Cause à effet - Magazine du travail, de l'emploi et de la formation

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  • #150 – Luba Jurgenson : lire, écrire, traduire pour penser son temps
    En plateau

    Luba Jurgenson, Vice-présidente de l’association Mémorial-France, écrivain, professeur de littérature russe à Sorbonne-Université au département des études slaves, directrice du Centre Eur’Orbem (cultures et sociétés d’Europe orientale, balkanique et médiane). Traductrice de Vassili Grossman (Pour une juste cause et plus récemment Souvenirs et Correspondance, Calmann-Lévy, 2023) elle publie Sortir de chez soi aux éditions La Contre-Allée et Quand nous nous sommes réveillés – Nuit du 24 février 2022 : invasion de l’Ukraine aux éditions Verdier.

    Contexte

    Écrivaine et spécialiste de littérature russe, Luba Jurgenson présente Souvenirs et Correspondance, un recueil de textes inédits de Vassili Grossman (1905-1964) dont elle vient d’achever la traduction. Du même auteur, elle avait précédemment traduit Pour une juste cause, un roman qui restitué dans son intégralité, sans les ciseaux de la censure, grâce à Robert Chandler, le traducteur anglais de Vassili Grossman, forme manifestement avec Vie et Destin un vrai diptyque, les deux volets d’une fresque sur la bataille de Stalingrad. Rappelons que Vie et destin, le roman où l’auteur est au sommet de son art, fut confisqué par le KGB et publié en russe seulement en 1989 à la faveur de la Glasnost.

    Qui est Vassili Grossman, cet écrivain de langue russe, né dans une famille juive, à Berditchev, situé en Ukraine, dans la zone de résidence où, de 1791 à 1917, étaient confinés les Juifs qui vivaient dans l’Empire russe ? La mesure prise par l’impératrice Catherine II ne fut abolie qu’avec la Révolution d’Octobre 1917. Cette zone était composée de vingt-cinq provinces incluant l’Ukraine, la Lituanie, la Biélorussie, la Crimée et une partie de la Pologne (qui avait été partagée entre la Russie, la Prusse et l’Autriche en 1772). Les Juifs étaient déclarés indésirables, en particulier, à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et forcés d’habiter dans la « zone de résidence ». Par la suite, ils ont été également expulsés des régions rurales situées à l’intérieur de la « zone » et obligés de vivre seulement dans des shtetls.

    Vassili Grossman, qui a vingt-ans en 1925, put donc étudier à Kiev et fréquenter l’Université de Moscou ensuite. Il est d’une certaine façon un produit parfait de la culture soviétique nouvelle, adoubé du reste à ses débuts par Maxime Gorki. Mais, d’emblée, il est en décalage avec le réalisme socialiste et les canons en vigueur dans la littérature soviétique. Le différend s’articule sur la notion de vérité. Vassili Grossman, ingénieur de formation, ayant travaillé dans une mine du Donbass, et partagé le quotidien des ouvriers (le Prolétariat) est bien ou mieux placé que les écrivains qui n’y ont jamais mis les pieds, pour décrire la force de travail des ouvriers. Il décrit concrètement ce qu’il voit et observe, quand d’autres écrivent ce qui doit être, ou est supposé devenir, la vérité de demain. La lecture de Souvenirs et Correspondance illustre sa posture d’écriture. Ce volume retrace en effet les grandes étapes de sa vie et de l’histoire soviétique à travers ses lettres, ses carnets de guerre et le témoignage de Fiodor Guber, son fils adoptif, qui vécut à ses côtés de 1937 à sa mort, en 1964. Luba Jurgenson explique en quoi cet ouvrage inédit, aux échos très actuels, offre une vision personnelle et intimiste du romancier.

    Avec ce livre, on entre dans le quotidien de l’écrivain, on découvre les lieux où il a vécu, sa table de travail, ses goûts culinaires, son goût du détail. On apprend par exemple qu’il aimait se promener dans le zoo de Moscou. Dans le récit Tiergarten – paru en 2006, dans Œuvres chez Robert Laffont, – Vassili Grossman décrit la Seconde Guerre mondiale à travers le regard d’un gardien de zoo berlinois. En lisant et traduisant Souvenirs et correspondance, Luba Jurgenson a compris qu’il s’est rendu au zoo de Berlin, en ce mois de mai 1945, parce qu’une promenade au zoo est une chose naturelle chez lui.

    Son attention aux détails révèle l’expérience intime qu’il a du travail, de la guerre, de la vie partagée avec les soldats au front. Il parle d’eux plutôt que des généraux. Journaliste et reporter de guerre, il ne pouvait pas ne pas voir et ne pas parler des horreurs de la guerre et de la Shoah, et les désigner par leur nom ou les mentionner pour ce qu’elles sont. Il est ainsi pionnier dans la désignation des violences de masse et exterminatrices. Qu’il s’agisse de parler de la Shoah par balles dont sa mère restée à Berditchev sera victime, de la particularité de la famine en Ukraine, l’Holodomor, de l’extermination des Juifs dans les camps de la mort nazis (Treblinka), mais aussi des répressions staliniennes, du Goulag, des exactions commises par l’armée Rouge dans les pays libérés du nazisme. Il n’y a pas de sujet tabou dans son écriture. Ce qui donne à son œuvre une actualité particulière, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine en février 2024. Lire Grossman aujourd’hui, c’est revisiter, reconnaître les lieux qui subissent les bombardements et les massacres russes. C’est prendre non seulement la mesure de la succession des violences qui ont déferlé sur ces territoires, mais encore apprendre à déjouer le mensonge généralisé et la propagande d’hier et d’aujourd’hui, car il y a quelque chose de subversif dans son écriture cinématographique qui invite le lecteur et témoin de se temps à porter un regard autonome, à penser par soi. L’absence ou la présence d’un objet, suffit à dire ou restituer le contexte violent de l’époque vécue, malgré la censure.

    Dans Sortir de chez soi, un très bel essai dans lequel Luba Jurgenson parle de son travail de traductrice, elle pointe un paradoxe. Traditionnellement, on traduit d’une langue étrangère dans sa langue maternelle. Or, le russe est sa langue maternelle dont elle s’exmatrie lorsqu’elle traduit du russe en français, pour s’empatrier dans une autre langue, le français qui au fil du temps est devenue sa langue d’écriture. Mais elle insiste sur l’inachèvement du processus : le roman dont elle vient d’achever la traduction en appelle une autre, une traduction en russe par exemple, car « traduire, c’est comme marcher sur un chemin qui bougerait en même temps que vous ». Mais pourquoi traduire et écrire ? Quand on écrit, dit Luba Jurgenson, on invente sa langue. La traduction est en revanche une leçon d’humilité, il faut inventer la langue de l’autre, il faut pour cela sortir de chez soi et se faire passeur. Sortir de chez soi, non pas pour en rapporter quelque chose, mais pour ne jamais revenir. Le traducteur est un lecteur : il n’y pas de texte achevé ou de traduction achevée.

    Dans le récit Quand nous nous sommes réveillés, Luba Jurgenson évoque l’effet de sidération provoquée par l’invasion de l’Ukraine dans la nuit du 24 février 2022 : le sentiment pour certains de se réveiller trente ans en arrière et pour d’autres une régression 70 ans en arrière. Le retour de la peur.

    Pour elle, qui a quitté Moscou, sa ville natale, en 1975, c’est aussi existentiellement le retour sans détour d’une inquiétude, enfouie peut-être, qui ne l’avait jamais vraiment quittée. Quand est-elle retournée en Russie et en ex-Union soviétique, pour la première fois après l’implosion de cette dernière ? Quand a-t-elle compris à quelques signes avant-coureurs qu’à nouveau elle n’y retournerait pas de sitôt ? Comment son travail sur les violences de masse et la transmission de cette mémoire longtemps occultée, tendait, tend précisément à empêcher que tout cela, que la paix sur le continent européen ne soit qu’une parenthèse.

    On ne tourne pas une page de l’histoire comme on peut feuilleter un livre. Sans exhumation du passé, l’avenir reste compromis et avec lui la sortie de la violence et du mensonge.

    À l’oreille
    • Piotr Ilitch Tchaïkovski – La Dame de pique (opéra), Acte III air de Lisa chanté par la soprano Mirella Freni
    • Benjamin Britten – War requiem (J. E. Gardiner, 1993)
    • Dina Verny – Odessa (chant du Goulag)
    • Pour aller plus loin
        • Vassili Grossman, Pour une juste cause, traduction de Luba Jurgenson, l’Age d’homme, 2000 (réédition chez Calmann-Lévy, 2023)
        • Vassili Grossman, Souvenirs et Correspondance, édité par Fiodor Guber, traduction de Luba Jurgenson, préface de Tzvetan Todorov, Calmann-Lévy, 2023
        • Luba Jurgenson, Sortir de chez soi, éditions la Contre-Allée, 2023
        • Luba Jurgenson, Quand nous nous sommes réveillés – Nuit du 24 février 2022 : invasion de l’Ukraine, éditions Verdier, 2023
        • ET :

          • Radio Cause commune, Le monde en questions, n° 107 et 116
          • 1 hr 4 min
          • #44 – Liberté sur paroles
            Dans Liberté sur paroles le lundi 05 juin 2023

            Rencontre avec Elise Van Beneden, présidente d’Anticor. Celle qui est aussi cofondatrice du média Blast préside depuis 2020 cette association anticorruption qui voit aujourd’hui menacé l’agrément qui lui permet d’agir en justice.

            Fondée en 2002, Anticor est plaignante ou partie civile au nom des citoyens français, dans 159 affaires de corruption, notamment de la part d’élus.

            Une action d’intérêt public dont Elise Van Beneden détaille les enjeux, cruciaux, alors que la corruption coûte 120 milliards d’euros chaque année au budget de l’État.

            1 hr 38 min
          • #19 – Compilation – 04
            Contexte

            Pas d’invité cette semaine chez Dissonance Cognitive mais Bud vous a concocté une playlist spéciale Hardcore.

            Un balayage historique des fondamentaux avec Hatebreed, Will Haven, Come Back Kid, Verse, Hundredth, Johnny Booth et le groupe français Nine Eleven.

            Bougez les meubles, ça va dépoter sévère!!

            56 min
          • #30 – Sur le Chemin d’une révélation

            Comme en ce jour de la Saint-Martin où, au pied d’un pommier juste éclairci de ses fruits, la terre s’était attendrie devant un chagrin de petite fille. Et dans les replis de l’herbe, de mon corps dilaté à l’extrême soudain était venue la conscience que celui-ci n’était rien.

            Contexte

            « Le Chemin d’une révélation » vient de paraître en mai 2023 aux Éditions Unicité. C’est la première autofiction de Sylvie Gauthier, un récit de la concision d’une nouvelle, découpé en cinq chapitres qui rythment un chemin, dessinent ses directions et courbes initiatiques.

            Éditrice indépendante et rédactrice pour diverses maisons d’édition, autrice notamment de Face à la mort (Solar), Sylvie Gauthier est aussi 4ème dan d’aïkido (Aikikai de Tokyo), magnétiseuse et enseignante du yoga des Vents du Silence.

            Nous évoquons la forêt, les bouleaux, leur écorce en lambeaux comme la peau… Le printemps qui laisse rejaillir la sève. Histoires de mues ? De cellules qui chatouillent ? De sensibilité, de silence, d’auto-guérison ? Sylvie Gauthier retrace son chemin dans les arts et pratiques énergétiques. Elle témoigne de ses rencontres avec Gérard Blaize et Hikitsushi Sensei (aïkido), de ses années de chant avec les enseignants du Roy Hart Theatre, de sa rencontre avec Serge Falvisaner et le yoga des Vents du Silence, mais également de la transmission des pratiques familiales, évidentes, latentes, des secrets d’une génération à l’autre, notamment du magnétisme biomécanique (de type mesmérien) à celui qu’elle développe aujourd’hui.

            Sylvie nous raconte comment écrire se passe, comment transmettre la philosophie narrative du « chemin de la révélation » oscille entre plusieurs intentions et réunit des strates sensibles, écorces organiques, corps énergétiques, des mots et des choses qui dénouent des fils, des nœuds, des boucles… et au bout de chaque époque, comment le chemin se révèle voie de la voix et recommencement… Foi.

            À l’oreille
            • Allain Leprest et Gérard Pierron – Les Arbres
            • Rachmaninov – Liturgie de saint Jean Chrysostome (vêpres) par Accentus/Eric Ericson chamber choir (dir. Laurence Equilbey)
            • Gérard Pierron – chante Gaston Couté – Les Mangeux de terre
            • Livia Koppmann et Haim Isaacs – Racines dans l’air
            • Trobar de morte – Summoning the gods
            • Rosemary Standley et Dom La Nena – Blessed is the memory (Birds on a wire)
            • Pour aller plus loin
              • Takemusu Aiki
              • Les écrits du fondateur O-Sensei Ueshiba Morihei
              • Aïkido groupe Gérard Blaize
              • Un cours en miracles
              • Les Vents du Silence
              • Autour de la parution du livre de Sylvie aux éditions Unicité

              • Le Chemin d’une révélation
              • du 31 mai au 7 juin 2023
              • Festival quartier du livre
                (signatures vendredi 2 juin à 17 h)
              • du 7 au 11 juin 2023
              • Marché de la poésie
                Stand 706 (éditions Unicité – François Mocaer)
                (signatures jeudi 8 juin à 18 h)
                1 hr 31 min
              • #12 – Sciences et pseudo-sciences
                Contexte

                Depuis des siècles, l’humanité a cherché à comprendre le monde qui l’entoure à travers des activités qui n’ont pas immédiatement distingué les sciences de la philosophie ou même des religions. Les sciences modernes ont ainsi émergé comme un moyen fiable d’explorer notre univers et de mieux comprendre les phénomènes qui nous entourent à travers les principes fondamentaux de réfutabilité, de non-contradiction et de reproductibilité.

                Cependant, de nombreuses disciplines se revendiquent scientifiques sans en posséder de fondement légitime. Mais alors, quel est ce fondement légitime, qu’est-ce qui permet de se revendiquer d’une démarche scientifique, quel intérêt de se faire passer pour une activité prétendument scientifique ?

                C’est aussi l’occasion pour nous de nous poser une question que nous ne nous sommes pas encore posé dans le cadre de l’émission Sciences et Consciences, ou en tout cas seulement effleuré : qu’est ce que la science, qu’est-ce qui fait qu’une science peut se définir comme science ?

                Invité
                • Olivier Sartenaer, chargé de cours en philosophie des sciences à l’université de Namur
                • Références
                  • Patrick Juignet, 2016. Qu’est-ce que la science ? Philosophie, science et société.
                  • Valéry Rasplus et al. 2014, Sciences et pseudo-sciences: Regards des sciences humaines Broché.
                  • Olivier Sartenaer, 2020, Différencier sciences et pseudo-sciences, pas si simple, The Conversation.
                  • Schopenhauer, vers 1830, l’art d’avoir toujours raison (notamment stratagèmes XI et XII évoqués lors de l’émission).
                  • Musique
                    • Georges Brassens, 1976, Tempête dans un bénitier.
                    • 1 hr
                    • #149 – L’homme de Tripoli
                      En plateau

                      Jean-François Lhuillier, ancien chef de poste de la DGSE à Tripoli (Lybie), en mission durant trois ans, de juillet 2009 à mars 2012, publie L’homme de Tripoli. Mémoires d’agent secret aux éditions Mareuil.

                      Contexte

                      Après avoir servi dans l’armée, le lieutenant-colonel Jean-François Lhuillier formé au premier régiment de parachutistes d’infanterie de marine, a poursuivi sa carrière à la DGSE (direction générale de la Sécurité extérieure, créée en 1982). Durant 25 ans, il opéra en qualité d’agent secret. Il fut notamment chef de poste de la DGSE à Tripoli, de juillet 2009 à mars 2012, durant les années cruciales qui virent la chute de Mouammar Khadafi.

                      La DGSE, qui a succédé au SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, fondé en 1945), est depuis sa création composée de civils et de militaires. Si ces derniers ne représentaient au début qu’un quart des effectifs, à la fin des années 1980, civils et militaires sont en proportion égale. Le terrain, la mission, comme le souci de l’État rassemblent ces deux populations aux cultures différentes. On constate au tournant du XXIème siècle que de plus en plus d’agents ou d’officiers traitant font partie du personnel d’une ambassade, bénéficiant d’un passeport diplomatique, mais d’autres continuent d’opérer seuls, sans couverture diplomatique.

                      Qu’est-ce qu’un chef de poste extérieur de recherche ? C’est un membre de la DGSE en mission de longue durée dans un pays étranger où, sous une couverture appropriée, il mène clandestinement, seul ou à la tête d’une équipe, des opérations de recueil de renseignements sur des objectifs définis par le Service, à l’aide de ressources humaines qu’il aura recrutées ou qui lui auront été transmises. Une fonction officielle de liaison auprès des services secrets du pays ou de la zone considérée est, de nos jours, le plus souvent ajoutée à ses missions, compliquant la préservation de la clandestinité de ses opérations extérieures. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, après les attentats du 11 septembre 2001, il était chargé d’une coopération avec les services secrets libyens, inquiets comme les services français de l’expansion d’Al-Qaïda au Maghreb et dans les États du Sahel. Il s’agissait d’endiguer la menace terroriste avec le plan Sahel et d’associer les Libyens au plan de lutte, ainsi que les États du Sahel.

                      Jean-François Lhuillier illustre ainsi à travers son expérience la place et le rôle de la DGSE dans la politique extérieure de la France.

                      Or, lorsqu’éclatent le 15 février 2011, à Benghazi, en Cyrénaïque, les premières manifestations pacifiques opposées au régime de Mouammar Kadhafi – 200 personnes protestant devant le siège de la police contre l’arrestation de l’activiste des droits de l’homme Fathi Tarbel – rien ne laissait supposer qu’il s’agissait du début de la fin du régime Khadafi. Violemment réprimée à Benghazi et al-Baïda, la contestation s’étend à d’autres villes. L’opposition appelle à un « jour de colère », le 17 février, contre le gouvernement de Kadhafi, lequel répond par la force aux insurgés. La situation semble échapper au contrôle et la contestation s’amplifier de la frontière égyptienne jusqu’à Ajdabiya. C’est du moins à l’étranger l’impression que donne la couverture des événements, alors que sur place le chef de poste de la DGSE et le personnel diplomatique de l’ambassade sont eux-mêmes surpris par la façon dont la chaîne de télévision satellitaire d’information en continu qatarienne Al Jazeera (qui revendique 25,23 millions de spectateurs dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord), couvre les événements en lui conférant une ampleur injustifiée aux yeux des observateurs sur place. Il est question d’insurgés, de révolution, d’opposition organisée. S’agissait-il vraiment d’une révolution ? On peut en douter, selon Jean-François Lhuillier. L’emballement des médias à la suite d’Al-Jazeera vaut-il emballement de l’histoire ?

                      Certes, la Cyrénaïque est réputée pour ses positions hostiles au pouvoir central de Tripoli, l’Est du territoire s’opposant à sa partie Ouest et à l’homme de l’Ouest qu’incarne Khadafi au pouvoir depuis 42 ans. Elle réclame une meilleure répartition entre l’Est et l’Ouest de l’argent du pétrole exploité au centre du pays. Mais les observateurs sur place n’ont pas vu de signes avant-coureurs d’une contestation ni ses prémisses révolutionnaires. Plus stupéfiante encore, la décision des autorités françaises, contre toute attente, d’évacuer dans la précipitation leurs ressortissants et de fermer la représentation diplomatique. C’est un événement rarissime ! En son sein, le poste de recherche extérieure de la DGSE cesse aussi ses activités et reçoit l’ordre de détruire ses matériels et archives, avant que les clés de l’ambassade ne soient remises aux Russes !

                      Les frappes de l’aviation française qui eurent lieu en mars 2011, ont apparemment été décidées et planifiées en haut lieu, dans le plus grand secret ? A quel moment exactement ? Pour quelles raisons cette précipitation inédite dans un contexte de printemps arabes ? Était-ce vraiment comme on l’a dit pour protéger la population ou plutôt l’occasion de se débarrasser d’un trublion de l’ordre international, rôle qu’endossa le Colonel libyen après la mort de l’égyptien Nasser, et qui passa au fil des ans du financement du terrorisme international dans les années 1970 au financement de la campagne électorale de l’ancien président Sarkozy en 2007 (cf. le réquisitoire du Parquet national financier dans l’affaire Sarkozy-Khadafi, signé le 10 mai 2023, demandant que Nicolas Sarkozy soit jugé pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et « association de malfaiteurs » dans le dossier libyen ?

                      L’intervention militaire est lancée en toute hâte, sans avertissement préalable et sans avoir utilisé les canaux directs entretenus avec l’entourage de Sarkozy. Quelles en furent ses conséquences ? Jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi ensuite le chef de poste est-il renvoyé sur le terrain, après les frappes françaises, pour prendre contact avec les forces de l’insurrection et jauger leurs capacités organisationnelles et aptitude à renverser Khadafi ? Ne savait-on donc rien à leur sujet jusque-là, avant les manifestations et avant les frappes ? Quand ces forces insurrectionnelles sont-elles apparues ? Pourquoi plus tard l’état-major et l’entourage du président Sarkozy s’impliquent-ils pour exfiltrer la famille de Bachir Saleh, le grand argentier du régime ?

                      Jean-François Lhuillier nous livre, chronologie à l’appui, un témoignage inédit sur les circonstances de la chute du Colonel Kadhafi et ses conséquences.

                      À l’oreille
                      • The Clash – Clampdown
                      • Supergrass – alright
                      • Niagara – J’ai vu
                      • Pour aller plus loin

                        Jean-François Lhuillier, L’homme de Tripoli. Mémoires d’agent secret, Mareuil éditions

                        1 hr 14 min
                      • #177 – La mission logiciels libres de la DINUM
                        177e émission Libre à vous ! de l’April diffusée en direct mardi 30 mai 2023 de 15 h 30 à 17 h 00
                        Au programme :
                        • sujet principal : la mission logiciels libres de la DINUM (Direction interministérielle du numérique). Échange avec Bastien Guerry, chef du pôle, et Hélène Jonin, chargée de mission communautés et contributions.
                        • Un nouvel épisode d’ « À coeur vaillant, la voie est libre », la chronique de Laurent et Lorette Costy, intitulé « La jeune fille à la peurle »
                        • Une nouvelle « Pituite de Luk » sur « La fonte des pôles »
                        • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l’April et le monde du Libre
                        • Références

                          Vous pouvez retrouvez toutes les références citées pendant l’émission (vous trouverez également sur cette page les podcasts par sujet traité ainsi qu’une transcription lorsqu’elle sera disponible).

                          Licences

                          Les podcasts et les photos, sauf indication contraires, sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence, voir la page consacrée à chaque émission pour les licences précises.

                          1 hr 31 min
                        • #209 – Femme, vie, liberté, vélo
                          Émission proposée en partenariat avec Weelz!
                          En plateau – Isabel del Real

                          Aujourd’hui, Isabel Del Real vient nous parler de son voyage à vélo, de Plouër à Téhéran. Elle a décidé de raconter tout cela par le biais du roman graphique. Elle vient nous parler aussi de cette envie de dessiner, arrivée pendant les moments à pédaler.

                          Si vous aimez la bande dessinée, si vous aimez ou pas les romans graphiques, restez avec nous. Si vous aimez le voyage, à vélo, ou pas, restez avec nous. Si vous vous demandez si vous aussi vous pourriez partir… loin ou pas, à vélo, restez avec nous. Isabel, j’en suis certain, va vous donner envie de partir. De poser 2 sacoches sur votre deux roues et filer. Elle va peut-être aussi vous donner envie de dessiner.

                          Et pourquoi pas, cette émission va vous donner envie de découvrir son roman graphique. Et de l’acheter ici.

                           
                           

                          L’agenda, avec de la bd
                          • Plongez vous dans les aventures de Jojo par André Geerts, du vélo et même du tandem, pour aller à l’école avec son pote
                          • Plongez vous dans les aventures de Pico Bogue et Anna Anna par Alexis Dormal et Dominique Roques chez Dargaud. Le vélo n’est jamais loin.
                          • un album magnifique, L’aigle sans orteil par Lax chez Dupuis publié en 2005.
                          • La chronique d’Abel Guggenheim

                            Pour se nourrir nous avons le choix des couverts. Remplacez “couverts” par “mode de transport” et prenez conscience que la fourchette n’est pas indispensable, comme la voiture.

                            Musique

                            Calm Down de Rema

                            Réalisation : Jérôme Sorrel / Montage final et mise en ligne : Olivier Grieco.
                            30 min
                          • #75 – On les a désuni(béton)·e·s
                            Contexte

                            En suite et malgré des tentatives de dialogues avec la Préfecture de Bobigny (93) relatées dans l’émission d’avril 2023 concernant le squat UNIBÉTON sur l’Ile Saint Denis, les quelques 500 personnes qui y habitaient ont finalement été expulsées, sans beaucoup de ménagement et surtout, avec quasi aucune solution pérenne de logement. A minima pour certaines d’entre elles, un hébergement de plus ou moins courte durée a été proposé ; les autres sont à la rue, ou parties dans d’autres sites squattés à Paris ou autour.

                            Dans cette émission nous retrouvons Paul ALAUZY, de Médecins du Monde, qui est présent et actif dans beaucoup de situations qui parfois le dépassent, ou dans lesquelles il se trouve embarqué comme malgré lui — à cause des rôles que les autorités lui donnent ou lui font porter. Paul relate ici comment les choses se sont factuellement passées au moment de l’expulsion, et ce que lui et d’autres personnes, citoyennes et/ou militantes et/ou membres d’associations et ONG, ne peuvent que constater sur le sort, les sorts, qui sont réservés à celles et ceux qui sont poussées vers des migrations peu choisies mais décidées pour leurs survies.

                            Les mots sont durs — on les connaît depuis de nombreuses années mais c’est toujours aussi dur : tel le tri. Tri des personnes. Tri des situations administratives. Tri entre celleux qui travaillent et celleux qui pas (parce qu’on ne les y autorise pas !). Tri entre les personnes seules et les familles. … Et là où s’était créé un lieu d’entraide, de solidarité, de vie commune, qui n’apportait aucun trouble bien au contraire, permettait une avancée dans les droits, des soins, une écoute, voilà maintenant à nouveau un bâtiment VIDE gardé par un homme et un chien. Et ceux et celles qui vivaient là depuis 1, 2 ou 3 ans ont été séparées, éloignées, rejetées.

                            Et Paul lance : on a fait la preuve avec l’accueil de quelques personnes en provenance d’Ukraine qu’on peut, qu’on sait, qu’on a les moyens, d’accueillir correctement. Pourquoi on ne le fait pas plus ? pourquoi on ne le fait pas pour ces personnes — ici venant du Tchad ou du Soudan ? Pourquoi ?

                            Du côté musical, Paul a choisi des morceaux de DUB INC

                            • Tout ce qu’ils veulent
                            • Partout dans ce monde
                            • Enfants des ghettos
                            • 59 min
                            • #126 – Les violences ordinaires à l’Université : Mouvements, printemps 23
                              Contexte

                              Avec Aurélie Jeantet et Stéphane Le Lay

                              L’université semble être le monde de la raison, de l’humanisme. Ouvrez les yeux : les prédateurs sont là : sous-traitance et exploitation des prolétaires migrants qui nettoient les bureaux ; précarisation massive des enseignants et des personnels administratifs ; sexisme et violences sexuelles ; atteintes aux animaux dans les laboratoires ; nouvelles méthodes de management.

                              La suite en écoutant l’émission…

                              Référence

                              Mouvements, N°113, printemps 2023, La Découverte

                              À l’oreille
                              • Molodoï – La complainte des ouvriers
                              • Les têtes raides – Dépêche toi
                              • 1 hr 35 min

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