Esther Abrami sort son nouvel album intitulé Women. Véritable voyage à travers les siècles, c’est aussi une ode aux compositrices oubliées. Invitée du Journal du Classique, elle dévoile les coulisses de la création de son album et revient sur son parcours.
Votre album, Women, déjà le 3ᵉ, est sorti il y a quelques jours. Il rassemble une quinzaine d’œuvres de différentes compositrices. Est-ce que jouer des compositrices méconnues, c’est le principe du programme que vous avez bâti ?
On part du Moyen Âge pour aller jusqu’à aujourd’hui avec des compositrices qu’on ne connaît principalement pas. C’est une découverte ! Faire cet album, ça a été une aventure assez incroyable, extrêmement intéressante et aussi prenante ! Il y a certaines compositrices qui ont un lien avec l’Angleterre ou l’Irlande et ayant vécu et ayant étudié là-bas, c’est comme ça que j’ai commencé à les connaître. Il y a aussi eu un moment où j’ai cherché un concerto pour violon écrit par une femme. J’ai mis beaucoup de temps à le trouver ! Je me suis retrouvée vraiment dans des playlists YouTube de morceaux inconnus. Mais je ne suis pas arrivée là toute seule : cet album, il existe aussi avec toutes les recherches et les articles qu’ont fait d’autres personnes auparavant !
Vous dites « c’est un voyage à travers les siècles raconté par celles qui ont vécu, combattu et créé par vents et marées ». C’est la colonne vertébrale de votre disque et de votre façon aussi d’aborder la musique classique ?
C’est vrai ! Je trouve que c’est toujours très intéressant de raconter les histoires des compositeurs et des compositrices. Les anecdotes c’est souvent la seule chose dont les gens se rappelle ! Ensuite ils n’écoutent pas la musique de la même façon !
Votre grand-mère était violoniste ?
Je l’ai connu. Ça a été la première, à me mettre un violon dans les mains quand j’avais 3 ans. Elle m’a donné son petit violon, son 8e sur lequel elle a joué. Ce jour-là je pense qu’elle ne s’est pas imaginé que je deviendrais violoniste !
Vous avez poursuivi vos études en Grande-Bretagne. Pourquoi ce choix ?
A 14 ans j’ai fini le conservatoire d’Aix-en-Provence et dans ma classe au collège, personne ne voulait faire de la musique alors je me sentais seule. On a donc demandé autour de nous et on a appris qu’il y avait des écoles en Angleterre spécialisées en musique. J’ai auditionné là-bas, et j’ai été prise ! Je suis donc partie toute seule en ne parlant pas un mot d’anglais !
Vous dites que, la compositrice du 19 ème siècle et Pauline Viardot, et aussi présente dans votre album, a été une « influenceuse » ?
Cela m’est venu quand j’essayais de trouver des adjectifs pour décrire toutes ces compositrices. Tout le monde connaissait Pauline Viardot dans le monde de la culture à l’époque.
Pauline Viardot une influenceuse avant l’heure ?
Grâce à son influence elle a réussi à faire programmer certains compositeurs en qui elle croyait !
Qu’est-ce qui vous a donner envie de montrer la musique classique ?
C’est vraiment venu d’un moment de solitude. Quand j’étais au Royal College of Music, c’était dur, je travaillais énormément et je me suis sentie très seule, enfermée dans ma salle de travail toute la journée. J’ai vu des gens qui partageaient plein de choses sur Instagram. Quand j’ai commencé, il n’y avait vraiment personne dans la musique. Alors j’ai posté ma première vidéo. Et les gens ont adoré ! Ça m’a encouragé à continuer et ça a touché des personnes partout dans le monde et de pleins d’univers différents.
Vous dites que vous avez « réussi à faire connaître et aimer la musique classique à des jeunes qui n’en avaient jamais écouté auparavant ». C’est bien une mission réussie ?
Beaucoup de spectateur me disent que c’est la première fois qu’ils viennent à mes concerts et qu’ils écoutent ce style de musique.
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Je suis aussi de plus en plus surprise de voir le nombre de petites filles et de jeunes filles qui viennent à mes concerts et qui suivent ce que je fais ! Donc oui c’est réussi !
Vous dites également qu’« on dit parfois que je dépoussière la musique classique. Il faut savoir que la musique classique n’a rien de poussiéreux. » Que représente la musique pour vous ?
La musique classique, c’est l’amour de ma vie ! Et pour revenir à la citation, je n’essaie pas de changer la musique, qui est incroyable, mais plutôt l’image qu’on peut s’en faire. Elle peut nous faire ressentir des choses très profondes.
Du classique à l’Olympia
C’est d’ailleurs qui m’a donné envie de devenir musicienne, ce pouvoir de faire revenir des souvenirs extrêmement intime à des personnes que l’on ne connaît pas.
Vous serez à l’Olympia en préparation le 23 novembre à Paris. Ce n’est pas du tout une salle de musique classique, et ce n’est pas un public de musique classique. Quel programme allez-vous proposer ?
Ce sera celui du dernier album, Women. Il y aura quand même quelques morceaux des albums précédents. Je serais accompagnée par l’Orchestre de Chambre de Toulouse et nous aurons quelques invitées surprises pendant le concert ! Ce n’est pas une salle classique, mais c’est une salle mythique ! J’ai trouvé ça assez intéressant d’amener du classique dans cette salle.
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