Entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle, l’Europe connaît l’un des phénomènes répressifs les plus violents de son histoire : la chasse aux sorcières. Contrairement aux idées reçues, ces persécutions n’appartiennent pas au Moyen Âge. Elles se déroulent au cœur de l’époque moderne, à l’âge de la Renaissance, de l’imprimerie, de l’Humanisme et des États en construction.
Entre 1560 et 1630, des dizaines de milliers de femmes et d’hommes sont accusés de sorcellerie à travers l’Europe. Les historiens estiment aujourd’hui qu’environ 100 000 personnes ont été poursuivies et que 40 000 à 60 000 d’entre elles ont été exécutées, le plus souvent par pendaison ou par le bûcher. La majorité des victimes sont des femmes, mais cette proportion varie fortement selon les régions et les contextes politiques, religieux et judiciaires.
Dans cet épisode, nous revenons sur l’histoire de la chasse aux sorcières en Europe, en déconstruisant les mythes et les raccourcis. Pourquoi cette explosion de procès à l’époque moderne ? Pourquoi certaines régions – comme le Saint-Empire, la Suisse, la Lorraine ou l’Écosse – sont-elles particulièrement touchées, tandis que d’autres, comme l’Espagne ou le sud de l’Italie, le sont beaucoup moins ? Pourquoi la sorcellerie est-elle avant tout un phénomène rural, enraciné dans les villages et les petites communautés ?
L’épisode s’ouvre par un récit narratif immersif, situé au Pays basque français, dans le Labourd, en 1609. À travers le destin d’une femme ordinaire, nous plongeons au cœur d’un procès de sorcellerie : les rumeurs, les dénonciations, les interrogatoires, la torture légale, les aveux arrachés et l’engrenage judiciaire qui conduit au bûcher. Un récit au présent de narration, sans analyse, pour faire ressentir de l’intérieur la mécanique de la peur.
Dans la partie explicative, nous revenons sur les causes profondes de la chasse aux sorcières : les crises religieuses et politiques, les guerres de Religion, les famines, les épidémies, mais aussi la construction d’un imaginaire du mal nourri par la théologie chrétienne et les traités de démonologie. Nous expliquons comment la figure de la sorcière est progressivement façonnée comme ennemie de Dieu et de l’ordre social, à travers des concepts comme le pacte avec le diable, le sabbat, les maléfices ou la marque diabolique.
L’épisode analyse également le rôle central de la justice dans la répression. Contrairement à une idée répandue, la chasse aux sorcières n’est pas une explosion d’irrationalité populaire. Elle repose sur des procédures judiciaires encadrées, sur la place centrale de l’aveu, et sur l’usage légal – mais destructeur – de la torture. Les juges ne se perçoivent pas comme des bourreaux, mais comme des protecteurs de la société chrétienne.
Enfin, nous expliquons pourquoi et comment la chasse aux sorcières décline au XVIIe siècle. Scepticisme croissant des élites judiciaires, évolution de la médecine, remise en cause de l’existence d’une secte satanique organisée : peu à peu, la sorcellerie sort du champ pénal. En France, l’édit de juillet 1682 marque un tournant décisif.
La chasse aux sorcières n’est ni une simple folie collective, ni un accident de l’histoire. Elle révèle comment une société peut fabriquer un ennemi, légitimer la violence et persécuter au nom de la peur et de l’ordre. Un épisode essentiel pour comprendre l’Europe moderne… et les mécanismes du bouc émissaire qui traversent encore nos sociétés.