Les coulisses du pouvoir : l'édito politique

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    L'édito politique
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  • Un futur gouvernement d’austérité ?
    Le prochain gouvernement sera-t-il celui du retour de l’austérité ? C’est la crainte de la gauche après l’accord européen autour des règles budgétaires européennes. À droite on se réjouit, pourtant.
    Une campagne pour rien ?
    Et si cette campagne ne servait à rien ? Et si toutes ces belles promesses de gauche de revaloriser le salaire minimum à 2800 euros ou ces belles promesses de droite d’une réforme fiscale améliorant les salaires nets de 400 euros par mois volaient à la poubelle ? À bien lire l’accord intervenu entre le Conseil européen et le Parlement, l’avenir budgétaire de la Belgique est tout tracé. L’idée est de mettre fin à la parenthèse qui a permis aux pays d’ouvrir leur bourse durant le covid et la crise de l’énergie et de revenir, avec quelques aménagements pour des investissements en matière de transition ou de défense, aux sacro-saintes règles de Maastricht. 3% de déficit annuel et 60% d’endettement. La Belgique fait partie des pays européens les plus touchés par ces règles, elle caracole à 106% de dette publique, et un déficit de près de 5%. À la grosse louche, un ou deux milliards près, s’annoncent 27 milliards d’euros d’économie sous la prochaine législature, 4 milliards d’euros d’efforts par an. Soit beaucoup, beaucoup plus que ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement De Croo se targue de 11 milliards d’assainissements en 5 ans.
    Dépenses ou recettes ?
    La rigueur sera donc de mise pour le prochain gouvernement ? Quoi qu’il arrive ? C’est l’interprétation d’Alexia Bertrand, dans Le Soir, la secrétaire d’État au budget Open Vld, appelle à se concentrer sur la réduction des dépenses. Elle pousse pour des réformes du marché du travail et de la fiscalité pour réaliser des économies. À gauche, PS, Ecolo, PTB évoquent déjà le retour de l’austérité et s’y opposent au Parlement européen. PS et Ecolo oublient un peu vite que ces règles ont été négociées sous la présidence belge de l’Union européenne et bénéficient de l’appui du gouvernement belge, dans lequel ils figurent. Mais, PS et Ecolo appellent à plutôt réaliser des efforts en recettes, par exemple par un impôt sur la fortune qui pourrait rapporter 5 milliards d’euros par an. La question n’est pas de savoir si la Belgique va devoir fournir des efforts pour revenir dans les lignes européennes, mais de savoir comment répartir cet effort. De quoi rendre la campagne beaucoup moins sexy, il faut bien l’avouer. Et de quoi rendre la formation du gouvernement beaucoup plus difficile. Le professeur Herman Matthijs, professeur de finances publiques à l’Université de Gand, évoque une bombe nucléaire pour la formation du prochain gouvernement.
    Coucou hibou ?
    Si la formation du gouvernement joue les prolongations, cela va poser problème. Mais aussi forcer la solution. C’est contre-intuitif, mais ces dernières années, c’est la pression extérieure qui a conduit, ou précipité la formation des gouvernements. Souvenez-vous en 2020, c’est une longue partie de cache-cache dans la forêt lointaine. Après plus d’un an de coucou hibou, la formation s’est terminée grâce à la pression du Covid. En 2011 après 541 jours de coucou hibou, c’est la pression des marchés qui a pesé, la note de la Belgique se dégradait dangereusement par rapport à l’Allemagne. Il n’est pas interdit de penser que ces nouvelles règles nous obligent à accélérer la formation d’un gouvernement. Ou pas… C’est que le coucou hibou est un jeu de patience.
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  • Le lent réveil géostratégique de l’Europe : et si nous étions seuls face à la Russie ?
    Donald Trump annonce que les États-Unis n’aideraient pas l’Europe si elle est attaquée par la Russie. Pire, il encourage la Russie à faire ce qu’elle veut. Une déclaration qui suscite l’effroi des alliés. Réveil géostratégique L’Europe n’en finit plus de se réveiller de son sommeil géostratégique. L’invasion de l’Ukraine avait constitué un seau d’eau en pleine figure. Fini cette idée née au début des années 90, d’une nouvelle ère où les conflits de puissances se régleraient désormais par la négociation et le commerce et non plus par la guerre. Mais ce réveil difficile avait été tempéré par le matelas de l’OTAN, le fait que le bras armé de l’Amérique restait, comme durant la guerre froide, un bouclier efficace pour éviter le retour de la guerre. Mais Donald Trump vient de lancer un deuxième seau d’eau au visage de l’Europe en disant que l’OTAN n’était peut-être qu’une illusion. En meeting, il est revenu avec l’idée que l’Europe ne payait pas ses factures à l’Amérique. Il raconte que quand il était président, il a rencontré le dirigeant d’un grand pays européen qui lui a posé la question : "Si on ne paie pas et qu’on est attaqué par la Russie, que ferez-vous ?" Et voici la réponse de Trump : "Je lui ai dit : Vous êtes un délinquant. Non, je ne vous protégerai pas, en fait je les encouragerais à faire ce qu’ils veulent. Vous devez payer. Vous devez payer vos factures". Provocation ou réelle menace sur l’OTAN ? Les deux. C’est une provocation qui invite les États membres de l’OTAN à payer plus à l’Amérique pour leur protection. Plus qu’une sortie de l’OTAN c’est un appel à une plus grande vassalisation des alliés que l’on devrait lire dans ces propos. Un discours de marchand d’armes texan, un marchand d’armes en campagne qui plus est. Mais c’est aussi une vraie menace, car depuis 1949 et la création de l’OTAN, aucun candidat à la présidentielle américaine, démocrate ou républicain, n’avait jamais laissé entendre qu’il n’appliquerait pas l’article 5 qui prévoit la solidarité en cas d’attaque d’un des membres. Un article activé une seule fois, après le 11 septembre, et les alliés européens avaient répondu présent en Afghanistan. Une menace d’autant plus crédible que la déclaration de Donald Trump suit largement celle de l’opinion conservatrice aux États-Unis. Les républicains freinent sur l’aide à l’Ukraine alors que celle-ci recule face à la Russie sur le terrain. Et puis le journaliste star des conservateurs, Tucker Carlson, revient d’un voyage à Moscou où il a interrogé complaisamment Poutine, le laissant réinventer l’histoire aux yeux des Américains en disant que l’Ukraine n’était pas une nation. Les républicains américains semblent marcher de plus en plus main dans la main avec Vladimir Poutine, par aveuglement pour l’autoritarisme, ou par aveuglement pour les valeurs traditionnelles qu’il prétend incarner. L’histoire le dira. Pour l’Europe, ça devrait devenir le premier sujet de la campagne électorale Le risque que nous soyons seuls dans les prochaines années augmente. L’isolationnisme semble de plus en plus s’implanter dans l’opinion américaine. Après le premier réveil géostratégique, celui du retour de la guerre de puissance, on risque de se réveiller une deuxième fois en se rendant compte que l’Occident, comme bloc politique et militaire, n’existe plus. Même si on en reste à l’hypothèse la plus optimiste de la provocation, cela devrait suffire pour que l’autonomie militaire et stratégique de l’Europe devienne le principal sujet de la campagne électorale. On devrait appliquer à l'OTAN, le vieux slogan des nationalistes flamands destiné à la Belgique: avec l'OTAN si c'est possible, sans s'il le faut.
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  • Sur les ruines de la politique
    Les Wallons n'ont plus confiance dans la politique, mais gardent la foi dans la démocratie. C’est l’enseignement marquant d’une grande enquête réalisée par l'Institut wallon de statistique. Un signal d'alarme avant les élections. Oui, ce qui est intéressant avec cette enquête de l'IWEPS, qui est donc un organisme public wallon, c'est qu'elle est effectuée depuis 20 ans à intervalle régulier avec une méthodologie très solide. On peut donc comparer l'évolution de l'opinion de la population avec beaucoup de sérieux. Le premier élément marquant concerne le sentiment d'appartenance. Les Wallons se sentent toujours plus Belges que Wallons. Mais quand on leur demande s'ils se sentent fiers d'être Belges ou Wallons, là, on observe depuis 2018 un premier décrochage. Alors que 90 % des Wallons se sentaient fiers d'être Belges il y a 5 ans, ils sont 80 % aujourd'hui. C’est une baisse significative. C’est plus marquant encore avec le sentiment d’être fier d’être Wallon, on passe de 87 % à 68 % de Wallons fiers de leur région, un vrai décrochage. De moins en moins fiers de leur région, les Wallons. Une partie de l'explication tient sans doute à la période à laquelle a été effectué le sondage, au printemps passé, en pleine révélation des affaires du Parlement wallon. Un contexte qui a sans doute aussi pesé dans la cote de confiance du politique. Oui, même si ce ne sera pas suffisant pour expliquer ce qu'il faut bien qualifier de vraie claque. La confiance dans toutes les institutions politiques plonge. Quand on regarde ce graphique, on voit l'État belge, la Région wallonne, les partis politiques, les hommes et femmes politiques. On voit leur courbe légèrement descendre et monter depuis 2003, donnant l’impression d'un paysage ondulé des Ardennes. Et puis en 2023 c’est la piste noire, une falaise à pic ; les Ardennes sont devenues plus pentues que les sommets alpins. La confiance dans la Région wallonne passe de 68 % à 35 %, près de la moitié de la cote perdue. La confiance dans l'État belge passe de 70 à 39, la confiance dans les hommes et femmes politiques de 35 à 18. Rendez-vous compte, seuls 18 % des Wallons et Wallonnes disent avoir confiance en leurs hommes et femmes politiques. On pourrait se demander si ce n'est pas lié à un sentiment général, de perte de confiance dans le système, la société toute entière. Et bien, pas vraiment. D'abord, les bourgmestres, au niveau local, sont épargnés. Ensuite, la confiance dans la justice est en hausse, dans la police aussi ; elle reste forte près de la sécurité sociale (83 %), et 87 % dans le système de santé, essentiellement en passant des compétences fédérales. On note aussi une remontée de la confiance dans les médias traditionnels avec 50 %, mais par contre une très faible confiance dans les réseaux sociaux, seulement 13 %, encore pire que pour les politiques. Les Wallons et les Wallonnes ont le blues de la démocratie ? Oui, mais ils y croient toujours. Car le sentiment démocratique est toujours vivace. 92 % des sondés considèrent que la démocratie est le meilleur système, mais ils ne sont que 25 % à considérer que la démocratie belge fonctionne correctement. Seuls 16 % des Wallons voudraient d'un régime autoritaire ; ce chiffre n'a pas augmenté depuis 5 ans. Ce qui change en revanche, c'est qu'il y a de plus en plus de citoyens qui disent qu'ils feraient aussi bien que les politiques s'ils étaient à leur place. Près de la moitié le pense, contre seulement un tiers il y a 5 ans. C’est l’enseignement principal. La méfiance envers les élus ne signifie pas, pas encore un désenchantement démocratique. On pourrait même se dire que c’est la croyance en la démocratie qui suscite la méfiance envers un système qui ne le serait pas assez. C’est la thèse du philosophe français Pierre Rosanvallon : si le peuple électeur est méfiant, le peuple vigilant est toujours là, peut-être plus que jamais. Il y a donc une base pour reconstruire quelque chose sur les ruines de la politique.
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  • Front de gauche, Thierry Bodson ne croit pas lui-même à son appel
    Front de gauche, Thierry Bodson ne croit pas lui-même à son appel
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  • Les tracteurs ont remplacé les jeunes pour le climat
    À qui profite politiquement la mobilisation des agriculteurs ? Tous les partis tentent de répondre à la colère. Mais côté francophone, rien n’est simple. Aucune alternative solide n’apparaît. Retournement de l’opinion Cette mobilisation des agriculteurs est, on le sait, partie de la base. Les revendications sont diverses et parfois confuses. Les principaux syndicats sont dépassés et ne savent pas vraiment comment faire atterrir ce mouvement, ni toujours comment lui donner un sens politique. Et c’est vrai aussi pour les partis. Puisque ce mouvement est largement importé d’autres pays d’Europe, il faut sans doute aller chercher la réponse aux Pays-Bas, en Allemagne ou en France. Plus que des questions de prix, de normes ou de marché c’est aussi une bataille culturelle. Dans ces trois pays, la mobilisation a été un révélateur des inquiétudes croissantes suscitées par les mesures de lutte contre le réchauffement climatique. En Allemagne, le journal Le Monde parle d’un retournement de l’opinion. Le journal rappelait qu’il y a deux ans, l’institut Kantar avait demandé à un échantillon représentatif de la population allemande : "Soutenez-vous le mouvement sociétal en faveur de la protection de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique ?" À l’époque, 68% des personnes interrogées avaient répondu oui. Deux ans plus tard, en mai 2023, seuls 34% des sondés ont répondu oui. Tracteurs ou jeunes pour le climat Chez nous, ce retournement n’est pas mesuré, mais on peut se dire qu’un tel phénomène existe aussi chez nous sans qu’on en connaisse l’ampleur. Souvenez-vous, il y a 5 ans, les rues étaient occupées par les jeunes pour le climat, qui avaient fait peser sur la campagne l’idée qu’il y avait urgence à accélérer la transition. Dans les rues, les tracteurs ont remplacé les jeunes pour le climat et le message principal c’est qu’il y a urgence à freiner la transition. Un retournement majeur. La Commission l’a compris et vient d’annoncer le gel d’une des mesures du Green Deal sur les jachères. Même si le message de beaucoup d’agriculteurs est plus nuancé, si beaucoup se disent conscients des enjeux climatiques et demandent à être protégés des marchés trop libéralisés, il n’en reste pas moins vrai que ce mouvement vient renforcer la montée en puissance du clivage entre conservateurs et écologistes, un clivage qui épouse tant bien que mal ceux plus anciens rural-urbain et peuple-élite. Un triple clivage qu’essaie de concilier en France, en Allemagne et aux Pays-Bas l’extrême droite. C’est aussi ce que tente de faire le Vlaams Belang en Flandre. Les partis wallons en jachère Côté francophone, pas d’extrême droite. Comment peut donc tourner le vent ? Le MR et ECOLO se positionnent déjà très fortement sur ce clivage avec de plus en plus de conflictualité. Le MR en particulier défend une transition par la technologie présentée comme non contraignante, il pourrait renforcer son récit. Mais ce qu’il pourrait récupérer du mouvement des agriculteurs est freiné par sa présence au pouvoir. Depuis plus de 20 ans, les ministres de l’Agriculture au fédéral sont des libéraux, ce qui freine leur capacité d’apparaître comme une alternative, donc plus qu’autre chose, le MR semble subir cette crise. Chez Ecolo, on semble subir aussi, mais beaucoup se disent que ce conflit qui monte autour de la transition leur permet d’exister sur leurs fondamentaux, de resserrer les rangs de ceux qui veulent accélérer contre ceux qui veulent freiner la transition. La question est : faut-il durcir la campagne, oser le conflit pour un parti qui, il y a 5 ans, avait basé toute sa campagne sur le parti des solutions. L’autre parti qui pourrait tirer profit de ce clivage, ce sont Les Engagés. Dans l’opposition, l’ex parti social-chrétien garde des liens forts avec le monde agricole et pourrait apparaître comme une alternative. Mais il a récemment revu sa doctrine, placé la transition comme objectif numéro un. Le parti prévoit par exemple de bannir les pesticides en 2040. Il ne prétend pas assumer le clivage entre conservateur et écologiste mais le dépasser, ce qui complexifie leur message. Enfin, PS et PTB sont en deuxième ligne sur ces thèmes, ils dénoncent bien les limites du libre-échange mais peinent à exister. En l’absence d’extrême droite, c’est donc bien à une lutte des récits qu’on assiste entre le MR, Les Engagés et Écolo, sans qu’on sache encore de quel côté cette pièce (des agriculteurs) va tomber. Mais une chose est certaine à ce stade, dans les rues, les tracteurs ont remplacé les jeunes pour le climat. Et cela va peser sur la campagne.
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Bertrand Henne réalise l'exercice de l'édito politique et décrypte l’actualité politique belge et les grands débats de société. Une chronique indispensable pour mieux comprendre le pouvoir en Belgique. Avec un œil critique et accessible, la politique belge n’aura plus de secret pour vous.

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