Séances de l'Académie des sciences morales et politiques

Séances de l'Académie des sciences morales et politiques

By Institut de FranceSociety & Culture
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Séances de l'Académie des sciences morales et politiques episodes

  • L'urgence du long terme
    La section Économie politique, Statistique et Finances de l’Académie des sciences morales et politiques a organisé une conférence exceptionnelle autour du rapport « Les grands défis économiques » remis en juin 2021 par la commission internationale pilotée par Olivier Blanchard et Jean Tirole au Président de la République.
    Cette conférence, intitulée « L’urgence du long terme. Entretiens autour du rapport Tirole-Blanchard », a réuni autour de Jean Tirole 4 discutants :
    Jean-Laurent Bonnafé, Administrateur Directeur Général de BNP Paribas,
    Benoît Coeuré, Président de l’Autorité de la concurrence,
    Hélène Rey, correspondante de l’Académie;
    Pierre-André Chiappori, membre de l’Académie.
    À partir des analyses du rapport, sont abordés les sujets du vieillissement, des retraites et de la soutenabilité des finances publiques, celui de la contribution de l’industrie bancaire à la transition vers une économie bas carbone, ainsi que les questions du climat et des inégalités.
    2 hr 37 min
  • Faire de l’économie, est-ce seulement économiser ?
    Il peut paraître paradoxal de convoquer la notion de salut à propos de l’économie. L’économie est une pratique matérielle, fondée sur l’échange de biens ; elle ignore donc par principe la transcendance, réduisant toute chose à une marchandise susceptible d’être quantifiée et échangée. L’économie marche avec le concret, le réel, l’effectif. Sans doute est-ce pour cela qu’elle a accompagné le processus occidental de désenchantement du monde, à travers le développement matériel de l’Occident et la diffusion d’un cadre mental fondé sur l’étouffement de la transcendance.
    Aujourd’hui, l’individu occidental ne connaît plus que des rapports de consommation dans tous les domaines de son existence et ne sait plus percevoir le monde autrement qu’en le consommant. Nous vivons à une époque où la vérité en soi, qui a dominé pendant tant de siècles la métaphysique occidentale, n’existe plus. Elle est même présentée comme une norme intolérable, une contrainte pesant sur des individus dont la liberté ne saurait se concilier avec l’existence d’une vérité les transcendant.
    Toutefois, l’économie contemporaine, dans les moments où elle se dénude, nous rend le service inestimable de voir que le monde n’est pas le simple support de nos désirs narcissiques. Il a une valeur en soi, une vie propre vers laquelle nous devons aller, sans attendre qu’elle vienne à nous pour se soumettre à la mécanique de nos désirs. Ainsi, l’économie contemporaine, dans ces moments de crise, pourrait être cet instrument paradoxal de salut, en nous offrant la possibilité de dévoiler notre nihilisme, cette prison que nous avons construite nous-mêmes, et que nous confondons désormais avec notre conscience.
    1 hr 23 min
  • Terrorisme islamiste et attentat-suicide
    « Nous aimons la mort comme vous aimez la vie ». Cette phrase devenue centrale dans la rhétorique djihadiste a été prononcée pour la première fois par Oussama Ben Laden en 1997 dans une interview donnée à CNN.
    Élément-clé de la rhétorique terroriste actuelle, elle contribue à établir un lien entre terrorisme, attentat suicide et religion. L’acte terroriste serait commis au nom de Dieu, pour plaire à Dieu, ouvrir au martyre et à une forme de salut. Mais l’attentat-suicide peut-il être réduit à cette dimension religieuse ?
    Que recherchent ceux qui opèrent selon ce mode opératoire ? Quel salut espèrent-ils en mourant pour tuer ? Il existe, dans le temps et l’espace, deux modèles de l’attentat-suicide. Le premier concerne le chiisme. Le martyre est au cœur du chiisme et c’est dans le sillage de la révolution iranienne de 1979, qu’émergent de nouvelles formes sacrificielles de combat. Le premier attentat-suicide commis par des groupes chiites vise l’ambassade d’Irak à Beyrouth en 1981 ; dès 1983, le Hezbollah libanais engage une série d’attentats-suicides contre les présences française et américaine au Liban.
    Ce sont les sunnites, chez qui le martyre n’occupe initialement pas la même place, qui vont œuvrer à la globalisation progressive de l’attentat-suicide et inventer une tradition en faisant évoluer la notion de djihad. Sous la plume de différents théologiens radicaux, le djihad cesse d’être un service militaire pour la défense de l’Islam et devient une école de formation religieuse et militante.
    De cette transformation du djihad découle une conception nouvelle de l’attentat-suicide. Aujourd’hui, à leur arrivée sur le territoire du Califat, les partisans de Daech remplissent un formulaire dans lequel ils mentionnent s’ils acceptent de mourir en martyr. La mort est donc d’emblée associée à l’adhésion à l’État islamique. Ces nouveaux venus n’ont pas à s’occuper de théologie ou faire état de culture religieuse. Parmi les arguments expliquant leur engagement ressortent : l’idée de venger les atteintes à l’Oumma et les souffrances endurées par la communauté, la recherche du statut de héros, et le moyen d’assurer son salut et celui de ses proches, la mort effaçant tous les péchés – ce qui permet dès lors de vivre certains manquements. La plupart appartiennent aux classes moyennes et possèdent un emploi. Il ne s’agit donc pas d’une désespérance due à la pauvreté. La plupart recherche un salut social, qui renvoie à la culture jeune du super-héros et à un imaginaire occidental bien plus qu’islamique. Les références et les techniques utilisées dans les vidéos de l’État islamique sont celles des clips, des jeux vidéo voire de la téléréalité.
    Ces articulations, parfois dissonantes entre le religieux et le profane, l’individuel et le collectif sont un des facteurs de l’affirmation et de la mondialisation progressive de l’attentat-suicide comme mode opératoire du terrorisme islamiste.
    1 hr 48 min
  • Delay is life : le conservatisme selon Sir Roger Scruton
    Sir Roger Scruton, né en 1944 et décédé le 12 février 2020, fut une figure pour le moins atypique dans le paysage universitaire et intellectuel anglais et encore davantage en France où il demeure peu connu. Intellectuel de droite, oxymore difficile à comprendre en France aussi bien qu’en Angleterre, il écrivit sur la politique, la culture, l’esthétique aussi bien que sur la musique, le désir ou la chasse. Pour Scruton, être conservateur, c’était penser la préservation civilisationnelle dans toutes ses dimensions, et la vie était affaire de conservation.
    Il était le digne héritier de la tradition britannique conservatrice, constituée de deux pôles indissociables : un tempérament méfiant à l’égard du changement ou de l’innovation, et la préservation et la transmission à la génération suivante des pratiques, des mœurs et des institutions qui garantissent la stabilité d’une société. La préférence de Scruton allait à la préservation du modèle anglais dont il jugeait les institutions et les coutumes particulièrement adaptées pour stabiliser la société. Il en vantait notamment la « société civile » - terme difficile à comprendre pour les Français qui l’associent aux syndicats ou aux associations – qui désigne cet espace situé entre l’individu et l’État, constitué de deux formes d’institutions : des traditions, comme la religion, la morale ou encore le mariage ; et des « associations libres » où les individus se réunissent pour exercer une activité commune.
    Or, pour Scruton, ces traditions et associations ont été menacées par les Lumières et le libéralisme politique qui ont exigé la séparation du temporel et du spirituel, acté la supériorité de la science et de la raison sur la religion et défini l’individu comme mesure de toute chose.
    1 hr 56 min
  • « Être juif en terre d’Islam. Une histoire que le Maroc a choisi d’écrire au futur »
    André Azoulay a apporté le témoignage d’un parcours personnel, qui trouve ses racines dans l’histoire ancienne du Maroc, dont l’identité est indissociablement juive et musulmane comme en témoigne Essaouira. La ville perpétue cet héritage vivant à travers Bayt Dakira (Maison de la mémoire), ainsi que la ligne résolue de la politique menée par le roi Mohammed VI dans la continuité d’Hassan II.
    1 hr 24 min
  • Faut-il « se sauver » ou « sauver la planète » ?
    Faut-il « sauver la planète » comme l’enjoignent les nombreuses injonctions politiques ou pédagogiques, ou « se sauver soi-même » ? À l’heure de l’entrée dans l’anthropocène, l’homme se découvrirait comme une force géologique capable de détruire la planète et s’imaginerait en même temps capable de la sauver. Derrière cette injonction à « sauver la planète » pointe une part de vérité : si nous avons l’intention de la sauver, c’est que nous savons que nous ne pouvons pas nous en sauver. La crise écologique nous contraint à prendre conscience de notre communauté de destin et à assumer notre immanence.
    1 hr 50 min
  • Philippe Muray ou « le salut vrai par l’illusion »
    Philippe Muray publie en 1984 chez Denoël, Le XIXe siècle à travers les âges, ouvrage déroutant et foisonnant dont le thème principal est la quête du salut ou plutôt la critique des fausses quêtes de salut. Il y dénonce notamment l’occultisme et le socialisme comme deux entreprises sotériologiques se substituant au christianisme au XIXè siècle et qui prétendent éradiquer le mal dans la société ou la mort dans l’expérience humaine, afin de sauver l’humanité. Il dénonce ces fausses tentatives de salut temporel et propose une paradoxale voie de salut qui passerait par le déniaisement de l’homme au sujet de ces fausses espérances, ce qu’il appelle « le salut vrai par l’illusion ». Pour lui, comme l’indique le titre éponyme d’un article paru en 1985, « il n’y a que la mauvaise foi qui sauve », et le salut passera par le rire.
    1 hr 48 min
  • Sauver l’héritage chrétien du Moyen-Orient : une odyssée de l’appartenance
    Aradin Charitable Trust est une organisation caritative, fondée à Cambridge en 2012, qui a cessé ses activités en 2020. Son but était d’aider les communautés minoritaires historiques du Moyen-Orient à préserver leurs langues et leur patrimoine culturel. Aradin a été confrontée à deux difficultés majeures : la corruption et « l’impérialisme caritatif ». Qu’est-ce-que « l’impérialisme caritatif » ? Il présente deux caractéristiques : il donne la priorité au fait d’aider plutôt qu’à l’aide elle-même. Les victimes se retrouvent à la périphérie, jamais au cœur des initiatives. C’est pourquoi les organisations d’aide sont de moins en moins perçues comme des organisations bienfaisantes mais plutôt comme des agents étrangers, coloniaux ou politiques ayant des intérêts particuliers. D’autre part, « l’impérialisme caritatif » a adopté l’urgence permanente comme stratégie, aboutissant à la recherche continue de groupes ou de communautés victimes, réelles ou présumées, qui sont en réalité infantilisées et maintenues dans leur statut de victimes. Un changement de paradigme est nécessaire : nous devons développer un état d’esprit non utilitariste au service du bien commun, perçu comme un impératif moral de solidarité.
    1 hr 46 min
  • La santé a remplacé le salut
    Après des siècles au cours desquels le salut aurait connu une certaine vogue comme substitut à la santé grâce à l’idée que la souffrance est un moyen de se rapprocher de Dieu, un renversement se serait opéré dans la deuxième moitié du XXe siècle avec une médecine de plus en plus performante et une perte de spiritualité. Aujourd’hui, la santé est devenue un droit, le bien suprême à préserver « quoi qu’il en coûte ». Une substitution du salut par la santé fait courir des risques à la société : la demande d’immortalité. Pour les médecins, il y a à réaliser qu’il n’y a pas de santé sans salut et que sans vie spirituelle il est difficile de parvenir à la santé. Penser que la santé peut remplacer le salut est une imposture et un danger. Il est important de prendre la mesure du refus de la condition humaine mortelle et de la demande technologique massive pour vaincre la maladie et la mort.
    1 hr 41 min
  • Où est la spécificité de la conception chrétienne du salut ?
    Dans sa conception chrétienne, l'enjeu du salut est l'image de Dieu en l'homme, ou l'homme à l'image de Dieu, c'est-à-dire l'homme authentiquement humain. L'arrachement au péché est capital mais seulement à titre de moyen : la finalité est la restauration de l'image, de telle sorte que le Père puisse à nouveau s'adresser à l'homme en utilisant les mêmes paroles qu'il adresse au Christ : « Tu es mon fils, l'aimé, en toi je me plais ». Le Christ, tout en étant pleinement homme, est aussi de nature divine, et celui qui adhère au Christ par la foi est non seulement sauvé mais aussi divinisé. Comment le Christ nous sauve-t-il ? Le salut est octroyé gracieusement par Dieu à l'homme et son actualisation dans chaque individu résulte de l'adhésion personnelle au Christ sauveur. Cette altérité se trouve menacée par la culture séculière de notre monde contemporain et la tentative de mondanisation du salut.
    1 hr 37 min

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Émission de culture générale. Chaque semaine, un nouvel invité (académicien, chercheur, etc) apporte des éclairages approfondis et nuancés sur un sujet tiré de sa spécialité.