Nous nous entretenons avec Juliette Bracher, réalisatrice du documentaire "Filles de joie et de misère" (France/2017).
Les maisons closes cachent derrière leurs portes une organisation propre à chacune. Des maisons de luxe aux lupanars, les filles de joie ne rêvent que dʹune seule chose: la liberté. Ce qui a inspiré et fasciné les plus grandes figures des XIXe et XXe siècles?
Un siècle et demi de maisons closes ; entre les rêves de volupté et un quotidien souvent sordide, ce documentaire raconte la mise en place du French system qui commence à Paris, dès 1829, et sʹétend très vite à toute l'Europe, jusqu'à son abolition en France, en 1946.
Tout commence aux lendemains de la Révolution. Non seulement le commerce du sexe est toléré, mais, pour la première fois dans lʹHistoire, il est réglementé à des fins de surveillance. Les filles sont donc fichées par la police, auscultées par le médecin, et closes dans des maisons aux portes et fenêtres fermées.
Ces maisons abritent un système très hiérarchisé. La tenancière et les sous-maîtresses sévissent au besoin, embauchent le personnel et vérifient la "moralité" des clients. Par ailleurs, tout un réseau est mis en place pour recruter la "marchandise": des rabatteurs arpentent les gares, des bureaux de placement proposent de "bonnes places" dans des maisons "bien tenues".
Car un bordel digne de ce nom se jauge à la diversité de ses courtisanes: des rousses, des blondes, des noires, des dodues, des maigres, des effrontées, des cajoleuses. Lieu de sociabilité, de débauche, dʹoubli, de misère mais aussi… lieu inspirant.
Les temps changent et la maison close doit se réinventer sans cesse. En 150 ans, les filles vont devoir sʹadapter à tout: au changement de goûts des clients, aux modes et aux guerres.
Des voix s'élèvent cependant contre le French system. Certains pays tentent même d'y mettre un terme. En Angleterre il nʹaura duré que peu de temps. En France, là où tout avait commencé, c'est une ancienne prostituée, en 1946, qui fait disparaître les maisons closes de l'Hexagone.
Aujourd'hui, dans plusieurs pays comme la Belgique, la Suisse, ou l'Allemagne, des maisons closes tiennent encore debout. Le débat, lui, est toujours là.