Illuminations

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Illuminations episodes

  • Walter Benjamin • « Expérience et pauvreté » • #LAPNJD

    Il faut être absolument contemporain, dit quelque part le Prince des poètes détourné et remis sur ses pieds. Être contemporain signifie peut-être ceci : une « désillusion complète sur l’époque » mais aussi une « revendication sans réserve de celle-ci », comme l’écrit W. Benjamin. Lecture, donc, du court essai inactuel « Expérience et pauvreté », traduit par Cédric Cohen Skalli. Là encore, sans le dire de la même manière, on revient sur les déserts et les oasis. 

    Musiques :

    - Soundwalk Collective, Champ contrechamp

    - Soundwalk Collective, La philosophie

    Peinture : J. Ensor, « La mort et les masques »

    #Livreaudio #LivreAudioPourNeJamaisDormir #LAPNJD

    17 min
  • Mauvignier • Histoires de la nuit peinture (extraits livre audio) • « Ne pas parler mais peindre » #livreaudio

    Lecture d’un extrait d’Histoires de la nuit de Mauvignier, publié aux éditions de Minuit. (#LAPNJD)

    « Peut-être que la peinture qu’elle aime ou qu’elle a aimée ne dit rien à personne et qu’elle ne pourrait en parler avec personne, mais c’est tant mieux, parce qu’elle ne veut pas parler de ce qu’elle fait, elle n’aime pas parler de peinture ou d’art, c’est toujours très lassant et illusoire de parler d’art, toujours les mêmes considérations creuses et répétitives, interchangeables, des choses qu’un mauvais peintre ou qu’un bon pourrait dire également parce que tous les deux sont pareillement sincères et intelligents, même si un seul des deux a du talent, une force, une forme, une intelligence de la matière et des idées, une vision, car pour elle les artistes sont là pour avoir des visions, et c’est pourquoi elle avait réalisé une série de Cassandre qu’elle avait peintes comme si elles étaient la fragilité et la vérité égarées dans un monde où la brutalité et le mensonge sont la règle, pensant que les artistes disent la vérité ou ne disent rien, et qu’ils la disent tant qu’ils ne savent pas qu’ils la disent, alors que personne ne les croit, et parce que personne ne les croit. Ne pas parler mais peindre, ne pas user des forces précieuses à ergoter pour dire les mêmes banalités que les autres, mais peindre ce que la parole ne peut tenir comme promesse ; avoir la vision de ce qui n’est pas encore advenu, peindre la pomme en voyant le pommier en fleurs, l’oiseau à la place de l’oeuf, se tourner vers l’avenir et l’accueillir pour son mystère et non pas pour faire celle qui sait avant les autres, mieux que les autres, surtout pas, pas comme elle l’avait fait trop longtemps, quand elle était jeune, à philosopher et à palabrer sur tout ce qui lui tenait à coeur, à tartiner tout ce qu’elle faisait par plus de mots qu’il n’en fallait pour asphyxier dix générations d’artistes – alors non, plus un mot, ça suffit, depuis quarante ans elle rabote la langue pour ouvrir sa vision, s’ouvrir elle-même à sa vision, pour forcer son regard à s’approfondir, comme on cherche à voir dans la nuit, à se faire à l’obscurité. Elle a la chance d’avoir un art qui peut parler sans avoir à ouvrir sa gueule, alors elle ne se prive pas, elle a trouvé le bon endroit pour ça en achetant cette maison où rien n’était prêt à accueillir un atelier de peinture.  (…) oui, sans doute, elle répond sans doute, mais bon, elle est bien et elle n’y pense pas, elle est certainement un peu rigide et prend sa peinture trop à coeur, c’est sûr. En réalité, c’est juste que pendant qu’elle peint elle oublie qu’il faudrait qu’elle joue à l’artiste qui vend très bien son travail – ce qu’elle pourrait faire, car elle sait ce qu’elle fait, ce qu’elle peint, même si elle se laisse déborder et surprendre par les tableaux qui naissent sous ses doigts, elle sait aussi que l’inspiration ne tombe sur le râble de personne et qu’il faut travailler, lire, voir, réfléchir, penser son travail, et, le travail intellectuel accompli, alors seulement savoir l’oublier, l’anéantir, savoir lâcher prise et laisser déborder de ce monde conceptuel et réfléchi quelque chose qui vient d’en dessous, ou d’à côté, qui fait que la peinture excède le programme qu’on lui a assigné, quand tout à coup le tableau est plus intelligent, plus vivant, plus cruel aussi, souvent, que celui ou celle qui l’a peint. Elle sait ça, elle cherche le moment où c’est la peinture qui la voit, ce moment où la rencontre a lieu entre elle et ce qu’elle peint, entre ce qu’elle peint et elle, et, bien sûr, c’est une chose qu’elle ne partage pas. »

    7 min
  • R. Barthes • « Langue, pouvoirs et littérature » (1977) #archive

    A l'Atelier, on discutait des pièges de la discussion  - si, si, c'est vrai - et des pouvoirs captifs de la parole : pièges d'à-peu-près tous les problèmes tels qu'ils sont imposés, c'est-à-dire imposés de telle sorte qu'ils empêchent de penser. La guerre, le climat, le capital, la race, l’empire, bref, assez ! on est déjà fatigués. Et oui des hommes meurent, et des enfants, et des peuples disparaissent, d'autres sont pressurés, et oui toujours les mêmes, et le peuple manque, et même le peuple des animaux, tiens ! et les montagnes, et les forêts et les mers, et les déserts partout, et d'autres encore. Donc, oui, « d’accord, d’accord, mille fois d’accord », mais passons à autre chose. À quoi ? On se disait : apprendre à décourager (de) la discussion, apprendre à décourager la volonté de s'en sortir. Pas exactement la négation, pas exactement le nihilisme, autre chose, encore du côté de la fuitologie. On se souvenait aussi d'un cours de Deleuze : les forces les plus démoniaques ne sont pas celles qui vous empêchent de vous exprimer, ce sont celles qui sollicitent votre parole, exprime-toi ! exprime-toi ! Et déjà c'était quelque chose. Mais l'un de nous s'est souvenu de cet extrait de la Leçon de Barthes. C'est vrai, on l'avait oublié ! On n'en avait gardé que le cliché. Pourtant c'est mieux. Écoutez donc.

    Parmi les passages les plus célèbres qui auront été symétriquement les moins honnêtement discutés - chose étonnante, par Descombes, par exemple, qui reste drôle, certes -, celui assez parfait où Barthes déclarait : "la langue, comme performance de tout langage, n’est ni réactionnaire, ni progressiste ; elle est tout simplement : fasciste ; car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire".

    On trouve en ligne la publication des enregistrements des cours, par exemple ceux de la première année (1977) : https://www.roland-barthes.org/comment_vivre_ensemble1.html

    11 min
  • Loránd Gáspár • « Connaissance de la lumière » #livreaudio #lapnjd

    Lecture de « Connaissance de la lumière », poème de Loránd Gáspár (Le quatrième état de la matière). Le texte est disponible aussi ici : https://www.wikipoemes.com/poemes/lorand-gaspar/connaissance-de-la-lumiere.php  

    Musiques : Adrian Gordon Cook https://beachcomber.bandcamp.com/album/relics 

     - Beachcomber - Relics - 06 Fluttering Lights  

    - Beachcomber - Relics - 07 These Remaining Parts

    7 min
  • Hannah Arendt • « Du désert et des oasis » • Contre la psychologie moderne

    Mais que diraient les « Pères du désert » ? Peut-être avaient-ils appris à dévorer le sable d'une manière que nous avons perdue. Peut-être qu’en eux la question d'Arendt, si grecque, avait pris les accents du dépit authentique qui justifia le courage de la fuite : — mais pourquoi diable y a-t-il quelqu’un plutôt que personne !

    Car au désert de monde dans lequel nous nous mouvons, c'est peut-être la désertion qui réclame le plus de "vie" - déserter aussi, donc, "l'anthropolito-centrisme" final de ces beaux fragments.Lecture du « Fragment 4 » de « Qu’est-ce que la politique ? »

    Note de bas de page de l’édition française, traduite par Sylvie Courtine : « A l’époque où elle projetait son Introduction à la politique, et où elle consignait par écrit les fragments que nous publions ici pour la première fois, Hannah Arendt dissimulait son pathos pour la politique, autrement dit son souci pour le monde et pour la survie des hommes dans ce monde (voir la première édition de cet ouvrage, op. cit., Commentaire, p. 155), en empruntant le plus souvent des métaphores. Elle parlait et écrivait du « désert » et des « oasis ». Ce couple métaphorique se présente de façon sporadique tant dans son oeuvre publiée que dans son oeuvre inédite et également dans ses notes pour Introduction à la politique. « Du désert et des oasis », note-telle en guise de formule (voir la première édition de cet ouvrage, op. cit., Appendice, p. 200, et également p. 198) sans toutefois fournir de plus amples détails, tandis que les termes de « désert » et/ou d’« oasis » apparaissent ici ou là dans les manuscrits (cf. p. 80, 121 sq., 124). A un autre endroit du Fonds, on trouve toutefois un manuscrit de trois pages – la « conclusion » du cours qu’elle avait prononcé au début de l’année 1955 à l’université de Berkeley en Californie – qui y est entièrement consacré. On aurait très bien pu aussi la trouver à la fin d’Introduction à la politique comme le montrent les textes qui restent, et c’est pourquoi nous la reproduisons ici. La traduction suit d’aussi près que possible l’original ; nous n’avons pas masqué les imprécisions dues au fait que ces pages étaient destinées à la leçon et non à la publication. »

    8 min
  • Proust idéal-réaliste • Le temps retrouvé • « La vraie vie, c’est la littérature »

    « La grandeur de l'art véritable, au contraire, de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

    La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas, parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas “ développés ”. Notre vie, et aussi la vie des autres ; car le style pour l'écrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre, est une question non de technique mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients, de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre, et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier, et, autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini et, bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Ver Meer, nous envoient encore leur rayon spécial.

    Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détourné de nous-même, l'amour-propre, la passion, l'intelligence, et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous-même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas s'« observer », dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être traduites et souvent lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu'avaient fait notre amour-propre, notre passion, notre esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu'il nous fera suivre. »

    Proust, Le Temps retrouvé, Folio Classique, pp. 202-203

    5 min
  • Proust CANNIBALE • Le temps retrouvé (morceaux choisis)• « Les souffrances du vieux Marcel »

    « Les souffrances du vieux Marcel » (qui, du moins, « n'étai[t] pas loin de se faire horreur ») ou « Autoportrait de l’écrivain en athlète de la souffrance du coeur et cannibale heureux par l’esprit ».  

    Lecture de quelques pages du Temps retrouvé (qui complètent les premières lues ici : https://youtu.be/su7tTA0bjtU) qu’on trouve, dans la nouvelle édition, par exemple Folio Classique pp. 207-217.  

    Musique : extraits de Ghosts (from Pradziady), Hania Rani https://youtu.be/keTB4fESFh0  

    #LivreAudio #LAPNJD #NeJamaisDormir

    28 min
  • [REMIX] Leconte de Lisle • LCDL • « Solvet Sæclum » (« Et ainsi sera le siècle dissout »)

    Un coup de dés et un coup de tête, pour s’amuser encore un peu.  

    — La musique du texte ne se suffit-elle pas ?  

    — Si. Et quoi ? « le plus sage en rit » !  

    Leconte de Lisle ou #LCDL  

    Titre : « Solvet Sæclum » (« Et ainsi sera le siècle dissout ») de son album « Poèmes barbares ». 

    Musique volée à Orsten, Fleur blanche : https://youtu.be/_6OF7VkXkRo Solvet Sæclum  

    Tu te tairas, ô voix sinistre des vivants !  Blasphèmes furieux qui roulez par les vents, Cris d’épouvante, cris de haine, cris de rage, Effroyables clameurs de l’éternel naufrage, Tourments, crimes, remords, sanglots désespérés, Esprit et chair de l’homme, un jour vous vous tairez ! Tout se taira, dieux, rois, forçats et foules viles, Le rauque grondement des bagnes et des villes, Les bêtes des forêts, des monts et de la mer, Ce qui vole et bondit et rampe en cet enfer. Tout ce qui tremble et fuit, tout ce qui tue et mange Depuis le ver de terre écrasé dans la fange Jusqu’à la foudre errant dans l’épaisseur des nuits ! D’un seul coup la nature interrompra ses bruits.  Et ce ne sera point, sous les cieux magnifiques, Le bonheur reconquis des paradis antiques, Ni l’entretien d’Adam et d’Ève sur les fleurs, Ni le divin sommeil après tant de douleurs ; Ce sera quand le Globe et tout ce qui l’habite, Bloc stérile arraché de son immense orbite, Stupide, aveugle, plein d’un dernier hurlement, Plus lourd, plus éperdu de moment en moment, Contre quelque univers immobile en sa force Défoncera sa vieille et misérable écorce, Et, laissant ruisseler, par mille trous béants, Sa flamme intérieure avec ses océans, Ira fertiliser de ses restes immondes Les sillons de l’espace où fermentent les mondes.  #Leflowduconte

    3 min

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