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Masha Cerovic, maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), membre du Centre d’études du monde russe, caucasien et centre européen (CERCEC), associée au Centre Marc Bloch à Berlin, a publié Les Enfants de Staline aux éditions du Seuil. Normalienne, ancienne directrice adjointe du Centre d’études franco-russe à Moscou, elle travaille sur les violences de guerre et la guerre irrégulière en Russie et en URSS.
La guerre de Poutine en Ukraine, déclenchée le 24 février 2022, ébranle aussi la communauté scientifique des chercheurs, liée par une coopération féconde, des échanges multiples menés dans un esprit de dialogue. Que se passe-t-il quand la guerre éclate dans l’un des espaces de la recherche européenne, ukrainienne, russe, centre européenne et internationale ?
Masha Cerovic témoigne de la stupeur et sidération qu’elle partage avec ses collègues. Ses principaux terrains de recherche portent sur les guerres irrégulières (guerre de partisans en russe) et leurs acteurs dans l’espace impérial russe et post-impérial, de la fin du 19ème siècle aux années 1930, sur les années 1940 et la confrontation germano-soviétique, ainsi que sur l’utilisation de la guerre irrégulière comme instrument de la politique impériale sur les marges de l’Empire dans la longue durée.
Pourquoi dit-on que la guerre en cours est une guerre fratricide ? Il existe une proximité forte, liée à l’histoire. Des relations complexes et étroites existent entre Ukrainiens et Russes. Elles sont d’ordre culturel, social, scientifique, familial. Onze millions de Russes auraient ainsi de la famille en Ukraine, sans compter la présence d’une communauté ukrainienne en Russie et russe en Ukraine. D’où l’expression de guerre fratricide qui renvoie à Abel et Caïn, mais qui néanmoins ne doit pas faire oublier que dans cette représentation de la relation dite fraternelle, le Russe est le grand frère et l’Ukrainien, le petit frère.
Plus que jamais, il est indispensable de se plonger dans l’histoire pour être en mesure de la distinguer de son instrumentalisation. Car Poutine se présente aussi comme un historien de la Russie et de l’URSS. Il a écrit au sujet de l’unité historique des Russes et des Ukrainiens, thèse qu’il soutient et fait reposer sur le mythe de la Russie kiévienne, berceau de la civilisation russe et du monde slave. Qu’en est-il ? Un berceau ne peut-il accueillir plusieurs enfants ? Et comment Poutine justifie-t-il la guerre au nom de cette fraternité ?
S’agissant des buts de guerre proclamés par Poutine (démilitarisation, dénazification, libération), que signifient-ils ? S’il demeure une grande part d’inconnu, il est en revanche manifeste que le dirigeant russe ancre sa guerre dans l’héritage de l’Europe de Yalta et celui de l’Allemagne nazie vaincue en 1945 quand les Alliés décidèrent de son sort. Par démilitarisation, il faut entendre destruction des infrastructures militaires ukrainiennes, de son armée, de son industrie d’armement, de ses entrepôts militaires, de ses services de renseignement, leur contrôle et la mainmise sur ces derniers par la Russie. Si l’objectif officiel proclamé reste celui de la « démilitarisation », le terme de « neutralité » est apparu récemment. D’une tout autre portée, il pourrait acter le refus de l’Otan d’intégrer l’Ukraine, et être acceptable pour les Ukrainiens.
Le terme de « dénazification » renvoie quant à lui aux enquêtes et procès, auxquels furent soumis les anciens membres du Parti national-socialiste (afin de vérifier leur degré de renoncement au nazisme), et qui se poursuivirent jusque dans les années 1980, de l’autre côté du rideau de fer. Or, la lecture moscovite de l’Euromaïdan, appelée aussi la Révolution de la dignité (survenue en 2013 et 2014, en Ukraine, ayant provoqué la chute du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch, le 22 février 2014), est celle d’une prise de pouvoir illégale par une « junte nazie », pilotée par des forces extérieures hostiles à la Russie. Pour mémoire, c’est le revirement de dernière minute et le refus du président Ianoukovitch (en échange d’une offre financière russe) de signer l’Accord d’association, négocié durant 5 ans, avec l’Union européenne, qui a provoqué la mobilisation historique de la population contre le pouvoir en place et sa corruption, Place Maïdan. Bien entendu, l’Ukraine n’est pas dirigée depuis 2014 par des nazis. S’il existe une extrême droite en Ukraine, entretenant du reste des liens avec l’extrême droite russe, elle ne dépasse pas les 5% aux élections, soit un score bien plus faible que celui de l’extrême droite dans plusieurs des Etats membres de l’Union européenne. Quand Poutine parle de dénazifier l’Ukraine, il cherche par conséquent à justifier son agression et sa politique expansionniste, en mobilisant la mémoire vive de la Grande Guerre patriotique, en interne surtout et à l’international, en réveillant certains préjugés anti-ukrainiens, et en réduisant l’aspiration nationale des Ukrainiens à un nationalisme fasciste et fascisant qui a existé, à un certain moment de l’histoire. Mais, Poutine ne voit pas ou ne veut pas voir l’évolution du pays depuis son indépendance retrouvée en 1991, les profondes mutations de la société, ses aspirations démocratiques et plurielles, explicites depuis la révolution du Maïdan. Si, en Ukraine comme en Russie, on a par exemple conservé vive la mémoire de la Grande Guerre patriotique, cela n’empêche pas les Ukrainiens de se souvenir aussi de la violence de la soviétisation de leur pays dans les années 1920 et au-delà, et de commémorer la résistance à l’occupation soviétique de 1944 aux années 1950. Quelle serait alors l’ampleur de la « dénazification » à laquelle Poutine souhaiterait procéder en Ukraine ? Changement de gouvernement, changement de régime, assurément, mais aussi des purges et une répression politique : jusqu’où ?
Quels territoires enfin sont supposés être libérés dans cette guerre ? Le terme de « libération », troisième but de guerre proclamé par Poutine, est une allusion claire aux démocraties populaires qui furent libérées de l’occupant nazi. Quels territoires sont visés par Poutine ? Il a reconnu, le 21 février 2022, l’indépendance des républiques séparatistes pro-russes de Louhansk et Donetsk. L’ensemble du bassin minier du Donbass? Il a annexé la Crimée en 2014. Vise-t-il tout le sud de l’Ukraine jusqu’à Odessa ? Ou jusqu’à la Transnistrie et la Moldavie ? Assiste-t-on à la mise en place d’une « Nouvelle Russie » qui pourrait laisser subsister un Etat croupion ukrainien autour de Lviv ? Lviv, une ville qui n’a fait jusqu’à présent l’objet d’aucun bombardement, où se sont réfugiées les ambassades étrangères quittant Kiev bombardée et assiégée, et qui n’a jamais fait partie de l’Empire russe ?
Odes. Odesa. Odessa. Trois noms, yiddish, ukrainien et russe, pour désigner une ville mythique, un port légendaire, une ville fondée par Catherine II de Russie pour ouvrir l’Empire russe sur la mer Noire, après la conquête de la région sur l’Empire ottoman. Un Français, le duc de Richelieu, nommé gouverneur de la ville en 1803, fut l’artisan du développement spectaculaire d’Odessa qui, en retour, lui érige une statue, tout en haut du célèbre escalier dominant le port. Odessa, un monde cosmopolite et exubérant d’écrivains, de poètes, de marins, de voleurs et de trafiquants, où se déroulèrent pourtant les pires pogroms perpétrés contre les juifs dans l’Empire russe. La révolution de 1905. La révolte du Cuirassé Potemkine. Les 192 marches de l’escalier filmées par Eisenstein. Odessa la Rouge. Odessa dont la communauté juive fut anéantie durant la Shoah par la puissance occupante d’alors, la Roumanie alliée de l’Allemagne nazie. Odessa, ville emblématique à plus d’un égard de la fragilité du patrimoine commun de l’humanité, d’un héritage universel, de la puissance des associations émotionnelles partagées, survivra-t-elle à l’impensable, sa destruction par la guerre de Poutine ?
Masha Cerovic, Les enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques (1941-1944), Seuil, 2018
Ce soir, à l’antenne en presque plateau, Ice Chemicals un groupe récent de Metalcore d’Île de France nous présente son premier EP Primal.
Cette semaine, on parle du documentaire Beastie Boys Story de Spike Jonze sorti en 2020, premier volet d’un cycle en quatre temps consacré aux Beastie Boys.
Du punk, du rap, du pétage de câbles, du talent, de l’ego, de l’irrévérence et de l’introspection pour ce cycle consacré aux Beastie Boys, des influences du groupe à leurs retentissements dans la musique actuelle.
Dans cet épisode vous découvrirez MAYEUL, artiste originaire de Rennes dont la musique est un réel leitmotiv et plus particulièrement dans le Rap dont les influences sont plutôt orientées vers Orelsan ou encore Post Malone.
MAYEUL prendra le temps de raconter l’histoire de son passage dans The Voice jusqu’à la sortie de son dernier album « Odyssée Dégradée », sortie en Février dernier.
Un artiste musical mais aussi comédien dont les anecdotes de vie sont vraiment à écouter!
Pour ce douzième cycle on va parler de La Femme, et le programme est le suivant :
Un chapelet musical français d’exutoires festifs aux différentes teintes, de la fin des années 70 à aujourd’hui. Du mélancolique, du joyeux, du naïf, du triste, du beau, du fou, du con. La vie.
Georges Salinas, contrôleur général, ancien chef adjoint de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI), durant les attentats de 2015 à Paris, directeur de la sécurité de la Présidence de la République et Chef du Groupe de Sécurité du Président de la République (GSPR), publie Le murmure des âmes perdues aux éditions Mareuil.
Et si le polar ne se contentait pas d’ausculter le corps malade de la société, ni même seulement de sonder les âmes, mais explorait aussi le vaste monde, nous invitant à décrypter la réalité géopolitique d’un monde globalisé en perpétuel mouvement ? Partons donc à l’aventure avec le polar géopolitique, loin des préjugés, et à rebours des stéréotypes et lieux communs dont est souvent accusé le genre.
Georges Salinas publie Le murmure des âmes perdues aux éditions Mareuil. Un polar haletant, comme il se doit, mais aussi décapant, plein d’émotion contenue, de grandeur et d’humanité, dans lequel le commissaire François Delarocha, chef de la brigade de répression du proxénétisme au 36, quai des orfèvres, s’intéresse à une bien étrange affaire, qui sur fond de trafic humain, de drogue et de terrorisme, va le mener sur les traces de son père, « le chat d’Oran », de son histoire familiale, mais aussi de l’histoire mondiale du XXème, de la décolonisation au 11 septembre.
Qu’est-ce qui pousse Georges Salinas, ancien chef adjoint de la BRI (l’antigang) durant les attentats de 2015, et qui dirige depuis août 2021 la sécurité de la Présidence de la République, à écrire des polars ? Il a toujours écrit, fait-il observer. Mais encore ? Une façon de mettre à distance ses activités professionnelles ou bien, au contraire, une façon de réfléchir sa pratique ? Une volonté, un besoin de transmettre ?
Dans la peau d’un grand flic qui pense en homme d’action et agit en homme de pensée, mais pour qui la vie est une ruse (qui rusera vivra, dit le proverbe), quels sont les craintes, les doutes, les espoirs, les déceptions du commissaire François Delarocha ? Quel type de relation entre celui qui est désigné comme l’ennemi et celui qui le traque ? « On combat des ennemis et le jour où on apprend à les connaître, on s’aperçoit qu’ils sont comme toi et moi, des êtres humains ». Ruse de l’histoire ? Ruse de la raison ?
Les mains laissent respirer le visage… écrit Tarkos. Nous sommes réunis sur le plateau de l’Orangerie à Anis gras – le Lieu de l’Autre – à Arcueil où Nathalie Milon, Chanteuse lyrique et actrice, Claudine Hunault, dramaturge et metteuse en scène, et Thierry Grapotte, scénographe, sont en résidence pour la création de « Deux mains disent Tarkos ».
« Deux mains disent Tarkos »
Vous pouvez retrouvez toutes les références citées pendant l’émission (vous trouverez également sur cette page les podcasts par sujet traité ainsi qu’une transcription lorsqu’elle sera disponible).
Vous pouvez nous rejoindre sur le salon de discussion de l’émission (salon #libreavous, mais nous n’y sommes pas forcément tout le temps) pour participer à notre discussion en direct, nous contacter ou nous laisser un commentaire.
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Léa a eu deux vie. Un passé destructeur et une reconstruction. Elle témoigne ce soir de son parcours
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Un vendredi par mois, de 14h à 15h, Stéphane Manet invite des experts et des penseurs pour débattre et échanger autour des questions du travail,…
Entouré d’une équipe de professionnels du secteur, il décortique les problématiques quotidiennes des travailleurs, des demandeurs d’emploi, des jeunes en insertion, pour tenter d'y donner des éléments de compréhension différents.
Stéphane reçoit chaque semaine des invités, bien souvent des chercheurs du monde des sciences humaines et sociales, tels que Didier Demazière, mais également des autres sciences ou de la philosophie, comme Étienne Klein, des politiques comme Benoît Hamon ou encore des invités de témoignage.