Après trois siècles d’une éclipse à peu près totale, l’un des grands peintres du XVIIe siècle est redécouvert au début du XXe. Est-ce à dire que nous savons précisément qui fut Georges de La Tour ? Une grande exposition vient de s’ouvrir au musée Jacquemart-André à Paris, jusqu’au 25 janvier 2026.
Le Nouveau-né, l’une des œuvres les plus connues de Georges de La Tour, a été attribuée à d’autres !
Au 19ème siècle, le tableau qui se trouve au musée des Beaux-Arts de Rennes est attribué aux frères Le Nain, ou encore à des peintres hollandais. En 1897, Hippolyte Taine écrit : « ce qui est absolument sublime, c’est ce nouveau-né attribué à Le Nain, deux femmes regardant un petit enfant de 8 jours endormi, tout ce que la physiologie peut dire sur les commencements de l’Homme est là. Rien ne peut exprimer ce profond sommeil absorbant, comme celui dont il dormait, le pauvret, huit jours auparavant dans le ventre de sa mère ».
En 1995, le chef d’œuvre est finalement attribué à Georges La Tour. L’écrivain Pascal Quignard relève que « la lumière de la chandelle est masquée derrière la main levée. Elle hésite entre bénir ou protéger la flamme et se concentre sur l’énigme d’un minuscule homme ligoté de bandelettes, qui sera un jour un mort. […] chez La Tour, tout enfant est Jésus, toute femme qui se penche sur son nouveau-né est Marie qui veille un fils qui va mourir ».
L’histoire de sa redécouverte est inouïe
En 1912, un jeune chercheur allemand Hermann Voss observe deux toiles au musée des Beaux-arts de Nantes, Le Reniement de Saint-Pierre, et Un ange apparaissant à Saint-Joseph. Elles sont attribuées à « G. de La Tour », mais les conservateurs ont ajouté « peintre du 17ème siècle sur lequel nous n’avons pas de renseignement ».
Les tableaux de Georges de La Tour apparaissent un peu partout
Il voit aussitôt la ressemblance avec Le Nouveau-né du musée des Beaux-Arts de Rennes, attribué donc à d’autres. Voss est doté d’une mémoire exceptionnelle : convaincu que les trois tableaux sont bien de La Tour, il va trouver la réponse de l’énigme dans une revue spécialisée de Lorraine datant de 1863. Elle mentionne la courte biographie d’un certain « Dumesnil La Tour », et l’auteur de l’article ajoute espérer qu’on découvrira « un jour ou l’autre » de nouvelles toiles sur « les parois de quelques églises de campagne ».
Le monde de l’art a fait la chasse aux tableaux de Georges de La Tour
En 1926, Hermann Voss affirme avoir identifié un nouveau tableau du maître français : L’Adoration des bergers, qu’on pensait avoir été peint par un artiste hollandais. La toile entre au Louvre sous le nom de Georges de La Tour. Au même moment dans l’Île Saint-Louis, un grand joueur de tennis, Pierre Landry, repère chez un brocanteur Le Tricheur à l’as de carreaux, qu’il achète pour 2500 francs. Il est indiqué : Georgius de La Tour fecit. Hermann Voss est prévenu, il l’attribue à Georges de La Tour, de même que les deux Saint Jérôme de Grenoble et de Stockholm. En 1934, le peintre est le héros d’une grande exposition, et son nom retrouve la gloire.
Histoire de l’Art : Qu’est-ce qui se cache derrière les partitions peintes sur les tableaux ?
Illustre à son époque, il a travaillé pour les plus grands
Ce peintre lorrain de la première moitié du 17ème siècle a travaillé pour les Ducs de Lorraine, pour le Cardinal de Richelieu et Louis XIII. Une anecdote a traversé les âges : lorsque le roi de France a reçu le tableau Sainte-Irène soignant Saint-Sébastien, il a trouvé l’œuvre tellement extraordinaire qu’il a fait vider toute sa chambre à Saint-Germain pour y installer, sur un chevalet, le tableau de Georges de La Tour.
George de La Tour a payé ses « impôts » avec des tableaux
Le gouverneur de Lorraine recevait chaque année des artistes locaux un tribut en espèces sonnantes et trébuchantes. Pour Georges de La Tour, il a fait une exception, et a accepté d’avoir à la place un tableau par année. L’Adoration des bergers en fait partie, ainsi que Les Larmes de saint Pierre.
Retrouvez Le meilleur de Franck Ferrand raconte
La jeunesse d’Adolf Hitler, entre mauvais traitements, études médiocres et raté artistique
Et si la Guerre de Troie n’était pas qu’un mythe ? Au 19ème siècle, un passionné a découvert les vestiges dont il rêvait
Churchill contre les accords de Munich : isolé, l’Anglais a tout fait pour sonner l’alerte face à Hitler et Mussolini
Le peintre David dans la Révolution : radical, proche de Robespierre, il a participé à la Terreur
Cet article Georges de La Tour : 5 choses à savoir sur un maître de la peinture, redécouvert après des siècles d’éclipse est apparu en premier sur Radio Classique.