Je reçois Monsieur Grégoire Guillemain, infirmier anesthésiste et spécialiste de la préparation mentale.
Il y a quelques années, un épuisement professionnel l’oblige à s’arrêter et à repenser complètement son rapport au stress, à la performance et à la récupération. Cette expérience devient le point de départ d’une réflexion beaucoup plus large sur la manière dont les professionnels de la santé se préparent — ou ne se préparent pas — à évoluer dans des environnements où la pression, l’incertitude et la responsabilité font partie du quotidien.
À partir de son parcours personnel et professionnel, Grégoire s’est intéressé aux outils permettant aux soignants de mieux composer avec ces situations de grande intensité : visualisation, préparation mentale, automatisation de certaines compétences, gestion de l’attention, récupération après l’effort et capacité à retrouver rapidement un état de disponibilité mentale après un événement difficile.
Nous discutons notamment de la différence entre le stress ponctuel, parfois utile à la performance, et le stress chronique, qui finit par épuiser les capacités d’adaptation. Pourquoi certains professionnels semblent-ils naturellement calmes sous pression? Peut-on apprendre à le devenir? Et surtout, comment faire pour que ces compétences mentales deviennent suffisamment automatiques pour demeurer accessibles précisément au moment où tout se complique?
Nous faisons également le parallèle avec le sport de haut niveau et le milieu militaire, où la préparation à la performance ne se limite pas aux connaissances techniques. On entraîne également le mental, on répète les scénarios difficiles, on anticipe les réactions possibles et, surtout, on reconnaît l’importance de la récupération.
Dans le monde de la santé, le contraste est frappant. Un chirurgien, un anesthésiste ou une infirmière peut traverser une intervention extrêmement difficile, vivre une complication majeure ou une situation émotionnellement chargée… puis devoir immédiatement passer au patient suivant. Peu de temps est consacré à la récupération mentale ou émotionnelle.
Nous abordons également la visualisation, souvent réduite à l’idée de « se voir réussir », alors qu’elle peut être une véritable expérience multisensorielle permettant de préparer le cerveau à certaines situations complexes ou stressantes.
Mais cette discussion soulève aussi une question fondamentale : jusqu’où peut-on demander aux individus de s’adapter?
La préparation mentale ne doit pas devenir une façon de rendre les soignants simplement plus résistants à un environnement dysfonctionnel. Nous discutons donc également des enjeux systémiques qui contribuent au stress chronique, à l’épuisement professionnel et, ultimement, à la capacité d’offrir des soins de qualité.
Une conversation sur la performance, certes, mais surtout sur la préparation, la récupération et la nécessité de mieux protéger ceux et celles à qui l’on demande quotidiennement de prendre soin des autres.
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