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Or


Florent Parmentier, Secrétaire général du Cévipof, enseignant à Sciences-Po, chercheur au Centre HEC Paris de Géopolitique, spécialiste de l’Europe centrale et orientale, a publié, avec Juliette Durrieu, La Moldavie à la croisée des mondes, aux éditions Non Lieu.
Florent Parmentier explique les raisons de l’inquiétude qui secoue la Moldavie (2,6 millions d’habitants), indépendante depuis 1991, et enclavée entre d’une part la Roumanie, membre de l’Otan (depuis 2004) et de l’Union européenne (depuis 2007), et d’autre part l’Ukraine, aujourd’hui en guerre après avoir été amputée de la Crimée (annexée par la Russie en 2014) et des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, dont l’indépendance fut reconnue par la Russie le 21 février 2022, 3 jours avant le déclenchement des hostilités.
Or, au lendemain de son accession à l’indépendance, à la suite de l’implosion de l’Union soviétique, des affrontements opposant Moldaves et Transnistriens ont abouti à un cessez-le-feu conclu en juillet 1992, jamais été remis en cause par les parties, mais qui contraint la Moldavie (capitale Chișinău/Kichinev) à composer avec un territoire séparatiste pro-russe situé dans sa partie orientale. Figurant au nombre des conflits non résolus de l’espace post-soviétique, il passait jusqu’à présent pour celui dont la résolution présentait le moins de difficultés. Les relations entre Moldaves et Transnistriens, que le Dniestr sépare géographiquement, sont en effet nombreuses et dictées par le pragmatisme, notamment parce que de chaque côté du fleuve on retrouve les trois mêmes groupes ethniques moldaves, russes et ukrainiens. La Transnistrie (avec Tiraspol comme « capitale ») est de facto indépendante de la Moldavie, sans être reconnue par aucun Etat de la communauté internationale, pas même par la Russie qui la soutient pourtant, mais qui a fait le choix jusqu’à maintenant de ne pas s’aliéner toute sympathie moldave par une décision unilatérale de reconnaissance. Dans cette zone parfois qualifiée de trou noir de l’Europe, se développe un capitalisme de contrebande.
En vue de la résolution de ce conflit dit gelé, la Moldavie a choisi en 1994 le statut de la neutralité, s’engageant ainsi à ne rejoindre aucune alliance militaire, en l’espèce l’Otan, mais attendant en retour l’évacuation de toutes les troupes qui stationnent sur son territoire, visant ainsi les quelques 1500 militaires russes installés en Transnistrie ainsi que les stocks d’armes datant de l’époque soviétique. La neutralité moldave n’a jamais été remise en question par les gouvernements successifs du pays, même pro-européens. Elle n’applique pas les sanctions décidées par les Américains et les Européens.
En quoi la voie de la neutralité choisie par la Moldavie peut être une piste de réflexion dans le cadre d’une cessation des hostilités et d’un retour à la paix ? En quoi la guerre actuelle pourrait-elle néanmoins rebattre les cartes et fragiliser le précaire équilibre instauré depuis 1992 ? Si la Moldavie, dans une relation de dépendance économique vis-à-vis de la Russie, représente un intérêt stratégique plus limité que l’Ukraine, l’actuel redéploiement en cours des armées russes dans l’est et le sud de l’Ukraine ne signifient pas pour autant l’éloignement de tout danger de conflit ouvert entre Moldavie et Russie au sujet de la Transnistrie. Tout pourrait en effet basculer dans l’éventualité d’une prise d’Odessa par les Russes, après une chute de Mykoalev. Non seulement l’Ukraine serait alors coupée du port d’Odessa, son poumon économique, et de tout accès à la mer Noire après avoir été coupée d’accès à la mer d’Azov, mais un couloir russe pourrait être établi en direction de la Transnistrie, qui constitue l’hinterland d’Odessa située à 60 km de la Moldavie.
Florent Parmentier montre l’importance de l’histoire dans la réflexion géopolitique. L’histoire de la Moldavie nous renvoie à celle de la Bessarabie faisant partie de l’Empire russe, rattachée à la Roumanie au lendemain de la Première guerre mondiale, tandis que la Transnistrie reste dans l’ancien espace russe devenu soviétique, à la suite de la Révolution d’Octobre 1917, et reçoit le statut de République autonome soviétique socialiste moldave (RASSM), rattachée à la République socialiste soviétique d’Ukraine. Bessarabie et RASSM fusionnent ensuite en 1940 pour former la République socialiste soviétique de Moldavie. Comment dans la durée les liens se créent mais se défont aussi ? Comment les identités se forgent, comment la séparation de chaque côté du Dniestr renvoie à une histoire et une mémoire différentes, mais comment aussi la fusion de chacun de ces territoires situés de part et d’autre du fleuve, a éloigné les Moldaves de la Roumanie, par exemple, et fortifié leur désir d’indépendance. L’étude de la Moldavie nous place au cœur des processus de formation et de légitimation identitaires qui ont amené l’ancienne république soviétique à développer sa propre voie sur le chemin de l’indépendance, couplée avec le statut de neutralité, conçue afin de garantir sa sécurité et son intégrité.
Josette Durrieu et Florent Parmentier, La Moldavie à la croisée des mondes, éditions Non Lieu, 2019
Dans cette émission sur l’Ukraine, Séverin Duc, historien, revisite les classiques de la méthode en science sociale afin de déconstruire, à chaud, les informations reçues dans les médias.
Quand la violence s’invite, il est difficile de prendre de la distance, toujours suspecte de cacher des complicités douteuses. Et pourtant, c’est le job du chercheur que de s’appuyer sur les connaissances acquises et les interrogations en usage dans son champ de recherches afin de poser toutes les questions socio-historiques et socio-logiques nécessaires.
C’est ce cadre que l’on tente de respecter, quelles que soient nos préférences politiques et même si celles-ci sont tout de mêmes présentes car on ne peut jamais se débarrasser des valeurs qui prennent corps en nous. Que reçoit-on réellement comme type d’informations ? Que sait-on de ces “collectifs” que l’on fait vivre comme des personnes (“l’Ukraine”, “la fédération russe”) ou des individus d’entrée de jeu monstrueux (Poutine bien sûr) ? Comment penser les “nationalismes”, “impérialismes” des autres quand on omet de les comparer avec les nôtres ?
S’il y a toujours eu des mensonges dans le discours public, ceux-ci occupent aujourd’hui un nouvel espace, notamment à la faveur des réseaux sociaux. La volonté de contrôler les outils l’emporte de plus en plus sur une réflexion de fond quant à l’effacement des frontières qui séparent le mensonge de la vérité. On tend à organiser la surveillance d’internet au risque de réduire les libertés de tous, alors qu’il faudrait rechercher les racines d’une confusion essentiellement politique et philosophique.
La classe dirigeante n’hésite pas à instrumentaliser la lutte contre les fake news pour se maintenir au pouvoir. Elle cherche ainsi à faire oublier sa responsabilité dans l’installation du mensonge au cœur de la vie publique et dans l’avènement d’un monde où il importe surtout de mieux mentir que l’adversaire. Ce dévoiement de la politique transforme encore plus l’électeur en spectateur et impose des formes de vérités indiscutables, voire une vérité officielle.
Pour reconstituer l’espace public démocratique, il devient impératif de réaffirmer la place de l’humain en tant qu’être pensant capable d’exercer sa faculté de jugement.
Enregistrement réalisé samedi 09 avril 2021 par Stéphane Durjardin pour Radio Cause Commune
(source : Les amis du monde diplomatique)
Dans cet épisode vous retrouverez GUERTA, rappeur de Paris Sud qui vient de nouveau dans l’émission pour nous présenter cette fois-ci son dernier projet « Les derniers samurais ».
Une évolution depuis son dernier passage en 2021, GUERTA nous racontera ce qui a changé, son équipe qui l’accompagne et lâchera un freestyle en fin d’émission.
Cette semaine, on parle de l’album Loving In Stereo de Jungle sorti en 2021, premier volet d’un cycle en quatre temps consacré à Jungle.
Un cycle soul avec aigus nappés et danses sucrées. Des esprits souples dans des corps souples, du milieu des années 70 à aujourd’hui.
Pour ce treizième cycle on va parler des Beastie Boys, et le programme est le suivant :
Du punk, du rap, du pétage de câbles, du talent, de l’ego, de l’irrévérence et de l’introspection pour ce cycle consacré aux Beastie Boys, des influences du groupe à leurs retentissements dans la musique actuelle.
Dory et Matthias Macchabée sont en plateau ce soir pour une émission consacrée aux artworks dans le métal. Création de logos ou de pochettes, revue des différentes facettes de notre invité qui se fraye un chemin parmi les productions de death, black ou encore dungeon synth.
Ah oui, c’est aussi le guitariste de Muertissima!
Cette semaine Alexis, Zoé et Léonie nous parlent de :
À l’oreille
Dijon – The Dress
Anne Andlauer, correspondante pour de nombreux médias (Radio France, RFI, RTS, RTBF, Le Figaro, Le Temps, Le Soir), vit en Turquie depuis douze ans, y fait des reportages depuis quinze ans, publie La Turquie d’Erdoğan aux éditions du Rocher.
Depuis 2003, l’AKP, parti islamo-conservateur, est au pouvoir en Turquie, disposant d’une majorité absolue ou bien relative, contraint de s’allier désormais au parti d’extrême droite, le MHP, pour continuer de gouverner le pays. Deux décennies de gouvernance autorisent-elles, comme le font souvent les médias, à résumer le pays à son dirigeant, Recep Tayyib Erdoğan ? L’homme politique à la tête de son parti et de l’Etat, d’abord comme Premier ministre puis comme président de la République, personnalité clivante, fascinante et inquiétante, adulée ou détestée, ne reflète-t-il d’abord la permanence des difficultés à dépasser le débat passionnel dès qu’il est question de la Turquie ? D’où provient en grande partie la méconnaissance du pays.
Anne Andlauer nous invite à dépasser les clichés et les excès dans l’enquête approfondie qu’elle ne cesse de mener dans ce pays où elle vit depuis 2010 et travaille en qualité de correspondante permanente de nombreux médias. Pays de paradoxes et de contradictions, la Turquie ne se résume pas à sa religion majoritaire, l’islam ; il ne se réduit pas à ce que dit et fait son dirigeant ; quant à son avenir, il n’est pas tout entier contenu dans son passé.
En 20 ans, le pays a connu de considérables évolutions. L’accession au statut d’Etat candidat à l’entrée dans l’Union européenne et l’ouverture des négociations d’adhésion ont permis des avancées démocratiques considérables, inédites depuis la fondation de la République en 1923 : l’armée renvoyée dans ses casernes, levée des tabous dont celui de 1915, l’ouverture de négociations avec les Kurdes et le dirigeant emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan, PKK. Parallèlement le pays a connu une période de stabilité et prospérité économique sans précédent. Le putsch raté du 16 juillet 2016 qui fit officiellement 290 morts et 1440 blessés, fut suivi de purges dans l’armée, la police, la justice, l’éducation et l’enseignement supérieur, la répression gagnant progressivement tous les secteurs de la société civile et de l’économie, même si le recul de la démocratie, l’évolution autocratique du régime et la rupture des négociations avec les Kurdes, avaient débuté bien avant le putsch. La dérive autoritaire d’Erdoğan s’est accompagnée de réformes constitutionnelles renforçant son pouvoir. Le Parti démocratique des peuples HDP (dont la percée électorale a fait perdre au dirigeant turc sa majorité absolue au Parlement, et dont le dirigeant Salahattin Demirtaş et nombre d’autres élus sont emprisonnés) est sous la menace d’une interdiction à l’approche des prochaines élections présidentielles et législatives qui doivent avoir lieu en même temps en 2023.
Outre l’emprisonnement d’opposants politiques et de quelques-unes des grandes figures de la société civile (Osman Kavala pour ne citer que lui), la modification de la loi électorale suffira-t-elle à assurer un nouveau succès électoral au président Erdoğan, candidat à sa succession ? Le lien spécial qu’il s’est toujours vanté d’entretenir avec les électeurs le présentant comme « leader invincible » s’est-il érodé, usé par sa longévité au pouvoir ? Face à lui se dresse en tout cas une opposition qui s’est unie depuis 2017. Et si le Parti républicain du peuple, le CHP fondé en 1923 par Mustafa Kemal Atatürk, a remporté entre autres les mairies d’Istanbul et d’Ankara, c’est grâce à la réalisation d’une alliance des oppositions entre notamment le CHP et le Bon Parti, parti ultranationaliste et laïc issu d’une scission avec le MHP, parti d’extrême droite, et grâce d’autre part au fait que le parti HDP n’a pas présenté de candidat. Le dirigeant turc qui s’est mué en autocrate et qui avait fondé une partie de sa légitimité sur sa capacité à élever le niveau de vie de ses concitoyens, n’est plus désormais en mesure de tenir sa promesse de prospérité, laquelle décline depuis 2010. La situation économique au bord du gouffre, la chute brutale de la livre turque, la paupérisation croissante d’une partie de la population sont de plus en plus perçues comme liées à la dérive autocratique du président. Et le retour de la démocratie est de plus en plus perçue comme une condition de l’amélioration de la situation économique et la stabilité.
Ainsi, à l’approche des élections et du centenaire de la République, le président Erdoğan paraît plus fragile et l’opposition mieux mobilisée que jamais. Pourtant, souligne Anne Andlauer, la véritable inconnue de ce scrutin à venir pourrait bien résider dans ce que fera la jeunesse qui n’a connu qu’Erdoğan au pouvoir. Ira-t-elle voter et pour qui ? Jusqu’à présent la société turque, toutes appartenances politiques confondues, est très attachée au bon déroulement du processus électoral et le taux de participation aux scrutins atteint les 90%. L’abstention tentera-t-elle cette fois les jeunes générations, sachant qu’elles connaissent un taux de chômage de 25% et que l’âge médian de la population est de 33 ans. Le fait est que l’AKP et le CHP ont du mal à attirer dans leur giron l’électorat jeune.
Les succès ou revers de la politique étrangère de la Turquie, membre de l’OTAN depuis 70 ans, auront-ils une influence sur l’issue du scrutin ? Au-delà des nombreuses fluctuations auxquelles elle fut sujette durant ces 20 dernières années, il est incontestable que le centenaire de la fondation de la République demeure un fil rouge pour comprendre à travers ces hésitations et oscillations sous Erdoğan le rôle que la Turquie entend jouer dans son environnement régional et international. Néo-ottomanisme et nostalgie d’empire ? Puissance géopolitique régionale passant de la diplomatie du zéro conflit avec ses voisins à la guerre sur plusieurs fronts, en Syrie, en Lybie, au Karabagh ? Puissance maritime avec un rôle accru en Méditerranée ou puissance continentale eurasienne ? Membre de l’Otan et alliée de la Russie ? Tropisme anti-occidental ou pro-européen ? La position de la Turquie dans le conflit qui oppose la Russie et l’Ukraine est à cet égard particulièrement intéressante.
Si la Turquie a fermement condamné l’agression de la Russie contre l’Ukraine, elle n’applique pas le régime des sanctions imposées à la Russie par les États-Unis et l’Union européenne. Elle a des relations très étroites avec l’Ukraine dont elle a besoin pour fabriquer et coproduire ses très efficaces drones Bayraktar TB2, dont Kiev s’est d’ailleurs équipée et fait bon usage. Mais Ankara a également des relations très étroites avec Moscou dont elle est dépendante pour ses fournitures en gaz et en blé, mais aussi dans le cadre du conflit syrien, où la sécurisation de sa présence ainsi que ses opérations militaires, notamment contre les Kurdes dans le nord, sont totalement soumises au bon vouloir de la Russie. Ne pouvant renoncer ni à l’Ukraine ni à la Russie, la Turquie essaie de transformer cette position en avantage en sa faveur en proposant ses services en tant que puissance médiatrice. Elle a de fait obtenu l’accord des deux parties pour l’ouverture de négociations à Istanbul. Un succès diplomatique de la Turquie la légitimerait sur la scène internationale en tant qu’acteur de la paix et puissance géopolitique incontournable. Sur le plan intérieur, quel impact aurait ce succès sur un pouvoir qui apparaît de plus en plus en mode défensif, usé et répressif, refusant l’émergence de toute alternative ? La reconnaissance internationale de la place et du rôle de puissance géopolitique de la Turquie, profitera-t-elle suffisamment au dirigeant turc afin de lui permettre de remporter les échéances électorales de 2023 ? Quelles seraient les conséquences d’un échec diplomatique ?
Anne Andlauer, La Turquie d’Erdoğan, éditions du Rocher, 2022
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Un vendredi par mois, de 14h à 15h, Stéphane Manet invite des experts et des penseurs pour débattre et échanger autour des questions du travail,…
Entouré d’une équipe de professionnels du secteur, il décortique les problématiques quotidiennes des travailleurs, des demandeurs d’emploi, des jeunes en insertion, pour tenter d'y donner des éléments de compréhension différents.
Stéphane reçoit chaque semaine des invités, bien souvent des chercheurs du monde des sciences humaines et sociales, tels que Didier Demazière, mais également des autres sciences ou de la philosophie, comme Étienne Klein, des politiques comme Benoît Hamon ou encore des invités de témoignage.