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  • Guerre au Moyen-Orient : Un musicien libanais joue dans les ruines de Beyrouth pour « informer » le monde

    Depuis le 15 mars, la vidéo du violoncelliste libanais Mahdi el-Sahili jouant quelques airs classiques sur les ruines d’un quartier du sud de Beyrouth, fief du Hezbollah pro-iranien bombardé par les forces armées israéliennes, est devenue virale sur les réseaux sociaux.

    Un musicien jouant au milieu de ruines d’immeubles de la banlieue sud de Beyrouth ravagés par des bombardements. L’image n’est pas sans rappeler celle du pianiste Gaby Bou Rached prises au même endroit en août dernier et plus lointaine encore, en 2012, celle du professeur de piano syrien Ayham Ahmad jouant dans un appartement dévasté de Yarmouk près de Damas.

    Ce 15 mars, c’est au cœur du quartier de Haret Hreik, l’un des bastions du Hezbollah du sud de la capitale libanaise durement touchés par les bombardements de l’armée israélienne depuis le début du mois, que le violoncelliste Mahdi el-Sahili a été filmé en train de jouer des extraits d’airs d’Antonín Dvořák et d’Aram Khatchatourian ainsi que le thème de La liste de Schindler, composé par John Williams.

    Mahdi el-Sahili : « il suffit de tendre l’oreille et de donner libre cours à ses émotions ».

    Le quotidien libanais L’Orient-Le-Jour, raconte que la séquence, réalisée au petit jour lors d’une brève accalmie dans les bombardements qui ont déjà fait des milliers de morts au sud-Liban, a été filmée par le photographe libanais Adnan Hajj Ali et n’a duré que quelques minutes. « J’ai pris un risque, mais je ne suis resté qu’un quart d’heure. Juste le temps de jouer deux ou trois morceaux, de me filmer et de repartir », explique Mahdi el-Sahili dans le commentaire qui accompagne la vidéo publiée sur son compte Instagram et reprise par de nombreux médias internationaux.

    Le jeune musicien de trente ans n’habite pourtant pas dans ce quartier mais y est profondément attaché. « Je suis chiite et la banlieue sud est chère à mon cœur, c’est le fief de ma communauté « , confie-t-il, ajoutant : « Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que je joue au même endroit, je l’ai déjà fait lors de la précédente guerre ».

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    Mahdi el-Sahili, qui travaille dans l’informatique, a été formé au Conservatoire national libanais et consacre encore la moitié de son temps à la musique, entre concerts et enseignement de son instrument. Il admire Jean-Sébastien Bach, estimant que c’est « le compositeur qui a fait émerger le violoncelle avec ses suites  ».  le jeune musicien cite également Antonio Vivaldi et Antonín Dvořák parmi ses références.

    À travers son initiative, Mahdi el-Sahili, tient à faire savoir que « si tout le monde n’est pas au courant de ce qui se passe au Liban, la musique, elle, permet d’informer. Nul besoin de s’y connaître il suffit de tendre l’oreille et de donner libre cours à ses émotions ».

    Philippe Gault

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  • Frédéric II et son amant secret, scandale à la cour de Prusse : Le prince obligé d’assister à l’exécution de celui qu’il aimait

    Hans Hermann von Katte était un officier de la garde royale prussienne âgé de 26 ans en 1730, devenu l’ami de cœur, pour ne pas dire l’amant, du jeune prince héritier, 18 ans, et qui devait devenir le grand Frédéric II.

     

    Il n’existe pas dans le répertoire du théâtre classique de tragédie qui traite ouvertement de l’amour entre deux hommes. Jean-Marie Besset vient de combler cette lacune en offrant la pièce Katte, l’histoire vraie d’un jeune prince obligé d’assister à l’exécution publique de celui qu’il aimait plus que lui-même. La passion des deux jeunes gens s’est fracassée sur l’intraitable raideur du roi de Prusse Frédéric-Guillaume.

    Comment supporter ce père brutal et despotique quand on est un prince trop sensible selon les critères berlinois, qu’on aime la musique, la langue française, ce monde des arts et des lettres que Guillaume apparente à toutes les mollesses ? Là où le roi-sergent ne jure que par l’exercice, la frugalité, la discipline, son fils cultive l’élégance, le secret, le goût des idées. Et dans cette maison où tout est surveillance et punition, cette différence va devenir un affront.

    Guillaume ne voit pas en son fils un adolescent qui se cherche. Non, il déplore en lui la pièce défectueuse qui finira par gripper la machine. À ses yeux, il n’y a pas là un futur monarque à éduquer. Il y a un fils dévoyé à redresser, et même, comme un animal sauvage, à dresser.

    Le futur Frédéric II traqué jusque dans son comportement jugé efféminé

    Pendant des années, Guillaume va fabriquer son héritier comme on forme un soldat avec des revues militaires, des tournées d’inspection, des réunions du conseil dont l’horaire n’est précisé à son héritier qu’à la toute dernière minute.

    Mais il y a plus dur encore. À mesure que grandit le jeune homme, son père se met à traquer en lui les signes détestés d’un raffinement suspect. Telle coiffure, telle dentelle, ces gants argentés… Non, ce gamin est efféminé. C’est un petit marquis. On va lui faire perdre ses manières françaises à coups de canne, à coups de poing. Un jour, le roi Guillaume va jusqu’à jeter son héritier à terre en public et à le contraindre devant tout le monde à baiser ses bottes.

    Frédéric II, roi de Prusse / ABECASIS/SIPA

    Frédéric trouve refuge dans ses poèmes, sa musique, les livres de philosophie qu’il se fait livrer en cachette de son père. Il soupire dans les jupons de sa sœur Wilhelmine, jusqu’au jour où il trouve un réconfort beaucoup plus puissant sur les épaules et dans les bras d’un officier de la garde royale : le fameux Hans Hermann von Katte.

    La tentative de fuite de Frédéric et Katte

    Katte est le fils d’un général prussien très respecté. Il a 26 ans, intelligent, cultivé, sensible à la peinture et à la musique. Les deux amis parlent français, ils lisent Voltaire, ils jouent de la musique, ils s’amusent. Pour Frédéric, Katte devient la preuve éclatante qu’on peut être prussien sans être brutal. Frédéric et Hans savent bien qu’ils n’ont aucun avenir ensemble au sein de cette cour militaire. Alors il va falloir choisir : soit se soumettre ou bien, il va falloir fuir.

    Au printemps 1730, Frédéric a 18 ans. Il ne supporte plus les humiliations quotidiennes, le mépris de son père, les coups de canne, les livres qu’on jette au feu. C’est en Angleterre qu’il a l’intention de s’enfuir, chez son oncle maternel le roi George II. Là-bas, dit-il, il sera libre. Là-bas, peut-être pourra-t-il enfin vivre.

    Il en parle bien sûr à son cher Katte. Et l’officier de 26 ans hésite, très effrayé. Il essaie de raisonner Frédéric. Fuir serait trahir le roi et donc risquer la mort. Seulement, Frédéric est déterminé et Katte n’a pas le cœur de briser son rêve étincelant.

    Frédéric et son amant rattrapés par la colère du roi

    Les deux jeunes hommes échafaudent un plan, profiter d’un voyage du roi dans le sud de l’Allemagne. Mais il y a des informateurs à tous les étages de cette société militarisée et le roi a vent du projet. Frédéric voit le sol se dérober sous ses pieds. Coûte que coûte, il lui faut mettre son plan à exécution. C’est une audace folle, une témérité presque démente qui en dit beaucoup sur le désespoir du jeune héritier.

    Le soir du 4 août 1730, il s’arrête avec son père et toute leur suite militaire près du village de Steinfurt, campement de fortune. Frédéric feint de se coucher mais ne s’endort pas. Vers minuit, le voilà sur pied, qui se rhabille, attrape un baluchon, quitte le bivouac et saute en selle. On imagine ce jeune homme terrifié, mais soudain ivre d’espoir, galopant vers des horizons lointains où il sera libre de retrouver Katte. Mais on a vu partir le prince dans le camp et on va le poursuivre, on le rattrape, on l’arrête. À l’instant même, de son côté, Katte est mis aux fers.

    Le père est en train d’organiser la mort de son propre fils

    Le roi Frédéric-Guillaume écrit à sa femme, et ce qui suit est à peine croyable : « J’ai fait arrêter le coquin de Fritz. Je le traiterai comme son forfait et sa lâcheté le méritent. Je ne le reconnais plus pour mon fils. Il m’a déshonoré avec toute ma maison. Un tel malheureux n’est plus digne de vivre. »

    Frédéric est transféré à la lugubre forteresse de Custrin, enfermé dans une cellule froide, humide. On oblige le prince à revêtir la honteuse tenue des prisonniers. Interdiction de prononcer un mot. La seule chose qu’on lui permette, c’est de lire la Bible. Bientôt, avant de le soumettre à un interrogatoire musclé où le spectre de la mise à mort est agité sous ses yeux, on va le pousser dans ses derniers retranchements.

    Le procès de Katte et la sentence fatale

    Le roi va finalement faire marche arrière pour ce qui est de son fils, mais pour Katte, pas de pitié. Le procès s’ouvre. Les chefs d’accusation sont clairs : désertion, complicité de fuite, trahison envers le roi. Le jeune officier se défend dignement. Il reconnaît avoir aidé son prince mais sans avoir jamais voulu le trahir. Il implore la clémence du roi. En vain. La sentence des juges qui ont demandé la réclusion perpétuelle, Guillaume va l’aggraver. Afin de frapper de terreur son fils maudit, il exige la peine capitale. Katte aura la tête tranchée à l’épée. L’exécution est fixée au 6 novembre 1730 et elle aura pour cadre la forteresse de Custrin, ce qui permettra depuis sa cellule au jeune prince de ne rien perdre du spectacle.

    L’exécution de Katte sous les yeux de Frédéric

    À 7 heures du matin,un détachement de gardes traîne Katte jusqu’à l’endroit où a été préparé un petit monticule de sable. À une encablure de là, derrière les barreaux d’une fenêtre au rez-de-chaussée se tient Frédéric, les yeux hagards, le visage baigné de larmes. Les gardes ont reçu l’ordre de maintenir son visage en face de la fenêtre de sa cellule car son père veut qu’il assiste à tout.

    L’exécution de Katte (gravure de 1789)/Wikimedia commons

    Depuis le lieu de son supplice, Katte aperçoit Frédéric. Leurs regards se croisent. Le jeune prince tente d’articuler quelques mots en français. Katte lui répond d’une voix ferme, puis il retire sa veste et sa perruque, s’agenouille devant le billot et s’écrie : « Jésus, accepte mon âme ! »

    C’est l’aumônier de la prison qui raconte ce qui s’est passé : « Et comme il recommandait ainsi son âme au Père, sa tête ainsi rachetée fut détachée de son corps par un coup adroit, porté par la main et l’épée du bourreau Coblentz. »

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    Trois ans plus tard, Frédéric acceptera d’épouser Élisabeth-Charlotte de Brunswick, princesse choisie par son père. Il s’installera avec elle au château de Rheinsberg en 1736. Maintenant marié et libéré des alarmes de son entourage, il va pouvoir recevoir les gens de lettres et les philosophes qui lui plaisent. Il va pouvoir recevoir Voltaire en personne et se préparer à son métier de roi. Certes, il gardera pour lui le vernis du roi philosophe et deviendra le plus habile des grands souverains, le plus capable des grands stratèges. Mais ce qu’on ne pourra plus dire de lui, par contre, c’est qu’il en ait été le plus humain

    Franck Ferrand

     

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  • Loris Barrucand célèbre Jacques Duphly, l’un des derniers grands maîtres du clavecin français

    À l’occasion de la publication de son album dédié à Jacques Duphly, Loris Barrucand sera, ce mardi 17 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.

    Il fut l’un des grands maîtres du clavecin français au XVIIIe siècle, à une époque où, à l’aube de la Révolution, l’instrument s’apprêtait à céder la place au pianoforte. Jacques Duphly porte ainsi en lui une forme de nostalgie, comme nous le rappelle Loris Barrucand dans un formidable album paru sous le label Encelade, intitulé Éclats et derniers feux.

    Le claveciniste réunit un florilège de pièces d’une grande expressivité.

    Il nous éclairera ce soir sur l’art de ce compositeur dont la renommée aujourd’hui n’égale pas celle d’un Couperin ou d’un Rameau, mais dont l’œuvre est tout aussi fascinante.

    Laure Mézan

    Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h

     

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  • Leontyne Price, doyenne des sopranos, distinguée par le Premio Puccini 2026 à 99 ans

    La doyenne (avec la centenaire Adele Addison)  des chanteuses lyriques Leontyne Price, 99 ans depuis le 10 février, a été distinguée par le prestigieux Premio Puccini. Le prix a été remis la semaine dernière au Met Opera de New York à la fille de la célèbre soprano américaine, inoubliable interprète des grands rôles du répertoire de Puccini et de Verdi.

    Pour sa 55e édition, la Fondazione Festival Puccini de Torre del Lago a décidé d’attribuer son prix 2026 à Leontyne Price qui, tout au long de sa carrière, a incarné « avec une voix d’une beauté incomparable et une dignité artistique sans pareille, l’idéal vocal et dramatique des héroïnes de Giacomo Puccini ». Au palmarès de cette distinction, la grande soprano américaine succède à Plácido Domingo, récompensé en 2025.

    La cérémonie de remise de ce prix a eu lieu le 11 mars au Lincoln Center. Si Leontyne Price, qui réside à Greenwich Village, n’a pu s’y rendre en raison de son grand âge, sa famille et notamment sa fille Laura était présente au côté de Peter Gelb, le directeur général du Metropolitan Opera. La grande institution newyorkaise avec laquelle elle s’est produite plus de 200 fois dans une quinzaine de rôles différents à partir de 1961 jusqu’au 3 janvier 1985, date de sa dernière représentation publique, dans le rôle d’Aïda de Giuseppe Verdi.

    Leontyne Price a remporté 15 Grammy Awards

    Si Leontyne Price est considérée comme une spécialiste incontestée du répertoire verdien, elle a également abordé à de nombreuses reprises les rôles des grandes héroïnes mises en musique par Giacomo Puccini. A ses débuts en 1955, c’est d’ailleurs dans Tosca, proposé par le NBC TV Opera, qu’elle se révèle au grand public même si plusieurs chaînes refusèrent de diffuser ce programme qui présentait pour la première fois une chanteuse lyrique noire.

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    Née le 17 février 1927 à Laurel (Mississipi), Leontyne Price a étudié le chant à la Juilliard School de New York grâce à une bourse. Elle fit ses débuts en 1954 lors d’une tournée de Porgy and Bess, l’opéra de George Gershwin. Le début d’une immense carrière aux Etats-Unis puis en Europe après avoir été auditionnée par Herbert von Karajan. Le légendaire maestro autrichien sous la direction duquel elle chanta à Vienne et à Salzbourg avant de revenir à New York et d’entamer sa longue collaboration avec le Met Opera.

    Il 55° Premio Puccini consegnato al leggendario soprano Leontyne Price al Metropolitan Opera di New York https://t.co/0eVodvhgz9 via @VersiliaPost

    — Mauro Grondona (@MauroHGrondona) March 13, 2026

    Récompensée par 15 Grammy Awards, dont un pour l’ensemble de sa carrière, Leontyne Price, retraitée depuis 1989, fit une ultime apparition publique sur scène au Carnegie Hall en septembre 2001 où elle chanta lors d’un concert donné en mémoire des victimes du World Trade Center.

    Philippe Gault

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  • Dette : « on cache aux Français qu’elle est composée à 50% d’insuffisance de financement des prestations sociales trop généreuses »

    L’ancien haut fonctionnaire de Bercy Jean-Pascal Beaufret dénonce une présentation des comptes publics « biaisée, faussée », avec des déficits sociaux en réalité 4 fois supérieurs à ce qui est annoncé. Invité de la matinale de Radio Classique, il a détaillé ces chiffres.

    Jean-Pascal Beaufret est un ancien inspecteur des Finances, associé au fonds de capital développement Ring Capital. Il est l’auteur du dossier « Les comptes de la Sécurité Sociale et le redressement des finances publiques » paru dans la revue Commentaire du 12 mars.

     

    Vous écrivez dans la revue Commentaire que le déficit des régimes sociaux obligatoires est quatre fois supérieur à ce qui est officiellement annoncé. Commençons par les chiffres, puis expliquez-nous la raison de ce décalage et ce qui reste dans l’angle mort.

    JEAN-PASCAL BEAUFRET. Le déficit n’est pas caché. Tous ces chiffres sont publics. Mes travaux et mes articles s’appuient sur des comptes rendus publics de chiffres vrais. Il n’y a donc pas de déficit caché, mais une présentation des comptes au Parlement et à l’opinion qui est biaisée. Sur quelle période ? La Sécurité sociale, sur neuf ans — de 2017 à 2025 —, c’est 5 000 milliards de dépenses. Les prélèvements obligatoires qui l’ont financée sur la même période — impôts et cotisations — s’élèvent à 4 400 milliards. La différence est de 600 milliards.

    Un déficit public, c’est précisément l’écart entre des dépenses publiques obligatoires et des prélèvements obligatoires. Or, le Parlement, lui, n’a voté que 150 milliards de déficits sur cette période. 600 contre 150 milliards : c’est bien quatre fois plus.

    Un problème ce communication financière

    La raison est simple : on ne présente jamais au Parlement ni à l’opinion publique des comptes combinés. Les dépenses figurent d’un côté, mais les subventions entre administrations qui les financent ne sont pas déduites. Prenons un exemple bien connu : les retraites des régimes spéciaux — SNCF, RATP, mines, marins — représentent environ 15 milliards de dépenses par an, dont 8 milliards sont couverts par une subvention de l’État.

    Et ces 8 milliards ne sont donc pas comptabilisés dans le déficit de la Sécurité sociale.

    J-P.B. Pas du tout. C’est un exemple modeste. Le cas le plus significatif est celui des retraites des fonctionnaires de l’État : 65 milliards de dépenses par an, dont 45 milliards financés par une subvention de l’État, comptabilisée comme une cotisation. Quand vous établissez un déficit consolidé transmis à l’Union européenne, vous ne pouvez pas comptabiliser deux fois la même dépense — d’un côté les retraites, de l’autre leur financement par l’État. Il faut simplement établir des comptes combinés. On ne le fait pas, et ce serait pourtant immédiat à mettre en œuvre.

    C’est donc un problème de communication financière. L’an dernier, vous aviez déjà révélé que le déficit du système de retraite était plus élevé que prévu. Est-ce le même problème de présentation des comptes qui se pose pour l’ensemble des régimes sociaux ?

    J-P.B. Les retraites font partie de la Sécurité sociale, mais seulement deux tiers d’entre elles y sont intégrées — ce qui constitue un autre défaut majeur, car le Parlement n’a jamais un compte global et complet des retraites. Ces deux tiers, précisément parce qu’ils sont subventionnés, causent l’essentiel du déficit de la Sécurité sociale. J’ai donc voulu élargir le raisonnement à l’ensemble de la protection sociale. Depuis 1945, la Sécurité sociale doit être intégralement équilibrée par des impôts et des cotisations. Ce n’est plus le cas depuis 1991, et l’écart est considérable. Cet écart représente la moitié de nos déficits publics — et on ne le dit jamais aux Français.

    Nicolas Dufourcq a publié cette année un livre intitulé La dette sociale de la France, 74-2025, et je sais que vous échangez beaucoup avec lui.

    J-P.B. Nicolas s’est appuyé sur mes travaux pour produire un ouvrage à forte valeur ajoutée, notamment grâce à un historique sur cinquante ans des décisions ayant abouti à ce glissement. J’y ai d’ailleurs contribué. Nous sommes en contact étroit pour porter ce message : on cache aux Français que la dette publique est composée d’au moins 50 % d’insuffisance de financement de prestations sociales trop généreuses.

    « Les retraites sont trop généreuses en France au regard de ce que nous pouvons financer »

    La France fonctionne comme une famille qui dépense 2 000 par mois mais n’en gagne que 1 800, creusant ainsi un déficit de 200. Sur ces 2 000 dépensés, 1 000 sont consacrés aux dépenses propres du foyer et 1 000 sont donnés à d’autres — principalement aux parents. Or cette famille se convainc que le déficit provient uniquement de ses dépenses personnelles, et non de ce qu’elle donne. C’est faux. La logique élémentaire veut que le déficit soit réparti au prorata des dépenses : 100 sur les dépenses du foyer, et 100 imputables à un excès de générosité.

    Où se trouve la solution pour réduire ces déficits ?

    J-P.B. Deux éléments nous singularisent fortement par rapport aux pays comparables. Premièrement, les retraites sont trop généreuses en France au regard de ce que nous pouvons financer. D’après les statistiques internationales, l’écart est de l’ordre de 15 %. La solution : faire comme les Allemands depuis 2004, en désindexant légèrement les retraites chaque année, de façon graduelle et modeste, jusqu’au retour à l’équilibre. Les Hollandais, les Nordiques, les Italiens ont tous adapté leur système face au vieillissement.

    Deuxièmement, la France dispose du système de santé le plus gratuit d’Europe. Les autres pays financent environ 15 % de leurs dépenses de santé sur fonds propres ; en France, la part restant à la charge des patients n’est que de 7 à 8 %.

    Et on n’est pas très contents de notre système de santé !

    J-P.B. Effectivement. Si l’on ne met pas en place un coefficient de soutenabilité des retraites inscrit dans la durée — pas un simple débat ponctuel sur la désindexation, mais un contrat sur plusieurs années, progressif et mesuré — et si l’on n’augmente pas la participation des patients au coût de la santé, les finances publiques ne se redresseront jamais.

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    Au sortir du premier tour des élections municipales, les Français semblent avoir massivement voté pour des partis peu engagés sur la réduction des déficits. Comment espérez-vous inverser cette tendance ?

    J-P.B. Je répondrai de deux façons. D’abord par la transparence, qui est une obligation citoyenne : il n’est plus possible de continuer à occulter la réalité, comme nous le faisons depuis trente ans. Ensuite, je m’emploie à dire à tous les responsables de partis — tous ceux qui veulent bien m’entendre — que la situation sera identique quel que soit le camp au pouvoir : le poids de l’endettement annuel, si rien ne change, empêchera toute action d’avenir dans des domaines essentiels comme l’éducation, la défense ou la transition énergétique.

     

    L’article de Jean-Pascal Beaufret est à lire dans le dernier numéro de la revue Commentaire. Rappelons que l’émission Commentaire avec Jean-Claude Casanova et Jean-Marie Colombani est diffusée tous les samedis sur Radio Classique à 8h et disponible en replay

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  • Le marché des fusions-acquisitions

    Spécialiste en fusions-acquisitions, Henri-Louis DELSOL rappelle que les opérations de fusions-acquisitions sont généralement des transmissions d’entreprises, intrafamiliales ou à des tiers, qui exigent une mission de conseil afin d’évaluer au mieux les perspectives managériales, puis de réaliser, en toute sécurité, les opérations financières complexes (gouvernance, négociations, garanties, etc.).

    Rencontre avec Henri-Louis DELSOL du cabinet DELSOL Avocats.

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  • Immobilier : « Coup de cœur », « bien atypique », 15 expressions trompeuses qui doivent vous alerter

    Chaque profession a son langage spécifique. En ce qui concerne l’immobilier, les figures de style d’exagération et d’atténuation sont de mise. Un décryptage des annonces immobilières s’impose pour éviter les mauvaises surprises.

     

    Le « nid douillet » figure en première position. Ces termes sont réconfortants, mais il suffit de regarder les oisillons dans un nid pour tout comprendre : ils sont serrés les uns contre les autres.

    Il faut également se méfier du « coin nuit », qui signifie qu’il n’y a pas de chambre, mais un simple canapé convertible. De même pour le « coin bureau » : il ne s’agit pas d’une pièce à proprement parler, mais d’un bureau — le meuble — placé dans un coin. Quant à la mention « pas de perte de place », elle indique que chaque espace est optimisé, justement par manque de place. Plus il y a de « coins », plus le logement est petit.

    En immobilier, se méfier des mots qui indiquent que le logement est petit

    Attention également aux diminutifs se terminant par « ette », comme « coquette » ou « studette ». Comme l’indique judicieusement Philippe Vandel dans son Dico Français-Français, il n’est jamais bon signe de trouver ces termes. Ainsi, une « courette » est une cour minuscule. Une « kitchenette » désigne une cuisine de poche. Pire encore, le « coin kitchenette » sera constitué d’un frigo de la taille d’un minibar d’hôtel, rehaussé d’une plaque de cuisson. La « studette » est un mini-studio.

    Et comme le souligne Patrick Timsit dans un sketch au sujet des annonces immobilières : « Coquette studette, c’est carrément la maison des Schtroumpfs. »

    Attention aux pièges derrière les termes enthousiastes

    « Idéal investisseur » signifie que personne n’aura envie d’acheter ce bien pour y vivre. « Coup de cœur » : l’agent immobilier espère secrètement qu’un acheteur sera suffisamment ébloui pour acquérir ce bien surévalué, car c’est bien connu, quand on aime, on ne compte pas.

    Le « bien atypique » cache généralement un logement bas de plafond et biscornu. Quant aux injonctions enthousiastes comme « à saisir » ou « faire vite », elles doivent alerter : si le bien était si exceptionnel, il serait déjà vendu.

    Les phrases à surveiller durant la visite immobilière

    Méfiez-vous de toutes les formules qui jouent sur le champ lexical de la vérité et de l’honnêteté : « on ne va pas se mentir », « pour être honnête », « je ne vous cache pas que ». Pourquoi insister sur la franchise si ce n’est pour masquer certaines réalités ?

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    Sachez également qu’un agent immobilier désireux de vendre répondra « oui » à toutes vos questions. Peut-on casser le mur ? Oui. Faire une piscine ? Oui. Intervertir toutes les pièces ? Oui. Vous confier le chat pendant les vacances ? Oui.

    Cette caricature, légère mais révélatrice, permet de mieux décoder le langage fleuri de l’immobilier et d’aborder ses recherches avec un œil plus avisé.

    Karine Dijoud

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  • Grâce à ses planchers préfabriqués en béton, l’ETI Fehr a contribué à la rénovation des tribunes du Stade de Roland-Garros

    KPMG vous invite à écouter l’interview de Laurent Fehr, représentant de la 3e génération de FEHR Group, belle ETI basée à Reichshoffen (Bas-Rhin).

    Ce sont les solutions de FEHR qui se cachent derrière les rénovations emblématiques des tribunes du Stade Roland-Garros ou du Stade de la Meinau à Strasbourg. Pour le Stade de la Meinau par exemple, l’ETI a fourni 12 000 m³ de béton prêt à l’emploi, 6 900 m² de murs préfabriqués et 8 500 m² de planchers sur lesquels reposent tribunes et bâtiments techniques.
    Et l’ETI développe également des innovations visant à changer la donne dans le BTP : un béton à base d’argile développé avec Materrup, start-up landaise, permettant de décarboner la construction à hauteur de 50%, fournissant ainsi à cette industrie une belle solution écoresponsable.

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  • Nemanja Radulovic joue Prokofiev pour la première fois au disque

    À l’occasion de la publication de son nouvel album, Nemanja Radulovic sera, ce lundi 16 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.

     

    « Il y a quelque chose de merveilleux dans la musique de Prokofiev : elle semble constamment se mouvoir entre ombre et lumière, chercher la vérité en usant de contrastes, de sarcasmes, de magie, d’amour, d’ironie et de beauté. » écrit Nemanja Radulovic dans la préface de son nouvel album sorti chez Warner. Son premier enregistrement dédié au compositeur russe associant son 2ᵉ concerto pour violon à un florilège de pièces empruntées pour certaines au monde du ballet.

    Nemanja Radulovic sera le 27 avril en concert à la Philharmonie de Paris

    Il se confiera ce soir sur ses liens avec Prokofiev et sur la quête de vérité qui le guide en tant qu’interprète.

    Laure Mézan

    Retrouvez le journal du classique du lundi au vendredi à 20h

     

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  • Oscars 2026 : Ludwig Göransson distingué pour la musique du film Sinners, inspirée du blues

    Ludwig Göransson a remporté l’Oscar 2026 de la meilleure musique de film la nuit dernière à Los Angeles. Le compositeur suédois a été récompensé pour la bande-originale du film Sinners. À 41 ans, c’est déjà son troisième Oscar.

    Avec six trophées, Une bataille après l’autre est sorti grand gagnant de la 98e cérémonie des Oscars qui s’est déroulée dans la nuit de dimanche à lundi au Dolby Theatre at Ovation Hollywood de Los Angeles. Derrière le film de Paul Thomas Anderson, deux autres long-métrages ont conquis les principaux trophées attribués : Frankenstein, de Guillermo del Toro qui a reçu trois Oscars et Sinners, nommé seize fois (record), récompensé dans quatre catégories.

    Outre les Oscars du « Meilleur acteur » (pour Michael B. Jordan), de la « Meilleure photographie » et du « Meilleur scénario original », le film de Ryan Coogler a également remporté celui de la « Meilleure musique de film ». Il est vrai que dans ce film, dont l’histoire se passe dans le Mississipi des années 30 en pleine période de prohibition, la musique est omniprésente grâce aux compositions de Ludwig Göransson qui s’est inspiré de la musique du sud des États-Unis et en particulier du blues.

    Ludwig Göransson travaille sur la musique du prochain film de Christopher Nolan

    Le compositeur suédois, alias Ludovin, a reçu son troisième Oscar après ceux obtenus en 2019 pour la bande-originale de Black Panther et en 2024 pour Oppenheimer. Détenteur de quatre Grammy Awards, Ludwig Göransson avait été couronné en début d’année aux Golden Globes, déjà pour la musique de Sinners. Pour les Oscars, il était en compétition avec avec Alexandre Desplat (Frankenstein), Max Richter (Hamnet), Jerskin Fendrix (Bugonia) et Jonny Greenwood (Une bataille après l’autre).

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    Né en 1984, Ludwig Göransson est le plus jeune compositeur depuis André Previn (4 Oscars entre 1958 et 1964) à avoir remporté trois statuettes de la meilleure musique de film. Parmi les compositeurs de musiques de films vivants, seuls John Williams (5) et Alan Menken (8) ont remporté davantage d’Oscars. Dans son discours le compositeur suédois a tenu à remercier son père, guitariste, qui lui a fait découvrir le blues lorsqu’il était enfant.

    Ludwig Göransson travaille actuellement sur la musique de The Odyssey, le film-événement de Christopher Nolan dont la sortie est annoncée pour la mi-juillet.

    At just 41 years old, Ludwig Goransson has already won 3 Oscars for Best Original Score – Black Panther 2019 – Oppenheimer 2024 – Sinners 2026 He has more Oscars than Hans Zimmer and he’s just 2 behind John Williams.

    And next year, there’s Christopher Nolan’s THE… pic.twitter.com/Yk2TUJ5Z4E

    — Film Enthusiast (@SandorCleg87887) March 16, 2026

    En revanche, pas de chance pour film-documentaire Viva Verdi !, nommé pour la « Meilleure chanson originale ». Dans cette catégorie, l’Oscar a été attribué à une chanson extraite du film d’animation KPop Demon Hunters.

    Philippe Gault

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