Violiste, chef de chœur et chef d’orchestre, on ne présente plus le célèbre Jordi Savall. Avec 60 ans de carrière derrière lui, ce musicien chevronné se produit ce soir à la Philharmonie de Paris. Il dirige l’orchestre qu’il a créé il y a 36 ans : le Concert des Nations. Invité de la matinale, il revient sur son concert événement et se livre sur l’importance de la musique dans le monde actuel.
Avec des distinctions internationales, plusieurs ensembles et orchestres créés et un César de la meilleure musique pour Tous les matins du monde d’Alain Corneau, Jordi Savall possède un réel palmarès. De toutes ces expériences, il en a tiré une leçon : « J’ai toujours été convaincu que pour arriver à comprendre une musique, il faut faire le chemin que les musiciens de l’époque ont fait. Comprendre la musique, c’est à la fois un parcours et une transmission. »
D’après le chef d’orchestre, pour commencer ce parcours, il faut se plonger dans l’œuvre : « Je pense que chaque musique a quelque chose à nous dire et si on entre dans la musique et qu’on a une expérience, on peut saisir très vite quels sont les éléments essentiels. »
Jordi Savall aime ressusciter des instruments anciens pour donner l’interprétation la plus authentique possible : « Ces instruments avec lesquels on va jouer ce soir à la philharmonie, ce sont les instruments auxquels Schumann a pensé quand il a composé la musique, comme des violons en bois véritable qu’on ne voit plus du tout dans les orchestres aujourd’hui. »
La musique : un symbole de paix et de transmission
« Ce qui est le plus grave aujourd’hui, c’est qu’on est habitué à l’horreur. » Visage central d’un documentaire d’il y a 10 ans intitulé Jordi Savall, musicien de la paix, le violiste a toujours eu une réelle réflexion sur les conflits : « Je pense que c’est très grave que l’on continue à vivre normalement et que personne ne fasse un geste décisif pour arrêter le massacre à Gaza, pour arrêter le massacre d’innocents en Ukraine et dans beaucoup d’autres pays. »
C’est pour ça qu’il y a 10 ans, pour délivrer ce message de paix, Jordi Savall a lancé le projet Orpheus XXI : « J’ai réuni des musiciens émigrés et je les ai aidés à faire de la musique et à trouver un chemin. On ne peut pas sauver le monde, mais si chacun fait de son mieux pour la paix, le monde peut aller mieux. »
Dans cette ère où la technologie prend une place importante, Jordi Savall rappelle l’importance de l’apprentissage de la musique, il vous suffit de chanter : « La première chose clé pour avoir accès à la musique, c’est d’avoir des parents qui chantent pour vous. Comme pour n’importe quelle langue, si on a un père ou une mère qui la parle, vous l’apprenez ! » Au-delà de l’enrichissement culturel, c’est une véritable leçon de vie : « Une berceuse chantée par la mère, même si elle n’est pas juste, donne à l’enfant la transmission de l’amour et c’est ça qui compte ! Car quand on fait de la musique, on transmet de l’amour. »
Être chef d’orchestre, c’est trouver son tempo
« Quand je dirige, je sais exactement comment je veux qu’une mélodie soit chantée, et comment un instrument doit être articulé. » Pour en arriver là, le chef d’orchestre a commencé à apprendre depuis son plus jeune âge : « Pendant les 4 premières années de ma vie, j’entendais plus ma mère chanter que parler. C’est ça qui m’a fait développer cette capacité d’écouter la musique et de l’imaginer. »
En tant que conducteur, il doit aussi veiller à avoir une équipe homogène. Aujourd’hui à la tête de l’orchestre Le Concert des Nations, il met un point d’orgue à la parité au sein du groupe : « Notre orchestre est toujours composé de 50 % de femmes et 50 % d’hommes. Et une autre des clés de notre qualité musicale, c’est aussi l’enthousiasme des jeunes. »
Avec un groupe dynamique, intergénérationnel et en constant renouvellement de nouveaux talents, Jordi Savall devait trouver sa place. Il a réussi à s’imposer, par la manière douce : « l’autorité qu’on a, elle est donnée par les musiciens. Ça ne vient pas de la force que j’ai comme chef, c’est l’acceptation des musiciens qui me respectent et qui croient en moi. »
Jordi Savall met sa musique au service du cinéma et de l’architecture
À 84 ans, Jordi Savall compte bien poursuivre encore sa carrière : « Quand je vois l’effet de la musique sur les personnes, c’est ça qui m’encourage à continuer. Elle est à la fois un plaisir, mais aussi un remède, donc pouvoir encore en faire, c’est un grand privilège. » Reconnu par toute la profession, le Philharmonique de Berlin a décidé de lui rendre hommage la saison prochaine.
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