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Or


Le 10 août 1792, au cœur de Paris, des milliers d'insurgés marchent sur le palais des Tuileries. Depuis près de trois ans, Louis XVI et sa famille vivent dans cette résidence royale, sous la surveillance d'une population qui ne leur fait plus confiance. Ce matin-là, les tensions accumulées depuis le début de la Révolution française atteignent leur point de rupture. Les gardes suisses se préparent à défendre le palais. Dans les rues voisines, des Parisiens et des volontaires venus de province prennent les armes. Quelques heures plus tard, les Tuileries seront prises d'assaut et la monarchie française aura basculé.
Pour comprendre cette journée, il faut revenir sur l'histoire d'un palais aujourd'hui disparu. Construit à partir de 1564 à la demande de Catherine de Médicis, puis agrandi et transformé au fil des règnes, le palais des Tuileries est devenu l'une des principales résidences du pouvoir royal. En octobre 1789, Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants y sont installés après les journées révolutionnaires de Versailles. Officiellement, le roi demeure à la tête du royaume. Mais son autorité est désormais limitée, ses décisions contestées et ses déplacements étroitement surveillés.
La Révolution a profondément bouleversé la France. Les privilèges ont été abolis, les droits de l'homme proclamés et une nouvelle organisation politique se met en place. Pourtant, le maintien de la monarchie ne suffit pas à apaiser les tensions. Les désaccords religieux, les difficultés économiques et les affrontements politiques divisent le pays. En juin 1791, la fuite de Louis XVI et son arrestation à Varennes aggravent la méfiance. Dans une déclaration laissée avant son départ, le souverain critique ouvertement les transformations révolutionnaires. Beaucoup de Français commencent alors à douter de sa loyauté envers le nouveau régime.
En 1792, la situation devient explosive. La France entre en guerre contre l'Autriche, bientôt soutenue par la Prusse. Les premières défaites militaires alimentent la peur d'une invasion et les soupçons de trahison. À Paris, les militants des sections révolutionnaires réclament des mesures plus radicales. Le roi oppose son veto à plusieurs décisions de l'Assemblée, tandis que les manifestants dénoncent son attitude. La menace proférée par le duc de Brunswick contre Paris, si la famille royale subit des violences, renforce encore la colère populaire.
Dans la nuit du 9 au 10 août, l'insurrection s'organise. Une nouvelle Commune révolutionnaire s'impose à l'Hôtel de Ville. Des groupes armés quittent les faubourgs et convergent vers les Tuileries. Parmi eux figurent des fédérés marseillais, arrivés quelques jours auparavant dans la capitale. Au palais, la défense repose principalement sur les gardes suisses, des soldats professionnels au service du roi, épaulés par des gardes nationaux dont la fidélité est incertaine.
Au petit matin, Louis XVI comprend que la situation lui échappe. Sur les conseils de plusieurs responsables, il quitte les Tuileries avec sa famille pour chercher refuge auprès de l'Assemblée législative. Mais les soldats chargés de protéger sa résidence restent sur place. Lorsque les insurgés pénètrent dans les cours du palais, une fusillade éclate. Les Suisses opposent une résistance meurtrière. Les assaillants reculent, se réorganisent et reviennent avec des renforts et des canons. Le roi ordonne finalement aux défenseurs de déposer les armes, mais son message arrive alors que les combats font déjà rage.
Le palais tombe. Plusieurs centaines d'hommes périssent au cours des affrontements et des violences qui suivent.
La prise des Tuileries marque une rupture décisive. Le 10 août, l'Assemblée suspend Louis XVI de ses fonctions. Le roi et sa famille sont bientôt emprisonnés au Temple. Le 21 septembre 1792, la Convention nationale abolit officiellement la monarchie. Quatre mois plus tard, Louis XVI est exécuté.
Un récit de Tim Girard
Le 2 décembre 1959, à 21 h 13, le barrage de Malpasset cède brutalement dans la vallée du Reyran, à quelques kilomètres de Fréjus. En quelques secondes, une immense brèche s’ouvre dans l’ouvrage et près de 50 millions de mètres cubes d’eau sont libérés. L’onde déferle dans la vallée, emporte les baraquements du chantier autoroutier, ravage les exploitations agricoles, détruit des habitations et atteint Fréjus une vingtaine de minutes plus tard. Au matin, le paysage est méconnaissable. Le bilan est terrible : 423 morts, des milliers de sinistrés et une région entière traumatisée.
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Pourtant, Malpasset n’est ni un ouvrage bâclé, ni un barrage construit à la légère. Achevé en 1954, il est conçu par André Coyne, l’un des plus grands spécialistes mondiaux des barrages-voûtes. Sa structure fine et courbe repose sur un principe maîtrisé : au lieu de résister à la poussée de l’eau par son seul poids, la voûte transmet une grande partie des efforts vers les deux flancs rocheux de la vallée. Le béton n’est pas de mauvaise qualité, les calculs ne sont pas grossièrement faux, et la minceur impressionnante de l’ouvrage n’est pas, en elle-même, une faiblesse.
Alors pourquoi Malpasset s’effondre-t-il en quelques secondes ?
Pour comprendre, il faut revenir aux années 1950, à une France qui se reconstruit, aménage son territoire et fait largement confiance aux grands ouvrages d’ingénierie. À Fréjus, le barrage doit permettre de stocker l’eau du Reyran, cours d’eau méditerranéen presque à sec une partie de l’année mais capable de devenir torrentiel après de fortes pluies. La retenue se remplit pourtant très lentement : sécheresses, expropriations et difficultés liées à des exploitations minières retardent pendant plusieurs années la véritable mise en charge de l’ouvrage.
En 1959, tout change. L’automne est très humide et, à la fin du mois de novembre, les pluies deviennent exceptionnelles. Le niveau du lac monte rapidement et atteint des valeurs jamais connues jusque-là. Des résurgences et des circulations d’eau apparaissent dans le massif rocheux, mais rien ne permet alors d’y lire l’annonce d’une catastrophe imminente. Le 2 décembre, la vidange de fond est finalement ouverte vers 18 heures. Elle évacue environ 40 mètres cubes par seconde, mais les apports sont alors bien supérieurs. La retenue reste donc à un niveau extrêmement élevé.
À 21 h 13, l’équilibre se rompt. Et la cause réelle est plus complexe qu’un simple « barrage qui casse ». Les investigations montrent que le problème se trouve dans la rive gauche, dans la roche elle-même. Le gneiss est dur, mais fracturé. Certaines discontinuités dessinent un immense bloc rocheux, un dièdre, soumis à la poussée transmise par la voûte et à la pression de l’eau infiltrée dans les fractures. À mesure que la charge augmente, le drainage naturel du massif diminue, les sous-pressions se maintiennent et l’équilibre du bloc se dégrade. Quand ce bloc est finalement expulsé vers l’aval, la voûte perd l’un de ses appuis essentiels. Elle ne peut plus tenir et s’effondre presque immédiatement.
La catastrophe de Malpasset devient alors un cas d’école mondial. Elle transforme la compréhension des massifs rocheux fracturés, du drainage, des sous-pressions et de l’interaction entre barrage et fondation. Elle entraîne aussi de longues procédures judiciaires.
Au-delà des chiffres, Malpasset reste surtout une tragédie humaine. Une nuit de décembre où des familles entières sont surprises sans système d’alerte, où l’eau traverse la vallée à une vitesse effroyable, et où Fréjus découvre au lever du jour l’ampleur d’un désastre qui marquera durablement l’histoire des barrages en France.
Un récit de Tim Girard
Mai 68. Deux mots qui évoquent des barricades, des pavés, des usines occupées et une jeunesse décidée à prendre la parole. Comment une contestation étudiante devient-elle une crise capable de paralyser la France et d’ébranler le pouvoir du général de Gaulle ? Des premières tensions à Nanterre aux affrontements du Quartier latin, des ateliers de Renault aux négociations de Grenelle, retour sur les semaines qui transforment durablement l’histoire sociale française.
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Paris, dans la nuit du 10 au 11 mai 1968. Au Quartier latin, les manifestants dressent des barricades, arrachent les pavés et déplacent des voitures pour barrer les rues. Jean-Claude, un étudiant fictif de dix-huit ans, se retrouve au milieu de cette foule qui attend une réponse des autorités. Sur les petits transistors, les journalistes racontent les négociations. Les forces de l’ordre avancent. Les gaz lacrymogènes envahissent les rues, les charges dispersent les groupes, les coups de matraque s’abattent. Cette nuit de violence va changer la dimension du mouvement.
Pour comprendre cette explosion, il faut revenir dans une France qui se modernise. Les Trente Glorieuses améliorent les conditions de vie, mais la prospérité ne profite pas à tous de la même manière. Dans les entreprises, les salaires, les cadences et l’autorité patronale nourrissent le mécontentement. Dans les universités, l’afflux des étudiants bouscule des structures encore rigides. Une partie de la jeunesse conteste les règles, les hiérarchies et la place qu’on lui réserve. À cette colère s’ajoutent les débats sur la société de consommation, l’impérialisme et la guerre du Vietnam.
À Nanterre, les tensions s’accumulent. Le mouvement du 22 mars rassemble des militants aux convictions différentes, unis dans la contestation. La fermeture de la faculté, puis l’intervention de la police à la Sorbonne le 3 mai, précipitent les affrontements. Les arrestations alimentent les manifestations. On réclame la libération des camarades emprisonnés, la réouverture de la Sorbonne et le départ des forces de l’ordre. Le gouvernement hésite entre fermeté et concessions, tandis que la répression élargit les soutiens aux étudiants.
Le 13 mai, les syndicats appellent à une journée de grève et de manifestations. Étudiants et salariés défilent ensemble. Mais la mobilisation ne s’arrête pas là : les occupations d’usines se multiplient, les transports ralentissent puis s’interrompent, des millions de travailleurs cessent le travail. La France entre dans une grève exceptionnelle. Dans les amphithéâtres, les ateliers et les rues, on discute des salaires, du pouvoir, de l’université et de la vie quotidienne. Les aspirations se croisent sans toujours se rejoindre : tous ne veulent pas la même révolution, ni la même issue.
Les négociations de Grenelle débouchent notamment sur une hausse d’environ 35 % du salaire minimum et des augmentations de salaires. Pourtant, les concessions ne suffisent pas à faire reprendre immédiatement le travail. La crise devient aussi politique. François Mitterrand envisage une succession à la présidence. Le 29 mai, de Gaulle quitte Paris et rejoint le général Massu à Baden-Baden, laissant planer l’incertitude sur ses intentions. Le lendemain, il reprend la parole, dissout l’Assemblée nationale et appelle ses partisans à se mobiliser.
Le retour à l’ordre reste progressif et violent. En juin, plusieurs manifestants meurent. Les grèves s’achèvent peu à peu, et les élections législatives donnent une large victoire aux gaullistes. Mais le résultat électoral ne referme pas les questions ouvertes par la crise. Réformes universitaires, droits syndicaux, rapports à l’autorité, transformations culturelles : que reste-t-il de Mai 68, entre conquêtes sociales, espoirs révolutionnaires et désillusions ?
Un récit de Tim Girard
Le 24 mars 1999, peu avant 11 heures, un poids lourd belge transportant de la margarine et de la farine s’engage dans le tunnel du Mont-Blanc en direction de l’Italie. Quelques minutes plus tard, de la fumée apparaît sous la cabine. Le camion s’arrête à environ six kilomètres et demi de l’entrée française. Le feu gagne rapidement la remorque, puis les véhicules immobilisés derrière lui. Dans cette galerie unique de 11,6 kilomètres, la fumée se propage à une vitesse terrifiante. Des dizaines d’automobilistes et de chauffeurs routiers se retrouvent pris au piège. Trente-neuf personnes vont mourir.
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Cette catastrophe ne peut pourtant pas se résumer à l’incendie d’un camion. Le tunnel du Mont-Blanc, inauguré en 1965, est alors considéré comme une prouesse technique. Conçu dans l’Europe de l’après-guerre pour relier plus directement la France et l’Italie, il a profondément transformé les échanges à travers les Alpes. Mais en trente-quatre ans, le trafic a changé. Le nombre de poids lourds a explosé, les véhicules transportent davantage de carburant et de matériaux combustibles, tandis que l’ouvrage conserve une configuration fondamentale : un seul tube, deux sens de circulation et aucune véritable galerie d’évacuation indépendante.
Lorsque le feu éclate, les systèmes de détection réagissent rapidement et les accès sont fermés en quelques minutes. Pourtant, la situation devient incontrôlable presque immédiatement. Un courant d’air naturel pousse les fumées vers le côté français, exactement là où les véhicules se sont arrêtés. La visibilité disparaît, les gaz toxiques envahissent la galerie et les conducteurs n’ont bientôt plus la possibilité de faire demi-tour. Beaucoup meurent intoxiqués avant même que les flammes n’atteignent leur véhicule.
Les secours entrent à leur tour dans le tunnel, mais la fumée et la chaleur les arrêtent à plusieurs kilomètres du foyer. Certains sauveteurs deviennent eux-mêmes prisonniers des refuges. L’incendie atteint par endroits des températures proches de 1 000 degrés, détruit les câbles, les caméras, l’éclairage et une partie des moyens de communication. Il faudra environ cinquante-trois heures pour le maîtriser.
Pour comprendre comment un feu de véhicule a pu provoquer une catastrophe d’une telle ampleur, il faut remonter à la conception même du tunnel, à son organisation franco-italienne, à ses systèmes de ventilation, à ses procédures de secours et à la manière dont le risque incendie était envisagé à l’époque. Les enquêtes montreront qu’aucune cause unique n’explique le bilan. C’est l’addition de plusieurs vulnérabilités — techniques, humaines et organisationnelles — qui transforme, ce 24 mars 1999, un incendie en piège mortel.
La catastrophe du Mont-Blanc marque un tournant dans l’histoire de la sécurité routière en Europe. Deux mois plus tard, le tunnel des Tauern, en Autriche, connaît à son tour un incendie meurtrier. En 2001, le Saint-Gothard en Suisse est frappé. À travers l’Europe, les règles changent : détection renforcée, nouvelles galeries d’évacuation, distances de sécurité, désenfumage modernisé, exercices communs et commandement unifié.
Trois ans après le drame, le tunnel du Mont-Blanc rouvre profondément transformé. Mais derrière les nouveaux équipements et les procédures renforcées restent les trente-neuf victimes du 24 mars 1999, et une question qui traverse toute cette histoire : comment un ouvrage présenté pendant des décennies comme sûr a-t-il pu devenir, en quelques minutes, un endroit dont presque personne ne pouvait plus sortir ?
Le 13 mai 1981, Jean-Paul II traverse la place Saint-Pierre de Rome dans une petite voiture découverte. Des milliers de fidèles l’acclament. Il prend une enfant dans ses bras, la bénit, puis la rend à sa famille. Quelques instants plus tard, un homme surgit dans la foule et tire sur lui à bout portant. Le pape s’effondre. Deux femmes sont également blessées. Tandis qu’une religieuse et un gendarme maîtrisent le tireur, la voiture emporte Jean-Paul II vers l’intérieur du Vatican. Une course contre la montre commence.
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Touché à l’abdomen, à la main et au bras, Jean-Paul II est conduit à l’hôpital Gemelli. La balle a traversé ses intestins et est passée tout près de l’aorte. Pendant plus de cinq heures, les chirurgiens tentent de le sauver. Sur la place Saint-Pierre, une partie de la foule attend des nouvelles et prie. Le pape survit à l’opération, mais son état reste préoccupant. Il lui faudra plusieurs mois, une seconde intervention et deux séjours à l’hôpital pour se rétablir.
L’homme arrêté sur la place s’appelle Mehmet Ali Ağca. Il a vingt-trois ans, vient de Turquie et n’en est pas à son premier crime : en 1979, il a assassiné le journaliste Abdi İpekçi, avant de s’évader d’une prison militaire. Il avait même annoncé publiquement son intention de tuer le pape lors d’un voyage de Jean-Paul II en Turquie. Comment ce fugitif a-t-il pu traverser plusieurs pays sous une fausse identité, obtenir une arme et se retrouver à quelques mètres du souverain pontife ?
Pour comprendre pourquoi Jean-Paul II pouvait être une cible, l’histoire remonte aussi à ses origines. Né Karol Wojtyła en Pologne, il a connu l’occupation allemande, puis vécu sous un régime communiste qui cherchait à réduire l’influence de l’Église. Élu pape en 1978, il devient une figure majeure pour les Polonais. Lorsqu’il retourne dans son pays en 1979, des foules immenses se rassemblent autour de lui. Un an plus tard, les grèves donnent naissance au syndicat indépendant Solidarność, dont il soutient les membres. À Moscou, cette contestation au cœur du bloc soviétique suscite une inquiétude réelle.
L’enquête révèle qu’Ağca n’a pas vécu en fugitif totalement isolé. Des hommes l’ont aidé à voyager et à se procurer son pistolet. Elle établit aussi qu’il a séjourné à Sofia, en Bulgarie, durant l’été 1980. Puis, depuis sa prison, Ağca accuse plusieurs ressortissants bulgares d’avoir participé à la préparation de l’attentat. En novembre 1982, la police italienne arrête Sergueï Antonov, un responsable de la compagnie Balkan Air à Rome. L’affaire prend alors une dimension internationale : les services secrets bulgares, et derrière eux le KGB soviétique, ont-ils voulu éliminer un pape dont l’influence gênait le pouvoir communiste ?
Cette hypothèse fait grand bruit pendant la guerre froide. Mais au procès, les déclarations d’Ağca se multiplient, se contredisent et deviennent de plus en plus difficiles à vérifier. En 1986, Antonov et les autres accusés de complot sont acquittés faute de preuves suffisantes. Le verdict ne résout pas toutes les questions ; il interdit de présenter la « piste bulgare » comme un fait établi. On sait qui a tiré. On ne sait toujours pas avec certitude si quelqu’un a commandité l’attentat.
Jean-Paul II, lui, donne à sa survie une signification spirituelle. Un an jour pour jour après les tirs, il se rend à Fátima, au Portugal. Il a déjà pardonné publiquement à Ağca. En décembre 1983, il va le rencontrer dans sa cellule de la prison romaine de Rebibbia ; leur conversation restera privée. Des années plus tard, le projectile offert au sanctuaire de Fátima sera placé dans la couronne de la statue de la Vierge.
Un récit de Tim Girard
Le 21 septembre 2001, à 10 h 17, Toulouse est frappée par l’une des plus grandes catastrophes industrielles de l’histoire récente de la France. À l’usine AZF, dans le sud de la ville, le bâtiment 221 explose avec une violence immense. En quelques secondes, le souffle détruit une partie du site, frappe les quartiers voisins, éventre des bâtiments, pulvérise des vitres et transforme des rues entières en zones de débris. Le bilan définitif est de 31 morts, dont 21 à l’intérieur de l’usine, et de milliers de blessés et de personnes durablement touchées.
Dix jours seulement après les attentats du 11 septembre aux États-Unis, la première réaction est immédiate : beaucoup pensent à une bombe. Toulouse est sous le choc, les réseaux téléphoniques saturent, les secours affluent, les hôpitaux déclenchent leurs plans d’urgence et les habitants cherchent à comprendre ce qui vient de se produire. Mais derrière la violence de l’explosion se cache une histoire beaucoup plus complexe, faite de stockage industriel, de produits incompatibles, de procédures, de décisions et de failles qui vont être examinées pendant près de vingt ans.
Pour comprendre AZF, il faut remonter bien avant 2001. Le site trouve ses origines dans l’Office national industriel de l’azote, créé à Toulouse dans les années 1920. L’usine s’installe alors en périphérie, avant que la ville ne grandisse progressivement autour d’elle. Des quartiers, des écoles, des entreprises et de grands axes routiers finissent par se retrouver au voisinage immédiat d’un immense complexe chimique classé Seveso.
Au cœur de la catastrophe se trouve le nitrate d’ammonium. Utilisé massivement dans l’agriculture et l’industrie, ce produit n’est pas un explosif au sens courant du terme, mais il peut devenir extrêmement dangereux dans certaines conditions. Dans le bâtiment 221, plusieurs centaines de tonnes de nitrate d’ammonium déclassé sont stockées en vrac. Le matin du 21 septembre, une benne provenant du bâtiment 335 y est vidée environ vingt minutes avant l’explosion.
Selon le scénario finalement retenu par la justice, cette benne contient notamment du nitrate d’ammonium et des résidus de produits chlorés, dont du DCCNa. Leur rencontre, dans un environnement humide, déclenche une succession de réactions chimiques qui conduisent à la formation de composés très instables, notamment du trichlorure d’azote. Une première détonation agit alors comme une amorce et transmet son énergie à une partie du stock.
À 10 h 17, le bâtiment 221 explose. L’onde de choc traverse l’usine puis une partie de Toulouse. Des bâtiments sont détruits, des véhicules frappés, des milliers de vitres éclatent et deviennent elles-mêmes des projectiles. Des écoles sont touchées, dont le lycée Gallieni, où un élève perd la vie. Environ 27 000 logements sont endommagés et près de 1 300 établissements sont atteints. L’explosion est suffisamment puissante pour être enregistrée par les instruments sismiques.
Les jours, les mois puis les années qui suivent sont marqués par les expertises, les controverses et les procès. La piste d’un attentat est examinée, mais elle n’est pas retenue par la justice. La thèse accidentelle fondée sur la rencontre de produits incompatibles s’impose progressivement dans le dossier judiciaire. Trois procès seront nécessaires avant que les condamnations deviennent définitives en 2019.
AZF laisse aussi une trace profonde dans la réglementation française. La catastrophe contribue directement à la loi du 30 juillet 2003 et au renforcement de la prévention autour des sites industriels dangereux. Elle laisse surtout une ville marquée, des familles endeuillées, des milliers de personnes blessées physiquement ou psychologiquement, et une question qui reste centrale : comment une opération apparemment banale a-t-elle pu conduire à une destruction d’une telle ampleur ?
Un récit de Tim Girard
Le 8 mai 1902, peu avant huit heures du matin, Saint-Pierre se réveille au pied de la montagne Pelée. Depuis plusieurs jours, la situation est inquiétante. La terre tremble, les explosions se succèdent, les cendres recouvrent les rues et des habitants des campagnes voisines sont venus chercher refuge en ville. Trois jours plus tôt, une coulée de boue a même fait ses premières victimes. Pourtant, Saint-Pierre est toujours là. La veille encore, une commission chargée d’évaluer la menace a conclu que la ville était en sécurité. Puis, en quelques minutes, tout bascule. Une masse brûlante dévale les pentes de la montagne et atteint la ville. Saint-Pierre disparaît presque entièrement. Le bilan traditionnel évoque environ 28 000 morts.
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Comment une ville entière a-t-elle pu rester au pied d’une montagne qui donnait autant de signes inquiétants ? C’est justement toute la question. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire aujourd’hui, les habitants de Saint-Pierre savent parfaitement qu’ils vivent près d’un volcan. La Pelée s’est déjà réveillée par le passé. En 1792, puis surtout en 1851-1852, elle a produit des explosions et des retombées de cendres. Mais elle n’a jamais provoqué de catastrophe comparable. En 1902, ce souvenir va compter.
À la fin du mois d’avril, l’activité augmente progressivement. Les explosions deviennent plus fréquentes, les cendres atteignent Saint-Pierre et la situation se dégrade autour de la montagne. Puis, le 5 mai, le premier véritable drame se produit : une coulée de boue dévale la rivière Blanche et détruit l’usine Guérin, faisant une vingtaine de morts. La Pelée vient de prouver qu’elle peut tuer.
Mais ce drame produit aussi un effet trompeur. La coulée a suivi une vallée bien précise, à l’écart de Saint-Pierre. Pour les autorités comme pour une partie des habitants, le relief semble donc protéger la ville. Une erreur de raisonnement compréhensible avec les connaissances de l’époque, mais qui va devenir tragique.
Car en 1902, la volcanologie existe déjà, mais elle ne dispose pas encore des moyens permettant de comprendre précisément ce qui se prépare sous la Pelée. Et surtout, le phénomène qui va détruire Saint-Pierre reste encore très mal connu.
À cette incertitude scientifique s’ajoute un contexte politique particulièrement tendu. La Martinique est en pleine période électorale. Le premier tour des législatives a eu lieu le 27 avril et le second doit se tenir le 11 mai. Après la catastrophe, une accusation va traverser les décennies : les autorités auraient-elles volontairement empêché l’évacuation de Saint-Pierre pour permettre aux élections d’avoir lieu ? Nous verrons ce que les sources permettent réellement d’affirmer, et ce qui appartient davantage à la légende.
Nous suivrons également les dernières heures de Saint-Pierre, la commission réunie le 7 mai, l’arrivée du gouverneur Louis Mouttet et de son épouse dans une ville qu’ils pensent eux-mêmes suffisamment sûre pour y passer la nuit.
Puis viendra le matin du 8 mai.
Pour comprendre ce qui s’est produit, il faudra entrer dans le fonctionnement même de la montagne Pelée : comprendre ce qu’est un courant pyroclastique, pourquoi il ne s’est pas comporté comme les phénomènes observés les jours précédents et comment il a pu atteindre Saint-Pierre avec une telle rapidité.
Enfin, cette catastrophe va profondément faire progresser la connaissance des volcans. Les travaux menés après le désastre, notamment ceux d’Alfred Lacroix, permettront de mieux comprendre ces terribles « nuées ardentes » et feront de la montagne Pelée l’un des volcans les plus étudiés de son époque.
Un récit de Tim Girard
Dans la nuit du 1er au 2 septembre 1666, un incendie se déclare dans une boulangerie de Pudding Lane, au cœur de Londres. Au départ, rien ne laisse penser qu’il sera différent des nombreux feux que connaît régulièrement la ville. Pourtant, quelques heures plus tard, des centaines de maisons brûlent déjà. Poussé par un vent violent, le feu gagne les rues voisines, descend vers la Tamise et devient impossible à contrôler. Pendant plusieurs jours, Londres va vivre l’une des plus grandes catastrophes de son histoire.
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Pour vivre cette journée au plus près, nous suivons Samuel Pepys. Haut fonctionnaire de l’administration de la marine, il tient alors un journal dans lequel il raconte avec une précision extraordinaire ce qu’il voit. Vers trois heures du matin, une domestique le réveille pour lui signaler un grand feu au loin. Pepys regarde par la fenêtre, estime qu’il est suffisamment éloigné et retourne se coucher. Quelques heures plus tard, il apprend que plus de trois cents maisons ont déjà brûlé.
Il sort alors dans Londres, monte à la Tour pour observer la City, puis prend une barque sur la Tamise. Depuis le fleuve, il voit les habitants vider leurs maisons, charger leurs meubles sur des embarcations et attendre parfois le dernier moment avant de fuir. Il voit aussi les flammes avancer d’un bâtiment à l’autre, les quais se remplir et des pigeons continuer à tourner autour de leurs nids jusqu’à tomber, les ailes brûlées.
Pepys se rend ensuite à Whitehall, où il raconte ce qu’il vient de voir à Charles II et à son frère, le duc d’York. Le roi ordonne alors de démolir les maisons situées sur le chemin des flammes pour tenter de créer des coupe-feu. Mais lorsqu’on commence réellement à agir, l’incendie a déjà pris une avance considérable.
Pourquoi ce feu devient-il aussi incontrôlable ? Londres est alors une ville extrêmement dense, avec des rues étroites, des bâtiments très rapprochés et de nombreuses structures en bois. Près de la Tamise, les entrepôts contiennent du goudron, de l’huile, du bois, du vin, du brandy et quantité d’autres matières inflammables. L’été 1666 a été particulièrement sec et un puissant vent d’est pousse constamment les flammes vers de nouveaux quartiers.
La catastrophe dure plusieurs jours. Des dizaines de milliers d’habitants quittent leur maison avec ce qu’ils peuvent emporter. Les charrettes deviennent rares et hors de prix. Les champs autour de la City se couvrent de familles et de marchandises. Dans le même temps, la peur alimente les rumeurs : l’Angleterre étant en guerre contre les Provinces-Unies et la France, des étrangers et des catholiques sont rapidement accusés d’avoir volontairement déclenché l’incendie.
Le mardi 4 septembre, le feu atteint l’un des grands symboles de Londres : l’ancienne cathédrale Saint-Paul. Des travaux y sont en cours et des libraires ont entreposé leurs stocks dans l’édifice, persuadés que ses murs de pierre les protégeront. La cathédrale s’embrase pourtant à son tour. La toiture disparaît, le plomb fond sous la chaleur et l’immense bâtiment médiéval est détruit.
Le feu finit par être maîtrisé autour du 5 septembre grâce à la baisse du vent et à des destructions beaucoup plus importantes, parfois réalisées à la poudre à canon. Le bilan matériel est immense : environ 13 200 maisons détruites, 87 églises paroissiales, 52 halls de corporations, le Royal Exchange, le Guildhall et l’ancienne Saint-Paul. Près de 100 000 personnes se retrouvent sans logement.
Le Grand incendie n’a donc pas fait naître en quatre jours le Londres que nous connaissons aujourd’hui. Mais il a profondément transformé sa manière de construire, son architecture et son paysage. Et tout commence par une petite lueur aperçue au loin, au milieu de la nuit, par un homme qui décide simplement de retourner dormir.
Un récit de Tim Girard
Le 26 décembre 2004, à 0 h 58 min 53 s en temps universel, la terre se déchire au large de Sumatra. Le séisme atteint une magnitude de 9,1, l’un des plus puissants jamais enregistrés. En quelques minutes, plus de 1 200 kilomètres de faille rompent sous l’océan Indien. Le fond marin se soulève brutalement et déplace une masse d’eau gigantesque. Sur les côtes voisines, personne ou presque ne comprend encore ce qui vient de commencer.
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À Aceh, en Indonésie, la mer arrive parfois moins de vingt minutes après le séisme. Sur certaines plages de Thaïlande, elle se retire de façon spectaculaire. Des vacanciers s’avancent sur le sable humide, intrigués. Des enfants observent les poissons prisonniers dans les flaques. Quelques personnes prennent des photos. Puis une masse d’eau apparaît, grossit et emporte bateaux, voitures, maisons et ceux qui se trouvent sur son passage.
En quelques heures, le tsunami frappe l’Indonésie, la Thaïlande, le Sri Lanka, l’Inde, les Maldives, puis atteint les côtes africaines. Au Sri Lanka, le train Samudra Devi est rattrapé près de Peraliya. Une première vague l’immobilise. Une autre, plus puissante, renverse les wagons et les emporte. Plus d’un millier de personnes meurent dans ce qui reste généralement considéré comme la catastrophe ferroviaire la plus meurtrière de l’histoire.
Pourquoi personne n’a-t-il pu prévenir les populations à temps ? En 2004, l’océan Indien ne dispose pas encore d’un véritable système régional d’alerte aux tsunamis comparable à celui du Pacifique. Le séisme est détecté, mais sa puissance exceptionnelle est d’abord sous-estimée. Surtout, l’information ne parvient pas assez vite aux plages situées sur la trajectoire de la vague. Pourtant, certains signes étaient là : une secousse longue et inhabituelle, un retrait soudain de la mer, parfois un grondement étrange.
Quelques personnes reconnaissent ces signes. À Phuket, Tilly Smith, une Britannique de dix ans, se souvient d’un cours de géographie reçu quelques semaines plus tôt. Elle comprend qu’un tsunami approche et alerte sa famille. Plus d’une centaine de personnes sont mises à l’abri. Sur l’île indonésienne de Simeulue, une tradition orale née après un tsunami en 1907 enseigne qu’après une forte secousse et un retrait de la mer, il faut fuir vers les hauteurs. Cette mémoire contribue à sauver des milliers de vies.
Le bilan est vertigineux : près de 230 000 morts ou disparus dans une quinzaine de pays. L’Indonésie paie de très loin le tribut le plus lourd, avec plus de 160 000 victimes. Près de deux millions de personnes sont déplacées. Très vite, le monde entier se mobilise. Gouvernements, institutions internationales, entreprises et particuliers promettent environ 13,6 milliards de dollars pour les secours et la reconstruction.
Mais deux ans plus tard, une question revient : où est passé tout cet argent ? Des milliards ont été promis, mais tous ne sont pas encore dépensés. Bill Clinton, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, constate que seulement 30 à 35 % des personnes ayant besoin d’un relogement permanent en ont obtenu un. Des projets sont mal coordonnés, certains sont inadaptés, les prix explosent, les problèmes fonciers ralentissent les chantiers et des cas de corruption existent. Mais cela ne signifie pas que les milliards se sont simplement volatilisés. Une reconstruction de cette ampleur prend des années, et les sommes annoncées, versées, engagées et réellement dépensées ne correspondent pas aux mêmes étapes.
Le tsunami du 26 décembre 2004 a profondément changé la manière dont les pays de l’océan Indien se préparent à ce type de catastrophe. Des systèmes d’alerte ont été installés et les signes naturels sont mieux connus.
Un récit de Tim Girard.
Le 22 avril 1915, près de la ville belge d'Ypres, le monde bascule dans une nouvelle forme de guerre. En quelques minutes, une arme inconnue transforme le champ de bataille en un véritable enfer et ouvre l'une des pages les plus sombres de l'histoire militaire.
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Depuis plusieurs mois, le front occidental est figé. Des centaines de kilomètres de tranchées traversent la France et la Belgique. Les assauts coûtent des dizaines de milliers de vies pour quelques centaines de mètres gagnés. Face à cette impasse, l'état-major allemand décide de tester une arme dont personne n'imagine encore les conséquences.
Ce jour-là, plus de cinq mille bouteilles remplies de chlore sont installées face aux lignes françaises. Lorsque le vent devient favorable, les vannes sont ouvertes. Un immense nuage verdâtre commence à avancer lentement vers les tranchées alliées. Les premiers soldats sentent une odeur inhabituelle avant que leurs yeux ne brûlent, que leur gorge s'enflamme et que leurs poumons cessent peu à peu de fonctionner. En quelques instants, la confusion laisse place à la panique.
À travers le regard de Julien, jeune fantassin français, vous vivrez minute après minute cette attaque qui marque la naissance de la guerre chimique moderne. La progression du nuage, les réactions des soldats, les tentatives désespérées pour fuir, l'évacuation des blessés et les souffrances provoquées par le chlore sont racontées au plus près des témoignages et des connaissances historiques actuelles.
Mais cette histoire dépasse largement la journée du 22 avril 1915. Pourquoi les conventions internationales n'ont-elles pas empêché l'utilisation de cette arme ? Comment les chimistes allemands, menés par Fritz Haber, sont-ils parvenus à convaincre l'armée de tenter cette expérience ? Quels gaz seront développés ensuite, du phosgène à l'ypérite, et pourquoi continueront-ils à faire des victimes longtemps après les combats ?
Vous découvrirez également comment les soldats improvisent leurs premières protections avant l'apparition des véritables masques à gaz, pourquoi certaines attaques échouent lorsque le vent tourne, comment les médecins tentent de soigner des blessures qu'ils ne comprennent pas encore et pour quelles raisons les bilans humains de cette première attaque restent encore aujourd'hui discutés par les historiens.
Cette plongée revient aussi sur les conséquences médicales du chlore, les lésions pulmonaires qu'il provoque, l'apparition de l'œdème pulmonaire, les séquelles laissées aux survivants ainsi que l'évolution rapide des armes chimiques durant toute la Première Guerre mondiale. Elle montre également comment cette innovation militaire a profondément transformé les doctrines de combat et marqué durablement le droit international.
Une histoire où les avancées scientifiques côtoient les pires applications de la guerre, où le destin d'un chimiste capable de nourrir des milliards d'êtres humains croise celui d'hommes pris au piège d'un nuage toxique, et où une seule journée suffit à faire entrer le monde dans une nouvelle ère de destruction.
Un récit de Tim Girard
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