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Or


Deux minutes de prose à streamer
« Moi, les plus belles personnes que j'ai vues, c'était dans la rue, à se balancer sur ce fil. Elles avaient oublié le langage. Elles s'étaient dépouillées de tout espoir de communiquer. Avec elles-mêmes d'abord. Ensuite avec le reste. C'est comme si elles avaient conquis le droit de vivre. C'est-à-dire, c'était comme si vivre ne relevait plus du droit, de la Loi, du Dieu et des valeurs, mais seulement de la καταράκτης, de la chute d'eau et de sa dissipation, d'un liquide en trombe et qui s'expanse. »
Musique : Hania Rani, On Giacometti
#poesie #prose #developpementimpersonnel #lautreamont #détournement
« Quel silence ! C’est incroyable. Ou exactement : c'est inouï. Je ne sais pas si mon coeur battait si fort que je n’entendais plus rien, ou bien s’il s’est arrêté à la lecture de ces pages… Merci. Merci beaucoup, N. Peut-être comme une neige qui recouvre le sol (l’hyperactivité des organes plutôt). Il doit y avoir une « heure blanche » là aussi, non ? aveuglant tapis de neige ni fondu ni touché, qui fait revoir la virginité du monde (pure vision, sans agir ni sentir). Ici, peut-être plutôt : une voix qui traverse les déserts de monde. Mais qui est-ce ? Est-ce une lettre réelle ? Je crois que je l’ai tant aimée aussi parce que, j’en suis presque sûr, je ne connais pas celle qui a écrit. Je n’ai rien reconnu, seule la clarté, pure, des visions. Enfin l’instinct de savoir, toujours savoir, mis en échec : c’était bien, que la guerre un peu s'arrêtât. Mais déjà des voix connues n’ont pu s’empêcher de venir rompre le silence dès la seconde lecture, et de se donner en représentation au théâtre intérieur, fichu spectacle. D’où vient cette voix, si singulièrement féminine ? Un climat plus latin qu’ici ? Peu importe parce que je n’en sais rien du tout en fait. Et c’est merveilleux. »
A l’Atelier, on ne veut pas non plus savoir qui a écrit cette « lettre à XX ». Mais on veut aussi remercier N. Pour les plus curieux qui veulent toujours, et particulièrement veulent savoir, la fin de la lettre donne des indices - peut-être est-il temps de ne plus signer ?
Un poème blanchotien paru dans « L’interminable » (revue), qui avait consacré son premier et unique numéro à une question de littérature fondamentale : « Que peut la littérature face aux trous noirs ? ».
#blanchot #linterminable
On teste une petite minute
Assez heureux de partager en exclusivité ce remix, version audio alternative du trailer, finalement abandonnée à la critique rongeuse des souris, du film collectif « Éloge de la séparation (la poésie existe) ».
Francis - Ponge pas Ngannou - est à sa manière un précurseur sombre, champion par anticipation du MMA poétique. Mais qui l'a déjà entendu poser un freestyle poids lourd sur une prod’ hip-hop contemporaine ? Dans ce clip dont Ponge n’a pas fait la voix off et que Painlevé n’a jamais tourné, les poètes sont à l’attaque dans le chiliogone - pour en sortir, toujours. Ils y préciseront d’ailleurs le « tournant ontologique » pris par l’éco-terrorisme de la langue, qui résume assez leur position générale : « Nous ne défendons pas la langue : nous sommes la langue qui se défend ». Rien que ça ! (Présentation de S., qui ne s'excuse pas auprès des Sérieux, mais seulement de l'état des pellicules retrouvées, probablement dû aux souris. L'Atelier se diversifie en images et en chimie avec l'arrivée de ce nouveau membre, mais on vole cette fois la musique. Les paroles sont en sous-titres pour le karaoké)
Le clip est sur YouTube : https://youtu.be/fTscy38gvLo
Musique : C. Cole, Sunny All Afternoon, Prods Solos Vol.1 ℗ 2021 https://youtu.be/pSg1luYYPRA
#Francis #Ponge pas #Ngannou #mma poétique #Pialat #Debord #poésieaudio #audiopoetry #cinema #noncinema #détournement
Pour ce premier jour de l’année, on a commencé la fouille archéologique d'un poème orphelin, « Mon corps est devenu une ville », d’après la méthode habituelle du coup de dés et du coup de tête. Ici, il ne s’agit donc pas encore du poème retrouvé, mais simplement d’un document issu de la fouille préventive, et qui est comme l’évidence ou le témoignage premier de l’existence du poème (ou de sa perte, si vous voulez). Ce document doit beaucoup à la collaboration involontaire d’amis réels et imaginaires :
- l’artiste Yang Yongliang @yangyongliang (杨泳梁) découvert grâce à @mi_yulin, dont le travail se trouve ici : https://www.yangyongliang.com/new-gallery-78/2018/10/17/journey-to-the-dark-2017-vide-clip
- l’album AL-'AN ! الآن (And your night is your shadow — a fairy-tale piece of land to make our dreams) de OISEAUX-TEMPÊTE (@oiseaux_tempete) écouté ce matin par le hasard d’un post d’ @en_dehors__ et plus particulièrement le morceau Ya Layl, Ya 3aynaki (Ô Nuit, Ô Tes Yeux) ici volé et ralenti sans aucune aimable autorisation.
- sans oublier bien sûr Duras, Resnais, et aussi Miron, Adonis, évidemment Cartarescu, et tous les autres ignorés qui n’ont cessé de contribuer à la paraphrase infinie.
P.S. Ceci n’est pas exactement la suite de « Amour quantique (arché-géologie du coeur et blocs d’amour-temps) », pourtant que ça le poursuit à sa manière puisqu'il s'agit de l'archéologie d'un poème orphelin.
Avec ce sixième et dernier épisode, on achève ici la série « Enjoy the ride • Terrorisme des sentiments moraux » entreprise avec le peintre Lawand. Il aura fallu la découverte du prophète de « l'art de ne pas écrire de livres » Mircea Cărtărescu pour comprendre ce qui s'y jouait : un plan d'évasion. Mais il n'y a jamais eu rien à comprendre. Puisque tout est toujours à expérimenter.
Voix : Oncléo et Painlevé (https://youtu.be/sglMRAOjD2A)
Peinture : Lawand
Musique : Soundwalk collective, Hymn of Creation
« Nuit après nuit, nous nous endormons et ensuite nous rêvons. » (Cărtărescu) Et quand au matin, nous ouvrons les yeux pour faire face à ce que nous avons pris l'habitude de nommer « réalité », persiste toujours un temps d'incertitude sur la consistance véritable de cette réalité : où suis-je ? Suis-je seulement et alors quoi ? Et même après que la réalité se fut recomposée par l'effort, parfois laborieux, de ce que nous considérons être notre mémoire, le credo en notre monde reste, dès qu'on y pense, fragile et précaire : car nous savons être descendus là-bas, au pays des rêves ; nous savons de source sûre y avoir été traversés et poursuivis par des émotions, et quoique leur souvenir ne nous parvient pas toujours, nous persistons à savoir que ces émotions ont bien eu lieu. Mais quel est ce lieu ?
Voici l'histoire fabulée, donc véritable, d'une comète oubliée. Voici l'histoire du plus obstiné maître des rêves de tous les temps. Voici l'histoire du fabuleux Nicolae Vaschide.
Par cette lecture d'extraits choisis du fantastique chapitre 37 du Solénoïde de Mircea Cărtărescu (tr. Laure Hinckel), accompagnée ici et là de sa bande originale imaginaire, on voudrait approcher de l'expérience de « l'oniromancie radiophonique ». Les habitués de l'Atelier y retrouveront une autre forme de ce que nous avons déjà expérimenté sous le nom de « chamanisme du péril ». Bref, un livre audio pour ne jamais dormir, c'est-à-dire – on le comprend maintenant seulement – un livre audio pour rêver. #LAPNJD #LAPR
Car il est temps, avec Cărtărescu et tous les autres, de remettre le fragment d'Héraclite sur ses pieds. Héraclite dit en effet qu'il y a pour les éveillés un monde unique et commun (koinon), mais que chacun des endormis se détourne dans un monde particulier (idion). Or c'est l'inverse qui est vrai : le seul possible monde commun (koinos) est aux rêveurs, le monde privé (idios) est aux éveillés. Qui croit encore au monde, à l'idée de monde commun ? Y a-t-on d'ailleurs jamais cru ? Et qui sont ces éveillés ? Mais en rêve, c'est tout autre : le monde existe, universellement. Le rêve, comme la pensée, n'est pas une chose particulière - autre manière de donner raison au fou d'Éphèse. A tout de suite, donc !
Accompagnement sonore, musiques volées ou empruntées aux amis, dans l'ordre d'apparition : - 00:01 Oiseaux-têmpête, Dôme (Live at Oscar Niemeyer's Abandoned Fairgrounds) https://oiseaux-tempete.bandcamp.com/album/what-on-earth-que-diable - 23:05 Oiseaux-Tempete, Nu.e.s Sous La Comète https://oiseaux-tempete.bandcamp.com/album/what-on-earth-que-diable - 28:12 Hania Rani, Silent Night https://haniarani.bandcamp.com/track/silent-night - 29:46 Hania Rani, Silent Night https://haniarani.bandcamp.com/track/silent-night - 33:36 (Orama) : Hania Rani, Silent Night https://haniarani.bandcamp.com/track/silent-night - 39:53 Dalibor Baric, « chabere-chabere » (Original song) https://www.youtube.com/watch?v=LM1_9EAJiwI&ab_channel=TRACKS-ARTE - 44:54 Soundwalk Collective, Hymn of creation https://soundwalkcollective.bandcamp.com/track/hymn-of-creation - 47:14 Soundwalk collective, The Future of sexuality - 50:59 Soundwalk Collective, Hymn of creation - 53:44 Soundwalk Collective, Hymn of creation - 58:52 Hania Rani, At the Hospital (from I Never Cry) - 01:00:17 Hualun, Birth : https://hualun.bandcamp.com/album/wuhan-wuhan - 01:08:40 Hualun, WUHAN WUHAN - 01:12:59 Dalibor Baric, « chabere-chabere » - 01:14:41 Hualun, Burning - 01:18:15 Hualun, Burning - 01:25:18 Hualun, Tunnel of memories - 01:26:58 Hualun, Shanghai tourists - 01:27:56 Hualun, Tunnel of memories - FIN 01:20:47 Hualun, Tunnel of memories»
On voudrait pouvoir le dire simplement : parmi les contemporains, on n’a jamais rien lu de si grand que Solénoïde, de Mircea Cărtărescu - superbement traduit par Laure Hinckel. Tout y est. Et encore le reste. Tout s’y trouve qu’on ne savait plus avoir perdu. Tout ce qu’on n’imaginait même pas possible du livre. Que peut la littérature face aux trous noirs ? Peut-être rien. Et c'est pourquoi Cărtărescu est le grand maître de « l’art de ne pas écrire de livres ». Un immense génie. Bien sûr, vous devez tout lire. Mais en attendant, on partage le chapitre 20 de Solénoïde, si beau, si troublant, si parfait, comme toutes ses autres pages.
« Chacun portera entre ses bras sa propre peau écrite recto verso, dont le Seigneur fera, en les assemblant entre les couvertures de la naissance et de la mort, le grand livre de la souffrance humaine. Une de ces pages, voilà ce que cet écrit devrait être, une des milliards de peaux d’hommes couvertes de lettres infectées, suppurantes, du livre de l’horreur de vivre. Anonyme et identique à toutes les autres. Car mes anomalies, même très inhabituelles, sont loin d’égaler l’anomalie tragique de l’esprit revêtu de chair. Et ce que je voudrais que tu lises sur ma peau, toi qui ne le liras pourtant jamais, ce serait seulement un cri un seul répété à chaque page : « Fuis ! Cours ! Rappelle-toi que tu n’es pas d’ici ! » Je n’écris pourtant même pas pour que quelqu’un lise ça, mais pour tenter de comprendre ce qui m’arrive, dans quel labyrinthe je me trouve, à quel test je suis soumis et comment je dois répondre pour en réchapper vivant. En écrivant sur mon passé et sur mes anomalies et sur ma vie translucide à travers laquelle on voit une architecture pétrifiée, j’essaie de déchiffrer les règles du jeu dans lequel je me suis retrouvé, de distinguer les signes, de les mettre bout à bout et de voir vers quoi ils tendent, et de me diriger dans cette direction. Aucun livre n’a de sens s’il n’est pas un Évangile. Le condamné à mort pourrait bien avoir les murs de sa cellule couverts de livres tous exceptionnels, mais ce qu’il lui faut, c’est un plan d’évasion. »
Musiques : - Dalibor Baric, The Needle Touches the Cylinder : https://youtu.be/7FEThlIJL_s - Dalibor Baric, Antireality : https://youtu.be/uHna8FQ9cTA #livreaudio #LAPNJD
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