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Sainte-Colombe-de-Duras : L’Éclat d’un Village-Monde
Au micro Adishatz, la voix de Sylvie Wojcieckowski possède cette clarté sereine des gens qui savent d’où ils viennent. Paléographe de métier et élue de Sainte-Colombe-de-Duras, elle ne se contente pas d’administrer une commune ; elle en déchiffre l’âme, comme on parcourt un manuscrit ancien pour y trouver des promesses d’avenir.
Pour Sylvie, le patrimoine n’est pas un vestige, c’est un souffle. Elle évoque l’église romane du village, sauvée de l’érosion du temps, avec une ferveur presque tactile. Ce joyau des XIe et XIIe siècles, célèbre pour son rare portail à clé pendante, est redevenu le cœur battant du pays de Duras. Sous son impulsion, la pierre restaurée ne sert plus seulement au silence, mais accueille de nouveau la musicalité de la langue d’Oc.
L’histoire de Sainte-Colombe, telle que Sylvie la conte, est celle d’un métissage fertile. Elle rappelle l’héritage des « Gavaches », ces migrants du XVe siècle venus de l’Ouest, dont la langue hybride a forgé l’identité locale. Mais la force de ce village de cent âmes réside dans sa modernité : dix nationalités s’y côtoient aujourd’hui. C’est un « village-monde » où l’Occitanie historique dialogue avec une communauté internationale, unie par l’amour de cette terre de Guyenne.
Loin de la nostalgie figée, Sylvie Wojcieckowski incarne une ruralité audacieuse. Symbole de ce renouveau : pour la traditionnelle fête de la MAIADA, le village a choisi de planter un saule pleureur plutôt que de couper un pin. Un arbre vivant, tourné vers l’eau et l’avenir, à l’image de cette commune qui cultive la « convivencia » — cet art occitan de vivre ensemble, par-delà les frontières et les siècles.
Sainte-Colombe-de-Duras ne se visite pas : elle se ressent, portée par la vision d’une femme qui a su transformer la poussière des archives en une lumière d’espérance.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Podensac : Quand le Cinéma Réveille le Citoyen
À Podensac, la citoyenneté ne se récite plus, elle se projette. Pour cette 5e édition du Festival de la Citoyenneté, Yann Feurté, élu local au verbe précis et à la passion communicative, a choisi un angle aussi audacieux que fédérateur : le cinéma. Derrière l’apparente légèreté du septième art, il dessine un lien profond entre l’intime et le collectif, transformant une notion souvent jugée « floue » en une expérience vivante.
Yann Feurté ne se contente pas d’organiser ; il répare une distance. Celle qui sépare trop souvent le citoyen de ses institutions. En passant de quinze curieux aux prémices à près d’un millier de participants attendus, il prouve que la vie publique redevenait désirable lorsqu’elle emprunte les chemins de l’émotion. « Le cinéma est un outil de soft power », glisse-t-il, rappelant que chaque billet vendu est un acte de soutien à l’exception culturelle française. Sa voix, posée mais habitée, trahit une vigilance constante pour les « métiers de l’ombre », ces artisans que l’intelligence artificielle menace, mais que le festival remet en pleine lumière.
Le festival est une diagonale entre les générations. Il y a la solennité de la « Mayade », cet arbre planté au cœur du parc Chava pour marquer l’ancrage démocratique, et l’effervescence des ateliers de doublage où la jeunesse s’approprie l’image. Yann Feurté cultive ce mélange des genres avec une aisance rare, capable de débattre avec le même sérieux de la politique cinématographique que du dilemme éternel entre popcorn sucré ou salé. Pour lui, le débat est l’essence même de la cité : « C’est ça, la citoyenneté : faire société dans la divergence des goûts. »
Sous le ciel de Podensac, le 30 mai prochain, le cinéma ne sera pas qu’une évasion. Ce sera le miroir d’une commune qui refuse l’isolement. Yann Feurté, en architecte de cette œuvre collective, nous invite à comprendre que si la démocratie est un film, nous en sommes tous les scénaristes. Un rendez-vous gratuit, ouvert et profondément humain, où le vivre-ensemble quitte enfin les discours pour s’installer confortablement dans un transat, face au grand écran de la vie publique.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Irène s’assoit seule dans le studio ce matin. Son compagnon Laurent manque à l’appel, retenu loin d’ici par les urgences de la vigne sur les 14 hectares du Bosquet des Fleurs. Ils partagent leur quotidien depuis près de quatre ans. L’absence du viticulteur force Irène à porter la voix de leur nouvelle entreprise.
La distillerie Benoît Serres a vu le jour en 1841 du côté de Salviac. L’institution a forgé sa réputation sur son eau de noix et sa liqueur de violette, naviguant d’abord à Valence-d’Agen puis à Toulouse. Jean-Benoît Serres incarnait la cinquième génération aux manettes. Faute d’héritier prêt à reprendre les cuves, il a dû chercher un repreneur externe.
L’idée du rachat surgit lors d’un échange en apparence anodin. Laurent décide de foncer à l’instinct. Irène, ancienne responsable logistique et comptable formée à Artigues, marque un temps d’arrêt face à cette décision. Elle confronte ce travailleur acharné à ses lacunes techniques : « Tu n’y connais rien au monde de la distillerie, toi tu viens du monde du vin. Pourquoi tu pars dans ce secteur-là alors que tout est à apprendre ? ». Le vertige de la nouveauté et l’apprentissage total constituaient l’unique moteur de Laurent.
Ils rapatrient l’outil de production en Réolais. Le couple va jusqu’à récupérer de vieux alambics charentais des années 40, fonctionnant au bain-marie, pour les remettre en état de marche.
Irène bascule dans un artisanat qu’elle ne maîtrise pas. Elle pose une condition stricte pour survivre à l’écrasement de sa vie privée par les impératifs de la liqueur. Une séparation matérielle est bâtie sur le domaine. Une salle de séminaire sert de rempart physique entre leur maison et les machines. « J’ai voulu faire cette séparation entre la vie professionnelle et la vie personnelle », précise-t-elle simplement.
Leur ancrage local se prolonge hors des murs. Irène et Laurent s’engagent comme mécènes pour la quatrième édition de la course caritative Du Cœur en Réolais, dédiée à la cardiologie. Ils tiendront un stand le 31 mai à Saint-Pierre-d’Aurillac pour ravitailler les participants. Leurs productions toulousaines, désormais distillées en Gironde, sont exposées sur benoit-serres.com. La violette a définitivement pris racine ailleurs.
Christophe Miqueu : Bâtir l’Avenir au Micro
Dans le cadre de son L’interview matinale, Mathieu Romain a reçu Christophe Miqueu, maire de Sauveterre-de-Guyenne, pour un échange qui dépasse la simple chronique municipale. À l’aube de son second mandat, l’homme qui s’avance au micro n’est pas un politicien en représentation, mais un artisan du bien commun, conscient du poids de la « confiance claire » que lui a témoignée sa population.
Sous le questionnement de Mathieu Romain, Christophe Miqueu dévoile une philosophie de l’action rare : celle de l’invisible. Avant de parler de l’esthétique des rues ou de la splendeur de la Bastide, le maire insiste sur les réseaux et les canalisations. Pour lui, la pérennité d’une cité se joue dans ses entrailles. Cette rigueur technique, livrée avec une voix posée et méthodique, illustre sa vision du temps long : « Prendre le temps, c’est parfois en gagner », confie-t-il, refusant les mirages de l’immédiateté.
L’entretien explore la métamorphose de Sauveterre sous le label « Village d’avenir ». Christophe Miqueu dessine pour Mathieu Romain une commune qui s’adapte, entre le respect du patrimoine minéral et l’urgence de la végétalisation. Le projet de la future école maternelle, véritable pôle de vie inclusif, symbolise cette ambition : transformer le centre-bourg en un écosystème où l’éducation et le lien social s’articulent sans entraves.
Ce que l’on retient de ce passage dans L’interview matinale, c’est l’image d’un élu qui a troqué l’abondance d’autrefois pour une ingéniosité de chaque instant. Au micro de Mathieu Romain, Christophe Miqueu s’est révélé tel qu’il est : un gardien de l’histoire, un bâtisseur de réseaux et, surtout, un architecte du vivre-ensemble.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Par Mathieu Romain — 11 mai 2026
Mathieu Bonnafous se tient devant le micro du studio avec la posture droite de celui qui a l’habitude de rendre des comptes. Pull bleu impeccable, lunettes rondes à monture écaille, barbe grise taillée court. Quand il évoque son métier de conseil auprès des coopératives agricoles, le ton est neutre, ancré dans le réel. Puis la conversation dévie sur la musique. Le débit s’emballe légèrement, le regard change. L’auditeur financier s’efface devant l’organisateur du festival Entre-Deux-Imaginaires. Les 3 et 4 juillet prochains, il compte bien enchanter le village de Camiran à grands coups de violoncelles et de flûtes traversières.
Le parcours classique obéit souvent à une logique linéaire : l’école, le conservatoire, puis l’orchestre professionnel. Mathieu Bonnafous a volontairement fait dérailler ce train à l’âge des décisions définitives. Le contact froid des clés en argent de sa flûte ne suffisait pas à masquer une lucidité glaçante sur ses propres limites. « J’ai pas choisi la musique en tant que profession parce qu’à un moment donné, j’ai considéré que j’avais pas les techniques suffisantes pour devenir un bon professionnel », lâche-il sans l’ombre d’un regret. « J’ai fait le choix de faire des études supérieures non musicales, mais de poursuivre ma pratique musicale. »
Il ne s’agit pas d’un abandon, mais d’un changement de stratégie. Refusant d’être un musicien médiocre qui enchaîne les cachets alimentaires, il sépare radicalement son gagne-pain de sa passion. Dans le Nord, d’où il arrive, il prend la tête d’une école de musique. Il comprend vite que la pratique amateur exige une abnégation proche de la folie. Il y a la fatigue des répétitions tardives après le bureau, les crampes, les fausses notes qui rendent fou. « Je dis souvent : la musique, c’est 98 % de labeur et 2 % de bonheur extrême », calcule-t-il.
Ça apporte tellement de bonheur de réussir un morceau, de travailler ce morceau avec des heures de travail, mais surtout au moment où on l’exécute… C’est un bonheur qui est sans équivalent. C’est l’extase.
La quête de cet instant précis nécessite un écrin. La géographie personnelle de l’organisateur bascule au début de la décennie. « 2020, au moment du confinement, on s’est installés à Camiran dans notre belle maison acquise l’année précédente et on est restés », raconte l’intéressé. Loin du bitume bordelais, le silence de l’Entre-deux-Mers agit comme une toile blanche. « On a trouvé notre bonheur à Camiran. »
L’idée d’un événement musical prend racine dans cette topographie. Le festival ne consistera pas à planter une tente en plastique au milieu de nulle part. Les concerts du vendredi soir vont frapper l’acoustique massive de l’église locale. Le samedi, l’herbe du théâtre de verdure accueillera des trios et des quatuors en plein air. La musique doit transpirer dans les lieux du quotidien rural.
Faire descendre des instrumentistes de haut niveau dans un village de quatre cents habitants pose un défi brutal : qui va payer ? La musique de chambre traîne une image bourgeoise et élitiste qui effraie les néophytes. Mathieu Bonnafous refuse catégoriquement que l’argent bloque l’accès aux pupitres. « Je ne veux pas de freins économiques pour que les gens viennent en disant ‘ah il faut payer’ etc. », tranche-t-il fermement. « Après il y aura un chapeau qui sera distribué au public et chacun donnera en fonction de ce qu’il a envie de donner et de ce qu’il peut donner. »
Cette gratuité assumée traduit une éthique de l’argent public assez vertigineuse. Derrière l’association, c’est le trésorier qui veille au grain. Il applique à la culture la même intégrité qu’il exigeait des coopératives. Il rappelle d’ailleurs un souvenir déroutant lors de l’organisation passée d’un championnat de cuivres : « J’ai promis à tous les financeurs publics que si je gagnais de l’argent, eh bien je redonnerais à concurrence de leur participation l’argent que j’ai gagné. On m’a dit de garder l’argent. J’ai dit : mais non, c’est votre argent, c’est l’argent public, je le rends. » Une intégrité totale qui rassure aujourd’hui les mairies et intercommunalités soutenant son nouveau projet.
Au bout du compte, toute cette architecture administrative, ces recherches de financements et ces réunions sous les néons n’ont qu’un seul objectif : la disparition de la technique au profit du frisson. Le samedi après-midi, les élèves des écoles locales frotteront leurs archets avant de laisser la place aux futurs professionnels du conservatoire supérieur.
Ce que le flûtiste devenu organisateur traque depuis ses dix-huit ans, il espère le voir s’abattre sur les spectateurs assis dans l’herbe au milieu de l’été. La mécanique est simple à décrire, impossible à garantir. « Il y a un passage où les gens s’écoutent et arrivent à faire un seul son », explique-t-il, les mains presque levées pour mimer l’accord. « Et donc là, c’est vraiment l’émotion totale, y compris pour les musiciens, mais aussi surtout pour le public. » Un alignement d’ondes invisibles au-dessus de Camiran, financé au centime près, pour que l’extase soit enfin accessible à tous.
Le festival Entre-Deux-Imaginaires aura lieu les 3 et 4 juillet 2026 à Camiran. Réservations gratuites vivement conseillées sur Hello Asso.
Eric Astié : Le Souffle Vivant de la Gascogne
Il y a dans la voix d’Eric Astié le grain d’une terre qui se raconte. Une tessiture chaude, boisée, où le français s’habille d’une cadence héritée du Sud-Ouest. Lorsqu’il parle, on n’écoute pas seulement un défenseur de la culture : on entend battre le cœur d’une identité qui a choisi de ne plus se taire.
Eric Astié n’est pas un gardien de musée. Son moteur n’est pas la nostalgie des anciens, mais l’urgence du présent. Il incarne l’archétype du Passeur : celui qui reçoit le témoin et refuse de ralentir. Sa force réside dans cette capacité rare à transformer une langue dite « régionale » en un vecteur universel de fraternité. En l’écoutant, on devine sa vulnérabilité — celle de porter un héritage fragile — mais elle s’efface vite derrière un enthousiasme contagieux.
Pour lui, La Passem n’est pas qu’une course de deux mille kilomètres ; c’est une pulsation vitale. C’est le « Ligo », ce bâton-témoin, qui devient le symbole d’une circulation sanguine rétablie entre les générations. À travers les routes girondines, de Langon à Bazas, Eric voit passer bien plus que des coureurs : il voit une culture qui reprend possession de son espace, avec une joie presque rebelle.
Son style est celui d’une élégance sobre. Il ne déclame pas, il insuffle. Ayant observé le créole en Guadeloupe, il en a ramené une certitude : une langue ne meurt que si elle cesse de danser. C’est pourquoi il prône un occitan vivant, capable de s’inviter au stade de rugby comme dans les écoles, loin des clichés folkloriques.
Eric Astié est cet homme rare qui a compris que les racines ne servent pas à rester immobile, mais à puiser la force de courir plus loin. Il est le souffle qui, entre deux silences habités, redonne à la Gascogne sa voix la plus pure.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Isabelle Pauly : La Voix de l’Instant Zen
Dans le silence de son studio, face à son micro solitaire, Isabelle Pauly façonne des bulles d’oxygène qu’elle envoie vers nous comme des présents. Sa chronique pour L’instant Zen n’est pas une simple intervention radiophonique ; c’est une confidence habitée, une prosodie où chaque souffle est une invitation à la souveraineté de l’être.
Pour Isabelle, la liberté commence par une posture. D’une voix dont la fluidité trahit une pratique profonde, elle nous rappelle que nos fuites d’énergie se logent dans les détails : une nuque raide, une jambe croisée, une respiration trop courte. Elle ne donne pas d’ordres, elle suggère des retrouvailles avec soi-même. Sous ses conseils, le corps devient un temple que l’on redresse, un instrument que l’on réaccorde à la « voie du milieu ».
L’originalité d’Isabelle Pauly réside dans cette audace : le sourire volontaire. Elle nous enseigne à l’utiliser comme une clé mécanique pour déverrouiller nos tensions. Face à l’imprévu — le conducteur trop lent ou la file qui s’étire — elle propose de troquer l’agacement contre une respiration abdominale. Ce n’est pas de la résignation, mais une reprise de pouvoir : décider de ne plus laisser l’extérieur dicter notre météo intérieure.
Isabelle Pauly nous laisse avec une certitude : la sérénité est un muscle qui se travaille. À chaque chronique reçue, sa voix nous rappelle que, peu importe le chaos du monde, nous gardons toujours la liberté de respirer, de sourire et de décider, ici et maintenant.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
La Coopé à Langon : L’épicerie où vous êtes le héros
Dans le creux de l’oreille, la voix d’Antoine nous guide une nouvelle fois à travers le Sud-Gironde. Aujourd’hui, son micro s’arrête à Langon, devant les rayons de La Coopé. Ici, on ne fait pas que remplir son panier : on réapprend à posséder ce que l’on consomme.
Clara, le visage de cette initiative, porte en elle la sérénité de ceux qui agissent. À La Coopé, le concept est radicalement humain : pour bénéficier de produits d’exception à prix justes, il faut donner de son temps. Trois heures toutes les quatre semaines. Un service à la caisse, une mise en rayon ou une rencontre avec un producteur. Ce n’est pas un troc, c’est une réappropriation.
L’archétype de ce lieu ? Le foyer collectif. La force de La Coopé réside dans cette capacité à transformer le « consommateur passif » en un « acteur engagé ». La vulnérabilité est celle du temps, cette ressource si précieuse, mais le moteur psychologique est puissant : la fierté de faire partie d’un tout.
Le récit de Clara, ponctué de silences réfléchis, laisse transparaître une exigence douce. Quand elle évoque le nouveau fromage de chèvre de Casseuil, on sent presque l’odeur du terroir girondin. La prose d’Antoine, vive et complice, souligne cette harmonie : ici, la marge est fixe, le profit n’est pas le but, et la qualité est la seule boussole.
La Coopé n’est pas un club fermé, c’est une porte ouverte sur une économie circulaire et solidaire. Adhérer, c’est s’offrir le luxe de la traçabilité et de la convivialité.
Antoine nous laisse sur cette note d’optimisme : à Langon, entre les rayons de cette épicerie participative, c’est un morceau du monde de demain qui se construit, un panier après l’autre. Une aventure humaine qui se déguste autant qu’elle se vit.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Kim Duran : L’Odyssée de Hanoï à Monségur
Dans le studio de REM, Mathieu a reçu la voix de Kim Duran. Elle apporte avec elle une énergie singulière, celle des êtres qui savent que l’art est une affaire de survie et de transmission. Venue présenter l’exposition « De Hanoï à Monségur », elle ne livre pas seulement une rétrospective familiale ; elle offre le récit d’un enracinement.
Au centre du récit de Kim se tient Loan, sa mère de 95 ans. C’est elle qui, en 1956, quitte Hanoï pour les terres du Lot-et-Garonne. Sous le questionnement complice de Mathieu Romain, Kim dessine le portrait d’une femme devenue le point fixe d’une tribu de neuf frères et sœurs.
Si Denis, son frère, apporte la pondération, Kim incarne l’élan. Pour elle, exposer à Monségur est un acte de courage et de partage. Face aux tensions du monde, elle oppose une vision de l’art artisanale et humaine. Elle rappelle avec une pointe d’émotion que l’important n’est pas la valeur marchande, mais ce « rapport humain » qui se noue autour d’une œuvre ou d’une table vietnamienne.
L’entretien se referme sur une image forte : celle d’une famille qui a su transformer le déracinement en un jardin fertile. Kim Duran, par sa verve et sa passion, rappelle aux auditeurs de Mathieu Romain que l’histoire — la grande comme la petite — ne s’arrête jamais vraiment ; elle se réinvente, entre les souvenirs de Hanoï et la lumière de Monségur.
« De Hanoï à Monségur », à The Petite Galerie jusqu’au 31 mai. Une célébration de la vie, portée par le regard de Kim Duran.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
Guy-Arnaud Penet : L’Art de Respirer pour s’équilibrer
Chaque semaine, Guy-Arnaud Penet nous confie un fragment de sa sagesse. Une chronique envoyée comme une respiration dans le tumulte du quotidien. Kinésiologue à La Réole, il n’enseigne pas seulement une technique ; il partage une présence. Sa voix, au timbre posé et à la cadence mesurée, agit comme un métronome pour nos propres tensions.
Pour Guy-Arnaud, le poumon est bien plus qu’un filtre à oxygène. C’est un organe discret, essentiel, qui bat la mesure de notre état nerveux. « Notre respiration est un véritable reflet de notre état intérieur », rappelle-t-il. Dans le silence de son studio, il décrit avec une précision littéraire comment un simple stress fige le diaphragme et court-circuite notre vitalité.
Il voit dans cet organe une métaphore du vivant : une interface entre le monde et l’intime. Respirer, selon lui, c’est apprendre la double compétence du bonheur : prendre et lâcher. Accueillir l’air, l’énergie, l’instant ; puis rendre les tensions, l’anxiété, le passé.
L’exercice qu’il nous livre — cette respiration abdominale où l’expiration s’étire comme un soupir de soulagement — n’est pas une simple consigne. C’est un signal chimique envoyé au cerveau pour décréter la paix. Dans ses mots, on devine l’odeur du thym et de l’eucalyptus, ces alliés végétaux qu’il invoque pour soutenir nos bronches et notre esprit.
Celui qui nous guide à travers le « Labyrinthe » de notre propre corps sait que la sortie se trouve toujours dans le mouvement. En nous invitant à nous aérer, Guy-Arnaud Penet ne nous parle pas de sport, mais de liberté. Il nous rappelle que chaque inspiration est une chance de recommencer et chaque expiration, une occasion de s’alléger.
Mieux respirer, c’est, tout simplement, commencer à mieux vivre.
Un texte formulé par Simon Bordelais.
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