Avant de devenir l’un des pères de la police moderne, Eugène François Vidocq fut voleur, faussaire, évadé et bagnard. Son incroyable parcours débute dans la boulangerie de ses parents à Arras, pour se transformer, au fil des évasions et des infiltrations, en une vie digne des plus grands romans.
Arras, hiver 1790. Un adolescent de 14 ans s’introduit discrètement dans une boulangerie. Il fracture la caisse, vole l’argenterie, et s’empare de tout ce qu’il pouvait avant de prendre la fuite en criant : « À moi l’Amérique ! »
Ce jeune voleur n’est autre que Eugène François Vidocq. Et la boulangerie qu’il dévalise n’est pas n’importe laquelle : c’est celle de ses parents. Dans son quartier, il jouit déjà d’une forte réputation, on le surnomme Vautrin, qui signifie sanglier, en flamand. Ce garçon robuste et bagarreur n’en est pas à son premier coup. Son père l’a déjà envoyé en maison de correction. Il a donc fréquenté la prison de Lille.
En fuyant pour l’Amérique, il va s’arrêter dès le premier soir en Belgique. Après s’être saoulé dans un troquet d’Ostende, il se réveille au petit matin sans aucun signe de son butin à l’horizon. On le lui a volé. Ne sachant plus quoi faire le jeune homme va connaître plusieurs mois de survie, de débrouille, puis, un jour, il s’engage dans l’armée française révolutionnaire. En 1792, on voit Vidocq sur le champ de bataille de Valmy. Il fait même partie de ceux qui crient « vive la nation ! ». Il n’en reste pas moins indiscipliné qu’avant. Dans tous les régiments où il passe, il sème la zizanie.
Une vie de fugitif
On le voit provoquer des duels. Il tue d’ailleurs deux hommes dans ces circonstances. Il finit par déserter et retourne sur la mauvaise pente. Il rejoint alors l’« armée roulante », une bande de faux soldats qui vivent de réquisitions. Surnommé « chauffeurs du Nord », ce sont des bandits qui torturent les paysans pour leur soutirer leurs maigres économies.
Face à cette violence, Vidocq, jeune homme intelligent, semble avoir une prise de conscience. Il tente de se ranger à Lille. Le jeune Vidocq a maintenant 20 ans et tombe amoureux d’une certaine Francine. Mais un soir, alors qu’ils s’étaient donné rendez-vous à un bal, le jeune homme va trouver sa chère et tendre au bras d’un officier. Vidocq voit rouge et, par excès de jalousie, frappe l’officier. Les policiers doivent les séparer et il est de nouveau incarcéré.
Vidocq n’a qu’une idée, s’enfuir…
Le voilà de nouveau en prison à Lille, comme lorsqu’il avait 14 ans. Là-bas, il fréquente des faussaires, participe à une évasion, puis s’évade lui-même, déguisé en contrôleur de prison. L’épisode, spectaculaire, se termine par une nouvelle arrestation. Condamné à huit ans de bagne à Brest, il rejoint les galères. Il a la tête rasée, il est vêtu du bonnet rouge infâmant, il a une casaque jaune ou bien voyante, et il est ferré nuit et jour. En plus ils ont pour mission de désinfecter les navires contaminés par le typhus. Les conditions sont terribles.
Vidocq n’a qu’une idée, c’est de s’enfuir. En six semaines, il parvient à récupérer des habits, une perruque et à acheter le silence de son codétenu. Il s’évade à nouveau, déguisé tantôt en marin, tantôt en religieuse, et finit par refaire surface à Paris. Pendant dix ans, Vidocq vit dans la clandestinité, à Versailles, où il tient un commerce de toiles. Mais en 1809, dénoncé, il est arrêté et enfermé à Bicêtre.
Derrière les barreaux Vidocq devient policier
Plutôt que de retourner au bagne, il propose un marché au commissaire Jean Henry, chef de la division anti-banditisme : devenir indicateur depuis sa cellule. Jean Henry, aussi surnommé l’ange malin, figure majeure de la nouvelle police moderne indépendante, comprend vite le potentiel de Vidocq : un délinquant rusé, sans crime de sang, à la mémoire redoutable et parfaitement infiltré dans les milieux criminels.
Il vole un basson de 20.000 euros mais commet une erreur majeure qui conduit à son arrestation
Il est incarcéré dans la prison du Marais dans laquelle il joue plusieurs rôles. Il se fait passer pour un assassin. Grâce à son sens du théâtre, il gagne la confiance des autres détenus, récolte leurs confidences, identifie les complices, repère les fausses identités. Il transmet toutes ces informations au commissaire Henry lors de faux interrogatoires.
Convaincu, celui-ci l’envoie ensuite infiltrer la pègre parisienne. Vidocq « s’évade » avec la bénédiction des autorités : une mission sous couverture qui marque le début de sa métamorphose. De bagnard à traqueur de criminels, Vidocq pose alors les premiers jalons de ce que deviendra la police judiciaire moderne.
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Cet article Vidocq : L’incroyable parcours d’un criminel qui a révolutionné la police moderne est apparu en premier sur Radio Classique.