Un Dictionnaire » amoureux » de la solitude ? Comment pourrait-on être amoureux de la solitude ? Dans notre société moderne, tout pousse à se méfier d’elle, à la craindre comme un fléau. Marie Hennezel propose au contraire de l’apprivoiser, à défaut de l’aimer, et d’en faire une force. N’est-elle pas le moyen privilégié d’aller à la rencontre de soi-même ?
Élodie Fondacci s’est entretenue avec Marie de Hennezel.
Marie de Hennezel, bonjour. Vous êtes psychologue clinicienne, écrivain bien sûr, spécialiste du « bien-vieillir », pionnière des soins palliatifs… et vous publiez chez Plon, un magnifique Dictionnaire amoureux de la solitude empreint de profondeur, de bienveillance et d’empathie. Dans notre société, la solitude est quelque chose qui est presque considérée comme un fléau. Vous dites, au contraire, que c’est une chance. Que cette solitude, il faut la chérir. Qu’elle est le début de toute contemplation, de toute vie spirituelle et, même, de toute création.
Absolument. Je crois que l’on a une mauvaise image de la solitude, qui est effectivement vécue comme un fléau. On en a peur, on va tout faire pour la combler. Et en fait, c’est parce que l’on confond deux choses : on confond solitude et isolement. Mais c’est l’isolement qui est un fléau. L’isolement, c’est ne plus avoir de contact du tout. On a vu ce que c’était pendant la pandémie : 700 000 personnes ont été absolument sans aucun contact. L’isolement tue, donc c’est vraiment quelque chose contre lequel il faut lutter.
Mais la solitude, c’est tout autre chose. La solitude, c’est d’abord ontologique. C’est-à-dire que c’est propre à l’être humain. Comme dit Saint-John Perse : «
La solitude est au cœur de l’homme ». Nous sommes tous fondamentalement seuls. Nous sommes seuls devant la mort, nous sommes seuls devant les grandes questions que pose la vie. Personne ne peut vivre à notre place, personne ne peut mourir à notre place, personne ne peut répondre à toutes ces questions que nous nous posons. Nous sommes fondamentalement seuls. C’est ce qu’on appelle la solitude ontologique, essentielle, que nous avons tous en commun. Donc l’être humain, c’est un être qui est profondément seul et en même temps, nous sommes ensemble. Nous partageons cette solitude essentielle, cette haute solitude dont parlent les poètes. C’est vrai que les gens me font remarquer que le Dictionnaire amoureux de la solitude est un vrai paradoxe. « Amoureux de la solitude », comment peut-on être amoureux de la solitude ? Eh bien, j’ai cherché justement à montrer que cette solitude qui nous est propre, il faut que nous soyons amis avec elle, que nous en fassions une alliée, une force. Ces deux années d’écriture m’ont beaucoup fait réfléchir à la solitude, méditer sur la solitude. J’ai découvert qu’effectivement, c’est parce que nous sommes seuls que nous sommes aussi des êtres qui cherchons le contact, des êtres de lien, de relation. C’est parce que nous sommes seuls aussi que nous cherchons à créer. On voit bien que l’écriture, l’art, la poésie, la chanson émergent de cette acceptation de la solitude.
« La solitude fait peur, donc on ne la respecte pas. »
Une de vos entrées est le mot « Apprivoiser ». Comme dans Saint-Exupéry, le petit Prince avec le renard … Comment apprivoise-t-on la solitude ?
Il faut l’apprivoiser effectivement parce qu’elle nous fait peur. Tout dans notre société va dans le sens de cette peur. On ne supporte pas de voir un enfant seul sur sa chaise qui rêvasse. On va tout de suite lui dire : « Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul, sur ta chaise ? » On va lui donner tout de suite une tablette ou lui dire d’aller jouer avec les copains. C’est la même chose avec les personnes âgées. On va allumer systématiquement la télévision pour les distraire alors que la personne âgée va dire : « Mais laissez-moi tranquille, je suis bien avec mes souvenirs, je suis bien. J’ai besoin de mon imaginaire, je voyage dans ma tête. Laissez-moi tranquille… ». La solitude fait peur donc on ne la respecte pas.
Apprivoiser, ça veut dire qu’il faut s’en approcher et se dire, au fond, que ce n’est peut-être pas ce que nous pensons. C’est comme dans Le Petit Prince, effectivement. Alors, cet apprivoisement a évidemment beaucoup à voir avec ce « voyage vers l’intériorité » dont je parle beaucoup dans mes livres sur l’expérience de vieillir, puisque je pense que de plus en plus avec l’âge, on va vers l’homme intérieur, l’être intérieur. On découvre aussi qui on est. C’est donc un apprivoisement dans la mesure où je pense que ça ne se fait pas tout d’un coup. Je pense que ça se fait par étapes, ça se fait lentement. Je pense que beaucoup de choses contribuent à cet apprivoisement. C’est vrai qu’il y a des expériences qui nous font peur dans la vie, notamment l’expérience du deuil, cette solitude qui est, pour beaucoup d’entre nous, subie, car on perd un compagnon, on perd un conjoint de façon brutale et il va falloir justement, lentement, aller à la rencontre de soi-même et découvrir tout ce que permet la solitude.
« C’est parce que nous sommes seuls aussi que nous cherchons à créer. »
Vous citez beaucoup de poètes, d’écrivains ou de philosophe dans ce Dictionnaire, à commencer par Hannah Arendt qui dit en puissance qu’oser la solitude, c’est entretenir une conversation avec soi-même.
Oui, elle rappelle effectivement qu’en fait nous sommes « deux en un ». Il y a cette dichotomie intérieure. Nous sommes deux : il y a moi, et puis mon être intérieur. Nous dialoguons avec cet être intérieur. J’ai d’ailleurs écrit une entrée sur la voix intérieure. Donc, nous sommes deux et nous dialoguons avec cet autre qui est en moi. Et c’est à partir de là justement, que cet apprivoisement peut se faire.
La solitude selon vous, permet aussi d’aller à la rencontre du divin, quel que soit d’ailleurs le sens que l’on donne à ce mot. Vous n’évoquez pas spécialement la religion, mais vous vous citez plusieurs exemples de gens – ermites ou grands alpinistes – qui ont choisi la solitude, qui l’ont recherchée. La plupart disent qu’ils sont allés, par son biais, à la rencontre du Cosmos, de la Nature, en tout cas de quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.
Il y a un livre de Rilke qui s’appelle Sur Dieu. C’est très intéressant de voir la manière dont Rilke parle de Dieu. Il n’en parle pas du tout comme d’un Dieu extérieur qui manipulerait nos vies. Il en parle comme d’une présence intérieure. Et il dit « Je ne crois pas, mais je sens cette présence ». Moi, je me sens assez proche de cette définition de Rilke. Je pense qu’effectivement, plus on va à l’intérieur de soi, plus on apprivoise sa solitude et plus on peut sentir vraiment une présence très palpable, comme le dit Rilke. Je crois que c’est ce que cherchent les ermites, les gens qui vont dans le désert, ou ceux qui choisissent de s’isoler pendant un temps, de faire une retraite. C’est ce que j’appelle « les voyages de l’âme », « les retraites de l’âme ». Des personnes qui cherchent un endroit solitaire pour pouvoir justement être à l’écoute de cette présence interne. On est là dans une spiritualité qui n’a rien de dogmatique, qui n’est en rien une obéissance à des préceptes qui seraient extérieurs à nous. C’est, au contraire, une écoute très profonde de ce dialogue interne, avec cette présence divine à l’intérieur de soi.
Vous dites également, – en vous appuyant à nouveau sur Rilke- , que la solitude est le fondement du couple. Et c’est très intéressant car contre-intuitif ! Quand on pense couple, on pense trop souvent fusion, ce qui est pour vous une erreur totale. Être un couple qui marche, un couple qui vieillit ensemble de façon harmonieuse, c’est au contraire respecter la solitude de l’autre. Sans solitude, pas d’amour ?
C’est ça. Il y a deux personnes qui parlent très bien de cela. Jacqueline Kelen d’abord, qui dit que le couple, ce n’est pas du tout deux boas enlacés ! Elle fustige cet amour possessif où on a besoin absolument de l’autre en permanence, où on ne peut rien faire sans l’autre. Elle parle d’un autre couple dans lequel, effectivement, chacun est seul et assume sa solitude essentielle. Rilke a également une superbe phrase. Il parle de « deux solitudes qui se protègent, se complètent, se limitent et s’inclinent l’une vers l’autre ». Superbe phrase de Rilke ! Ainsi, quand un couple a apprivoisé sa solitude, il a toutes les chances de ne pas être dans un amour possessif mais dans un amour respectueux de soi, de l’autre. Et ce sont des couples qui, justement, peuvent accepter que l’autre soit différent, que l’autre vive ce qu’il a besoin de vivre aussi. Il y a un très joli livre aussi que je cite dans l’entrée « Couple » : Le Goût de la Vie Commune de Claude Habib. Elle parle justement de ces couples qui peuvent s’ennuyer ensemble, qui peuvent rester ensemble sans forcément se parler, mais où chacun rêve, chacun est dans son monde. Or, ces mondes se communiquent intérieurement. Elle ajoute qu’il n’y a rien de plus joyeux que de passer une journée côte à côte sans se parler. Et puis, tout d’un coup, on pense à l’autre et l’autre le sent et vient déposer un baiser sur votre cou. Et on se dit : « Tiens, il a senti… Il était en communication intérieure avec moi. ». Elle parle ainsi de ces couples, de cette connivence douce, de cette complicité, qui est vraiment le ciment du couple.
Est-ce que vous pensez que notre peur de la solitude est liée au fait que dans nos sociétés occidentales, la mort soit un tabou ?
Oui. Je pense que l’on a beaucoup de mal à parler du tabou de la mort et du fait que ce destin nous est commun à tous. On a beaucoup de mal à échanger avec les autres. Alors, c’est vrai qu’on est effectivement très seul devant la mort, devant cette question-là. Or, je pense que mettre des mots sur cette réalité, permettre à l’autre aussi de mettre des mots dessus, c’est ce qui va permettre peut-être, justement, – alors même que nous sommes profondément seuls -, de pouvoir échanger, de pouvoir partager quelque chose de cette réalité qui nous est commune. Oui, le déni de la mort et le tabou de la mort sont pour beaucoup dans cette incapacité à mettre des mots. Moi, en tant que psychologue, je me dis que c’est ça le plus important. Par exemple, des personnes endeuillées seraient beaucoup moins seules si on était capables de venir les voir et d’oser mettre des mots sur la réalité de ce que vit l’autre, l’inviter à en parler. Il y a ce silence, ce silence sur la mort qui est quelque chose de terrible et qui, paradoxalement, isole. C’est là que l’on voit que ce tabou de la mort isole alors même que nous pourrions simplement nous dire que nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes face à cette mort. Cette mort qui est notre destin à tous, contre laquelle nous ne pouvons rien. Nous sommes tous en question devant elle, alors parlons-nous, échangeons !
Vous avez été une des pionnières des soins palliatifs : la première psychologue de la première unité française de soins palliatifs. C’est une expérience qui, évidemment, vous a marquée durablement et est à l’origine de toute votre réflexion. Les patients de ces unités sont des gens qui sont en fin de vie, qu’on ne peut pas sauver. Tout le monde le sait, les médecins, les soignants, les patients, eux-mêmes. On se confronte donc à un moment d’ultime solitude. Et pourtant, ce sont des expériences extraordinaires.
C’est vrai, c’est un moment d’ultime solitude. Et en même temps, c’est un moment où des personnes, pour pouvoir mourir, pour pouvoir lâcher leur corps, ont besoin d’un contact et d’un contact tactile. Car chacun d’entre nous, au début de notre existence, dans le ventre de notre mère, dans le giron de notre mère, était entouré du liquide amniotique : nous étions balancés par le rythme de notre mère. La peau, qui est l’organe du contact, est d’ailleurs le premier organe qui se développe dans l’embryogénèse. Nous avons été entourés. J’ai observé dans mon expérience, pendant dix ans, en parlant avec les soignants, que des personnes pouvaient lâcher leur corps après un contact. Un contact qui est évidemment un contact entourant. Cela peut être limité à deux mains qui se tiennent, mais c’est un contact tactile qui fait que la personne peut retrouver le chemin de ce qu’elle a vécu au tout début de son existence, où elle était en sécurité. Et pour mourir, on a besoin de retrouver cette sécurité. Certes, il y a aussi beaucoup de personnes qui choisissent le moment où tout le monde est parti pour mourir. Car on a besoin aussi de sentir que l’on n’est pas raccrochés par les autres, de se sentir libre de partir. Mais ces personnes ont été accompagnées. Elles ont, dans les jours qui précèdent, dans les moments qui précèdent, senti cet entourage. Et donc, elles peuvent partir. Je trouve que c’est très important cette question du contact, du contact tactile dont on parle peu. On est dans un monde dans lequel on touche pour être dans l’emprise. On touche les corps comme s’ils étaient des objets. On ne se rend pas compte que lorsque l’on pose sa main sur la main de quelqu’un d’autre ou sur une partie du corps de quelqu’un, on établit un contact qui, par des chemins très subtils, va le rassurer.
« (…) le tabou de la mort isole alors même que nous pourrions simplement nous dire que nous sommes tous dans le même bateau, nous sommes tous face à cette mort. »
D’où cette expérience extrêmement traumatisante et collective qu’a été le confinement. Il y a des centaines de personnes qui sont parties sans adieu. Et vous dites que c’est quelque chose qui continue à peser aujourd’hui.
J’ai écrit un livre à ce sujet : L’adieu interdit. Un cri de colère contre ces mesures sanitaires qui ont effectivement introduit une rupture anthropologique. Jamais dans l’histoire de l’humanité, une décision politique n’a empêché quelqu’un de venir dire au revoir à un mourant. On est parfois empêchés pour mille raisons, mais qu’une décision politique vous empêche d’aller prendre dans vos bras un parent qui va mourir, c’est quelque chose d’inacceptable. Il y a eu là une dramatique. À la fois de celui qui mourait sans pouvoir rencontrer le regard de ses proches et leur dire une dernière parole, et à la fois la solitude des endeuillés. Comme vous le dites, aujourd’hui vous avez 100 000 personnes qui vivent des deuils quasiment impossibles car il y a eu cette violence, – violence de cet interdit, interdit de visite, interdit de venir dire au revoir -, et cette culpabilité aussi. Comment ai-je pu ne pas tambouriner à la porte, obliger les gens de l’hôpital ou de l’EHPAD à me laisser rentrer ? Je sais que des gens ont osé forcer la porte et qu’ils ont réussi à pouvoir dire au revoir. Tous les autres, qui n’ont pas osé, se culpabilisent, bien sûr. Là, on touche vraiment du doigt cette solitude, qui est une solitude terrible. Dans ce livre, j’ai écrit une lettre aux endeuillés en les invitant à faire des rituels, même des années plus tard. Chacun doit inventer son rituel, mais il faut toujours une organisation de symboles. Il faut choisir le lieu, choisir le temps. Est-ce qu’on met la photo ? Est-ce qu’on met une bougie ? Est-ce qu’on met une fleur ? Qu’est-ce qui fait du sens ? Et puis, s’adresser enfin à la personne à qui on n’a pas pu dire au revoir, lui dire tout ce qu’on aurait aimé lui dire, faire ce qu’on aurait aimé faire. Ces rituels sont très réparateurs.
Votre dictionnaire amoureux est aussi traversé par une réflexion profonde sur ce que vous appelez le « bien-vieillir ». Aujourd’hui, on vieillit souvent seul, souvent dans des EHPAD, qui n’ont pas bonne presse. Et pour cause, ce sont souvent des lieux d’intense solitude. Il y a d’autres possibilités, notamment d’habitat collectif, pour vieillir différemment ?
J’ai mis dans ce Dictionnaire une entrée intitulée « béguinage solidaire ». Car j’ai écrit un livre avec le fondateur du béguinage solidaire qui s’appelle « Vieillir solidaire, seul et ensemble ». Ce béguinage solidaire, ce sont des petits habitats à taille humaine, groupés. C’est au fond ce dont toute ma génération rêve : pouvoir être vraiment chez soi, dans un logement chez soi, et en même temps, ensemble. C’est-à-dire partager avec d’autres des activités qui sont choisies. D’ailleurs, dans ces béguinages solidaires, ce sont les futurs habitants qui choisissent ce qu’ils vont partager ensemble : jardinage, cuisine, méditation, lecture de livres… c’est leur choix. Il n’y a donc pas d’isolement. Ce sont vraiment les lieux dans lesquels on peut respecter sa solitude puisqu’on est chez soi, seul. Et si on a besoin de solitude, c’est respecté sans pour autant que l’on soit isolé. Et puis, ce que j’ai découvert aussi, et qui est rarissime, c’est que les gens qui vivent là s’engagent à l’avance à être solidaires. Si l’un d’entre eux tombe malade, perd son autonomie, ou même est mourant, ils disent évidemment qu’il faudra faire appel aux soins à domicile, à l’hospitalisation à domicile, ou aux soins palliatifs à domicile…- mais qu’ils assumeront à tour de rôle tout ce qui concerne l’accompagnement humain. Je n’ai jamais entendu ça. Jamais. J’ai seulement lu ça quand je me suis intéressée au vieillissement au Japon. J’ai vu qu’il y avait des communautés de centenaires ou de huit centenaires, qu’on appelle les « moai », qui ont un contrat de solidarité entre eux, un contrat de non-abandon qui est même un contrat de solidarité financier. On n’en est pas encore là, en France mais j’ai entendu dire que c’est en voie de le devenir. Il y a dans ces habitants des personnes qui ont plus de moyens que d’autres. Ils n’imaginent pas que l’un de la petite communauté, qui soit plus pauvre, puisse ne pas rester pour des raisons financières. Il y a ainsi des personnes qui sont prêtes à compenser.
Une dernière question Marie de Hennezel. On doit évidemment beaucoup vous la poser en ce moment. Ces jours-ci sont examinées deux propositions de loi : l’une sur les soins palliatifs, l’autre sur l’aide à mourir. Vous mettez en garde les pouvoir publics sur le risque que vous appelez le risque de « l’auto-effacement ». Vous avez peur qu’une loi mal encadrée pousse certaines personnes âgées, tout simplement, à « s’auto-effacer », par « courtoisie », et à choisir de mourir pour arranger tout le monde ?
C’est ça, par « élégance ». C’est ce que j’entends quand je suis sur le terrain. Il faut savoir que je suis à l’écoute de personnes de 80 à 100 ans depuis une quinzaine d’années et que j’entends leur crainte. Ces personnes me disent que ce qui protège actuellement, c’est justement le Code pénal qui interdit de tuer. Elles se tiennent très au courant de l’évolution de la loi. Elles savent que ça va sauter, qu’il va y avoir une modification du Code pénal. Elles se disent que le jour où on pourra effectivement décider de nous donner la mort, – si nous nous plaignons, si nous avons un moment de dépression, si nous nous posons la question de notre utilité, peut-être du poids que nous faisons peser, du fardeau que nous représentons pour la société…- nous serons peut-être poussés à nous auto-effacer. Effectivement, ce peut être une pression sociétale, mais ce peut être aussi une pression familiale. On sait que toutes les familles ne sont pas des familles très solidaires. Je le constate malheureusement. Des héritiers pressés pourraient très bien faire comprendre à la personne qu’elle a eu sa vie et que les enfants, les petits-enfants ont des vies difficiles, ce qui est sans doute vrai aussi. Au fond, la vente d’une maison ou d’un appartement arrangerait tout le monde. Ces personnes ont donc conscience de cela. Je parle ainsi vraiment là de personnes qui pourraient même décider. La pression peut être subtile. On peut faire comprendre à quelqu’un que ce serait au fond, un acte de générosité ou de pouvoir de décider de sa propre mort et demander l’euthanasie ou le suicide assisté.
Merci Marie de Hennezel. Ce Dictionnaire amoureux de la solitude, on le voit soulève beaucoup de questions, spirituelles, éthiques, profondes… Merci d’être venue nous en parler.
Le Dictionnaire amoureux de la solitude, publié chez PLON par Marie de Hennezel.
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