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A l’occasion de la publication de son enregistrement du concerto pour violoncelle de Dvorak, Raphaël Jouan sera, ce mercredi 4 mars à 20h, l’invité du Journal du Classique.
C’est avec le concerto de Dvorak, l’un des plus emblématiques et des plus vertigineux du répertoire romantique pour violoncelle, que Raphaël Jouan a choisi de faire ses débuts au disque en concerto. Un album sorti chez La dolce volta dans lequel le jeune musicien est accompagné par David Reiland et les musiciens de l’orchestre national de Metz Grand Est.
Raphaël Jouan nous racontera ce soir la conception et l’enregistrement de cet album qui marque une étape importante de sa carrière, d’autant que ses propres parents, membres de l’orchestre, jouaient à ses côtés.
Il redonnera ce concerto de Dvorak en concert avec ces mêmes musiciens et leur chef le 13 mars à Sarrebruck, le 14 à Metz puis du 17 au 20 en tournée dans la région Lorraine. Il sera ensuite le 9 avril à la salle Gaveau avec l’orchestre Colonne.
Laure Mézan
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Sensible, curieuse de tous les répertoires, Alizé Léhon, troisième prix du concours international La Maestra remporté cette année par Mojca Lavrenčič (Slovénie), est une jeune cheffe d’orchestre engagée, bientôt récompensée aux Victoires de la musique classique.
« C’est une belle reconnaissance de mon parcours, de ma formation » et « un encouragement aussi » pour la suite, l’artiste de 27 ans, arrivée 3e samedi à La Maestra, le grand concours international auquel ont postulé 225 candidates et qui a pour objectif d’aider à la féminisation des pupitres dans un univers encore loin de la parité.
Ce prix lui offre un accompagnement professionnel pendant deux ans, détaille-t-elle: poste de cheffe assistante lors de concerts avec des orchestres prestigieux, contacts professionnels, masterclass, aide à un enregistrement… Alizé Léhon est aussi nommée parmi les « révélations » des Victoires de la musique classique qui récompenseront le 20 mars à Brest musiciens, chanteurs lyriques et maestros, en devenir ou déjà accomplis. Sans concurrent dans cette catégorie, elle est assurée d’obtenir un trophée.
Née à La Ciotat (13) dans une famille non musicienne, Alizé Léhon, qui a joué du violon à l’âge de 3 ans puis du piano à 9 ans, s’est formée au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), dans la classe du chef d’orchestre Alain Altinoglu, après de premiers cours de direction au Conservatoire de Montpellier. Elle apprécie particulièrement le compositeur Igor Stravinsky et « la musique française de Poulenc, Ravel, Debussy, Fauré« , mais est curieuse de tous les répertoires.
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La jeune cheffe d’orchestre a ainsi dirigé les spectacles Aznavour Symphonique, Piaf symphonique et sera à la baguette, l’hiver prochain, pour une partie des représentations des Misérables au Théâtre du Châtelet à Paris. Avec un jeu calme, sans geste ostentatoire, elle défend une direction d’orchestre horizontale, « collaborative et respectueuse, au service des musiciens« . La cheffe Claire Gibault, co-fondatrice et co-directrice de La Maestra, loue sa « sensibilité, son humilité, la finesse de sa personnalité. Avec l’expérience et les années, je suis sûre qu’elle va éclore. Elle sera très émouvant« .
Artiste engagée, Alizé Léhon a consacré son mémoire de master à la musique en milieu carcéral. En janvier 2025, elle fait entrer un orchestre amateur de 30 musiciens à la prison de la Santé de Paris, « une sacrée aventure ». Les détenus, « c’est un public empêché dont on parle très peu et c’est un milieu qui fait moins l’objet d’actions culturelles musicales que les Ehpad, les hôpitaux psychiatriques ou les écoles », constate la musicienne, soucieuse de partager des valeurs comme « l’écoute », « le respect » et le fait d’« être ensemble ».
La jeune maestra termine par ailleurs un mandat de trois ans à la tête de l’orchestre Démos de Metz, un programme qui permet aux enfants de quartiers prioritaires de jouer en orchestre. Ensuite, celle qui est actuellement cheffe assistante de l’Orchestre national d’Île-de-France pour deux saisons sera aussi l’an prochain directrice musicale de l’académie d’orchestres ADO de l’Opéra de Paris, tout en poursuivant ses collaborations en tant que cheffe invitée, avec des maisons d’opéra françaises ou encore en Suisse.
Philippe Gault (avec AFP)
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Au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron, mardi 3 mars, abordant la guerre en Iran après les frappes américano-israéliennes et ses répercussions régionales comme internationales, Emmanuelle Galichet, enseignante-chercheuse en sciences et technologies nucléaires au CNAM, était l’invitée de la matinale de Radio Classique pour faire le point sur le programme nucléaire iranien et éclairer quelques zones d’ombre.
Réagissant à la prise de parole du chef de l’État, Emmanuelle Galichet replace la dissuasion au cœur du récit national. « La dissuasion nucléaire est l’incarnation de la souveraineté nationale, et on a hérité ça du général de Gaulle », rappelle-t-elle, en insistant sur une définition concrète : « La souveraineté, ça veut dire : je protège mon peuple et mes intérêts. » Pour la chercheuse, le discours présidentiel a remis en scène une notion « qu’on avait un peu perdue », celle d’une cohésion démocratique articulée autour de la protection.
La question d’une protection élargie à l’échelle européenne, évoquée ces derniers jours, est jugée techniquement envisageable. Mais l’experte distingue nettement les plans. « Il y a deux piliers : la possibilité technologique, industrielle […] et la possibilité politique. » Sur le premier, elle se veut affirmative : la France est « capable d’avoir un arsenal qui puisse dissuader l’ensemble de nos ennemis pour l’Europe ». Sur le second, tout reste à bâtir : « Le mot-clé, c’est confiance entre les alliés », condition d’une coopération durable et d’un intérêt partagé pour la sécurité du continent.
Au cœur de l’escalade, l’enrichissement de l’uranium iranien. Qu’il manque « une semaine, un mois ou un an » pour atteindre un seuil critique, la question demeure, selon l’enseignante-chercheuse, structurellement ouverte « depuis quarante ans ». Emmanuelle Galichet rappelle surtout l’enjeu juridique : l’Iran a signé et ratifié le TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) et « n’avait pas le droit d’aller enrichir au-delà d’un usage civil ». Or, dit-elle, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) disposait « au mois de juin 2025 [de] preuves techniques […] que l’Iran enrichissait […] au-delà de 60 % ».
Depuis les frappes, l’incertitude s’est accrue. L’AIEA, explique-t-elle, a « perdu la continuité de la connaissance » : accès refusé aux sites bombardés, inspections partielles ailleurs. Point le plus sensible : « les 440 kg d’uranium enrichi à 60 %, on ne sait pas où ils sont ». Les images satellites suggèrent une reconstruction à Ispahan et Natanz ; et les frappes « très précises » sur les accès souterrains de Natanz indiquent, selon elle, une connaissance fine des installations par Israël.
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Disposer de matière n’équivaut pas à disposer d’une arme opérationnelle. « Ça permet d’avoir la matière pour fabriquer une bombe », nuance-t-elle, rappelant les étapes de métallisation, d’assemblage et de vectorisation. En théorie, ces stocks pourraient représenter « une petite dizaine de bombes ». Enfin, même ciblés, les scientifiques ne suffisent pas à arrêter un programme : « Ce n’est pas parce qu’on détruit des installations industrielles qu’on détruit la connaissance », conclut-elle, soulignant la capacité de formation iranienne et la relève.
Daphnée Cataldo
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Les prépositions font partie de ces petits mots qui peuvent semer le doute dans notre expression quotidienne. Quelle préposition employer devant un nom de lieu ou de marque ? Comment choisir entre « à » et « chez » ?
Revenons sur les règles de base concernant les prépositions. Devant un nom de lieu, on utilise « à ». Exemples : aller à la plage, à l’école, à la boulangerie. Devant un nom de personne ou de profession, on utilise « chez ». Exemples : je vais chez ma sœur, chez le boulanger ou chez le coiffeur.
Si le nom de l’entreprise est un nom de personne, la règle s’applique et on emploie « chez » : aller chez Renault, chez Leclerc, chez Afflelou. Si ce n’est pas le nom d’une personne, la règle s’applique également, mais avec « à » : aller à la FNAC, aux Galeries Lafayette ou à Monoprix.
Parfois, la règle ne s’applique pas, notamment par analogie avec des marques concurrentes qui portent le nom de leur fondateur. On dira ainsi « je vais chez Optic 2000 », comme on dit « je vais chez Afflelou ».
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De même, on dira « je vais chez Orange » ou « chez SFR », sous-entendu chez ce vendeur de téléphone. On personnalise ainsi la marque, comme si c’était quelqu’un dont on était proche. C’est pour cette raison qu’on utilise « chez ».
Karine Dijoud
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Alors qu’elle avait fait ses débuts dans le rôle d’Abigaille du Nabucco de Verdi le 27 mars au Staatsoper de Vienne, Anna Netrebko a renoncé à se produire pour la deuxième représentation le 2 mars. Un forfait que n’avait pas annoncé la direction de l’institution viennoise et qui a provoqué le mécontentement d’une grande partie du public.
C’est l’événement de ce début d’année à Vienne : les débuts avec le Staatsoper d’Anna Netrebko dans le rôle d’Abigaille de Nabucco, l’opéra de Giuseppe Verdi qui est proposé pour 4 représentations jusqu’au 8 mars. La première de cette série, vendredi dernier, dans une mise en scène de Günter Krämer et sous la direction du chef d’orchestre italien Marco Armiliato, s’était pourtant plutôt bien passée, même si certains observateurs ont remarqué que la soprano russe paraissait souffrante.
Une publication partagée par Anna Netrebko (@anna_netrebko_yusi_tiago)
Mais nul n’aurait imaginé qu’Anna Netrebko allait déclarer forfait pour la deuxième représentation quatre jours plus tard, le mardi 2 mars. Surtout pas les spectateurs, dont certains ont payé leur place plus de 500 euros, qui n’ont pas été prévenus et n’ont appris cette défection que lorsque qu’un administrateur du Wiener Staatsoper est apparu sur la scène avant le lever de rideau pour les informer qu’Eliška Weissová, venue expressément de Prague, remplacerait la cantatrice russe au côté d’Amartuvshin Enkhbat, le baryton mongol qui interprète Nabucco.
Une annonce huée et sifflée par une grande partie du public qui s’est ensuite bruyamment exprimé lors du deuxième acte pendant un solo moyennement maîtrisé par la soprano tchèque, certainement à cause du manque de préparation. Aucune précision n’a été donnée quant à la nature du problème de santé qui a contraint Anna Netrebko à se retirer aussi soudainement. On ne sait même pas si elle sera en mesure de se produire pour les deux dernières représentations de Nabucco programmées le jeudi 5 mars, qui doit être retransmise en streaming sur la plateforme vidéo de l’institution autrichienne, et le dimanche 8 mars.
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Le Wiener Staatsoper joue décidément de malchance avec Anna Netrebko. En 2021, alors qu’elle devait déjà faire ses débuts à Vienne dans Nabucco avec Placido Domingo, elle avait dû renoncer après une intervention chirurgicale d’urgence pour une douleur aiguë à l’épaule.
En janvier 2025, c’est à nouveau à cause d’un souci de santé que la diva russe avait déclaré forfait, encore pour une prise de rôle, cette fois-là dans Ariadne auf Naxos de Richard Strauss. Elle y avait été remplacée par Lise Davidsen.
Philippe Gault
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Cet article Parlons conseil : éclairer la complexité informationnelle et accompagner sa transformation est apparu en premier sur Radio Classique.
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À l’occasion de la nouvelle production de La Dame de Pique de Tchaïkovski à l’Opéra de Liège, Giampaolo Bisanti et Marie Lambert-Le Bihan seront, ce mardi 3 mars à 20h, les invités du Journal du Classique.
La Dame de Pique est, avec Eugène Onéguine, l’un des plus grands chefs-d’œuvre de Tchaïkovski. Cet ouvrage, que l’on n’a pas si souvent l’occasion de voir représenté, fait l’objet d’une nouvelle production à découvrir en ce moment et jusqu’au 7 mars à l’Opéra Royal de Wallonie. C’est l’un des temps forts de la saison lyrique liégeoise, marquant les débuts de Giampaolo Bisanti, le directeur musical de la maison, dans le répertoire russe.
Le chef italien nous racontera ce soir son travail sur cette partition qui met en avant de multiples facettes du langage de Tchaïkovski, tout en faisant référence à Mozart, voire à Puccini. Nous évoquerons également son livret, explorant le thème du destin si cher au compositeur, avec Marie Lambert-Le Bihan, qui signe la mise en scène de cette production.
Laure Mézan
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Lauréate en janvier 2025 de l’émission Prodiges sur France 2, qui couronne de jeunes talents de la musique classique, la jeune soprano franco-américaine Monroe Vata, 17 ans, représentera la France lors du concours de l’Eurovision en mai prochain en Autriche.
Monroe, de son nom de scène, sera-t-elle la première représentante française à succéder à Marie Myriam, sacrée en 1977 au concours de l’Eurovision ? Réponse le 16 mai prochain lors de la 70e édition de la grande compétition européenne en Autriche. Peut-être faut-il voir un signe positif dans le choix de la jeune chanteuse lyrique franco-américaine pour concourir à Vienne, souvent surnommée capitale mondiale de la musique classique.
Lors de la onzième édition du télécrochet Prodiges en janvier 2025, la soprano avait enchanté le public et conquis le jury de l’émission, composé de la danseuse Marie-Claude Pietragalla, du violoncelliste Gautier Capuçon et de la soprano Julie Fuchs. En demi-finale, la jeune femme avait interprété Una furtiva lagrima extrait de L’Elisir d’amore de Gaetano Donizetti et, en finale Der Hölle Rache, l’air de La Reine de la nuit dans La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart.
Née en octobre 2008 à Salt Lake City aux États-Unis, d’une mère française et d’un père américain, Monroe Vata a grandi dans l’Utah, État dans lequel elle a débuté en chantant dans la chorale de son église de Brigham City où elle a, selon ses propres termes cités par le magazine Le Pélerin, « compris la puissance de la musique qui tisse des liens entre les gens, mais aussi entre le ciel et la terre ».
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Depuis son succès dans l’émission Prodiges, la carrière de Monroe a littéralement décollé. Son premier album (Warner Classics), sorti en octobre dernier, propose un mélange de grands airs lyriques tels que l’Ave Maria de Franz Schubert, l’incontournable Nessun Dorma, extrait de Turandot de Giacomo Puccini, ou encore le Duo des fleurs de Lakmé, l’opéra de Léo Delibes, mais aussi des grands standards de la chanson dont L’Hymne à l’amour d’Edith Piaf et Somewhere Over The Rainbow de Judy Garland.
Parallèlement à sa sélection pour le concours de l’Eurovision, Monroe va entamer une grande tournée, consacrée à la musique sacrée, qui la mènera de la cathédrale de Béziers le 10 avril à l’église Saint Joseph d’Angers le 16 octobre en passant notamment par l’église Saint-Sulpice à Paris le 19 mai et une vingtaine d’autres édifices religieux à travers la France.
Philippe Gault
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Dans le tumulte de la Révolution française, une figure discrète mais essentielle traverse les heures les plus sombres de la monarchie : Madame de Tourzel. Gouvernante des enfants royaux, témoin privilégié des derniers jours de Louis XVI et Marie-Antoinette, elle incarne la fidélité et la dignité face à l’effondrement d’un monde. Retour sur le destin singulier de Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel, entre palais dorés et prisons lugubres.
Le 26 juillet 1789, Versailles se pare d’une atmosphère lourde, à peine quelques jours après la prise de la Bastille. Les proches de la famille royale songent à l’exil, les demandes de passeports explosent. Parmi les partants, le duc et la duchesse de Polignac, amis intimes de Marie-Antoinette, laissent derrière eux une reine endeuillée par la perte de sa confidente. Le poste de gouvernante des enfants de France se retrouve vacant, un rôle stratégique à l’heure où la monarchie vacille.
Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel, issue d’une illustre famille, est choisie pour succéder à Madame de Polignac. Veuve depuis 1786, elle a élevé ses enfants avec rigueur et discrétion. Loin des intrigues de cour, elle inspire confiance par son absence de favoritisme et son sens du devoir. Son arrivée à Versailles marque le début d’un engagement sans faille auprès des enfants royaux, dans un climat politique tendu et sous le regard attentif de Marie-Antoinette.
La reine, mère attentive, veille personnellement à l’éducation du dauphin Louis-Charles et de sa sœur Marie-Thérèse. Elle transmet à Madame de Tourzel des recommandations, révélant la fragilité du jeune prince et les espoirs d’une mère inquiète. La gouvernante organise les journées, impose un cadre, et tente de préserver les enfants des tourments extérieurs, alors que les nouvelles de Paris deviennent chaque jour plus alarmantes.
Le 6 octobre 1789, la famille royale quitte Versailles pour les Tuileries, emmenant Madame de Tourzel dans son sillage. La gouvernante, entourée d’un écosystème de 75 personnes, suit les enfants dans cette nouvelle résidence, où la monarchie n’est plus qu’une ombre. L’année 1791 voit germer l’idée de quitter Paris. Lors de la célèbre fuite à Varennes, Madame de Tourzel devient Madame de Korff et mène l’expédition, tandis que le roi et la reine se font passer pour ses domestiques.
Le voyage, marqué par les souffrances physiques et morales, se termine dans la petite ville de Varennes, où la famille est arrêtée. Les insultes et les crachats pleuvent, la monarchie est désormais prisonnière. De retour aux Tuileries, l’étau se resserre. Madame de Tourzel souhaite suivre les enfants jusque dans la prison du Temple, affirmant que sa place est auprès d’eux. Sa fidélité ne faiblit pas, même lorsque la déchéance de la monarchie est prononcée et que la famille royale est enfermée définitivement.
Dans la tour du Temple, la gouvernante partage la chambre du dauphin, veillant sur lui nuit et jour. Sa fille Pauline la rejoint en captivité, renforçant le lien entre deux fidélités : celle envers les enfants royaux et celle envers sa propre famille. Les promenades dans le jardin, sous la surveillance des commissaires, témoignent de la conscience aiguë du danger.
La proximité de Madame de Tourzel avec la famille royale irrite les autorités révolutionnaires. En août 1792, elle est séparée des enfants et transférée à la prison de la Force, avec Pauline et la princesse de Lamballe. Les massacres de septembre frappent la prison, la princesse de Lamballe est assassinée, mais la marquise et sa fille parviennent à s’exfiltrer et se cacher à Vincennes. Pendant huit mois, elles suivent à distance le procès et l’exécution de Louis XVI, impuissantes face à l’effondrement de leurs repères.
La nouvelle du jeune roi Louis XVII, confié aux époux Simon pour être formé en « bon petit républicain », plonge Madame de Tourzel dans un chagrin profond. La mort de la reine, de Madame Élisabeth, puis celle du dauphin, sont autant de coups portés à son attachement. La République thermidorienne permet les retrouvailles avec Marie-Thérèse, dernière survivante du Temple, avant son départ en exil.
Madame de Tourzel refuse de quitter la France, choisissant de rester sur ses terres. La restauration de la monarchie en 1814 la transforme en vestige de l’ancienne cour, sollicitée pour ses souvenirs par Louis XVIII, qui la fait duchesse en reconnaissance de sa constance. Parmi les marques d’estime, un gant ayant appartenu au petit dauphin, retrouvé dans la cellule de la reine, devient une relique intime.
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Louise Élisabeth de Croÿ de Tourzel s’éteint le 14 mai 1832, à 82 ans, après avoir traversé les bouleversements de la Révolution, du Consulat, de l’Empire et de la Restauration. Sa vie, marquée par la fidélité et la discrétion, demeure un témoignage précieux de l’effondrement de la monarchie et de la survie des valeurs dans la tourmente.
Franck Ferrand
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