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Journaliste à Jeune Afrique, écrivain et figure de la pensée maghrébine, Fawzia Zouari porte sur sa Tunisie natale un regard d’une tendresse infinie, loin des clichés et des cartes postales. Son Dictionnaire amoureux de la Tunisie est une traversée vibrante qui relie l’histoire millénaire de Carthage avec l’élan de liberté irrépressible qui a embrasé le monde arabe.
De la reine Didon à la silhouette rebondie de ses côtes ensoleillées, elle dessine le portrait d’un pays viscéralement féminin, pionnier des droits des femmes et terre de consensus. Entre légendes et souvenirs d’enfance sous l’ère Bourguiba, Fawzia Zouari nous révèle l’âme d’une nation universelle qui, bien que petite par sa géographie, a toujours su lever la tête pour éclairer le monde de sa soif d’émancipation.
Plus qu’un inventaire, c’est une déclaration d’amour à une terre de métissage, où chaque page murmure que la poésie et l’histoire ne font qu’un.
Elodie Fondacci s’est entretenue avec Fawzia Zouari.
Elodie Fondacci : Fawzia Zouari, bonjour. Vous êtes écrivain, vous êtes journaliste à Jeune Afrique, vous êtes tunisienne évidemment et vous consacrez à votre pays – que les Tunisiens résument ainsi : « un petit pays qui a tout d’un grand » – un Dictionnaire amoureux qui est à la fois politique, poétique, géopolitique, géographique, et qui commence ainsi, je cite : « Un jour, un étudiant tunisien de l’université de New-York a demandé à ses camarades américains de situer la Tunisie sur une carte, aucun n’a su le faire. » Alors est-ce que c’est vrai ? Est-ce que vous pensez que la Tunisie est si méconnue que cela ?
Fawzia Zouari : Je pense qu’il y a des parties du monde où la Tunisie est très peu connue, voire méconnue ou complètement inconnue, notamment du côté, par exemple, des États-Unis. Mais ça, on le sait, les Etats-Unis sont un pays qui souvent ignore ce qui se passe ailleurs, particulièrement la géographie de l’Afrique. Mais dans d’autres pays aussi, les représentations qu’on se fait de la Tunisie ne sont qu’une suite de clichés. Généralement, on se le figure comme un tout petit pays dont la population est mangeuse d’harissa. Éventuellement, on a entendu parler de la Révolution de jasmin, à partir de 2011, mais c’est tout.
Mais je dis que c’est l’atout extraordinaire de la Tunisie. C’est-à-dire que quand vous voulez la résumer, il n’y a pas d’image cliché, il n’y a pas d’image d’Épinal. L’Algérie, vous dites tout de suite la guerre d’Algérie. Il y a tout ce combat de résistance dans l’histoire et dans la mémoire collective. Le Maroc, vous pensez tout de suite à la royauté, l’authenticité. Mais la Tunisie, quand vous essayer de trouver quelque chose qui puisse la définir, vous avez du mal à le faire. Et c’est ça qui est extraordinaire dans ce pays parce que, avant d’être particulier, il est universel. Ne pas pouvoir l’associer à une image précise veut dire que c’est un pays qui a une histoire qui touche à tout. C’est un pays qui a une géographie qui, malgré sa petitesse, à un moment ou un autre de l’histoire, a su apporter vers elle d’autres cultures, d’autres civilisations. Et c’est un pays qui, à un moment avec Carthage, brillait quand même comme le plus grand empire rival de Rome, ce n’est pas rien.
E.F : Ce n’est pas rien c’est vrai ! Car c’est à Carthage que le monde a connu sa première constitution. Le Carthage de l’époque punique a été la première république au monde avant la République de Rome.
F.Z : Exactement, Carthage était la première république au monde. On ne le sait pas assez, il faudra le dire à chaque fois. Carthage était LE grand empire avant même Rome. ce n’est qu’après, avec cette rivalité, que Rome va avoir le dessus. Mais sinon Carthage, c’est quand même là où on a l’impression que le monde commence. C’est là où il y a la seule femme impératrice, la seule femme qui ait commandé un empire : la reine Didon, que nous appelons nous Elyssa. Qu’elle soit une légende ou une réalité, Didon est une femme extraordinaire dont le parcours est à mon avis universel.
Si on avait à citer tout ce qui en Tunisie a fait, à un moment ou un autre de l’histoire, la grande Histoire avec un « H » majuscule, on en trouverait beaucoup. Vous avez dit vous-même, c’est la première République au monde, c’était l’empire face à Rome. Après, quand les Arabes et l’Islam arrivent au 8ème siècle, c’est le seul pays qui sort du califat exercé à l’époque. C’est le seul pays dans le califat musulman qui dit à un moment « je ne paye pas d’impôts, je sors du califat ». Ce qui me fait dire que c’est un pays, c’est un peuple qui n’a pas du tout l’esprit d’allégeance. À travers toute son histoire, il se rebelle à un moment ou à un autre. Il est sympathique, gentil, tout ce qu’on veut. Il plie, mais il ne cède jamais. À un moment, il lève la tête et il donne ce signal au monde entier.
La Révolution du jasmin a été vraiment quelque chose qui est exemplaire en ça. La petite Tunisie a allumé l’étincelle et ainsi tout le monde arabe et ailleurs dans le monde en a espéré de cette révolution.
E.F : Votre dictionnaire est véritablement placé sous le signe des femmes. Vous insistez sur le fait que, depuis l’Antiquité, la Tunisie est placée sous leur signe, qu’il y a des figures exceptionnelles qui ont jalonné son histoire. Et effectivement, s’il y a une chose dont les Tunisiennes sont fières, c’est le Code du Statut Personnel que vous évoquiez. Elles le doivent à Habib Bourguiba, et vous dites combien vous avez admiré cet homme.
F.Z : Je me sens la fille d’Habib Bourguiba, et j’en suis fière. Parce qu’avec lui, moi j’ai pu aller à l’école. C’était à partir de 1956 – 57 que la Tunisie a été indépendante, qu’on a eu le Code du Statut Personnel. C’est avec lui que les femmes ont pu sortir de la maison. C’est avec lui et grâce à lui, qu’on a pu sortir de la loi religieuse de la charia. Il a fait quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant : il a interdit la polygamie, le tutorat, la répudiation, et ça c’est extraordinaire. Et il a dit aux filles « maintenant vous sortez », et l’école était obligatoire. Ce qui fait que nous-mêmes, dans les tous petits villages, on avait tout d’un coup des écoles, mixtes, on avait les mêmes droits que les garçons. Et petit à petit, la majorité des étudiants en Tunisie sont devenus des étudiantes. Et maintenant, dans tous les métiers, de la pilote d’avion jusqu’à la petite paysanne agricultrice, vous avez des femmes. Vous avez des femmes dockeuses, des femmes qui conduisent les bus…
C’est une société qui s’est féminisée, parce que comme vous le disiez, la Tunisie est féminine par essence, depuis la nuit des temps. Je dis d’ailleurs qu’il faut voir sa forme sur une carte ! La Tunisie ressemble à un ventre rebondi ! Et donc depuis toujours, la Tunisie a une attitude qui porte sur la vie, or la vie c’est les femmes aussi ! Les femmes sont portées sur la vie, et ce pays aussi. C’est pour ça qu’il n’y a pas d’écoulement de sang. Vous avez eu une révolution, mais il n’y a pas eu de guerre civile. C’est un pays de consensus. C’est-à-dire qu’à chaque fois, il faut faire en sorte de préserver la vie humaine. C’est ça que je cherche en fait à montrer, en fait. Moi je ne suis pas une historienne, je ne suis pas une connaisseuse de toute la sociologie, de l’histoire de la Tunisie. Mais j’ai essayé dans ce livre de définir un petit peu, de cerner l’âme de ce pays, l’esprit de ce pays.
Quand je vois par exemple que la révolution a commencé par une immolation, un garçon qui s’est immolé par le feu, je reviens à l’histoire de la Tunisie, et le feu est une constante. Par exemple, devant Scipion, une des carthaginoises de l’époque s’est immolée pour dire qu’elle ne voulait pas d’humiliation, qu’elle ne voulait pas de honte. Les mots « humiliation » et « honte », moi je les ai entendus jusqu’à ma mère, qui disait « le feu plutôt que la honte ! ». Donc cette thématique du feu par exemple, elle est toujours là. Cette thématique du consensus est là depuis la nuit des temps. Bourguiba l’a d’ailleurs théorisée dans sa « politique des étapes ». Allons y doucement, et on arrivera.
Il y a dans ce pays une forme de sérénité, toujours. Il y a au fond quelque chose qui, dans son ciel, est toujours serein. Il n’y a pas de tragédie dans ce ciel tunisien. Et il y a toujours cette idée de vie, voilà. En cela c’est un pays féminin.
E.F : On a l’impression que vous vouliez aller au-delà des idées reçues sur la Tunisie, qui l’assimileraient au monde arabe. Mais non, pas vraiment. En fait elle a quelque chose d’éminemment unique. Elle est très particulière, cette terre d’islam, avec cet élan de liberté qu’elle est seule à avoir porté.
F.Z : Oui, c’est le pays le plus méditerranéen. Je pense que c’est un pays ou les strates de civilisations sont tellement nombreuses qu’il est impossible de le définir par une seule identité. La Tunisie n’est pas arabe et musulmane seulement, la Tunisie elle est berbère, elle est romaine, elle est byzantine, elle est ottomane… Et je pense que c’est le seul pays en Afrique du Nord qui possède autant de croisements de civilisations. Ce qui fait que quand on veut définir le tunisien, il est impossible de dire qu’il est composé d’une seule identité. Il y a eu d’ailleurs des études de spécialiste sur la question. Il s’est avéré je crois qu’il y a 40% du tunisien qui relèverait plutôt d’une souche européenne, et notamment chez les femmes.
On essaie de le rappeler à travers notre héritage berbère, à travers notre héritage juif, à travers notre héritage chrétien ! Saint Augustin a quand même étudié à Carthage ! Quand on sait que les Confessions de Saint Augustin est le livre le plus lu dans le monde, on se demande d’où il vient ! C’est vrai qu’il était à Annaba, il y a eu des querelles entre les Algériens et nous, ça ne vous le cache pas. Mais Saint Augustin est passé par chez nous. Le donatisme est né à Carthage. Les premières forces de la chrétienté, les premières théories, les premières idées, sont nées dans cette Tunisie là. Donc elle a un héritage chrétien qui est extraordinaire aussi. Ce sont tous ces héritages qui font le tunisien d’aujourd’hui et la Tunisie actuelle.
E.F : Vous avez dit tout à l’heure que vous vouliez capter l’âme de ce pays, son odeur de jasmin. Evidemment pour ce faire vous passez par l’art, par les poètes, les cinéastes. Il y a beaucoup de portraits de grands artistes que vous admirez dans votre dictionnaire.
F.Z : Oui, il y a des hommes et des femmes que j’aime. Il y a des femmes qui existent dans l’histoire et à qui je voulais rendre hommage. La Tunisie est moderne par ses artistes. Vous savez, on avait le meilleur théâtre du monde dans les années 1980/1990. Et moi je viens d’une région, le Kef, qui était vraiment le centre de l’art dramatique. On avait l’un des meilleurs cinémas – quand je dis ça, il faut revenir à l’histoire, ce n’est pas du tout subjectif. En tant que journaliste, j’ai suivi tout ce qui était évènement culturel pendant 20 ans. Et quelle que soit l’expression artistique ou littéraire, elle est toujours moderne en Tunisie. Elle va au-delà des frontières, elle mélange les choses. Férid Boughedir, par exemple, est le premier à mettre en scène une femme nue, à mettre en scène des choses que l’on n’avait jamais vues dans le cinéma arabe.
Il y a aussi quelqu’un que j’aime beaucoup, qui vient de ma région, et qui n’est peut-être pas très connu mais c’est un ami, et je le mets en valeur parce que dans cette région là, c’est l’homme à qui on se réfère pour tout l’histoire du nord-ouest de la Tunisie. Il s’appelle Mohammed Tlili, et c’est lui qui a fait en sorte que quand j’aborde dans ce dictionnaire un région, je ne le fais pas automatiquement comme historienne, ou comme géographe. Je le fais avec une forme de subjectivité. Par exemple quand j’aborde Tunis, je ne vais pas décrire Tunis, et c’est ça qui est extraordinaire dans le Dictionnaire amoureux, c’est cette approche là. Je ne connais pas beaucoup Tunis. Mais par contre, je peux vous raconter la légende des deux saints qui, il y a des siècles de là, se sont disputés. Et l’un d’eux a dit « si cela continue, je jette Tunis dans la mer », et l’autre lui a répondu « non s’il-te-plaît, garde la ». Voilà, je me suffis, c’est une légende et puis c’est tout.
Ma région par exemple, le Kef, je n’en parle pas beaucoup. Mais je parle d’un panneau d’indication, quand vous arrivez au Kef, où est indiqué « Casablanca, 2055km ». Les gens se demandent pourquoi cette mention, alors qu’il n’y a même pas l’indication des bourgs voisins. Et moi je réponds, parce que Monsieur Tlili m’en avait parlé, qu’il y avait au Kef un urbaniste qui était amoureux d’une marocaine. Il l’a épousée, elle est venue au Kef. Et pour lui faire croire que son pays était tout près, il lui a mis cette indication, comme quoi Casablanca était à côté. Voilà une ville qui commence par une histoire d’amour.
E.F : C’est un dictionnaire d’amoureuse que vous nous offrez, merci beaucoup Fawzia Zouari d’être venue jusqu’à nous.
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La percée de LFI au premier tour des municipales est un des principaux enseignements de ce scrutin, selon le constitutionnaliste et politologue Benjamin Morel, invité de la matinale de Radio Classique. Une poussée « intéressante » lorsqu’on considère que l’électorat de LFI est « plutôt abstentionniste aux élections locales ». L’autre leçon majeure de ces élections selon lui, est que désormais « le champ politique local n’échappe pas à la crise politique qui touche le pays ».
Benjamin Morel est Maître de conférence en Droit Public, Docteur en Sciences Politiques, Directeur du du conseil scientifique de Res Publicas. Il est l’auteur de Nos Communes – un avenir civique à réinventer aux éditions Terre à Terres Institut Terram/ éditions de l’Aube
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À Montfort-l’Amaury, Maurice Ravel achète une petite maison qu’il baptise « Le Belvédère ». Le nom promet un panorama, mais l’essentiel se joue à l’intérieur, avec un décor minutieusement composé, rempli d’objets insolites, d’astuces d’architecture et de manies d’ordre. Le lieu ressemble à son propriétaire : raffiné, secret, enfantin par endroits, et d’une précision presque maniaque. Plus qu’une résidence, le Belvédère devient une œuvre parallèle, un autoportrait en couloirs étroits et en vitrines tournantes.
Maurice Ravel partage son temps, à partir de 1921, entre Paris et cette maison de Montfort-l’Amaury. Rien d’un vaste domaine : tout y est petit, resserré, presque miniature. Les pièces sont minuscules, les couloirs étroits, les escaliers « de bateau » … L’ensemble paraît fait sur mesure pour son propriétaire, et la remarque prend un relief particulier quand on se souvient de sa petite taille (1,62 m) et du complexe qu’elle lui inspire. Ici, l’espace ne domine pas l’homme, il l’épouse.
Ce choix n’est pas seulement pratique. Il dit quelque chose d’un tempérament qui cherche la maîtrise, le contrôle du cadre, la possibilité de réduire le monde à une échelle gouvernable. Ravel quitte Paris pour être tranquille, pour être le moins dérangé possible. Le Belvédère devient alors une coquille, un refuge, mais aussi un filtre, un lieu où l’extérieur n’entre qu’à dose choisie.
Le cœur du lieu tient dans la façon dont Ravel le décore avec amour et le remplit d’objets insolites. Un véritable musée de curiosités puisque des estampes japonaises côtoient des oiseaux mécaniques par exemple. Le contraste amuse et intrigue : d’un côté, l’art délicat, cadré, silencieux ; de l’autre, la fantaisie technique, le mouvement, le jouet presque. Deux pôles qui se répondent et dessinent une esthétique mêlant précision, miniaturisation, goût du rare, et fascination pour les mécanismes.
Ravel ne se contente pas d’accumuler. Il compose. Il dessine, pièce par pièce, des papiers peints aux motifs étranges. Le détail est révélateur : la maison n’est pas seulement meublée, elle est orchestrée. Chaque espace devient un tableau, avec ses motifs, ses objets, son atmosphère. Le Belvédère fonctionne comme une partition d’intérieur : thèmes, variations, surprises.
L’élément le plus romanesque est cette trouvaille : un cagibi secret auquel on n’accède que par une vitrine tournante du salon. L’image a quelque chose de théâtral. Le salon, lieu de réception, affiche une vitrine, donc un espace fait pour montrer. Et dans ce dispositif de présentation, une rotation ouvre sur l’inverse exact : le caché, le repli, l’arrière-boutique. Le secret est littéralement encastré dans le décor.
Ce boyau garni de rayonnages devient le dépotoir de Ravel. Détail comique, presque tendre : derrière l’élégance, il reste un endroit où l’ordre se relâche, où l’on entasse, où l’on dissimule ce qui ne doit pas traîner. Le mécanisme sophistiqué finit par servir une fonction très humaine : préserver l’apparence impeccable.
Dans une petite pièce du fond, Ravel travaille sur un piano Érard. Particularité frappante car il tourne le dos au paysage pour des raisons d’éclairage. Le Belvédère s’appelle Belvédère, mais le compositeur compose sans regarder la vue. La maison n’est pas un balcon sur le monde, c’est un atelier.
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Sur ce poste de travail, un autre objet règne : le portrait de sa mère, en permanence sous les yeux. Le cabinet de curiosités n’est donc pas qu’un jeu décoratif, il abrite aussi une fidélité intime, silencieuse, qui structure l’espace mental autant que l’espace physique. Les objets insolites amusent, les mécanismes surprennent, mais le centre de gravité reste là, avec un intérieur construit pour travailler, se protéger, et tenir debout.
Franck Ferrand
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À l’occasion de la présentation du programme de la saison 2026/2027 du Bayerische Staatsoper, son directeur général Serge Dorny a annoncé le retour d’Anna Netrebko l’année prochaine. La soprano russo-autrichienne avait été bannie de l’institution munichoise en 2022 peu après le début de l’intervention militaire russe en Ukraine.
Ce week-end, Serge Dorny, directeur général de l’Opéra d’État de Bavière a présenté le programme de la saison 2026/2027, sa cinquième à la tête de l’institution. Accompagné de son directeur musical, Vladimir Jurowski, le patron du Bayerische Staatsoper a créé la surprise en annonçant notamment la présence d’Anna Netrebko pour un récital au début de l’été 2027 à Munich.
Mise à l’écart suite à l’intervention militaire russe en Ukraine la grande soprano russo-autrichienne va donc faire son retour dans la capitale bavaroise après cinq ans de bannissement. Dans un entretien accordé au quotidien local Abendzeitung (AZ), Serge Dorny a justifié cette décision : « Avec Vladimir Jurowski nous avons clairement pris parti pour l’Ukraine (…) En 2022, nous avons décidé de ne plus inviter Anna Netrebko. Depuis, la situation a évolué : elle ne se produit plus en Russie, elle a pris ses distances avec la guerre d’agression et elle a qualifié ses déclarations et ses actions antérieures ainsi que sa proximité avec le régime d’erreurs ».
C’est donc le 23 juin 2027 à 20h, accompagnée par le pianiste russe Pavel Nebolsin, qu’Anna Netrebko se produira au Théâtre national de Munich dans le cadre du Festival de l’Opéra d’État de Bavière. Une prestation qui sera certainement le point de départ d’une collaboration régulière avec la chanteuse puisque Serge Dorny a précisé que la cantatrice « sera également invitée pour des productions d’opéra à l’avenir ».
Le duo Anna Netrebko et Pavel Nebolsin qu’on pourra voir le 18 juin prochain en récital au Théâtre des Champs-Élysées.
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La saison 2026/2027 du Bayerische Staatsoper proposera dix créations d’opéra dont la fin du cycle wagnérien, initié en octobre 2025, avec les représentations de Siegfried et du Crépuscule des dieux, dans la mise en scène de Tobias Kratzer et dirigées par Vladimir Jurowski.
Une publication partagée par Bayerische Staatsoper (@bayerischestaatsoper)
Parmi les autres nouvelles productions, on retiendra celle de Maria Stuarda, l’opéra de Gaetano Donizetti avec les sopranos américaines Nadine Sierra puis Lisette Oropesa dans le rôle-titre. L’opéra italien sera particulièrement mis à l’honneur de cette nouvelle saison munichoise avec, notamment, les reprises de La Cenerentola de Gioachino Rossini, Un ballo in maschera de Giuseppe Verdi ou encore Tosca de Giacomo Puccini.
Philippe Gault
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En 1846, Clara Schumann note dans son journal une sentence qui claque comme une gifle : « Naturellement, cela reste toujours un travail de femme, auquel la force fait défaut et parfois l’invention. » Tout est là : le génie, l’épuisement, et l’intimidation sociale. Derrière la virtuose célébrée comme Chopin ou Liszt, se cache une artiste qui doute, s’excuse presque d’exister, et finit par sacrifier la composition pour survivre, au mariage, à la maternité, et à l’ombre d’un mythe nommé Robert Schumann.
La scène n’a rien d’un triomphe au Gewandhaus de Leipzig. Pas de bouquets, pas de rappels. Juste une page de journal, datée de 1846, et une compositrice qui vient d’achever l’une de ses œuvres les plus accomplies, le Trio pour piano, violon et violoncelle op. 17. Au lieu de célébrer l’exploit, Clara Schumann s’inflige une critique cinglante : ce serait un « travail de femme », donc forcément diminué. Cette phrase devient un pivot : elle révèle moins la valeur de la musique que la violence d’un siècle où l’artiste féminine doit d’abord s’excuser d’être artiste.
Car Clara sait ce que la musique lui procure. Elle l’écrit aussi : « Il n’est rien que je place au-dessus de la joie de produire. » Elle parle même de ces heures où l’on « ne respire plus qu’en des sons ». Et pourtant, la confiance ne suit pas. Pire : les préjugés ambiants finissent par s’installer à l’intérieur. En 1839, Clara tranche : « Une femme ne doit pas prétendre composer. Aucune n’a encore pu le faire. » La musicologue Janina Klassen y voit la mesure exacte de « l’intimidation sociale » : un talent immense, freiné non par manque d’idées, mais par excès de barrières.
À l’origine de la prodige, il y a un père : Friedrich Wieck, professeur de piano, stratège pédagogique, et metteur en scène d’un destin. Avant même la naissance de Clara (13 septembre 1819), il a décidé qu’elle serait une grande pianiste. Son programme est radical pour l’époque : pas de tâches domestiques, pas de mondanités inutiles, une discipline physique et mentale réglée comme une horloge.
Clara racontera plus tard, dans une lettre de 1882, une enfance sans bals, avec des promenades quotidiennes « pour fortifier les nerfs », et des horaires stricts : arrachée à toute société à 22 heures, ramenée à la maison. Deux heures de piano par jour dans l’enfance, trois ensuite. Une éducation jugée cruelle par certains, mais que Clara défend : ces « prétendues cruautés » lui ont donné une armure. Résultat : à 11 ans, premier concert public au Gewandhaus de Leipzig, critique enthousiaste, carrière lancée.
La rencontre avec Robert Schumann a lieu en 1827, année de la mort de Beethoven. Clara a 8 ans et demi, Robert approche 18. Deux Saxons aux cheveux clairs, au regard perdu, comme absents au monde. L’étrangeté magnétique de ce duo frappe : dix ans d’écart, un gouffre culturel, et pourtant une reconnaissance immédiate.
En 1835, après la création du concerto pour piano en la mineur de Clara (dirigé par Mendelssohn), Robert lui vole un baiser et lâche une phrase de roman : « Tu es mon plus ancien amour. » Le problème porte un nom : Wieck. Le père refuse le mariage, invoque l’argent, et lance une formule assassine : « Pouvez-vous imaginer ma Clara poussant un landau ? » L’ironie est mordante : l’homme qui a soustrait sa fille aux tâches ménagères redoute qu’un mariage ne la renvoie à la domesticité. Le couple finit par obtenir gain de cause au tribunal en septembre 1840.
La suite ressemble à un engrenage. Clara devient mère de huit enfants (quatre filles, quatre garçons) et subit deux fausses couches entre 1841 et 1854. Robert, lui, ne veut pas limiter les grossesses : « Les enfants sont une bénédiction. » La conséquence est brutale : la composition recule, la carrière d’interprète devient un refuge et une nécessité.
Après la tentative de suicide de Robert en 1854, puis sa mort en 1856, Clara n’a que 36 ans. Elle refuse l’aide financière, reprend les concerts, et se donne une mission : défendre une musique plus ambitieuse, lutter contre le déclin du goût, publier les lettres de jeunesse de Schumann, et participer avec Johannes Brahms à l’édition monumentale chez Breitkopf & Härtel. Brahms, ami fidèle, reçoit même la dédicace de la dernière composition de Clara, une romance en si mineur, à Noël 1856.
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Clara enseignera aussi, à partir de 1878, au Conservatoire près de Francfort. Son dernier concert a lieu en mars 1891. À sa mort en 1896, elle rejoint Robert à Bonn. Sur le monument, son nom n’est pas gravé sous celui de Schumann. Une phrase résume cette disparition organisée : « Il ne peut y avoir deux pierres sur une seule tombe. » Reste le paradoxe : effacée dans la pierre, Clara Schumann demeure, dans la musique, impossible à effacer.
Franck Ferrand
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La Symphonie n°39 de Mozart et la Symphonie n°4 « Romantique » de Bruckner par l’Orchestre de l’Opéra national de Paris dirigé par Marek Janowski, le Dixit Dominus de Haendel à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides et Le Dictateur de Chaplin en ciné-concert par l’Orchestre national de Lyon : découvrez la sélection Radio Classique des rendez-vous à ne pas manquer dans les prochains jours
L’Orchestre de l’Opéra national de Paris dirigé par Marek Janowski est l’invité de la Philharmonie de Paris dirigé par Marek Janowski. Au programme, l’antépénultième symphonie de Mozart, la Symphonie n°39 et la Symphonie n°4 « Romantique » de Bruckner.
Les Accents dirigés par Thibault Noally sont les invités du prochain concert organisé sous l’égide et avec le soutien du CIC dans le cadre de la Saison Musicale des Invalides. Cette soirée sera consacrée à Haendel, avec l’Ouverture HWV 336, la cantate sacrée Donna che in ciel et le Dixit Dominus qui sera interprété par la soprano Marlène Assayag, la mezzo-soprano Juliette Mey, la contralto Anthea Pichanick, le ténor Valerio Contaldo et la basse Adrien Fournaison. Ce concert sera diffusé sur Radio Classique le samedi 18 avril à 20 heures.
C’est l’un des grands films de Chaplin, Le Dictateur, que propose en ciné-concert l’Orchestre national de Lyon, sous la direction de Thimothy Brock. Dans ce film, sorti en 1940, Chaplin utlise ses popres musiques, mais aussi le Prélude de Lohengrin de Wagner ou La Danse hongroise n°5 de Brahms qui rythme la célèbre scène du barbier.
Jean-Michel Dhuez
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A l’occasion de la recréation de L’Avare de Gasparini, Vincent Dumestre sera, ce vendredi 13 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.
Après l’Uomo Femina de Galuppi, qui a connu un vif succès la saison dernière, Vincent Dumestre nous invite à découvrir un autre délicieux ouvrage oublié du 18ème siècle italien. Un intermezzo de Francesco Gasparini sur un livret d’Antonio Salvi, d’après L’Avare de Molière, qui fait ici l’objet d’une production absolument jubilatoire mise en scène par Théophile Gasselin, avec Eva Zaïcik, Victor Sicard, Serge Goubioud, Stefano Amori et les musiciens du Poème Harmonique.
Vincent Dumestre nous éclairera ce soir sur cet ouvrage appartenant à ce genre si particulier de l’intermezzo qui se donnait, à l’époque, au milieu de la représentation d’un opera seria pour distraire le public.
Un spectacle créé au Théâtre de Caen, à découvrir du 18 au 21 mars à l’Opéra de Rennes, du 9 au 18 avril au Théâtre de l’Athénée, le 29 avril à l’Opéra de Reims, les 5 et 6 mai à la Coursive de La Rochelle, le 13 mai à la Maison de la culture d’Amiens, du 5 au 7 juin à l’Opéra royal de Versailles puis les 12 et 14 juillet au Festival de Beaune.
Laure Mézan
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Alors que le conflit au Moyen-Orient entre dans sa troisième semaine, les pays concernés affichent leur soutien aux militaires engagés. Cette semaine, l’Orchestre National des Émirats Arabes Unis a donné à un concert en hommage aux « défenseurs de la nation ».
Lors de ce concert, donné mercredi à Abu Dhabi, capitale des Émirats Arabes Unis, l’Orchestre National (UAENO) a joué une œuvre spécifiquement adaptée pour l’occasion, à partir d’un poème écrit par le président Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, en l’honneur de ceux qui se consacrent à la protection de la nation et mis en musique par le compositeur Mohammed Al Ahmad.
Intitulé Rijal Wallah Rijl (Des hommes, par Dieu, de vrais hommes), cette œuvre originale fait référence à l’héritage et à l’unité du pays, avec des vers qui font l’éloge de ceux qui répondent à l’appel de la nation. Certains passages évoquent le courage face à l’adversité. Un vers notamment : « Dans la fournaise des épreuves, nous faisons appel aux hommes honorables, aux braves, aux vrais hommes », célèbre l’honneur du peuple émirati et la résilience.
Depuis le début de l’intervention israélo-américaine le samedi 28 février, les missiles tirés depuis l’Iran ont fait 6 morts et plus de 130 blessés à travers le pays.
En préambule de cette représentation symbolique, Cheikha Alia bint Khalid Al Qassimi, la directrice générale de l’Orchestre national des Émirats arabes unis, a déclaré : « L’Orchestre National des Émirats Arabes unis a pour mission de faire entendre la voix de la nation à travers la musique. Dans des moments comme celui-ci, cette mission revêt une importance particulière. Par ce concert, nous rendons hommage à celles et ceux qui protègent les Émirats arabes unis et offrons un témoignage de la fierté, de la résilience et de l’unité de notre pays ».
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Créé en 2025, l’Orchestre National des Émirats Arabes Unis réunit 70 musiciens et 30 chanteurs représentant 30 nationalités différentes. Lors de l’annonce de la création de la formation, le ministère des Affaires étrangères émirati a reçu près de 3200 candidatures de musiciens du monde entier. Son directeur musical est Amine Kouider, chef d’orchestre franco-algérien, ancien assistant de Valery Gergiev, et fondateur, en 1998, de l’Orchestre Philharmonique International de Paris.
L’UAENO s’est donné pour mission d’ »honorer l’héritage musical des Émirats Arabes Unis tout en embrassant le multiculturalisme moderne en développant un style et un son distinctifs qui reflètent la diversité culturelle du pays ». Avant l’exécution de cette variante adaptée au contexte actuel, la version originale de cette œuvre avait été interprétée, pour la première fois au Musée national Zayed en décembre 2025.
Philippe Gault
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Pour ces deux concerts donnés les 27 et 28 février dernier à l’Auditorium de Lyon, l’Orchestre national de Lyon dirigé par Nikolaj Szeps-Znaider avait invité Daniil Trifonov, l’un des pianistes les plus doués de sa génération.
Il a interprété le Concerto pour piano n°2 de Brahms. En première partie de ce concert vous pourrez entendre l’Adagio de la Symphonie n°10 de Mahler.
Cette soirée sera présentée par Laure Mézan. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Lyon et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB+.
Jean-Michel Dhuez
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Le Concerto pour violon n°2 de Mendelssohn était au programme du concert que l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine a donné le 26 février à l’Auditorium de Bordeaux sous la direction de Josef Swensen.
Considéré comme l’un des grands concertos pour violon du répertoire il était interprété par Marie-Astrid Hulot, supersoliste de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine. En seconde partie de soirée vous pourrez entendre la Symphonie n° 4 de Mahler. Il s’agit de l’un des symphonies avec voix de Mahler, en l’occurrence le célèbre lied Das Himmlische leben chanté par la soprano Michèle Bréant.
Ce concert sera présenté par Jean-Michel Dhuez. Vous pourrez l’écouter en qualité numérique à Bordeaux et dans de nombreuses autres villes de France grâce au DAB.
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