durée : 00:30:50 - Même pas mort 1/7 : Un petit matin d'octobre - Grégoire, le fils de mon amie Bénédicte, est mort à 22 ans. Depuis qu’il est « parti », je suis devenue une « aidante ». Mais plus le temps passe, moins je sais comment aider. Alors, quand un petit matin d’octobre, elle me demande de le « faire rentrer dans ma boite », je finis par accepter.
Avertissement : cette série aborde la question du suicide.
"La toute première photo que j'ai de Grégoire, il a six ans. Il est blond, blanc, un grand sourire timide et les yeux pétillants. Un beau gamin. Un petit parisien d'une classe privilégiée, à l'aise. Et puis je me souviens de la toute dernière photo. C'était le même, en moins blond et en beaucoup plus grand. C'est la photo qui a été choisie. Elle est tirée en grand, posée sur son cercueil. On est le 14 janvier 2021. Grégoire est mort et il aura toujours 22 ans."
Aux obsèques de Grégoire, des papillons en origami sont distribués à tout le monde. Au mur, on a projeté une vidéo de Grégoire qui joue au piano. "On y voit que ses mains. C'est très beau et totalement insupportable parce que déjà, encore, Grégoire est là sans être là. Un spectre insaisissable et lumineux qui a croisé nos vies. Une sonate et le discours de Béné qui se tient droite, seule au pupitre et qui réussit à nous faire face sans s'effondrer."
"Débrouille-toi pour faire entrer Grégoire dans ta boite"
Bénédicte est la mère de Grégoire. Huit mois après sa mort, en octobre, elle explique à Sophie qu'elle ne peut s'autoriser à tourner la page. "Elle m'a dit 'je n'en peux plus, mais tant que j'ai mal, alors Grégoire est avec moi. Je ne veux pas tourner la page'. Elle a dit aussi 'ça empire, je sais que je dois réaliser, mais ça me fait encore trop mal, alors pour l'instant, dans ma tête, c'est pas encore arrivé'. Elle s'est tournée vers moi et elle m'a dit 'je crois que j'ai trouvé la solution. Moi, ma douleur, toi ta panne d'inspiration, je veux que tu fasses quelque chose sur Grégoire."
"J'ai envie de garder tous les moments, de pouvoir me souvenir de tout ce que j'ai vécu avec lui et tout ce qu'il a vécu sans que ce soit atrocement douloureux. J'ai peur que mon cerveau, ma mémoire les efface, pour me protéger. Il paraît que c'est ça qu'on fait quand il y a un traumatisme, qu’on efface les choses. Mais moi j'ai pas envie."
"Peut-on mourir de mélancolie, de romantisme, de trop de beauté ?"
C'est avec Pierre-Louis que Sophie a décidé de commencer la quête de compréhension du suicide de Grégoire, et à créer un objet sonore en sa mémoire. Pierre-Louis est le premier à être arrivé sur les lieux du suicide. "Quand je suis arrivé, la rue était déserte. On était le 2 janvier. Les pompiers étaient déjà partis. Je suis monté et là, au lieu que ce soit moi qui ouvre la porte, il y avait un policier qui m'a demandé qui j'étais. Deux minutes après, mon frère est arrivé. Il a tout de suite posé la question, ce que je n'ai pas fait. Il leur a demandé si Grégoire était mort. Et là, tout s'effondre."
Pierre- Louis décide alors de prendre des photos de l'appartement de Grégoire, tel qu'il l'a laissé avant de mourir. "Je trouve ça quand même un peu bizarre, ça m'apparaissait presque comme une transgression de venir ici, de parler de Grégoire à nouveau, de sa mort. (...) On ne comprendra jamais tout à fait à ce geste. Mais je me dis que si on avait été plus proches… C'est ça que je regrette énormément, c'est de ne pas l'avoir mieux connu."
Merci à Bénédicte, à Pierre-Louis et à Nino d’avoir rejoué Game of Throne au piano. Toutes les musiques de cette série ont été choisies dans la playlist (Spotify) de Grégoire.
Reportage : Sophie Simonot
Réalisation : Sylvain Richard
Si vous avez des pensées suicidaires, si vous accompagnez un proche et que vous vous sentez perdu, contactez le 31 14, prévention suicide. C'est un numéro gratuit, confidentiel où des professionnels sont disponibles pour vous répondre 24 h sur 24 h.
Il existe bien un terme pour désigner un parent qui a perdu son enfant : "orphelin d'enfant".
Musique de fin : "Suspirium", Th