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Or


Iegor Gran, auteur phare des éditions P. O. L., l’écrivain dont le 14ème roman s’intitule Les services compétents (2020), préface la réédition aux éditions du Typhon d’André-la-Poisse. Un conte fantastique écrit par son père, l’écrivain Andreï Siniavski, grande figure intellectuelle du monde russe et ex-soviétique.
Les livres ont souvent une histoire précédant leur parution, dont elle peut résulter, bien loin de l’anecdote. Il arrive qu’ils entretiennent entre eux des correspondances, des échos, des résonances, voire des affinités électives. Le dernier roman de Iegor Gran, Les services compétents, ont ainsi provoqué la réédition d’André-la-Poisse d’Andreï Siniavski (1925-1997), nous plongeant dans une sorte de roman dans le roman, où l’ordre chronologique et logique des choses se bousculent au profit d’une filiation littéraire, ayant pour effet collatéral de nous déstabiliser devant la question du commencement. Par où commencer la narration quand on n’est plus certain de ce qui constituerait le début, le milieu et la fin de l’histoire ?
On dira donc en premier lieu que « les services compétents » désignent les services du KGB, dans les années 60, en plein dégel post-stalinien. Ils sont chargés de trouver qui est, ou qui se cache derrière le pseudonyme d’Abram Tertz, un écrivain qui ose défier le pouvoir soviétique en publiant en 1959, de l’autre côté du rideau de fer (en l’occurrence, en France, dans la revue Esprit dirigée alors par Jean-Marie Domenach), un article remettant en cause le réalisme socialiste comme cadre unique et imposé de la production artistique et littéraire en Union soviétique. Abram Tertz récidive quelque temps plus tard en publiant cette fois un récit court relevant du réalisme fantastique. L’enquête du KGB durera six ans. Elle est cocasse, loufoque, pleine de fausses pistes et de rebondissements, menée par des services finalement pas si performants que cela, à la peine pour trouver, depuis la mort de Staline en 1953, la juste mesure de répression nécessaire de la société civile, du moins jusqu’à ce que Nikita Khrouchtchev soit congédié par Léonid Brejnev. Mais ces six années d’enquête et de traque sont aussi six longues années « d’attente » (de stress et d’anxiété) pour Abram Tertz, alias Andreï Siniavski et sa femme Maria Rozanova : ni l’un ni l’autre ne doutent, depuis la publication du premier article dans la revue Esprit, de la capacité du KGB à démasquer et arrêter celui qui revendique le droit au réalisme fantastique. La seule chose qu’ils ignorent tous deux, c’est quand cela se produira. Sans doute n’avaient-ils pas envisagé que cela prendrait tant de temps.
Racontée par Iegor Gran, Grand Prix de l’humour noir 2003 pour son roman O. N. G !, c’est un grand moment de dérision et d’autodérision, de satire et de grotesque, de verve comique, où le génie de la langue déploie sa liberté et force jubilatoire dans le labyrinthe de l’absurde. Nous voilà initiés à une histoire à la fois collective et intime, écrite par le fils d’Andreï Siniavski, âgé de 9 mois lors de l’arrestation de son père !
Le procès de ce dernier, en 1966, se tînt en même temps que celui de son ami l’écrivain Youli Daniel qui lui aussi a publié sous pseudonyme des textes dans la revue Esprit. Il fut retentissant. Le tribunal doit statuer sur la nature subversive ou non de la prose d’Andreï Siniavski, lequel a lancé un pavé dans la marre en questionnant les limites du réalisme socialiste dans la littérature et les arts. Le père de Iegor Gran sera condamné à 7 ans de camp, libéré un peu avant terme, en 1971, grâce notamment à une forte mobilisation de l’opinion publique internationale, et prié de quitter l’Union soviétique deux ans plus tard.
Ironie de l’histoire, ce procès marquera la fin du dégel, le refroidissement brejnévien et l’acte de naissance de la dissidence en Union soviétique, alors qu’Andreï Siniavski n’avait avec le régime que des divergences d’ordre esthétique, selon ses propres mots. L’écrivain ne rejetait pas la Révolution de 1917, à la façon des Russes blancs, et n’avait pas non plus entrepris une critique globale, politique et militante, du socialisme réel. Il était du reste issu d’une famille de Socialistes Révolutionnaires (S.R.), une organisation politique créée en 1901, résultant de la fusion de plusieurs tendances du mouvement révolutionnaire russe du XIXème siècle, historiquement engagé dans la lutte contre le régime autocratique russe, pour la socialisation des terres et l’organisation des paysans dans le mir.
Exilé en France, Andreï Siniavski publie Promenades avec Pouchkine, en 1975. Nouveau scandale. Dans ce livre qu’il a rédigé pour l’essentiel de 1966 à 1968, lors de sa détention au camp de travail du Doubrovlag, et expédié chapitre par chapitre à sa femme sous forme de très longues lettres échappant à la censure, l’auteur défend l’idée de l’autonomie de l’art, ne pouvant être instrumentalisé par aucun pouvoir. Rendant hommage au pionnier de la poésie moderne russe qu’est Pouchkine, il ose souligner le caractère profondément érotique de sa poésie. A la manœuvre cette fois, les représentants de la Russie blanche (des éditions YMCA Press à l’hebdomadaire parisien La Pensée russe, sans oublier Soljenitsyne) qui l’accusent de blasphème, et orchestrent contre lui une véritable cabale allant jusqu’à faire pression sur les universités américaines afin qu’elles annulent les invitations adressées à l’éminent professeur de littérature russe.
C’est dans ce contexte qu’Andréï Siniavski entreprend la rédaction d’André-la-Poisse, le récit caustique et drôle des mésaventures d’un écrivain, anti-héros, qui ne provoque que des catastrophes autour de lui, au point d’être rejeté par sa propre mère. Le livre est dédié à Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, grand maître du fantastique vénéré par l’auteur qui prend le parti de nous faire rire et sourire de son personnage. Une parabole posant et exposant la parfaite inutilité de la figure de l’écrivain qui déçoit toujours, qui ne produit aucun bien ou service, qu’on ne comprend jamais ou alors toujours de travers. Sous la malice, et contre la bêtise, un seul et même enjeu universel : l’indépendance de l’écrivain et de l’artiste vis-à-vis de tout pouvoir, quel qu’il soit, l’autonomie de l’art sans laquelle il n’y a pas de liberté de la création.
ET :
Fabrice Balanche, géographe, enseignant-chercheur à l’université Lumière Lyon-II, spécialiste de la Syrie, du Liban et du Proche-Orient en général, dont l’expertise est internationalement reconnue .
2011-2021 : Dévastée par 10 ans de guerre, la Syrie semble avoir atteint désormais un niveau de conflictualité relativement bas, même si sur le terrain tout n’est pas réglé, ni figé, parfois simplement différé. Certaines zones peuvent rapidement s’embraser comme le plateau du Golan, le Nord-Est du pays, ou dans la région d’Idlib pour rouvrir l’axe routier Alep-Lattaquié. Sans oublier que la remise en question par l’Iran du monopole nucléaire d’Israël dans la région est source d’une vive tension internationale, qui, si elle dégénérait en guerre préventive, placerait la Syrie déjà située au centre de l’arc de crise, au cœur d’un champ de bataille aux enjeux régionaux et internationaux dépassant de beaucoup le contexte syrien.
Toutefois, force est de constater que le régime de Bachar al-Assad ne s’est effondré : ni en 2011, au tout début du soulèvement, ni en 2013 lorsqu’il ne contrôlait plus qu’un cinquième du territoire syrien et à peine la moitié de la population. On assiste en 2021 à un retournement complet de situation, le régime ayant reconquis les deux tiers du territoire (dont la totalité des 6 principales villes du pays) et 65% de sa population. La stratégie contre-insurrectionnelle mise en place pour vaincre les différents groupes rebelles, avec l’aide de ses alliés (l’Iran dès le début, la Russie à partir de 2015) a porté ses fruits. Mais à quel prix ?
Les frontières internationales de la Syrie n’ont certes pas été remises en cause, et aucune partition du pays n’a été entérinée par la communauté internationale, constate Fabrice Balanche. Pourtant, à regarder de plus près les différentes cartes du pays, avec l’œil d’un géographe et celui d’un expert en cartographie, il apparaît que la Syrie a perdu de fait le contrôle de la plupart de ses frontières externes. Ce qui pose légitimement la question de savoir ce qu’il reste de la souveraineté pleine et entière du pays, après la perte d’un tel attribut régalien.
L’espace aérien syrien est largement contrôlé par la Russie qui surveille aussi ses frontières maritimes. Quant aux frontières terrestres, les forces de Damas n’en contrôlent qu’un tiers, à cette réserve près que ce ne sont pas elles qui stationnent sur ces dyades-là, mais le Hezbollah ou les milices chiites irakiennes. C’est le cas de la frontière syro-libanaise et de celle syro-irakienne. Moins stratégique, la frontière avec la Jordanie sur laquelle l’armée syrienne est revenue en 2018, est néanmoins régie pas un accord supervisé par la Russie laissant une certaine autonomie aux forces rebelles bénéficiant ainsi de liens transfrontaliers. La frontière syro-turque échappe au contrôle de Damas, et la Turquie a érigé un mur tout le long de son tracé, afin d’empêcher les infiltrations du PKK et bloquer l’arrivée des réfugiés. Depuis l’offensive turque d’octobre 2019 et le retrait subséquent des Américains, la Russie a désormais pris le contrôle de l’ancienne zone de contact entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), l’armée turque et ses supplétifs de l’ANS (l’Armée nationale syrienne). Des patrouilles russo-turques supervisent l’effectivité du retrait des FDS de la zone frontalière. A Manbij, ce sont les forces russes qui ont pris le relai des forces américaines et françaises. Semalka/Fresh Kabour reste le seul poste-frontière entre le Rojava (zone kurde constituée des trois cantons de Qamishli, Afrin et Kobane, dont l’incursion turque au nord et à l’est syrien a empêché la réunion) et le Gouvernement régional du Kurdistan (GRK, au nord de l’Irak).
Fabrice Balanche souligne également que dix années de guerre ont exacerbé les frontières internes du pays et les discontinuités territoriales alaouites, sunnites, kurdes, mais aussi druzes (la région druze ayant aussi créé ses propres milices). En outre, les discontinuités se sont aussi démultipliées au sein des zones de mixité ethnique. De même, on observe des fractures durables au sein de villes comme Alep, Homs et Damas, conséquence des sièges et combats meurtriers qui s’y sont déroulés.
Loin de réduire le processus de fragmentation interne du pays, la présence de troupes russes, américaines, turques et iraniennes en Syrie contribue au contraire à le renforcer. Dans ces conditions, comment la reconstruction est-elle possible ? Comment bâtir ou rebâtir de solides infrastructures (réseau d’égouts, hôpitaux, écoles, conduites d’eau, réseau d’électricité) sur l’ensemble du territoire en l’absence d’un pouvoir étatique qui en contrôle toute l’étendue ? Damas n’est pas en mesure de peser sur la multiplicité des acteurs locaux jouissant sur le terrain d’une certaine autonomie et du soutien de puissances étrangères. La perte de contrôle des frontières externes et de zones entières à l’intérieur signifient pour le pays une perte considérable de ressources et de richesses. Par exemple : la Syrie, autrefois 4ème exportateur mondial de phosphate ne tire désormais plus le bénéfice de son exploitation à Palmyre et de sa commercialisation.
Quel avenir, dans ces conditions, pour la Syrie fragilisée par la perte de sa souveraineté sur ses frontières, entourée de murs ou de barrière de protection, frappée par la dévalorisation de sa monnaie? Un pays réparti en zones d’influence ? Un protectorat russo-iranien avec une zone de sécurité turque ?
Quel sort pour les populations civiles déplacées ou réfugiées au Liban, en Jordanie, en Turquie qui ne rentreront sans doute pas chez elles, par crainte de règlement de comptes, de représailles, de dénonciations calomnieuses et d’emprisonnement, et dont les biens, les maisons et les terres sont désormais entre d’autres mains, selon un processus classique de captation des richesses et d’ingénierie sociale ?
Duraid Lahham est un célèbre comique syrien n’ayant jamais ménagé ses critiques à l’égard du régime Assad père et fils, ni celles à l’encontre des régimes arabes en général. Il n’a jamais voulu s’exiler, et, après l’immense espoir qui a soulevé le pays en 2011, regarde aujourd’hui avec horreur l’effondrement de son pays.
Le chanteur et acteur égyptien chante une chanson écrite pour le film de Youssef Chahine intitulé «al Messir » (le destin), tourné en Syrie et au Liban, qui retrace au XIIème siècle la lutte des Lumières et de la tolérance contre l’intégrisme : Mohamed Mounir interprète le rôle d’un chanteur assassiné par des intégristes qui lui coupent les cordes vocales.
Alors qu’on commémore les 150 ans de la Commune, on peut établir un bref parallèle entre la Commune et la révolution sociale émergeant en Syrie en 2011. Toute révolution ne triomphe pas. En dix ans de conflit, les fractures communautaires prendront le dessus, déviant de sa route le mouvement pacifiste à ses débuts. L’incapacité de l’opposition démocratique de construire une alternative viable ouvre l’espace aux forces de Daesh, d’Al Qaïda et consort. Mais l’espoir ne meurt pas, il est mis en chantier.
Et :
Claire Julliard, journaliste littéraire et écrivain, auteure d’une biographie de Boris Vian et de romans pour la jeunesse, publie Little Louis aux éditions Le mot et le reste, un roman à la première personne, sur l’enfance à la Nouvelle Orléans de Louis Armstrong (1901-1971).
Louis Armstrong dont on commémore cette année le centième anniversaire de sa naissance, est né et a grandi à la Nouvelle-Orléans. Élevé jusqu’à l’âge de 5 ans par sa grand-mère Joséphine, une ancienne esclave, il l’appelle Maman. Sa mère, qu’il appelle Mayann, reprend alors l’enfant, car elle ne parvient pas à élever seule sa sœur plus jeune que lui, et subvenir aux besoins du foyer. Séparation douloureuse pour cet enfant cabossé par la vie, qui fait connaissance en une même journée de sa mère et de sa sœur, Mama Lucy, ainsi que de la ségrégation raciale, lorsqu’en prenant le tramway en larmes pour se rendre chez sa mère, il tente de s’asseoir à l’avant près du conducteur, dans la partie réservée aux Blancs.
Claire Julliard a puisé la matière principale de son roman dans les propres souvenirs de Louis Armstrong consignés dans Ma vie à la Nouvelle-Orléans. A 5 ans, voilà donc Little Louis devenu chef de famille, prenant soin de sa petite sœur, faisant les courses et multipliant les petits boulots, pieds nus, pour nourrir la famille qui connaît la faim. Le jour, il est charbonnier, livreur de journaux, laitier, balayeur de tombes. Le soir, il a son couvert chez les Karnofsky qui le prennent sous leur protection. Il les considérera jusqu’à la fin de sa vie comme « sa » famille juive. Ils l’aideront à acquérir son premier instrument de musique. A la tombée de la nuit, il est musicien des rues et chante, avec quelques copains, afin de récolter quelques pièces. Un soir de Nouvel An, le 31 décembre 1912, il tire en l’air avec un pistolet pour faire la fête, et se fait arrêter par la police. Il est envoyé dans une institution pénitentiaire pour enfants noirs abandonnés. Il y reste un certain temps, aucun Blanc n’ayant payé la caution pour qu’il en sorte au plus vite. Mais, il y apprend à jouer du cornet à piston, il intègre la fanfare de l’établissement, dirigée par Peter Davis qui a repéré son immense talent et dont il restera proche tout au long de sa vie. A sa sortie du Refuge, il retourne pelleter du charbon, le vendre à la criée en chantant ou jouant du cornet pour attirer le client. Devenu le père adoptif de Clarence, sur décision du conseil de famille, il veille en outre sur l’enfant de sa cousine décédée, et le fera jusqu’à la fin de ses jours. Le soir, il joue dans les bars, les bouges du quartier chaud de Storyville, fréquentés par les prostituées et les voyous, dans les « honky tonks » où s’invente le jazz à la Nouvelle-Orléans, sur fond de gospels, de blues et de musique de fanfare.
Son amour pour sa ville natale, l’enfant de la rue devenu un génie de la trompette le chantera haut et fort et n’hésitera jamais à dire ce que tous les musiciens du monde doivent à cette ville, qu’il quitte pour la première fois, à l’âge de 18 ans, quand Fate Marable le recrute dans son orchestre de jazz sur le Dixie Belle, un de ces « steamers » touristiques (ou bateaux à vapeur) qui remontent le Mississipi. C’est là qu’il troque son cornet à piston contre la trompette, un instrument qui n’était joué que dans les orchestres de luxe. A 20 ans, il quittera définitivement la Nouvelle-Orléans, pour Chicago d’abord, à l’appel de Joe King Oliver, et pour entamer ensuite une grande carrière internationale. Originaire comme lui de la Nouvelle-Orleans, King Oliver incarne la troisième bonne étoile de Little Louis qui l’admire depuis son plus jeune âge et dont il observait et mémorisait les gestes des doigts des mains et le souffle pour apprendre à jouer d’un instrument qu’il rêvait d’acquérir un jour. Avec sa musique, son cornet à piston, sa trompette, sa voix, sa foi en l’humanité, son énergie et sa joie de vivre, il cherchera à vaincre les barrières de la ségrégation, le racisme, l’exploitation de l’homme par l’homme.
Sophie Nauleau, écrivain et directrice artistique du Printemps des Poètes, publie Ce qu’il faut de désir chez Actes Sud.
Le Printemps des Poètes est une manifestation francophone, créée au siècle dernier, en 1999, afin de célébrer la poésie. Il se déroule chaque année en France et au Québec : programmé sur une semaine à ses débuts, désormais sur deux, il rythme, au fil du temps, la saison tout entière, voire davantage, tant son succès l’a durablement installé dans le paysage culturel. On l’attend comme les beaux jours.
Depuis qu’elle en a pris la direction artistique, il y a 4 ans, Sophie Nauleau lui attribue chaque année un thème comme un emblème, en suivant l’ordre alphabétique. Un mot, un substantif, lancé comme un défi. Comme il se doit, la lettre A ouvrit la marche : A comme Ardeur, puis vint le tour de B comme Beauté, C comme Courage. En 2021, pour sa 23ème édition (13 –29 mars) la lettre D est à l’honneur, D comme Désir. Force est de constater que ni le courage ni le désir n’ont manqué pour assurer le déroulement de cette manifestation culturelle que la crise sanitaire a contrainte à s’adapter dans l’urgence et se réinventer pour tenir bon et être au rendez-vous. Des milliers d’événements ont eu lieu et se dérouleront encore partout en France : 2500 sont recensés sur le site du Printemps des Poètes.
Poésie et Désir : vaste programme ! Libre à chacun de considérer ou non que la poésie, qu’elle soit festive, amoureuse, contemplative, mystique, courtoise ou romantique, lyrique ou épurée, est tout entière Désir. D’autres diront qu’elle est par excellence l’expression du Désir ou d’un désir ? Faut-il les délimiter, différencier respectivement ? Situer ? Entre la réalité et l’imagination ? Entre la vie et le songe, existe-t-il une troisième chose, qui doit être l’objet de notre désir, comme l’écrit Antonio Machado ? Quel est le rôle du désir dans la création poétique ? Mimésis ? Démesure ? Elan au-delà de nous-mêmes ? Si les mots avec leurs sonorités, leur rythme, leur rime et leur agencement peuvent nous bouleverser, nous émouvoir et bousculer l’ordre des choses, n’est-ce pas là le signe qu’il n’y a rien qui nous oblige à accepter le réel comme une nécessité ou une fatalité ?
Sophie Nauleau a également contribué par l’écriture à ce Printemps des Poètes en publiant Ce qu’il faut de désir, un récit relevant à la fois de l’essai et de l’autobiographie, nourri de poésie, de poètes et de poèmes, pétri de cette ferme conviction que le désir est au cœur de toute l’aventure poétique, du Moyen Age des Troubadours jusqu’à nos jours. Elle nous entraîne sur mille ans d’un continuum poétique, en tordant le cou au passage à quelques idées reçues. Dans cette invitation au voyage dans le temps et dans l’espace, elle nous fait (re)découvrir au gré de ses lectures, souvenirs et émotions, des figures poétiques oubliées, d’autres plus connues, d’ici et d’ailleurs. Louise Labé, Pernette du Guillet, Jean Meschinot, Charles d’Orléans, Marie de France, Philippe Desportes, Apollinaire, Mahmoud Darwich, etc.
Des femmes, des hommes, aimantés par le fil rouge du désir dans un désordre poétique, en toute liberté.
Et
Patrick de Saint-Exupéry, journaliste, lauréat du Prix Albert Londres et du Prix Bayeux des correspondants de guerre, cofondateur de la revue XXI dont il fut rédacteur en chef pendant dix ans, publie La Traversée. Une odyssée au cœur de l’Afrique, aux éditions Les Arènes.
Patrick de Saint-Exupéry, longtemps grand reporter au Figaro, était au Rwanda au début des années 1990, avant, pendant et après le génocide des Tutsi qui, d’avril à juin 1994, fit plus de 800 000 victimes. Témoin oculaire de ce crime contre l’humanité, imprescriptible et sanctionné par le droit international depuis l’entrée en vigueur de la Convention du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, il n’a cessé depuis 27 ans de s’interroger et d’interroger autour de lui, de se documenter sur ce crime inouï, commis à la fin du XXème siècle, et qualifié de « génocide sous sa forme la plus pure » par l’historien Raul Hilberg. Ses enquêtes et ses livres ont contribué à faire émerger comme incontournable et inéluctable, la question de la responsabilité de l’État français.
Ce dernier soutenait en effet alors politiquement, diplomatiquement, financièrement et militairement le régime Hutu qui a planifié, organisé et mis à exécution le projet d’extermination des Tutsi au Rwanda.
Pour mémoire, ce pays d’Afrique de l’Est n’a jamais été une colonie française et aucun accord de défense ne liait les deux pays.
Lors du dix-huitième sommet France-Afrique qui s’est tenu à Biarritz du 7 au 8 novembre 1994, en présence de Mobutu, le président François Mitterrand valide publiquement la doctrine officielle de l’Élysée, dénonçant comme une vision manichéenne de l’histoire la distinction entre victimes d’un côté et bourreaux de l’autre : si génocide il y a bien eu, duquel parle-t-on ? C’était à ne plus rien y comprendre.
La confusion et le doute jetés permirent au déni, au discours niant le génocide, de prospérer et se répandre. Sur la base d’un mensonge, la détention de la boîte noire de l’avion par un militaire français, on accusa d’abord les troupes du FPR de Paul Kagame d’être à l’origine du tir de missiles qui abattit l’avion présidentiel de Juvénal Habyarimana, attentat au lendemain duquel débuta l’extermination des Tutsi. Puis, surgit quelques années plus tard la théorie dite du double génocide : au génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda aurait succédé deux ans plus tard celui des Hutu en République démocratique du Congo ( appelée le Zaïre à l’époque). Subtile, perverse, elle ne nie pas le génocide de 1994, mais le relativise par ce qui se serait produit en 1996. Le poison du déni continue d’être savamment distillé.
Car de quoi parle-t-on en voulant créer un effet de miroir entre 1994 et 1996, deux dates qu’on tente de rapprocher au forceps en les mettant sur le même plan, suggérant ainsi une ressemblance et des rapports de même nature ? De génocide ? de guerre ? de violences interethniques ? Que s’est-il vraiment passé en 1996 ?
Patrick de Saint-Exupéry décide de se lancer dans une enquête de terrain qui le conduit dans un long périple qui part de Kigali, capitale du Rwanda, à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, en traversant l’immense forêt équatoriale congolaise. Il fait son travail de journaliste. Car si la théorie du double génocide bénéficie de relais importants en France, en Europe et en Afrique, personne avant lui ne s’est donné la peine d’aller enquêter de l’autre côté de la frontière rwandaise. Il voyage à pied, à dos de motocyclette, en bateau sur le fleuve Congo.
Il se rend à Goma, Kivu, Walikale, Tingi Tingi, Kisangani, le couloir de la mort, Mbandaka. Il cherche la vérité. Il interroge des témoins et les cite. Dans son sac à dos, le rapport Mapping sur le Congo publié en 2010 par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, et consacré aux atteintes aux droits de l’homme dans le pays entre 1993 et 2003. Seul un quart des événements recensés dans ce rapport concerne la période sur laquelle se concentrent les recherches de Patrick de Saint-Exupéry, mais il est capital pour plusieurs raisons. Il est brandi depuis sa parution comme une pièce à conviction majeure dans le dispositif des théoriciens du double génocide.
Or, les noms des auteurs du rapport ne sont pas cités, les auteurs des témoignages mentionnés pas davantage. Difficile de vérifier les sources dans ces conditions. En outre, l’écriture elle-même du rapport est biaisée. Elle parle de la guerre qui oppose au Zaïre les rebelles congolais de Kabila, soutenus par les troupes rwandaises de Kigali, aux troupes de Mobutu qui sont quant à elles soutenues par les responsables politiques, militaires, miliciens Hutus qui contrôlent une zone du territoire zaïrois, depuis leur fuite du Rwanda, en juillet 1994. Les auteurs du rapport Mapping parle de cette guerre en la décrivant non pas comme une guerre (avec ses violences, ses horreurs, ses massacres, ses crimes de guerre) mais comme un génocide : « Waterloo avec les mots d’Auschwitz ». La rédaction du rapport ne pose-t-elle pas problème ? N’oriente-t-elle pas la lecture des événements ? Quelle est la pertinence de l’analyse ? Et la formulation d’une hypothèse dispense-t-elle de tout processus de validation ?
Dans les camps installés à la frontière du Rwanda depuis la mi-juillet 1994, où les responsables politiques et militaires du régime hutu génocidaire ont emmené avec eux armes et richesses du pays, ainsi que deux millions de personnes, s’est construit en deux ans un « Hutuland », un État dans un État au sein du Zaïre (RDC). Sur ordre, les criminels génocidaires ne sont pas arrêtés durant l’opération Turquoise, mais bénéficient de la protection et assistance de Mobutu à la tête depuis 30 ans d’un État désormais failli.
Dans ces camps où responsables génocidaires et civils bénéficient tous au même titre du statut de réfugiés, où afflue l’aide humanitaire internationale, tandis que le véto français empêche tout versement d’une aide à la reconstruction au Rwanda, dans ces camps où les épidémies font de nombreuses victimes, la haine des Tutsi est entretenue dans un climat de violence et de revanche paroxystique, propageant alentour « le goût de tuer », diront des témoins congolais de cette époque. En 1996, ces camps qui échappent au contrôle des ONG, sont démantelés et les réfugiés invités à rentrer au Rwanda. 700 000 d’entre eux le feront. Un noyau dur refusera de le faire et prendra la responsabilité de conduire sous son commandement 200 000 personnes, armées pour la plupart, qui s’enfonceront dans la forêt congolaise dans des conditions extrêmement difficiles. Ils mourront pour beaucoup de faim et d’épuisement.
C’est bien une guerre qui opposa les troupes de Mobutu et ses alliés Hutu aux rebelles congolais qui prendront le pouvoir à Kinshasa, en empêchant, avec leurs alliés de Kigali, les camps de réfugiés du « Hutuland » de servir de base arrière. Une guerre qui s’est accompagnée de violents combats, mais aussi de massacres. Il y a eu des crimes de guerre. Cela n’est cependant pas un génocide. Aucune équivalence ne peut être posée entre les deux termes. Un crime de guerre n’est pas un crime contre l’humanité, lequel se définit d’abord par son intention d’exterminer totalement un groupe d’individus en raison précisément de l’appartenance de ces derniers à ce groupe ciblé en tant que tel en raison de son ethnie, sa religion, etc. Il n’y a jamais eu d’intention d’exterminer les Hutu en 1996, pas de projet génocidaire à leur encontre. Kigali demandait leur retour et lançait un programme de réconciliation nationale et de lutte contre l’idéologie génocidaire.
A l’heure où les démocraties s’inquiètent des fake news, de la désinformation à l’ère du numérique, du succès des théories du complot, de ladite post-vérité ou vérité alternative, on aurait sans doute beaucoup à apprendre en étudiant davantage comment se met en place et fonctionne la mécanique du discours négationniste, consubstantiel à tout projet génocidaire, lequel comprend la fabrication d’un discours visant à le nier.
ET :
Entré en 2011 dans les commandos marine, Louis Saillans devient chef de groupe, cinq ans plus tard. Durant les dix dernières années, il a participé à des opérations militaires en Afrique et au Moyen-Orient visant à libérer des otages, capturer des responsables djihadistes ou neutraliser des cibles dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Grâce à des notes prises au cours de ses missions et des documents d’archives auxquels il a eu accès, il dévoile la réalité des missions des forces spéciales. Il existe peu de témoignages et d’écrits sur ce sujet en France. Il nous décrit la vie des soldats de l’ombre partis en mission loin de la France, durant des semaines ou des mois, dont on sait si peu de choses qu’on pourrait presque les oublier ou bien ne plus se rappeler ni quand ni pourquoi ils ont été envoyés à l’étranger, par décision politique. Les médias ne parlent que de certaines de leurs opérations, au cours desquelles il arrive parfois que certains membres des forces spéciales trouvent la mort au combat, sur le terrain.
Qu’est-ce qu’un chef de guerre ? Comment devient-on commando marine ? Qu’est-ce qu’un stage commando ? Louis Saillans nous plonge dans le quotidien peu ordinaire des hommes de son groupe dont il est devenu le chef, et la fraternité d’armes qu’il partagent entre eux. En ne disant que le strict nécessaire, sans mettre en danger qui que ce soit ou quoi que ce soit, sans révéler les véritables identités, sauf celles des morts, en floutant les visages et caviardant volontairement certains détails. Il revient sur la formation et la préparation physique et mentale qu’ils reçoivent, afin d’être en mesure, autant que possible, de faire face à des conditions extrêmes. Sans perdre la faculté de juger, la fibre humaine, la voix de la conscience.
C’est cependant par un adieu aux armes que s’achève ce témoignage exceptionnel. Celui qui n’a cessé d’observer le théâtre opérationnel depuis dix ans, de le confronter aux enjeux locaux, globaux, internationaux, avec les réponses qu’apportent ou tentent d’apporter les autorités politiques en France, s’interroge sur les raisons pour lesquelles on ne parvient pas, on ne peut pas gagner la guerre, sans la perdre complètement non plus, dès lors qu’il s’agit de lutter non seulement contre le terrorisme mais contre tout ce qui l’alimente, le fait proliférer et prospérer : les trafics en tous genres (drogue, êtres humains, armes, etc.), la corruption qui gangrène les États faibles des régions concernées, ou leur prétendu centralisme qui masque mal la confiscation des richesses et des ressources du pays au profit de quelques-uns et au détriment des autres, au profit d’un groupe ou d’une ethnie au détriment des autres. Il n’est pas le seul à appeler notre attention sur la nécessité de prendre à bras le corps cette dimension de la question et de cesser de croire ou faire croire que face à de tels enjeux stratégiques de paix et de sécurité internationales, la réponse puisse être uniquement militaire.
Louis Saillans pense qu’il est urgent de combattre sur le terrain des idées face à de tels enjeux. Il entend s’y consacrer désormais, en s’intéressant notamment à la jeunesse.
Pourquoi un très jeune berger d’une région désertique rejoint-il un groupe djihadiste ? Pourquoi ici ou là un jeune est-il tenté d’en faire autant ou attiré par le terrorisme ? La recherche des racines des maux conduit à l’inéluctable question des responsabilités partagées quant à l’état du monde que nous laissons aux jeunes générations. Mas il faut aussi agir et proposer. Quelles fenêtres d’ouverture existe-t-il pour les jeunes face à la crise d’un monde qui semble à bout de souffle, ne proposant d’autre idéal que celui de la consommation, qui réduisant la valeur de l’individu à son pouvoir d’achat ? Comment les aider à se projeter dans l’avenir ? Quelles perspectives dégager face à la sinistrose, l’horizon plombé, la relativisation de toutes choses, le désenchantement généralisé ? Comment aider chaque jeune à trouver les ressources infinies et insoupçonnées en soi, la valeur inaliénable de sa vie, son potentiel, son aptitude à tracer sa route et forger son destin ?
Coraline Aim, journaliste indépendante, spécialisée en culture contemporaine chinoise et sinophone, a découvert le milieu underground pékinois en 2006. Elle est l’auteure de Red Flag, une histoire du rock chinois, paru aux éditions Le mot et le reste en 2018. Dans ce livre tiré d’une centaine de rencontres et interviews d’acteurs et d’actrices de la scène musicale indépendante, réalisées à Pékin et dans d’autres grandes villes chinoises, elle relate l’histoire du rock en Chine.
Après la mort de Mao Zedong, le 9 septembre 1976, et le lancement de la réforme économique dite des Quatre modernisations par Deng Xiaoping, en 1978, les frontières de la Chine restées longtemps infranchissables s’ouvrent progressivement au monde. Jusqu’alors, et pendant près de trois décennies, rien ni personne n’est pour ainsi dire sorti de Chine ou entré. Ni musique, ni art, ni technologie, ni mode, etc. En outre, la Révolution culturelle, à partir de 1966, s’attaque à ce qu’elle dénonce comme les Quatre vieilleries (les vieilles idées, les vieilles coutumes, les vieilles habitudes et la vieille culture), et accentue violemment la césure instaurée après la Révolution de 1949 et la création de la République populaire de Chine (RPC): les jeunes générations sont privées de liens directs ou indirects avec la riche tradition culturelle et longue histoire du pays. A titre d’exemple, les seuls opéras autorisés et les seuls chants diffusés à la radio sont à la gloire des héros de la Révolution chinoise. L’arrivée de la musique pop, en provenance de Hong Kong ou Taïwan, signifie entendre pour la première des mélodies douces et suaves où il est question d’amour, et de rien d’autre.
Coraline Aim nous fait découvrir comment l’émergence de musiques alternatives a contribué à la création d’une scène indépendante chinoise. Comment l’essor du rock chinois installe durablement une contre-culture, en marge de la globalisation et mondialisation du R’n’B américain ou de la musique électro occidentale diffusée aujourd’hui dans les bars et les discothèques de Chine ? Elle souligne que l’histoire du rock chinois est indissociablement liée à l’histoire de la Chine des années 1980 à nos jours. C’est une histoire en accéléré mettant en scène un nombre limité de protagonistes parvenus néanmoins, en trois décennies, à pérenniser l’aventure du rock chinois, jusqu’à en faire un style à part entière.
Le rock apparaît pour la première fois en Chine en 1979 et il suit une évolution rapide vers le hard, le heavy metal, puis le punk, le rock indé, le rock psychédélique et toutes sortes de musiques expérimentales. S’il reste un phénomène marginal, jugé décadent par les autorités officielles, son public s’élargit. Et il se développe en rythmant les temps forts de l’histoire contemporaine du pays. Il est au rendez-vous en 1989, lors de la contestation étudiante, place Tiananmen, demandant des réformes politiques (la « 5ème modernisation », celle qui n’était pas inscrite au programme). Le hard rock et le metal naissent à la suite de la répression sanglante du 4 juin 1989, comme un acte de rébellion, en signe de rupture avec le régime. Avec la génération de l’enfant unique et l’avènement de la société de consommation, il devient moins contestataire et davantage une posture : 1989 reste un tabou et il faut contourner la censure. Il profite de l’occasion des Jeux asiatiques de l’automne 1990 pour rebondir, comme du développement d’internet en 1997, de l’entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2000 et de la désignation de la capitale chinoise pour organiser les Jeux olympiques en 2008, de l’exposition universelle de Shangaï en 2010, etc. Au fil du temps, des labels comme Maybe Mars, des salles de concert comme D-22, des disquaires, des studios d’enregistrement, des festivals comme Modern Sky, des plateformes de streaming font leur apparition et, tout en créant un marché, améliorent considérablement les conditions de la création instrumentale et de sa production, malgré les pressions politiques sur tout ce qui n’est pas culture mainstream. Tout passe par le Bureau de la censure et il faut déployer un talent pour la contourner ou bien s’autocensurer. Après avoir exprimé sa part d’idéalisme et de rêves, le rock chinois exprime désormais davantage un certain désenchantement. D’ouvertement contestataire, il s’est transformé en posture et mode de vie. Moins politisé, il dit le mal-être d’une jeunesse urbanisée et les difficultés du passage à l’âge adulte dans un monde en constante mutation. Chemin faisant, il a forgé sa propre identité, ce timbre particulier et cette sonorité singulière qui l’émancipent de ses emprunts d’origine à la pop occidentale ; et il reste l’un des éléments moteurs d’une culture non mainstream (ou contre-culture), qui ne se limite plus à Pékin, mais s’étend aux autres métropoles chinoises.
Grand nom de la pop taïwanaise et hongkongaise, Teresa Teng « à la voix de velours » contribue à la diffusion massive de la musique gangtai : « La lune représente mon cœur » est la première chanson gangtai populaire sur le territoire chinois.
La première introduction de la musique occidentale en Chine.
L’ère Heavy metal et Hard rock post-répression de Tiananmen. Le chanteur Ding Wu renoue avec les techniques vocales de l’opéra chinois, des textes poétiques emblématiques de la culture chinoise et des éléments folkloriques.
L’ère punk et la génération de l’enfant unique.
Un groupe de féministes aux textes trashy et politiquement engagés dans le paysage du rock pékinois. Elles chantent en anglais.
Le groupe occupe une place fondamentale dans l’évolution du rock, une référence pour les nouvelles générations. Leurs chansons évoquent les désillusions de la jeunesse urbaine.
L’âge d’or du rock indé en Chine, avant les JO. Le trio Carsick cars, à la sonorité no-wave, devient avec son album homonyme, Carsick cars, la grande référence du rock chinois et le morceau « Zhongnanhai », est l’un des titres les plus emblématiques de l’album, avec son double sens qui lui fait désigner le siège du gouvernement et une marque de cigarettes.
Représentant de la scène punk, le groupe puisant dans le street punk et le métal des années 1980, s’oppose à l’image que la Chine veut donner d’elle l’année où elle organise les JO. Paysage sonore apocalyptique, comme la jaquette de l’album Bastards of the Nation, représentant l’immeuble abritant le siège de la télévision, partiellement détruit. Le dernier morceau du disque, Voice of the People, est interprété en acoustique.
L’ère post JO. Héritier de P. K. 14 et Carsick Cars, Birdstriking utilise des drones qui poussent les sons post-punk vers un style noise et psychédélique. Le titre original de « Colored heart » était en réalité « Ton cœur devrait être de toutes les couleurs et pas seulement rouge », il a été modifié.
Chui Wan utilise dans ce deuxième album, au style très épuré, des instruments traditionnels pour en extraire des sons, en faire des samples, créer des boucles et en faire une improvisation sur du rock psychédélique, voire expérimental.
L’émergence d’une forte culture hip-hop depuis 2016. Le rap est banni des médias officiels et le rappeur GAI a disparu des écrans après un passage en télévision en 2018.
François Bougon, journaliste, ancien correspondant de l’AFP en Chine et du journal Le Monde en Asie, est aujourd’hui responsable du service étranger de Mediapart. Sinophone, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la Chine et signe, avec Hong Kong, l’insoumise. De la perle de l’Orient à l’emprise chinoise (éditions Tallandier, 2020), l’un des rares livres en français sur le sujet.
Le 1er juillet 1997, Hong Kong est rétrocédée à la Chine et les Britanniques quittent le port parfumé dans lequel ils étaient arrivés 156 ans auparavant à bord de canonnières. C’est la fin de la politique du statu quo qui avait permis à la Grande-Bretagne de conserver ce territoire au lendemain de la Seconde guerre mondiale, en pleine période de décolonisation. Le règlement de la question de Hong Kong n’était pas alors la priorité de la Chine communiste, préoccupée avant tout par la question de la survie de sa révolution et celle de sa consolidation, ainsi que plus tard par le développement de sa puissance économique et géopolitique, avec l’ouverture progressive du pays dans les années 1970.
Pour autant, le règlement de la question est simplement différé, la souveraineté chinoise sur Hong Kong étant non négociable pour Pékin.
La fin du bail emphytéotique de 99 ans, imposé à la Chine sur les Nouveaux territoires – après le traité de Nankin par lequel l’Empire victorien prenait possession de l’île de Hong Kong et la seconde guerre de l’opium qui lui permettait de conquérir la péninsule de Kowloon – le met à l’ordre du jour. Après deux ans de négociations, la Première ministre britannique Margaret Thatcher et le Premier ministre chinois Zhao Ziyang signent, en 1984, une Déclaration commune, ratifiée l’année suivante, garantissant jusqu’en 2047, un statut particulier à l’ancienne colonie britannique, résumé sous la formule : « un pays, deux systèmes ».
L’humiliation des traités inégaux imposés à la Chine impériale au XIXème siècle, que la République chinoise n’a jamais reconnus, et dont Hong Kong était l’emblème, est lavée. Pékin retrouve la souveraineté sur ce territoire chinois. Hong Kong rentre dans le giron de la mère-patrie.
Comment comprendre ce qui se passe aujourd’hui à Hong Kong ? Une jeunesse, née après la rétrocession du territoire à la Chine et qui n’a par conséquent jamais connu la colonisation britannique, se rebelle contre l’emprise croissante de Pékin qu’elle dénonce comme une nouvelle puissance coloniale, alors que Pékin se considère comme l’héritière des luttes anticolonialistes ! François Bougon nous invite à déconstruire mythes et clichés sur Hong Kong en nous plongeant dans l’histoire complexe de ce territoire et notamment sur l’identité particulière de ses habitants qui ont vécu un siècle et demi sous tutelle occidentale. Car, Hong Kong n’a jamais été la terre vierge évoquée par le récit colonial : la perle de l’Orient de l’Empire victorien, était déjà peuplée avant l’arrivée des Britanniques par des pêcheurs, agriculteurs et pirates, des Tankas, des Punti, des Hakkas et des Hoklo, et elle fut tout au long de son histoire, une terre d’accueil pour les Chinois du continent fuyant la faim et la misère, un refuge pour les opposants de tous les temps, un lieu d’exil. Elle fut aussi un lieu de confrontation et de tension, un centre de mobilisation politique et sociale, un lieu de réflexion intellectuelle où s’élaborait l’avenir de la Chine, le berceau du mouvement nationaliste qui renversa l’Empire Qing en 1911, et le lieu d’émergence, de transit ou de formation des révolutionnaires communistes, qui changèrent le destin de la Chine au XXème siècle. Hong Kong, acteur et spectateur de ce qui se passe en Chine continentale. Hong Kong, l’insoumise, s’opposa à l’occupant britannique, voire à l’expansion française en Indochine, et ce depuis la seconde moitié du XIXème siècle et durant le XXème siècle, organisant des grèves portuaires, des grèves générales, le boycott des produits britanniques sur place et sur le continent, des attentats. Conflits sociaux des années 1920, pour dénoncer les conditions de travail. Emeutes et attentats dans les années soixante, la révolution culturelle s’invitant à Hong Kong et divisant la population locale chinoise.
À quelle époque débute la prise de distance d’une partie des Hongkongais vis-à-vis de la Chine ? Dès les évènements de 1966-1967, où les répercussions de la révolution culturelle auraient durablement effrayé et détourné de la Chine continentale une partie de la population de Hong Kong ? Après la répression sanglante du mouvement étudiant, le 4 juin 1989, place Tiananmen à Pékin, commémoré chaque année à Hong Kong par l’organisation d’une veillée au Parc Victoria ? Après la rétrocession de 1997 et l’attente inquiète qui s’installe ? Avec la manifestation du 1er juillet 2003, lorsqu’un demi-million de personnes s’opposent au projet de loi sur la sécurité nationale ? En tout cas, le mouvement des Parapluies occupant plusieurs quartiers de Hong Kong de septembre à décembre 2014 (durant 79 jours), qui réclame un véritable suffrage universel, jamais instauré du temps des Britanniques, mais qui devait l’être durant la période de transition, s’inscrit dans cette tradition de mobilisations civiles. Il en va de même pour les grandes manifestations de l’été 2019 contre un projet d’extradition vers la Chine présentée par la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam.
Comment réagit ou réagira l’establishment local qui a dans l’histoire de ce territoire, chaque fois, pris parti pour le plus fort, qu’il soit britannique, japonais ou chinois ?
Que recouvre la revendication d’une identité hongkongaise distincte ?
Comment le fait qu’on parle cantonnais à Hong Kong et mandarin en Chine continentale, s’ajoutant à l’existence d’un cinéma hongkongais dont Bruce Lee est une icône, de la canto-pop, de l’esprit du « rocher au lion » symbolisant la fierté d’avoir fait de Hong Kong une métropole financière de premier rang, sont autant d’éléments constitutifs d’une certaine culture et modalités d’existence ?
Comment des référents identitaires multiples coexistent-ils ?
Comment le discours officiel accordant une place centrale aux Hans, contribue à l’exclusion des différences dont toute expression est réprimée au Tibet et au Xinjiang ?
Toutes proportions gardées, cette grille de lecture est-elle, oui ou non, pertinente pour Hong Kong ?
Sur un territoire qui n’a jamais été une démocratie du temps des Britanniques, des individus et des organisations se battant pour conserver des droits et libertés dont ils jouissaient, et pour en obtenir davantage, font aujourd’hui l’objet de répression (intimidations, emprisonnements, condamnations, perte d’emploi, etc.). La pandémie met un frein à la mobilisation de la rue et renforce la lutte de l’exécutif local contre ses opposants. Hong Kong peut-il néanmoins gâcher le centenaire du Parti communiste chinois, le 1er juillet 2021 ? Cette crainte conduira-t-elle Xi Jinping, qui n’a oublié ni la pérestroïka de Gorbatchev ni la chute de l’Union soviétique, à rechercher activement une sortie de crise et laquelle ? Que peut d’autre part gagner ou perdre ce territoire de 7 millions d’habitants dans la rivalité sino-américaine pour la place de première puissance mondiale ? Hong Kong, n’est-ce qu’un pion au XXIème siècle, après avoir été le lieu du rapprochement sino-américain au XXème siècle ? Quelle force du point de vue du droit international revêt la Déclaration sino-britannique de 1984, attribuant à Hong Kong un haut degré d’autonomie jusqu’en 2047, dans une période de grand désordre international qui n’épargne ni les normes juridiques ni leur universalité ?
Musicien professionnel, conférencier, chroniqueur pour Soul Bag et New Morning Radio, Belkacem Meziane est l’auteur notamment de Night Fever, 100 hits qui ont fait le disco, paru aux éditions Le mot et le reste, en 2020.
Le 14 février 1970, jour de la Saint-Valentin, le célèbre DJ David Mancuso inaugure officiellement son club new-yorkais, The Loft, en organisant la soirée Love saves The Day.
Un club ouvert d’emblée à tous, contrairement aux clubs sélects de la jet-set. Au Loft, on vient écouter et danser sur une musique rare, de qualité et qu’on entend nulle part ailleurs, proposée par cet ancien hippie, véritable créateur de tendances musicales, et chez qui tous les autres DJs importants du disco vont se former.
Belkacem Meziane souligne que la soirée du 14 février 1970 au Loft est considérée comme le point de départ important du phénomène disco dont l’amour devient vite le mot d’ordre. Et pour bien comprendre l’influence considérable des DJs de discothèques dans la constitution d’un répertoire disco originel, il cite l’exemple de David Mancuso passant « Soul Makossa » de Manu Dibango au Loft et enflammant aussitôt la piste de danse : le DJ est le seul à connaître ce titre qu’il a trouvé chez un disquaire de Brooklyn spécialisé dans les musiques afro-caribéennes ; aucune radio ne possède encore un exemplaire du disque.
C’est ainsi que beaucoup de titres qualifiés de pré-disco doivent leur succès à des DJs de discothèques qui furent de vrais pionniers dans la fabuleuse histoire du disco. Une musique qui puise ses racines dans un héritage soul funk gospel primordial, qui se développe ensuite en se confrontant à diverses sensibilités, jusqu’à devenir un style à part entière dont l’âge d’or se situe entre 1974 et 1979.
New York, 1974. Les communautés gay, noire et latine se côtoient et se mélangent sur les dancefloors des nouveaux temples de la nuit appelés « discothèques », lieux de libération sexuelle et des paradis artificiels, où les DJs font danser, chaque week-end, sur de la soul, du funk ou des raretés afros et latines, une foule venue oublier les tourments d’une époque en pleine crise économique et existentielle.
Chocs pétroliers de 1973 et 1979, fin des Trente Glorieuses (1945-1975), crise économique et sociale, publication des Pentagon Papers (1971) par le New-York Times et le Washington Post, scandale du Watergate (1972-1974), fin de la guerre du Vietnam (1955/1965-1975) de plus en plus contestée par l’opinion publique, y compris par certains de ses vétérans, séquelles de la guerre, etc. Une époque qui n’en a pas encore fini avec la ségrégation raciale et les discriminations, la pauvreté qui n’a jamais quitté certains quartiers. Une époque où l’homosexualité ne peut s’afficher publiquement. Une époque qui devient aussi plus individualiste, où l’on danse pour chasser le spleen, pour rêver, le week-end, d’une ascension sociale qui vous est refusée dans la semaine, pour briser le plafond de verre (une expression qui apparaît aux États-Unis à la fin des années 70), pour se libérer du carcan social, pour s’affirmer et pour exprimer son goût de vivre, l’affirmation de soi et le désir d’une autre vie, l’appétence pour un autre monde.
Belkacem Meziane nous invite à redécouvrir dix autres titres emblématiques de l’aventure du disco, qui reste encore aujourd’hui l’essence profonde de ce qu’on appelle la dance music.
ET
Michel GOYA, historien, ancien colonel des troupes de marine, spécialiste de la guerre moderne, de l’innovation militaire et du comportement au combat, a enseigné à Sciences-Po et l’École pratique des hautes études (EPHE), en parallèle de sa carrière opérationnelle.
Auteur de nombreux ouvrages dont Sous le feu. La mort comme hypothèse de travail, paru chez Tallandier en 2015, il tient également un blog consacré aux questions stratégiques, intitulé La voie de l’épée.
Michel Goya analyse dans cette émission ce qu’est le comportement au combat et la vie près de la mort. Son regard n’est pas celui d’un médecin ou d’un universitaire. C’est celui d’un professionnel, dont l’approche est à la fois empathique et scientifique. Que se passe-t-il quand on entre dans une bulle de violence ? Quelles lois régissent ce monde à part et effrayant dont on peut sortir ou pas vivant, dont on peut sortir grièvement blessé, « dont on sort épuisé, brisé ou exalté, mais toujours transformé » ?
Qu’est-ce que la peur fait à l’être ? La peur de tuer ou celle d’être tué. Comment réduit-elle l’initiative, les capacités physiques et intellectuelles ? Comment la peur elle-même met en danger, paralyse ? Comment au contraire rend-elle inconscient du danger ? Comment et pourquoi, dans le feu de l’action et sous pression extrême, un groupe se répartit entre acteurs (minoritaires) et figurants (majoritaires).
Comment des hommes et des femmes ordinaires (en CDD, par exemple, en couple ou non, avec ou sans enfants) parviennent à faire des choses qui sortent de l’ordinaire ? Parmi ces choses extraordinaires, on pense aux actes héroïques, qui forcent le destin et renversent parfois la donne sur le terrain, à la cohésion du groupe, au camarade que l’on va sauver au péril de sa vie, aux civils épargnés et protégés, mais il convient de ne pas oublier d’emblée que tuer ne va pas de soi. Comment s’adapte-t-on (ou pas) à la guerre, individuellement et collectivement ? Comment se prépare-t-on au combat, à l’épreuve du feu, en essayant de se mettre en condition le plus possible, sans y parvenir totalement ? Car sur le théâtre opérationnel, il n’y a pas de répétition générale. Et la première est déjà un baptême du feu auquel la préparation physique et mentale s’avère une ressource suffisante ou insuffisante.
L’analyse du comportement au combat ne concerne ni la description des batailles ni le stress post-traumatique. Michel Goya précise qu’elle s’inscrit dans une tradition initiée, il y a plus de cent quarante ans, par Charles Ardant Du Picq dont les travaux furent prolongés avant et après la Première Guerre mondiale par une riche école française de pensée militaire qui s’éclipse après la déroute de l’armée française en 1940 et le traumatisme de la guerre d’Algérie. L’étude du comportement au combat devient alors un monopole anglo-saxon, que la France délaisse durant la guerre froide, où la dissuasion nucléaire occupe davantage les esprits que le combat. La fin de la Guerre froide, le retour de conflits armés, principalement asymétriques désormais, l’envoi de militaires français en opérations extérieures, les pertes humaines (plus de 3000 soldats), en refont aujourd’hui une préoccupation centrale.
Comment la formation au combat s’attache à mettre en confiance les équipes, et chacun(e) de ses membres, afin de ne pas subir les évènements. Comment se construit dans la durée la cohésion du groupe et comment un turn over trop important le déstabilise ? Comment s’organise la rotation des équipes, chacune ne pouvant supporter qu’une certaine quantité de terreur et de stress, sur une durée limitée ? Comment éviter la perte des compétences ? Quel rôle joue le soutien ou l’absence de soutien de l’arrière dans les conditions de travail (gestion RH, logiciel de paye en état de marche, contexte budgétaire de réduction des moyens et des effectifs, information et soutien de l’opinion, etc.) ?
Que se passe-t-il quand les verrous sautent ? Le cas paradigmatique du scandale d’Abou Ghraib. Des militaires de l’armée américaine et des agents de la CIA ont été accusés de violation des droits de l’homme à l’encontre de prisonniers, entre 2003 et 2004, lors de la guerre d’Irak, dans la prison d’Abou Ghraib. Amnesty International fut la première ONG à alerter sur les tortures physiques et mentales, les abus sexuels subis par ces prisonniers violés, sodomisés, exécutés. Michel Goya analyse : des réservistes envoyés en Irak, dont le temps de service est prolongé et qui se retrouvent affectés à Abou Ghraib. Quelle formation ces individus transformés en gardien de prison ont-ils reçu pour les empêcher de commettre de tels actes ? Leur a-t-on expliqué leur mission et leur changement de mission ? Quelle représentation ont-ils ou leur a-t-on inculqué de l’ennemi ? Si on leur a dit et répété qu’ils faisaient la guerre à des terroristes, des monstres, des psychopathes, si on a criminalisé l’ennemi au point de sembler justifier le racisme anti-musulman et anti-arabe, faut-il s’étonner ensuite qu’ils l’humilient et veuillent l’anéantir ? Ce faisant, on a oublié l’essentiel, ou oublié de le leur enseigner, que la guerre dans l’hypothèse où elle ne peut être évitée, doit contribuer à amener l’adversaire à négocier !
Michel Goya insiste par contraste sur la formation déontologique assurée en France et souvent enviée par d’autres Etats. Reste que l’échec d’un seul individu rejaillit sur tous et qu’une exaction commise par un seul soldat est in fine un échec et une faute du commandement.
Et
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Dans un monde incertain et précaire, en manque de repères clairs, il devient difficile de s’orienter dans la pensée et d’agir en…