La geste d'Orland

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La geste d'Orland episodes

  • Lecture : Arthur Rimbaud, Le bateau ivre

    Le bateau ivre (1871) n'est pas poème facile à comprendre. Rimbaud y décrit un voyage vers la mer et la liberté. Le bateau ivre symbolise la poésie qui brise les conventions d'écriture pour rencontrer le merveilleux.


    Le bateau ivre

    Comme je descendais des Fleuves impassibles,
    Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
    Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
    Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

    J’étais insoucieux de tous les équipages,
    Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
    Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
    Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

    Dans les clapotements furieux des marées,
    Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
    Je courus ! Et les Péninsules démarrées
    N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

    La tempête a béni mes éveils maritimes.
    Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
    Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
    Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

    Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
    L’eau verte pénétra ma coque de sapin
    Et des taches de vins bleus et des vomissures
    Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

    Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
    De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
    Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
    Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

    Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
    Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
    Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
    Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

    Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
    Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
    L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
    Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

    J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
    Illuminant de longs figements violets,
    Pareils à des acteurs de drames très antiques
    Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

    J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
    Baisers montant aux yeux des mers avec lenteurs,
    La circulation des sèves inouïes,
    Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

    J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
    Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
    Sans songer que les pieds lumineux des Maries
    Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

    J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
    Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
    D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
    Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

    J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
    Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
    Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
    Et les lointains vers les gouffres cataractant !

    Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
    Échouages hideux au fond des golfes bruns
    Où les serpents géants dévorés des punaises
    Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

    J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
    Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
    – Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
    Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

    Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
    La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
    Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
    Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux…

    Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
    Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
    Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
    Des noyés descendaient dormir, à reculons !

    Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
    Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
    Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
    N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

    Libre, fumant, monté de brumes violettes,
    Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
    Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
    Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

    Qui courais, taché de lunules électriques,
    Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
    Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
    Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

    Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
    Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
    Fileur éternel des immobilités bleues,
    Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

    J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
    Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
    – Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
    Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

    Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
    Toute lune est atroce et tout soleil amer :
    L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
    Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

    Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
    Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
    Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
    Un bateau frêle comme un papillon de mai.

    Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
    Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
    Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
    Ni nager sous les yeux horribles des pontons.



    6 min
  • Revue / Gustave Flaubert, L’éducation sentimentale

    On dit souvent que L'éducation sentimentale (1869) est inspirée d’une histoire d'amour de jeunesse de Flaubert, pourtant c'est beaucoup plus que cela. Un jeune homme de province, Frédérique Moreau, rêve d'être quelqu'un entouré d'amour, de richesse et de puissance. Il prétend aimer Mme Arnoux, mais son étourderie l’en détourne dès le premier obstacle. Il y reviendra sans jamais le concrétiser… Ainsi cette éducation sentimentale est un échec, Frédérique reste inéduqué et incapable d'aimer, de construire sa vie.


    Enfin bonne année à tout le monde !

    36 min
  • Revue / Joris-Karl Huysmans, À rebours

    Dans l'épisode du Portrait de Dorian Gray, nous avons déjà mentionné le livre unique de Joris-Karl Huysmans(1848-1907) : le fameux A rebours (1884) . Dans ce livre, un descendant d'une famille noble, Des Esseintes, s'isole du monde dans une vie immobile et décadente. Il s'entoure d’œuvres d'art et essaie de vivre à travers ces œuvres d'art bizarres. C'est un homme qui a tout mais qui s'ennuie et n'a plus la force de vivre. C'est un livre qui prolonge les lecteurs dans une ambiance poussiéreuse, figée, voire morbide.

    Bonne lecture et joyeux Noël !

    25 min
  • Revue / Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

    Malgré ses apparentes jeunesse et beauté, Dorian Gray laisse ses vices et laideurs sur son portrait. Il trouve tous les moyens et tous les discours pour échapper à son vrai visage, pour ne pas se regarder en face. La corruption de Dorian est-elle causée par Lord Henri, par le livre maudit, ou par lui même ?

    Le portrait de Dorian Gray (1890) est aussi connu pour sa préface qui est un manifeste moral et artistique d'Oscar Wilde (1854-1900). Le roman peut être concidéré comme une réalisation concrète de ce manifeste de l’art pour l’art.



    27 min
  • Lecture / Alphonse de Lamartine, Le Lac

    Le lac (1820) est inspiré à Alphonse de Lamartine (1790-1869) par la liaison amoureuse qu’il eut en 1816-1817 avec Julie Charles, une femme mariée atteinte d’un mal incurable qui l’emporta en 1817. Lamartine revient seul revoir les lieux qu'il a visités autrefois avec elle.


    Le lac


    Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
    Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
    Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
    Jeter l’ancre un seul jour ?

    Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
    Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
    Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
    Où tu la vis s’asseoir !

    Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
    Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
    Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
    Sur ses pieds adorés.

    Un soir, t’en souvient-il ? nous voguions en silence ;
    On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
    Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
    Tes flots harmonieux.

    Tout à coup des accents inconnus à la terre
    Du rivage charmé frappèrent les échos ;
    Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
    Laissa tomber ces mots :

    « Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
    Suspendez votre cours :
    Laissez-nous savourer les rapides délices
    Des plus beaux de nos jours ! »

    « Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
    Coulez, coulez pour eux ;
    Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
    Oubliez les heureux. »

    « Mais je demande en vain quelques moments encore,
    Le temps m’échappe et fuit ;
    Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore
    Va dissiper la nuit. »

    « Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
    Hâtons-nous, jouissons !
    L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
    Il coule, et nous passons ! »

    Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
    Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
    S’envolent loin de nous de la même vitesse
    Que les jours de malheur ?

    Eh quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
    Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
    Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
    Ne nous les rendra plus !

    Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
    Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
    Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
    Que vous nous ravissez ?

    Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
    Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
    Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
    Au moins le souvenir !

    Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
    Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
    Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
    Qui pendent sur tes eaux.

    Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
    Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
    Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
    De ses molles clartés.

    Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
    Que les parfums légers de ton air embaumé,
    Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
    Tout dise : Ils ont aimé !



    4 min
  • Revue / Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse

    Manuscrit trouvé à Saragosse (1810) de Jean Potocki (1761-1815)

    Pendant les Guerres napoléoniennes, lors du siège de Saragosse , un officier français trouve un mystérieux manuscrit dans une maison abandonée en Espagne. Ce manuscrit raconte l'étrange aventure d’Alphonse Van Worden, jeune officier des Gardes Wallonnes, qui rencontre des personnes qui lui racontent leur histoire, qui comprend elle-même d'autres histoires, qui comprennent d'autres histoires, qui comprennent d’autres histoires, qui comprennent d’autres histoires... L'écrivain polonais francophone Jean Potocki parvient à nous exposer les différents genres et thèmes de la littérature dans ce cadre de narration qui fait penser à une poupée russe, tout en jouant sur le vrai et le faux de la littérature.


    22 min
  • Lecture / André Gide, Les nourritures terrestres

    Nathanaël, j'aimerais te donner une joie que ne t'aurait donnée encore aucun autre.

    ...

    La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.

    ...

    Ah! refaire à mes yeux une vision neuve, les laver de la salissure des livres, les rendre plus pareils à l'azur qu'ils regardent...

    Les nourritures terrestres (1897) est un livre qui chante la joie de la vie. Considéré comme la Bible de la jeunesse de l’entre-deux-guerres, il encourage chacun à chercher sa propre posture en face de la vie, à devenir le plus irremplaçable des êtres.


    10 min
  • Revue : Cervantès, Don Quichotte

    Don Quichotte, qui a lu trop de romans de chevalerie, se prend pour un chevalier. Il se trouve un cheval, une dame et un écuyer et part à l’aventure. Il transforme sa vie et même le monde en roman de chevalerie, perdant le sens de la réalité. Don Quichotte (1605), considéré comme le premier roman moderne, dénonce les effets néfastes de la lecture. Don Quichotte est quelqu’un qui trouve du sens dans les romans de chevalerie et voit le monde réel au travers de ce prisme. Mais si Cervantès se moque des romans de chevalerie, son propre roman ne nous donne-t-il pas lui aussi une autre clé qui peut expliquer la réalité souvent confuse, opaque et illogique qui nous entoure ?



    25 min

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