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Or


Au programme du Concert du Nouvel An à Vienne, Yannick Nézet-Séguin avait inscrit la Rainbow Waltz, une œuvre pour piano peu connue de Florence Price, dans un arrangement pour orchestre spécifiquement créé pour l’occasion. Plusieurs spécialistes du répertoire de la compositrice américaine estiment ne pas avoir reconnu sa composition originale.
Le 1er janvier, l’Orchestre Philharmonique de Vienne dirigé pour la première fois par Yannick Nézet-Séguin à l’occasion du concert du Nouvel An, a joué au milieu des grands classiques autrichiens (de Strauss, Ziehrer, Von Suppé…) Rainbow Waltz, une pièce présentée sur le programme comme composition de Florence Price. La compositrice afro-américaine que le chef d’orchestre canadien a décidé de remettre en valeur depuis 2022.
Or, le morceau joué était en fait un arrangement pour orchestre réalisé pour l’occasion par le chef d’orchestre autrichien Wolfgang Doerner. De quoi susciter une controverse qui agite encore le milieu de la critique musicale anglo-saxonne.
C’est la hautboïste et critique Katherine Needleman, spécialiste du répertoire de Florence Price qui, la première, s’est indignée sur son blog, estimant, vidéos comparatives à l’appui, que l’arrangement de Wolfgang Doerner est très éloigné de l’œuvre originale de la compositrice. Elle fait notamment remarquer que les harmonies sont très différentes, qu’une introduction a été ajoutée et que des passages de l’original ont disparu.
En février, le célèbre musicologue John Michael Cooper, également éditeur de certaines œuvres de Florence Price, s’emparait du dossier et n’hésitait pas à qualifier l’arrangement de Doerner de « forme d’insulte la plus sincère », concluant que « la musique de Florence Price n’a toujours pas été interprétée par l’Orchestre philharmonique de Vienne ». Le musicologue américain cite lui aussi le travail de Katherine Needleman : elle a noté que sur l’album enregistré à l’occasion de ce concert du Nouvel An, le morceau est mentionné comme DP (Domaine Public) et arrangé par Wolfgang Doerner.
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Dans un entretien accordé au quotidien autrichien Die Presse début février, Daniel Froschauer, le président de l’Orchestre Philharmonique de Vienne, a admis que Wolfgang Doerner « avait pris quelques libertés mais qu’il n’y a jamais eu l’intention d’induire qui que ce soit en erreur ».
Interrogé par Norman Lebrecht, du site Slipped Disc, Yannick Nézet-Séguin a tenté de justifier son choix au motif que « Différents arrangements de la Rainbow Waltz permettent à la musique de Florence Price de toucher des publics et des contextes variés. L’arrangement de Wolfgang Doerner met en lumière les liens avec la tradition viennoise de la valse ».
La polémique pourrait bientôt connaître de nouveaux rebondissements car John Michael Cooper a indiqué sur son blog que la journaliste et chercheuse Hannah Edgar mène une enquête « approfondie » sur le sujet.
Philippe Gault
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Emmanuelle Wargon est présidente de la Commission de Régulation de l’Energie. Invitée des Voix de l’économie, elle livre son analyse sur la crise énergétique que nous vivons, peut-être la pire depuis des décennies.
Le monde risque de connaître la pire crise énergétique depuis des décennies. C’est ce qu’a déclaré ce week-end le directeur général de l’AIE, l’Agence internationale de l’énergie. Selon lui, aucun pays ne sera immunisé. Êtes-vous inquiète ?
EMMANUELLE WARGON : La situation est évidemment préoccupante, on n’a pas beaucoup de visibilité sur la manière dont elle va évoluer. Je ne suis pas trop inquiète pour les semaines qui viennent, mais si la situation se prolonge ou s’aggrave, tout est possible.
La Commission européenne appelle les 27 pays de l’Union à limiter les réserves de gaz pour l’hiver prochain à 80 %, contre 90 % l’an dernier, pour ne pas accentuer la hausse des cours. Est-ce vraiment prudent ?
E.W. : Aujourd’hui, nos stockages sont bas, ce qui est normal en fin d’hiver. Le remplissage des stockages se fait à partir de contrats et d’engagements de commercialisation, qui ont tous été pris. Les grandes compagnies, à commencer par Engie affirment qu’elles sont en mesure de remplir les stockages. Entre 80 et 90 %, l’important est qu’ils soient globalement remplis et que l’on évite la spéculation autour des prix du gaz.
En cas de grosse vague de froid l’hiver prochain, la France pourrait-elle être confrontée à une pénurie de gaz ?
E.W. : Nous n’en sommes pas là. Nous disposons de grosses capacités de stockage qui devraient pouvoir être remplies, ainsi que d’une capacité d’importation importante grâce à nos terminaux méthaniers. À ce stade, la question se pose davantage sur les prix que sur l’accès au gaz lui-même. Mais je reste prudente, chaque semaine apporte son lot d’actualité.
Pour les consommateurs français n’ayant pas souscrit d’offres à prix fixes, les factures pourraient augmenter d’environ 15 % au mois de mai. Sur le long terme, cela pourrait-il être bien plus ?
E.W. : Il faut souligner qu’il existe une atténuation très forte entre l’évolution des prix de gros et la répercussion sur les factures des Français. Les prix de gros étaient autour de 30 € du mégawattheure, ils ont quasiment doublé, mais la répercussion sur les factures ne sera pas du tout du même ordre. Pour avoir le prix de mai, il faut disposer de toutes les cotations du mois de mars, qui n’est pas encore terminé. Par ailleurs, dans une facture de gaz annuelle d’une famille qui se chauffe au gaz, le chauffage représente les deux tiers. En mai, comme on ne se chauffe pas, le volume concerné reste limité.
Ce sera relativement indolore en mai, mais ne risque-t-il pas d’y avoir une marche très importante à l’automne pour les ménages qui se chauffent au gaz ?
E.W. : L’impact sera atténué en mai, juin, juillet et août. Si la crise se prolonge, la hausse des prix s’appliquera sur des volumes plus importants, et l’impact sera alors plus significatif. Il est difficile de faire une prévision des prix pour octobre ou novembre.
Y a-t-il un risque que les États-Unis, qui fournissent du gaz en Europe, livrent moins de GNL pour privilégier leurs propres consommateurs face à la hausse des prix ?
E.W. — Il n’y a pour l’instant aucun discours américain en ce sens. On se souvient que dans les grands accords commerciaux de la période précédente, les États-Unis avaient au contraire demandé à l’Europe d’augmenter ses importations de produits pétroliers et gaziers. Par ailleurs, de nombreuses capacités de liquéfaction de gaz naturel aux États-Unis sont en cours de construction et vont bientôt ouvrir, ce qui représentera un volume très important. La France importe beaucoup de gaz américain, mais aussi norvégien et algérien. Notre capacité d’importation est donc assez large.
En cas de risque de pénurie, pensez-vous que la France devrait revoir sa position vis-à-vis du gaz russe ?
E.W. : On n’en est pas là du tout. Sortir du gaz russe, c’est se défaire d’une dépendance importante, à la fois économique et géopolitique. C’est le choix qu’a fait l’Europe, avec une sortie progressive d’ici fin 2027, et je pense que cette politique doit être maintenue.
Mais techniquement, serait-ce une option envisageable en cas de pénurie ?
E.W. : Ce n’est pas le choix politique qui a été fait. Et je pense qu’il faut être très prudent sur une situation qui évolue quasiment au jour le jour.
Parlons des prix de l’électricité. Lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les prix avaient littéralement explosé, avec une contagion de la hausse des prix du gaz vers l’électricité. Cela peut-il arriver aujourd’hui ?
E.W. : Pas dans la configuration actuelle, et c’est vraiment une bonne nouvelle. Le prix de l’électricité dépend des moyens de production utilisés. En France, en 2025-2026, on produit de l’électricité avec du nucléaire, des énergies renouvelables — solaire, éolien — et de l’hydroélectricité. En 2022, au moment de la crise du gaz, EDF traversait sa grande crise de corrosion sous contrainte, entraînant une perte très importante de production nucléaire. Ce n’est pas le cas cette année. Notre électricité provient quasi exclusivement de sources décarbonées, et son prix est donc très peu dépendant de celui du gaz. Depuis le début de la crise, le prix de l’électricité a augmenté d’un peu moins de 10 %, alors que le prix du gaz a doublé. L’écart de prix de l’électricité entre la France et ses voisins — Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique — s’est accru à notre avantage. Nous sommes donc protégés d’une contagion des prix du gaz vers l’électricité.
Pour rappeler le mécanisme : c’est le prix de la dernière centrale appelée qui fixe le prix de l’électricité sur le marché de gros. Si cette dernière centrale est une centrale à gaz, il y a un risque de contagion — et c’est bien la dernière centrale du pays concerné qui compte.
E.W. : Oui, et c’est là la grande différence avec le gaz. L’électricité, on la produit majoritairement sur le sol français. Le gaz, lui, est importé à 97 %. Quand les prix montent ailleurs, on importe l’augmentation. Pour l’électricité, la France est exportatrice nette, très massivement : nous exportons 90 TWh pour une consommation d’environ 450 TWh. C’est donc bien la production française qui fait le prix, et cette production est nucléaire, hydroélectrique et renouvelable.
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Concrètement, s’il devait y avoir une flambée des prix du gaz comparable à celle observée lors de l’invasion de l’Ukraine, et si le parc nucléaire français fonctionne à plein régime, le risque de voir les prix de l’électricité exploser est relativement faible ?
E.W. : Absolument. Depuis le retour du parc nucléaire à pleine production, c’est-à-dire depuis 2023-2024, le prix du gaz ne joue un rôle déterminant dans la fixation du prix de l’électricité en France qu’entre 10 et 20 % du temps. C’est très limité. Nous ne dépendons plus du gaz pour les prix de l’électricité.
Faudrait-il revoir ce système au niveau européen — le prix de la dernière centrale appelée ?
E.W. : Ce mécanisme est simplement la manière d’organiser la meilleure allocation entre l’offre et la demande : c’est un instrument qui permet une bonne fluidité du marché de l’électricité via les interconnexions. La vraie question est d’avoir suffisamment de production décarbonée à l’échelle européenne pour que l’Europe se trouve dans la même situation que la France.
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Le 28 mai 1898, dans la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, Secondo Pia s’affaire tard dans la nuit autour d’un drap de lin jauni long de 4,42 mètres. Avocat turinois et photographe officiel de l’exposition organisée pour l’anniversaire de la cathédrale, il réalise des clichés du Saint Suaire. Ce qu’il découvre ensuite, en développant ses plaques de verre chez lui, fait basculer le linceul dans une autre dimension : celle de l’énigme publique, entre ferveur, soupçon et fascination.
L’exposition d’art sacré attire des milliers de pèlerins, difficiles à canaliser. Après la fermeture des portes, la chapelle Guarini se vide. Secondo Pia, chargé des clichés officiels, entre avec un matériel encombrant : lampes à incandescence, générateur portatif, plaques photographiques… A cette époque, la photographie n’a rien d’un geste instantané et les poses se comptent en minutes. Il réussit pourtant à éliminer les reflets malgré la plaque de verre protégeant le tissu.
À 23 heures, un premier cliché est pris (14 minutes de pose), puis un second (20 minutes). Le vrai basculement n’a pas lieu dans la cathédrale, mais dans l’obscurité d’une chambre noire. Sous la lumière rouge, le négatif révèle des traits inattendus : un visage tuméfié, yeux clos, barbe, cheveux mi-longs, couronne d’épines… L’image ressemble à s’y méprendre aux représentations traditionnelles du Christ. Secondo Pia en reste pétrifié.
Le lendemain, la plaque est montrée au public, éclairée par l’arrière. Stupeur : ce que l’œil distingue mal sur le tissu devient soudain lisible par la photographie. Les journaux publient les clichés, la curiosité enfle, les débats aussi. Pour certains, la découverte ressemble à une preuve. Pour d’autres, elle ne fait que renforcer l’idée d’une relique contestable. Une chose est sûre : le Saint Suaire vient d’entrer dans l’ère moderne, celle où l’image peut transformer un objet de culte en dossier brûlant.
Après des étapes supposées à Antioche, Édesse puis Constantinople, le tissu réapparaît en France au XIVe siècle, à Lirey, près de Troyes. Il est alors associé à Geoffroi de Charny, qui organise des ostensions attirant les foules des foires de Champagne. Très vite, l’affaire tourne à la querelle : l’évêque de Troyes dénonce une imposture et réclame la confiscation.
En 1390, le pape Clément VII met en place un consensus : l’ostension est autorisée, mais le linge ne doit pas être présenté comme une relique certaine, seulement comme une « figure » ou une « représentation » du suaire du Christ. Le culte est permis, la certitude suspendue… une manière habile de laisser vivre la dévotion sans refermer l’énigme.
Au XXe siècle, les études se multiplient. En 1931, Giuseppe Enrie réalise de nouveaux clichés. Des analyses médico-légales, notamment celles du chirurgien Pierre Barbet, examinent les marques visibles sur le tissu (empreintes corporelles, traces de blessures, taches de sang) et les jugent compatibles avec un supplice violent. La sindonologie s’impose peu à peu comme une science et un champ d’étude dédié.
En 1978, une équipe pluridisciplinaire américaine conclut à une correspondance avec le suaire des récits évangéliques. D’autres travaux s’intéressent aux pollens : Max Frei-Sulzer, criminologue, affirme que certains renvoient à des plantes de la région de la mer Morte, du Néguev ou de Jérusalem.
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Puis vient le choc de 1988 : trois laboratoires datent l’étoffe au carbone 14 entre 1260 et 1390. Jean-Paul II parle de « provocation à l’intelligence ». Des critiques de protocole et de nouvelles datations relancent ensuite l’hypothèse d’un lin plus ancien.
Au final, le Saint Suaire reste ce que la nuit de Secondo Pia a rendu inévitable : un objet à double fond, à la fois relique, image et controverse. Un drap qui, depuis plus d’un siècle, force à regarder deux fois.
Franck Ferrand
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L’Iran est devenu République islamique le 1er avril 1979. Ce régime théocratique a mis fin à la courte dynastie des Pahlavi et, avec elle, à 2 500 ans de monarchie en Perse.
Tout se joue autour du destin croisé de deux hommes à Téhéran le 1er février : tandis que Mohammad Reza Pahlavi, dernier roi d’Iran — celui que l’on appelle le Chah —, est contraint de quitter son pays, l’ayatollah Rouhollah Moussavi Khomeini, chef de l’opposition en exil, y fait son retour.
C’est la première fois depuis 1964, soit quinze ans, que Khomeini foule à nouveau le sol iranien. Cet événement marque l’aboutissement d’une révolte populaire qui couvait depuis des années, prenant pour cible une monarchie jugée trop autoritaire et déconnectée du peuple.
À ce moment-là, le Chah est atteint d’un cancer depuis au moins six ans et âgé de 60 ans. L’ayatollah Khomeini, lui, en a 77.
Les Occidentaux de l’époque avaient tendance à insister sur ce que cette chute d’un régime autoritaire pouvait avoir d’exaltant. Jean Gueyras, envoyé spécial du Monde, écrivait ainsi : « Dans un étourdissant concert de klaxons, les gens s’interpellaient, s’embrassaient, se congratulaient. Certains pleuraient en criant : C’est la première fois que nous sommes libres depuis 2 500 ans, la dynastie des Pahlavi est bel et bien morte, d’autres disaient le Chah ne reviendra plus. Les journalistes étrangers, pourtant habitués aux manifestations du peuple de Téhéran, demeuraient stupéfaits devant l’ampleur et la spontanéité de la joie de tout un peuple en liesse »
Un enthousiasme qui, aujourd’hui, résonne avec un écho profondément ironique.
Ce départ en exil est en réalité le second pour le Chah. Il a déjà dû fuir son pays en 1953, quatorze ans après son accession au pouvoir. Ce premier exil est de courte durée, puisque le 19 août 1953, le Premier ministre Mohammad Mossadegh est destitué sous la pression des Britanniques, qui l’accusent, contre toute évidence, d’être à la solde des Soviétiques. Ce qu’on lui reproche en réalité, c’est d’avoir nationalisé les compagnies pétrolières exploitant les gisements iraniens — une décision prise peu après sa prise de fonctions, au printemps 1951. Mossadegh a rompu les relations diplomatiques avec Londres, et la réaction internationale n’a pas tardé : les marchés s’étaient fermés au pétrole iranien, provoquant une grave crise dans le pays et un conflit aigu entre le Premier ministre et le souverain, alors âgé de 33 ans.
Le 16 août 1953, Mohammad Reza Chah envoie ses gardes au domicile du Premier ministre pour l’arrêter. Ceux de Mossadegh désarment les gardes du roi, qui doit alors fuir précipitamment vers l’Italie. Dans les deux jours qui suivent, la population de Téhéran manifeste sa joie et déboulonne les statues du jeune Chah ainsi que celles de son père, fondateur de la dynastie.
C’est finalement la CIA et le MI6 britannique qui ramènent le Chah au pouvoir. Mossadegh est jugé, condamné à mort, puis gracié — il n’effectuera que trois ans de prison. Les compagnies pétrolières récupèrent leurs biens. L’éviction de Mossadegh consacre l’échec de la première tentative d’un pays non occidental d’acquérir la maîtrise de ses richesses naturelles. Cette parenthèse est ensuite mise sous le boisseau jusqu’aux années 1978-1979 et à la révolution islamiste.
Qui est Mohammad Reza Chah ? C’est le successeur de son père, Reza Chah Pahlavi, qui a engagé dès avant la guerre une politique de scolarisation, de laïcisation et de modernisation sur un modèle occidental — de quoi horrifier les mollahs, pour qui le salut ne résidait que dans la charia.
En 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale Reza Chah entreprend la modernisation du pays, déclare la neutralité de l’Iran et refuse l’expulsion des ressortissants allemands, provoquant la colère des Alliés. Les forces britanniques, qui contrôlent alors le pétrole iranien, envahissent le pays conjointement avec les Soviétiques. En septembre, Reza Chah abdique en faveur de son fils de 21 ans, Mohammad Reza. C’est ainsi que le nouveau Chah accède au trône en 1941, en présence de 20 000 soldats britanniques sur le sol iranien.
Une fois rétabli dans ses fonctions par les Britanniques, le Chah entreprend une politique de grands travaux, s’inspirant notamment du modèle français, avec, entre autres, une centralisation et une modernisation du pouvoir, l’éducation publique, la prise en charge de la santé par l’Etat. Cette volonté de moderniser la société, de démocratiser l’accès à l’éducation et d’accorder des droits aux femmes n’empêche cependant pas l’installation d’un régime extrêmement contrôlé, pour ne pas dire autoritaire, avec une police secrète chargée de surveiller et de réprimer, au nom de la sûreté nationale, toute opposition à la dynastie comme à la modernisation du pays.
L’ambition de Mohammad Reza Pahlavi est immense — peut-être trop aux yeux des puissances occidentales. Christian et Pierre Pahlavi écrivent dans Le Marécage des Ayatollahs : « Comme Bonaparte devenant à la fin de son règne Napoléon, le monarque iranien s’apprêtait à opérer une troisième mue et à devenir l’Empereur d’Iran, héritier de Reza Chah, mais aussi de Cyrus le Grand. »
En octobre 1971, les grandes célébrations du 2 500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse, organisées sur les sites archéologiques de Persépolis et Pasargades, rassemblent tous les chefs d’État et têtes couronnées du monde occidental — ainsi que les présidents roumain et yougoslave, issus du bloc de l’Est, témoignant des ambitions non-alignées de l’Iran.
Mais les tensions avec l’Occident ne cessent de croître. En février 1971, les membres de l’OPEP décident de fixer librement le prix du baril de brut. Le 16 octobre 1973, en pleine guerre du Kippour — une attaque égypto-syrienne soutenue par les Soviétiques contre Israël —, les membres de l’OPEP augmentent massivement le prix du baril, sous l’impulsion du Chah lui-même. Ce premier choc pétrolier fait passer le prix du baril de 3 à 12 dollars. Les revenus iraniens tirés des hydrocarbures bondissent en conséquence : 1,5 milliard de dollars en 1972, 4,5 milliards en 1974, 18 milliards en 1975.
Une fortune considérable pour un Iran en plein essor, affichant un taux de croissance de 40 %, une classe moyenne émergente adoptant un mode de vie occidental, l’accès des femmes à l’université, l’enseignement gratuit et la nationalisation des écoles.
L’Iran cherche également à intégrer le club des puissances atomiques, ce qui ne contribue pas à améliorer ses relations avec Washington. En 1973, par l’intermédiaire de la Fondation Pahlavi, le Chah fait l’acquisition à Manhattan de l’immeuble De Pinna, une tour de 50 étages sur la Cinquième Avenue. En 1975, il lance un parti unique baptisé Résurrection nationale. Un an plus tard, pour le cinquantenaire de la dynastie, arrivant en hélicoptère, il décide de remplacer le calendrier islamique par un calendrier impérial.
Déjà malade à cette époque — certaines chancelleries occidentales en sont informées —, le Chah est perçu à Washington, dans l’entourage du président Carter, comme le dirigeant d’une puissance devenue dangereuse, allant trop loin. Pendant ce temps, les mollahs rassemblés autour de l’ayatollah Khomeini attisent la révolte, convaincus que ce régime n’est plus tenable.
Dès son retour de France, l’ayatollah Khomeini est acclamé par quatre millions de personnes. La grande majorité de la population iranienne étant chiite, les fidèles se placent sous la tutelle d’un clergé hiérarchisé, constitué de mollahs et d’ayatollahs. C’est à bord d’un Boeing d’Air France que Khomeini atterrit à l’aéroport de Téhéran-Mehrabad, ce 1er février 1979. Durant les quatre mois qu’il a vécus en France, il a chauffé à blanc une opinion publique déjà travaillée en amont, notamment par des courants marxistes qui n’en crient pas moins « Allah Akbar ».
Le 13 mars 1979, Khomeini lance : « Nous allons briser les plumes empoisonnées de ceux qui parlent de nationalisme, de démocratie et ce genre de choses. » Le sens que prend la révolution iranienne est désormais sans équivoque.
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La suite est connue : dégradation des relations avec l’Irak, dont Saddam Hussein redoute l’expansionnisme de la révolution islamique, conduisant à une tentative d’invasion préventive de la part de Bagdad et à une guerre terrible. À l’intérieur de l’Iran, toutes les options adoptées par le nouveau régime contredisent frontalement la politique de modernisation menée depuis plusieurs décennies. S’impose alors l’omniprésence du religieux, avec tous les excès du rigorisme — dont le port du tchador imposé aux femmes, conséquence la plus visible d’une longue série de régressions.
Franck Ferrand
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Le Concerto pour violoncelle de Schumann par Steven Isserlis et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigé par Delyana Lazarov, le concert d’ouverture du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence avec Renaud Capuçon et l’Orchestre national de Lille dirigé par Joshua Weilerstein et Les Quatre Saisons de Vivaldi à La Seine Musicale avec Gabriel Le Magadure et l’Orchestre Appassionato dirigé par Mathieu Herzog : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
Le Concerto pour violoncelle de Robert Schumann est l’un des grands concertos du répertoire. Il sera interprété par Steven Isserlis et l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigé par Delyana Lazarova. Au programme également la Symphonie n°2 de Johannes Brahms et l’Ouverture n°2 en ré majeur d’Emilie Mayer. Cette soirée sera diffusée sur Radio Classique le dimanche 26 avril.
C’est à l’Orchestre national de Lille que revient l’honneur d’ouvrir l’édition 2026 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence. Trois œuvres sont au programme : la Symphonie n°2 “Voïna” d’Elsa Barraine, le Concerto pour violon de Samuel Barber joué par Renaud Capuçon et la Symphonie n°1 de Johannes Brahms. Ce concert sera diffusé en direct sur Radio Classique.
Le prochain concert de la série Vous trouvez ça classique ? que propose la Seine Musicale sera consacré aux Quatre Saisons de Vivaldi. Avec le violoniste Gabriel Le Magadure, Mathieu Herzog, à la tête de l’Orchestre Appassionato, présentera cette œuvre mythique.
Jean-Michel Dhuez
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C’est à Vivaldi et Haendel, deux des plus grands compositeurs de la période baroque, que Radio Classique consacre cette soirée de dimanche.
Vous pourrez entendre leurs œuvres les plus emblématiques comme Les Quatre Saisons, qui n’ont été redécouvertes que dans les années 1920, le Concerto pour mandoline, le Gloria ou Le Messie, l’une des grandes œuvres sacrées du répertoire universellement connue grâce au chœur Alléluia ainsi que la Sarabande de la Suite en ré utilisée dans le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick. Vous pourrez également entendre les œuvres d’autres compositeurs, tels Francesco Gasparini qui avait recruté Vivaldi à La Pietà ou de Friedrich Wilhelm Zachow qui a été l’un des premiers professeurs de musique de Haendel.
Cette soirée sera présentée par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique dans de nombreuses villes de France grâce au DAB+.
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Le violoncelliste franco-allemand Nicolas Altstaedt était l’invité le 12 mars dernier de l’Orchestre national de Lille dirigé par son directeur musical Joshua Weilerstein.
Il a interprété le Concerto pour violoncelle n°1 de Saint-Saëns. Figuraient également au programme de cette soirée consacrée à la musique française, l’Ouverture d’Orphée aux enfers d’Offenbach, D’un matin de printemps de Lili Boulanger et Ma mère l’Oye ainsi que la Rapsodie espagnole de Ravel.
Ce concert enregistré au Grand Sud à Lille sera présenté par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Lille et dans de nombreuses autres villes de France en qualité numérique grâce au DAB+.
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A l’occasion de la publication de leur premier album, Anna, Magdalena et Caroline Sypniewski seront, ce vendredi 20 mars à 20h, les invitées du Journal du Classique.
Elles sont sœurs, ont grandi dans un environnement musical et jouent, chacune, d’un instrument à cordes. Magdalena est violoniste, Anna est altiste et Caroline joue du violoncelle. Tout en suivant leurs propres voies dans le monde de la musique elles aiment se retrouver pour jouer en trio et viennent ainsi d’enregistrer leur premier album commun, paru sous le label Aparté. Un album au programme original mettant en regard des transcriptions de pièces de violes de Purcell, un trio de jeunesse de Sibelius, une création récente de Saariaho et l’un de chefs d’œuvres de Beethoven.
Les trois musiciennes se confieront ce soir sur l’importance du lien familial dans leur parcours et sur leur conception du trio à cordes dont elles ont voulu, ici, mettre en avant une variété de couleurs. Elles nous raconteront ainsi l’élaboration de ce programme qu’elles donneront en concert dimanche 22 mars à la salle Cortot.
Laure Mézan
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Quelques jours avant leur victoire face à l’Angleterre, les joueurs du XV de France ont été reçus au Palais Garnier. Les rugbymen français ont pu ainsi échanger avec des membres du ballet de l’Opéra de Paris. Certains ont même esquissé des pas de danse avec des danseuses et des danseurs étoiles.
Un ancien rugbyman international avait trouvé une belle métaphore pour rapprocher son sport de la musique : « Au rugby, il y a ceux qui jouent du piano, et ceux qui les déménagent », faisant allusion aux trois-quarts virevoltants et aux avants beaucoup plus costauds. Après la réception du XV de France la semaine dernière à l’Opéra de Paris, il va falloir désormais parler de « ceux qui font des entrechats quand d’autres assurent les portés ».
Une délégation de joueurs du groupe qui a affronté et battu l’Angleterre lors du dernier match du Tournoi des VI Nations 2026, s’est donc rendue jeudi 12 mars au Palais Garnier, accompagnée du sélectionneur Fabien Galthié et de son staff. Sur scène, les rugbymen ont pu admirer les danseurs en pleine répétition de Roméo et Juliette, le ballet créé par Rudolf Noureev en 1984 sur une musique de Serge Prokofiev, qui sera donné à l’Opéra Bastille du 2 avril au 12 mai.
Mais les rugbymen français ne se sont pas contentés d’échanger avec les danseuses et danseurs et d’admirer leur maîtrise corporelle. Ils se sont également essayés à quelques pas et arabesques en solo ou avec des membres de la troupe. On a ainsi pu voir, entre autres, le talonneur Julien Marchand réaliser un jeté… plus musclé qu’aérien, le trois-quarts aile Louis Bielle-Biarrey entraîné dans un quadrille endiablé ou Peato Mauvaka réaliser un porté avec assurance. On a même vu Fabien Galthié, en costume, tenter un grand écart latéral presque parfait devant ses joueurs hilares.
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Cette visite des Bleus au Palais Garnier était une initiative d’Alexis Savigny, le médecin du XV de France qui s’est également occupé de danseurs dans sa carrière. Un nouvel exemple des moment de convivialités souhaités et encouragés par Fabien Galthié pour « serrer les liens de l’équipe ».
« Nous préparons les matches de manière très isolée. Nous travaillons beaucoup pour être concentrés sur notre performance. Deux jours avant le match, nous sommes revenus dans la ville et dans la vie pour rencontrer d’autres personnes et partager leurs expériences. Cela peut inspirer tout le monde. Les joueurs apprécient énormément », a confié au site ActuRugby le sélectionneur.
Déjà en 2023, avant la Coupe du Monde, l’ancienne danseuse étoile Marie-Agnès Gillot était venue au camp d’entraînement du XV de France pour faire partager son expérience au groupe. Selon Florian Grill, le président de la Fédération Française de Rugby, ces rencontres « entrent dans notre volonté d’ancrer le XV de France dans le meilleur de ce que la France incarne ».
Philippe Gault
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Contrairement à ce qu’on entend ici ou là, jamais un scrutin municipal n’indique le rapport de force politique pour la présidentielle, assure Martial Foucault, avant le second tour des élections ce dimanche. Ce politologue spécialiste des élections locales a rétabli un certain nombre de vérités dans la matinale de Radio Classique.
Malgré la poussée des extrêmes, et en particulier de LFI, Martial Foucault est catégorique : « le clivage gauche/droite ne s’effacera pas au second tour ». Il assure en outre que, même s’ils ont beaucoup à perdre dans ces élections municipales, « LR et le Parti socialiste restent les partis qui structurent les alliances ». Le socialisme municipal, poursuit-il, « n’a pas totalement disparu ». Comment l’expliquer ? « Les électeurs sont attachés au statu quo et ne veulent pas de grand bouleversement ».
Mais ce besoin, ou cette envie, de stabilité a une conséquence importante sur la démocratie municipales. Elle reste fragile, explique le politologue, notamment en raison du manque de pluralisme, évoquant ces communes où une seule liste s’est présentée.
Martial Foucault est politologue, membre du CEVIPOF, co-concepteur et analyste de « l’enquête électorale française 2026 : élections municipales 2026″ menée en deux phases pré et post scrutin par Ipsos BVA-CESI Ecole d’ingénieurs, en mars 2026, pour le CEVIPOF, la Fondation Jean Jaurès et Le Monde.
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