rénovation (le projet Festival District 2030) sont en cours sur le site du festival et que la planification de ses productions doit être entreprise plusieurs années à l’avance.
Die Salzburger Festspiele trennen sich von ihrem Intendanten Markus Hinterhäuser. Hintergrund ist ein Streit über Führungsstil und die Neubesetzung der Schauspielleitung. https://t.co/YLFsUakEZa
— Frankfurter Allgemeine gesamt (@FAZ_NET) March 26, 2026
Pour assurer l’intérim, de nombreux noms circulent dont celui de Cecilia Bartoli, qui dirige le Festival de Pentecôte de Salzbourg depuis 2023. Selon ORF, Franz Welser-Möst (Cleveland) et Stephan Pauly (Musikverein) ont décliné l’offre. En outre, se pose également la question de la succession de Kristina Hammer, présidente du festival depuis 2022, qui n’a toujours pas indiqué publiquement si elle briguera un nouveau mandat mais qui assurera la direction artistique avec le directeur général, Lukas Crepaz, en attendant la nomination prochaine du successeur intérimaire de Markus Hinterhäuser.
Philippe Gault
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A l’occasion de la publication de son nouvel album, After dark, le claveciniste Pierre Gallon sera, ce jeudi 26 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.
C’est le monde de la nuit que nous décrit Pierre Gallon dans son nouvel album paru chez Harmonia Mundi. Ce programme réunit un florilège de pièces d’une grande poésie et d’une touchante expressivité appartenant au répertoire anglais de l’époque Elisabéthaine. Des pièces qui évoquent les différentes facettes de la nuit, depuis la tombée du jour jusqu’à l’Aube qui chasse les tourments nocturnes.
Pierre Gallon nous racontera ce soir la conception de ce programme qu’il a choisi d’enregistrer sur quatre claviers différents : un clavicorde, deux clavecins et même un piano jouet. L’occasion de mettre en avant la riche facture instrumentale de l’époque (et d’aujourd’hui) et de déployer une belle palette de couleurs.
Laure Mézan
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L’annonce du limogeage d’Andris Nelsons de son poste de directeur musical du Boston Symphony Orchestra n’en finit pas de faire parler d’elle. Localement, dans la grande ville du Massachussetts, mais également dans tout le pays et même au-delà des frontières où le chef d’orchestre letton reçoit de nombreuses marques de soutien.
Pas certain que les joueurs de l’équipe de France de football qui ont affronté (et battu 2-1) le Brésil en match amical jeudi après-midi à Boston se soient précipités dans la soirée au Symphony Hall pour assister au concert consacré à la Symphonie n°9, du Nouveau Monde, d’Antonin Dvořák et à des extraits de Nixon in China chantés par Renée Fleming et Thomas Hampton.
In new footage, players are seen welcoming the conductor, who called the moment “a sign of real and true humanity.”
— Moto Perpetuo (@MotoPerpetuoX) March 17, 2026
Lorsque le 6 mars, la direction de l’Orchestre Symphonique de Boston a annoncé qu’elle avait décidé de mettre un terme au contrat de son directeur musical en août 2027, le New York Times avait qualifié de « limogeage brutal » cette décision. Dans un premier temps, ce sont les musiciens du Boston Symphony Orchestra qui ont fait part de leur opposition à la mise à l’écart prématurée d’Andris Nelsons et lui ont exprimé, dans un communiqué, leur « soutien indéfectible ».
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Dix jours plus tard, lors de la première apparition d’Andris Nelsons au Symphony Hall, des dizaines de musiciens et d’habitués lui ont réservé un accueil chaleureux au cours duquel le chef letton de 47 ans n’a pas caché son émotion, versant quelques larmes. Dans la foulée, l’association des Amis du Boston Symphony Orchestra a exprimé sa « perplexité » suite à la publication d’un communiqué du conseil d’administration de l’orchestre justifiant sa décision au motif, notamment, que « la fréquentation des concerts a chuté de façon drastique ces vingt dernières années ».
Une position très critiquée dans la presse, notamment par le Boston Globe qui, dans un éditorial publié le 24 mars, accuse les administrateur du Boston Symphony Orchestra de s’être « retranchés derrière des discours creux et inutiles » et leur demande une justification « franche et publique » de leur décision. Quelques jours plus tôt, ce sont les musiciens du prestigieux Philharmonique de Berlin qui ont adressé une lettre aux responsables du Boston Symphony Orchestra dans laquelle ils se déclarent « surpris que les musiciens n’aient été ni consultés ni impliqués dans cette décision artistique », et jugent cette situation « profondément préoccupante ».
Ce jeudi, une délégation des musiciens de l’orchestre ont rencontré le PDG Chad Smith et des membres du conseil d’administration du BSO. Selon eux : « La réunion fut très tendue et, au final, frustrante. Nous n’avons reçu aucune assurance quant à la possibilité de rétablir la confiance, et des questions persistent quant à la transmission fidèle des positions et opinions des musiciens faite au Conseil d’administration avant la décision de licencier Andris Nelsons ». Par ailleurs, une pétition « citoyenne » a été lancée par des mécènes et des soutiens du BSO pour réclamer une réunion publique, en présence de la direction de l’orchestre, afin de débattre de son avenir et de son engagement dans la vie culturelle de Boston.
Philippe Gault
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Éric Béranger, PDG du leader européen des missiles, était l’invité exceptionnel de David Abiker dans la matinale de Radio Classique ce jeudi. Dans un contexte de multiplication des conflits, il a décrit le basculement d’un « monde du droit international vers un monde de la force brutale », avec une conséquence pour le groupe français : l’augmentation considérable de la production de missiles et de drones. « L’anticipation est un gros enjeu. Depuis plusieurs années nous n’attendons pas les commandes pour fabriquer », a-t-il révélé.
Qu’est-ce que MBDA et que fabrique-t-il ?
ÉRIC BÉRANGER : Vous avez peut-être entendu parler ces derniers temps de missiles qui s’appellent Aster, qui protègent des territoires et surtout des populations ukrainiennes, ou qui ont récemment protégé des frégates françaises et des navires marchands en mer Rouge. On a entendu parler également des missiles MICA, tirés par des avions de l’armée de l’air et de l’espace pour détruire des Shahed (des drones d’attaques low-cost utilisés par l’Iran NDR) qui menaçaient des installations ou des populations.
Plus globalement, MBDA fabrique des missiles et couvre l’ensemble du spectre : cela va du combat terrestre, par exemple pour neutraliser des chars, à la frappe tactique au sol, voire à la frappe très loin, pour détruire des objectifs militaires à plusieurs centaines de kilomètres avec une précision extraordinaire. C’est aussi de la défense anti-aérienne, la protection contre des attaques de missiles balistiques, le combat naval. Et en France, nous allons même jusqu’à la dissuasion nucléaire, puisque c’est nous qui fournissons le missile utilisé par l’armée de l’air et de l’espace pour la composante nucléaire aéroportée. Nous sommes le 3e acteur mondial, et le seul acteur européen capable de couvrir l’ensemble de ce spectre.
Notre actionnariat, c’est 37,5 % Airbus, 37,5 % BAE Systems et 25 % Leonardo. C’est un caractère unique de MBDA. Je ne connais pas d’autre entreprise au monde qui soit à ce point au cœur de la souveraineté – on ne peut pas faire plus au cœur de la souveraineté qu’en traitant de la dissuasion nucléaire – et qui soit en même temps une entreprise réellement plurinationale. Dans mon comité exécutif, j’ai des Français, des Anglais, des Italiens, un Allemand.
Le Premier ministre et le président de la République vous demandent de la vision stratégique. Hier encore, à l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a indiqué qu’il fallait produire davantage. Êtes-vous en ordre de bataille pour relever le défi de la fabrication accélérée des missiles et des drones ? Comment cela se traduit-il dans vos chiffres et dans votre plan d’investissement ?
ÉB. C’est clairement l’un des très gros enjeux du moment, sur lequel nous travaillons énormément. Nous avons beaucoup anticipé les besoins en matière d’armement, car la demande ne cesse de croître. Pour vous donner un ordre d’idée, entre 2023 et 2025, nous avons multiplié par deux l’ensemble de notre production de missiles. C’est quelque chose de phénoménal pour un outil industriel.
Vous avez un chiffre ?
ÉB. Je ne vous donnerai pas de chiffres absolus, mais c’est absolument énorme. Cela signifie que nous avons investi considérablement. Je viens de faire la tournée de tous mes sites, comme je le fais en début de chaque année, et partout on voit de nouvelles machines, de nouveaux bâtiments. L’année dernière, j’avais annoncé une trajectoire d’investissement de 2,5 milliards d’euros sur 5 ans. En fin d’année, nous avons décidé de doubler ce chiffre : nous passons à 5 milliards d’investissement sur les 5 prochaines années.
Le chiffre d’affaires annuel en 2025 était de 5,8 milliards d’euros, en très forte croissance, ce qui est une autre démonstration de l’augmentation de notre production, puisque nous sommes payés lorsque nous livrons.
Il y a l’enjeu de production, mais il faut aussi constituer des stocks. Le politique attend qu’on dispose de stocks et pas uniquement qu’on livre. N’est-ce pas là la grande difficulté, pour tous les acteurs du secteur de l’armement, dans ce nouveau contexte géopolitique : non seulement livrer à temps les clients, mais également disposer de stocks, car on ne sait pas de quoi demain sera fait ?
ÉB. Effectivement, c’est un grand changement par rapport à la période des « dividendes de la paix ». À cette époque on fabriquait uniquement sur commande, et il n’y en avait peu. Aujourd’hui, on a complètement changé d’époque : on est passé du monde du droit international au monde de la force brutale. La constitution de stocks et surtout l’anticipation sont un enjeu majeur. Sur les missiles en forte demande, cela fait maintenant plusieurs années que nous n’attendons plus les contrats pour commencer à fabriquer et à approvisionner les composants.
Il y a un changement d’intensité de production, et un changement de logique concernant les matériels, la façon dont on les conçoit et dont on les utilise. Sébastien Lecornu l’a rappelé hier à l’Assemblée nationale : on est passé d’une logique où les matériels militaires coûtaient des millions d’euros, à des drones qui coûtent quelques dizaines de milliers d’euros et qui peuvent causer des dommages sur des équipements gigantesques. C’est un défi pour vous : il faut savoir faire les deux, des choses très sophistiquées et très coûteuses, et des choses très agiles qui gênent l’adversaire à moindre coût.
ÉB. C’est tout à fait exact, et nous le faisons. C’est la grande leçon de ces dernières années : il faut faire les deux. Il faut également garder à l’esprit que lorsqu’un MICA détruit un Shahed, il évite la destruction d’équipements qui coûtent eux-mêmes extrêmement cher, et surtout il sauve des vies humaines. Oui, il faut trouver des solutions plus économes pour traiter ces menaces, mais n’oublions pas qu’à la fin, l’objet accomplit le travail qui lui était demandé.
Il y a quinze jours, Thales a beaucoup communiqué sur le système de défense européen SkyDefender. Êtes-vous partie prenante dans ce qu’on appelle déjà le dôme de fer européen ? Qu’y faites-vous ?
ÉB. L’élément central qui a été décrit, c’est ce qu’on appelle le SAMP/T NG. C’est un système de défense anti-aérienne, aujourd’hui contre les missiles balistiques, et qui sera probablement capable de faire davantage à l’avenir. Ce système est conçu ainsi : le missile est fabriqué par MBDA, c’est l’Aster. Il y a des radars – dans l’une des configurations du système, c’est un radar Thales. Et puis il y a le système de commandement, que nous avons développé ensemble. Nous sommes donc pleinement partenaires sur le SAMP/T NG.
Aujourd’hui, faut-il investir davantage dans la défense antimissile ou dans la capacité à frapper en premier ?
ÉB. Je crains bien qu’il faille faire les deux. C’est d’ailleurs ce qu’on entend aussi bien dans nos échanges avec les forces armées qu’avec l’OTAN. Les grandes priorités aujourd’hui sont la défense anti-aérienne et la capacité de frappe dans la profondeur.
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On a entendu beaucoup de discours sur l’autonomie stratégique de l’Europe et sa souveraineté technologique. Et pourtant, on constate que le lendemain de ces discours, le Danemark achète des avions américains, ou que des technologies américaines se retrouvent sur des navires français. La question est donc : dans 10 ans, l’Europe sera-t-elle capable de se défendre seule ?
ÉB. Si elle le veut, oui. J’en suis convaincu. Petite précision sur le Danemark : ils ont acheté des VL MICA et sont en train d’acquérir des Aster.
Pourquoi dis-je oui ? Parce qu’en Europe, nous avons les compétences, nous avons une base industrielle et technologique de défense, et si nous nous mobilisons et regroupons nos forces, nous avons également les financements. Nous avons tout ce qu’il faut pour nous mettre en ordre de bataille. Et en plus, nous avons déjà des produits qui fonctionnent : non seulement les produits MBDA, mais aussi des avions de chasse, des bateaux, et bien d’autres. Nos équipements remplissent leur mission, c’est pourquoi on nous en demande autant.
Une dernière question : en tant que dirigeant de MBDA, quel est le dossier qui vous empêche de dormir ?
ÉB. Le sujet principal, c’est la montée en puissance. Nous avons fourni des efforts extraordinaires. Sur les Mistral, nous avons multiplié par quatre la production annuelle. Sur les Aster, l’année dernière nous en avons livré cinq fois plus que prévu, et l’année prochaine nous allons en livrer encore deux fois plus. Nous sommes dans une montée en puissance extraordinaire. Cela me préoccupe parce qu’aujourd’hui, cela ne suffit pas encore.
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Vivaldi, « Le Prêtre roux » est né à Venise, capitale européenne du plaisir. C’est une ville où le carnaval dure au moins trois mois par an, attirant l’Europe des Lumières tout entière, qu’on pourrait comparer à Las Vegas aujourd’hui. Vers 1726, le compositeur baroque y a défrayé la chronique.
On raconte que le pape Grégoire XIII, ulcéré par l’immoralité vénitienne, se serait écrié : « Je suis pape partout, sauf à Venise. »
En dépit de la perte de son empire méditerranéen et de son monopole commercial avec l’Extrême-Orient, la cité des Doges conserve tous ses attraits. L’esprit rococo s’y exprime dans tous les domaines : peinture, arts décoratifs, mode. On porte des dominos extraordinaires, et le style rococo se retrouve jusque sur l’habillage des gondoles. Et puis, il y a la musique.
Venise dispose de la plus importante école d’opéra d’Europe — et d’ailleurs la première dans l’ordre chronologique, avec l’école de Claudio Monteverdi, prolongée ensuite par des compositeurs tels que Cavalli et Legrenzi. La cité des Doges compte par ailleurs quatre séminaires musicaux que l’on appelle les Ospedali — des hospices pour jeunes filles abandonnées : la Pietà, les Mendicanti, les Incurabili et le petit hospice de San Giovanni e Paolo.
Le grand voyageur Charles de Brosses en offre un témoignage saisissant dans une lettre rédigée en 1739 :
« Les meilleurs endroits pour écouter de la musique dans cette ville sont les Ospedali. Il y en a quatre actuellement, tous conçus pour enfants orphelines, filles illégitimes ou pour celles qui ne peuvent être entretenues par leurs parents. Elles sont élevées ici aux frais de l’État et on les exerce uniquement à exceller dans la musique. Aussi chantent-elles comme des anges et jouent-elles du violon, de la flûte, de l’orgue, du hautbois, du violoncelle, du basson. Bref, il n’y a nul instrument qui puisse leur faire peur. Elles sont cloîtrées exactement à la manière des religieuses. »
Dans une autre lettre, le même De Brosses ajoute :
« C’est à l’Ospedale della Pietà que je m’amuse le plus, où je vais le plus souvent. C’est le premier des quatre hôpitaux pour qui recherche la perfection de l’art symphonique. Quelle habileté d’exécution ! C’est le seul endroit où l’on puisse entendre une attaque des cordes aussi claire et immaculée que celle qui a rendu célèbre l’orchestre de l’Opéra de Paris. »
C’est précisément dans ce milieu d’exception que va s’épanouir le génie d’Antonio Vivaldi.
Né en 1678 à Venise, au moment même où la ville était secouée par un tremblement de terre, Antonio Vivaldi est le fils aîné d’un violoniste engagé à la basilique Saint-Marc en 1665 — sous le nom de Rossi, détail qui annonce déjà la fameuse pigmentation rousse de la famille. Destiné à la prêtrise, il embrasse ce destin moins par vocation que par ambition familiale, comme c’était souvent le cas à cette époque.
Vivaldi étudie chez les pères de San Geminiano et de San Giovanni tout en apprenant le violon auprès de son père, qu’il remplace parfois dans l’orchestre de la basilique. C’est Legrenzi, maître de chapelle de Saint-Marc, qui parachève sa formation musicale.
Vivaldi entre à l’Ospedale della Pietà comme maître de violon, avant d’endosser la charge de maître de concert en 1716. L’hospice devient un véritable laboratoire musical pour ses compositions : il y écrit des centaines d’œuvres pour les jeunes pensionnaires, ces virtuoses que le président de Brosses admirait tant. Vivaldi noircit son papier à musique avec une aisance et une rapidité confondantes, tout en assurant l’intendance de son institution — au point que l’on se demande si ce compositeur asthmatique a pas eu longtemps l’occasion de se coucher de bonne heure.
Vers 1726, la vie privée du Prêtre Roux défraie la chronique. Âgé de 48 ans, Vivaldi noue une liaison avec une jeune chanteuse de 16 ans, Anna Girò, alto de son état, qui était peut-être son élève à la Pietà, devient sa protégée. La sœur de celle-ci, Paolina, entre également dans l’intimité du compositeur, lui servant en quelque sorte d’infirmière au regard de sa santé chancelante. Les rumeurs vont bon train : l’Église est scandalisée par les on-dit selon lesquels les deux jeunes femmes se partageraient les faveurs du prêtre Vivaldi. On retrouvera une situation analogue avec l’abbé Liszt quelques décennies plus tard.
Les autorités ecclésiastiques tentent d’intervenir en 1737-1738, en interdisant aux jeunes filles de se produire à Ferrare, reprochant à Vivaldi de n’avoir jamais célébré l’office liturgique. Le compositeur répond alors dans une lettre adressée au marquis de Bentivoglio :
« Il y a plus de 25 ans que je ne dis plus la messe et jamais plus je ne la dirai, non par défense ou commandement, mais de ma propre décision, cela à cause d’un mal qui m’oppresse depuis ma naissance. Pour cette raison, je vis presque toujours chez moi et ne sors qu’en gondole et en carrosse, parce que je ne puis plus marcher sans ressentir une douleur et une oppression dans la poitrine. J’ai joué ma musique au théâtre et l’on sait que Sa Sainteté elle-même a voulu m’entendre et m’a prodigué ses amabilités. Mes voyages m’ont toujours coûté un terrible effort, puisqu’il m’a fallu dans toutes les circonstances être accompagné de cinq ou six personnes qui puissent m’assister. »
En 1739, Vivaldi monte encore ses opéras à Venise, mais il semble déjà passé de mode. Les théâtres accueillent désormais des pièces beaucoup plus réalistes — celles de Goldoni notamment. Conscient que son heure est en train de passer, Vivaldi lorgne vers l’Autriche. Sa célébrité décline en Italie, et les éditeurs d’Amsterdam se font prier pour publier ses nouveaux concertos.
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En 1740, après de longues négociations, il vend un important recueil de concertos et de musique religieuse à la Pietà, puis quitte l’Italie pour ne plus jamais y revenir. Il se rend à Vienne, où il espère obtenir la faveur de son grand admirateur, l’empereur Charles VI. Mais celui-ci meurt peu après. Vivaldi le suivra de près : il s’éteint à Vienne en juillet 1741, dans le besoin, emporté par une inflammation interne. Il est enterré au cimetière du Bürgerspital, aujourd’hui disparu.
Franck Ferrand
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A l’occasion de la publication de la nouvelle saison du Théâtre des Champs-Elysées, Baptiste Charroing sera, ce mercredi 25 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.
La nouvelle saison du Théâtre des Champs-Elysées s’inscrit dans l’ADN de l’institution, en poursuit l’héritage et la dimension pluridisciplinaire. Dans cette maison de musique, on vient écouter de l’opéra, du symphonique, de la musique de chambre ou du récital de piano mais aussi voir de grands ballets. Tous ces genres y seront bien représentés à l’occasion de cette nouvelle et riche saison ponctuée de 200 levers de rideaux.
Nous en évoquerons les moments forts avec le directeur général du théâtre, Baptiste Charroing. Depuis qu’il a pris les rênes de l’établissement en septembre dernier, il a su imprimer sa marque en repensant les espaces publics, en donnant de nouveaux axes à la programmation, en fédérant de grands artistes et en accompagnant des talents émergents. Parmi ces derniers, la jeune pianiste Arielle Beck qui retrouvera la scène de l’avenue Montaigne l’année prochaine et se confiera ce soir sur ses liens avec ce théâtre où elle a fait ses débuts l’automne dernier.
Laure Mézan
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L’aéroport d’Atlanta en Géorgie est le plus fréquenté du monde. Il est aussi celui dans lequel l’attente avant l’embarquement est la plus longue. Pour faire patienter et distraire les passagers, l’aéroport a engagé des musiciens dont une jeune violoniste qui fait le buzz sur les réseaux sociaux.
Avec plus de 100 millions de passagers par an l’aéroport Hartsfield-Jackson d’Atlanta détient le record mondial de fréquentation devant ceux de Dubaï et Dallas. Une affluence record qui a malheureusement pour conséquence un temps d’attente interminable avant l’embarquement. De trois heures en moyenne, ce temps d’attente dépasse désormais souvent les cinq heures (six heures même le 23 mars), à cause du renforcement des opérations de contrôle aux frontières.
La direction de l’aéroport a donc décidé de renforcer son dispositif d’accompagnement des passagers pour les aider à patienter dans les meilleures conditions. Depuis bientôt 30 ans (après les JO d’Atlanta 1996) des expositions de grands artistes sont ainsi proposées dans certains terminaux et depuis 2015 un programme musical a été lancé, officiellement, pour rendre l’attente « plus agréable » et « réduire le stress » des passagers.
Ce programme musical s’articule autour de prestations quotidiennes en alternance d’une vingtaine de musiciens locaux renommés, sélectionnés et rétribués par l’aéroport. Parmi eux, des guitaristes jazz, country et folk, des claviéristes, des saxophonistes, des percussionnistes, des chanteuses et des chanteurs mais également une pianiste, répétitrice pour le ballet d’Atlanta, une violoncelliste de formation classique, un violoniste qui se produit avec le Symphonique d’Atlanta et une violoniste qui fait le buzz depuis quelques jours sur les réseaux sociaux.
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Une vidéo de cette violoniste, Michelle Winters, captée le 20 mars alors qu’elle joue un air de la chanteuse pop anglaise Natasha Bedingfield tandis qu’une longue file de passagers serpente autour d’elle, a été vue et partagée plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux
The Atlanta TSA line is so long the airport hired live entertainment
This is wild pic.twitter.com/l5GL0YQf7e
— Wall Street Apes (@WallStreetApes) March 23, 2026
Une sacrée promotion pour cette étudiante à la Georgia State University, formée au violon classique, sélectionnée en 2023 pour se produire avec l’Orchestre symphonique d’Atlanta. Michelle Winters est autant à l’aise pour interpréter du Mozart ou du Vivaldi que sur des répertoires pop-rock. La jeune violoniste a intégré le programme musical de l’aéroport d’Atlanta il y a une dizaine d’années, à une époque où l’attente des passagers ne dépassait pas… trois heures.
Philippe Gault
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