Robert Werner lit les poètes

Robert Werner lit les poètes

By Institut de FranceSociety & Culture
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Robert Werner lit les poètes episodes

  • Une allée du Luxembourg, Gérard de Nerval
    Elle a passé, la jeune fille
    Vive et preste comme un oiseau
    À la main une fleur qui brille,
    À la bouche un refrain nouveau.
    C’est peut-être la seule au monde
    Dont le coeur au mien répondrait,
    Qui venant dans ma nuit profonde
    D’un seul regard l’éclaircirait !
    Mais non, – ma jeunesse est finie…
    Adieu, doux rayon qui m’as lui, –
    Parfum, jeune fille, harmonie…
    Le bonheur passait, – il a fui !
    Gérard de Nerval
    2 min
  • Tristesse, Alfred de Musset
    J'ai perdu ma force et ma vie,
    Et mes amis et ma gaieté;
    J'ai perdu jusqu'à la fierté
    Qui faisait croire à mon génie.
    Quand j'ai connu la Vérité,
    J'ai cru que c'était une amie ;
    Quand je l'ai comprise et sentie,
    J'en étais déjà dégoûté.
    Et pourtant elle est éternelle,
    Et ceux qui se sont passés d'elle
    Ici-bas ont tout ignoré.
    Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
    Le seul bien qui me reste au monde
    Est d'avoir quelquefois pleuré.
    Tristesse, Alfred de Musset
    2 min
  • Le Diable de Papefiguière, Jean de La Fontaine
    Maître François dit que Papimanie
    Est un Pays ou les gens sont heureux :
    Le vrai dormir ne fut fait que pour eux ;
    Nous n'en avons ici que la copie,
    Et, par saint Jean, si Dieu me prête vie,
    Je le verrai ce pays ou l’on dort.
    On y fait plus, on n’y fait nulle chose :
    C'est un emploi que je recherche encor.
    [...]
    Le Diable de Papefiguière, Jean de La Fontaine
    2 min
  • Les Fables de La Fontaine
    Dieu fait bien ce qu’il fait. Sans en chercher la preuve
    En tout cet Univers, et l’aller parcourant,
    Dans les Citrouilles je la treuve.
    Un villageois considérant,
    Combien ce fruit est gros et sa tige menue :
    À quoi songeait-il, dit-il, l’Auteur de tout cela ?
    Il a bien mal placé cette Citrouille-là !
    Hé parbleu ! Je l’aurais pendue
    À l’un des chênes que voilà.
    C’eût été justement l’affaire ;
    Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.
    C’est dommage, Garo, que tu n’es point entré
    Au conseil de celui que prêche ton Curé :
    Tout en eût été mieux ; car pourquoi, par exemple,
    Le Gland, qui n’est pas gros comme mon petit doigt,
    Ne pend-il pas en cet endroit ?
    Dieu s’est mépris : plus je contemple
    Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo
    Que l’on a fait un quiproquo.
    Cette réflexion embarrassant notre homme :
    On ne dort point, dit-il, quand on a tant d’esprit.
    Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.
    Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit.
    Il s’éveille ; et portant la main sur son visage,
    Il trouve encor le Gland pris au poil du menton.
    Son nez meurtri le force à changer de langage ;
    Oh, oh, dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc
    S’il fût tombé de l’arbre une masse plus lourde,
    Et que ce Gland eût été gourde ?
    Dieu ne l’a pas voulu : sans doute il eut raison ;
    J’en vois bien à présent la cause.
    En louant Dieu de toute chose,
    Garo retourne à la maison.
    Le Gland et la Citrouille, Jean de La Fontaine
    Maître François dit que Papimanie
    Est un Pays ou les gens sont heureux :
    Le vrai dormir ne fut fait que pour eux ;
    Nous n'en avons ici que la copie,
    Et, par saint Jean, si Dieu me prête vie,
    Je le verrai ce pays ou l’on dort.
    On y fait plus, on n’y fait nulle chose :
    C'est un emploi que je recherche encor.
    [...]
    Le Diable de Papefiguière, Jean de La Fontaine
    3 min
  • À son page, Pierre de Ronsard
    Fais rafraîchir mon vin, de sorte
    Qu'il passe en froideur un glaçon ;
    Fais venir Jeanne, qu'elle apporte
    Son Luth pour dire une chanson ;
    Nous ballerons tous trois au son ;
    Et dis à Barbe qu'elle vienne,
    Les cheveux tors à la façon
    D'une folâtre Italienne.
    Ne vois-tu que le jour se passe ?
    Je ne vis point au lendemain :
    Page, reverse dans ma tasse,
    Que ce grand verre soit tout plein :
    Maudit soit qui languit en vain !
    Ces vieux Médecins je n'approuve ;
    Mon cerveau n'est jamais bien sain
    Si beaucoup de vin ne l'abreuve.
    Ode IX, Pierre de Ronsard
    2 min
  • Elle avait pris ce pli..., Victor Hugo
    Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
    De venir dans ma chambre un peu chaque matin ;
    Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère ;
    Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
    Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait
    Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
    Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe.
    Alors, je reprenais, la tête un peu moins lasse,
    Mon oeuvre interrompue, et, tout en écrivant,
    Parmi mes manuscrits je rencontrais souvent
    Quelque arabesque folle et qu'elle avait tracée,
    Et mainte page blanche entre ses mains froissée
    Où, je ne sais comment, venaient mes plus doux vers.
    Elle aimait Dieu, les fleurs, les astres, les prés verts,
    Et c'était un esprit avant d'être une femme.
    Son regard reflétait la clarté de son âme.
    Elle me consultait sur tout à tous moments.
    Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants
    Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
    Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
    Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
    J'appelais cette vie être content de peu !
    Et dire qu'elle est morte! Hélas! que Dieu m'assiste !
    Je n'étais jamais gai quand je la sentais triste ;
    J'étais morne au milieu du bal le plus joyeux
    Si j'avais, en partant, vu quelque ombre en ses yeux.
    2 min
  • Après avoir longtemps erré sur le rivage, Joachim Du Bellay
    Après avoir longtemps erré sur le rivage
    Où l'on voit lamenter tant de chétifs de cour,
    Tu as atteint le bord où tout le monde court,
    Fuyant de pauvreté le pénible servage.
    Nous autres cependant, le long de cette plage,
    En vain tendons les mains vers le nautonnier sourd,
    Qui nous chasse bien loin ; car, pour le faire court,
    Nous n'avons un quatrain pour payer le naulage.
    Ainsi donc tu jouis du repos bienheureux,
    Et comme font là-bas ces doctes amoureux,
    Bien avant dans un bois te perds avec ta dame :
    Tu bois le long oubli de tes travaux passés,
    Sans plus penser en ceux que tu as délaissés,
    Criant dessus le port ou tirant à la rame.
    2 min
  • Sagesse, Paul Verlaine
    Le ciel est, par dessus le toit,
    Si bleu, si calme !
    Un arbre, par dessus le toit,
    Berce sa palme.
    La cloche, dans le ciel qu'on voit,
    Doucement tinte.
    Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
    Chante sa plainte.
    Mon Dieu, Mon Dieu, la vie est là,
    Simple et tranquille.
    Cette paisible rumeur là
    Vient de la ville.
    Qu'as tu fait, ô toi que voilà,
    Pleurant sans cesse,
    Dis, qu'as tu fait, toi que voilà,
    De ta jeunesse ?
    3 min
  • Isolement, Petrus Borel
    Gui ! liane ! palmier ! mon âme vous envie !
    Mon coeur voudrait un lierre et s'enlacer à lui.
    Pour passer mollement le gué de cette vie,
    Je demande une femme, une amie, un appui !
    - Un ange d'ici-bas ?... une fleur, une femme ?...
    Barde, viens, et choisis dans ce folâtre essaim
    Tournoyant au rondeau d'un preste clavecin. -
    Non ; mon coeur veut un coeur qui comprenne son âme.
    Ce n'est point au théâtre, aux fêtes, qu'est la fille
    Qui pourrait sur ma vie épancher le bonheur :
    C'est aux champs, vers le soir, groupée en sa mantille,
    Un Verther à la main sous le saule pleureur.
    Quand viendra cette fée ? - En vain ma voix l'appelle !
    Apporter ses printemps à mon coeur isolé.
    Pourtant jusqu'aux cyprès je lui serais fidèle !
    Sur la plage toujours resterai-je esseulé ?
    Sur mon toit le moineau dort avec sa compagne ;
    Ma cavale au coursier a donné ses amours.
    Seul, moi, dans cet esquif, que nul être accompagne,
    Sur le torrent fougueux je vois passer mes jours.
    Isolement, Petrus Borel
    3 min
  • Autres chants, Philippe Jaccottet
    Oh mes amis d’un temps, que devenons-vous,
    notre sang pâlit, notre espérance est abrégée,
    nous nous faisons prudents et avares,
    vite essoufflés – vieux chiens de garde sans grand-chose
    à garder ni à mordre -,
    nous commençons à ressembler à nos pères.
    N’y a-t-il donc aucun moyen de vaincre
    ou au moins de ne pas être vaincu avant le temps ?
    Nous avons entendu grincer les gonds sombres de l’âge
    le jour où pour la première fois
    nous nous sommes surpris marchant la tête retournée
    vers le passé, prêts à nous couronner de souvenirs…
    N’y a-t-il pas d’autre chemin
    que dépérir dans la sagesse radoteuse,
    le labyrinthe des mensonges ou la peur vaine ?
    Un chemin qui ne soit ni imposture
    comme les fards et les parfums du vieux beau,
    ni le geignement de l’outil émoussé,
    ni le bégaiement de l’aliéné qui n’a plus de voisin
    qu’agressif, insomniaque et sans visage ?
    Oh amis devenus presque vieux et lointains,
    j’essaie encore de ne pas me retourner sur mes traces
    de languir alors, de larmoyer sur de la cendre -,
    j’essaie,
    mais il y a presque trop
    de poids du côté sombre ou je nous vois descendre,
    et redresser avec de l’invisible chaque jour,
    qui le pourrait encore, qui l’a pu ?
    Philippe Jaccottet
    3 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.