Le 15 mai 1960, lʹactrice principale de lʹAvventura, Monica Vitti, sort en pleurs de la projection au Palais des festivals, à Cannes.
Le 7e long métrage de son compagnon, le réalisateur italien Michelangelo Antonioni a été insulté par le public.
On le hue, on le déteste, on le conspue, on lʹinjurie.
Le cinéaste est défait. Il a mis son âme dans son film.
Il est stylistiquement parfait.
Mais le public déteste.
Pourtant la critique adore.
Une lettre de protestation pour défendre le film est écrite dès le lendemain de la projection à lʹinitiative de Roberto Rossellini .
Elle est contresignée par tous les journalistes lucides du moment.
37 personnes en tout.
Car il y a quand même des gens lucides qui voient dans lʹAvventura une nouvelle manière de raconter une histoire au cinéma.
Dʹailleurs le jury du festival de Cannes a apprécié à lʹunanimité.
LʹAvventura reçoit le prix spécial du jury pour sa remarquable contribution à la recherche dʹun nouveau langage cinématographique qui lui vaut dʹêtre distribué dans le monde entier.
Quʹas-t-il fait ce film pour choquer autant, puis passer ensuite à la postérité ?
Rien dʹautre que dʹêtre un noyau irréductiblement opaque et énigmatique qui constitue pourtant le centre temporel et géographique du film en donnant lieu à une scénographie et à une disparition des corps.
En traduction ça donne : indifférence, angoisse, et vide et énormément de questions laissées sans réponses, voilà ce qui déplaît et qui intrigue encore aujourdʹhui.
Quelques références
Patrice Rollet, Une Aventure de lʹAvventura, paru dans les Cahiers du cinéma, No Spécial 100 journées qui ont fait le cinéma
Seymour Chatman / Paul Duncan, Michelangelo Antonioni, Filmographie complète, Editions Taschen, 2004
Aldo Tassone, Antonioni, Cinémas, Flammarion, 1995
ANTONIONI Michelangelo, Écrits de Michelangelo Antonioni : écrits et entretiens de 1960 à 1985, Images Modernes, coll. " Inventeurs de formes ", 2003.