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Or


On sait que les cartes sont le support privilégié des pouvoirs ; on commence toujours pas cartographier ce que l’on s’apprête à dominer. Depuis de nombreuses années, l’historienne Nepthys Zwer prend cette question à revers et propose une contre-cartographie comme outil de lutte. Il s’agit de rendre visibles les structures et structurations du pouvoir. Dans Pour un spatio-féminisme, De l’espace à la carte (La Découverte), elle explore à travers de nombreuses cartes la manière dont les corps se partagent l’espace au quotidien, dans l’intime et le domestique, dans l’espace public ou à l’école. Il s’agit de rendre sensibles et visibles nos représentations mentales, imaginaires et culturelles ainsi que toutes les assignations qui en découlent.
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Depuis la France, nous pensons souvent l’affrontement des puissances impériales à partir des acteurs qui nous sont le plus proches : Etats-Unis, Russie et Europe. Comme si nous étions restés bloqués aux lectures géopolitiques héritées de la guerre froide. Nous avons bien quelques informations quant aux tensions avec la Chine, autour de Taïwan notamment, mais force est de constater que nos représentations de l’« empire du milieu » restent très vagues, comme s’il s’agissait d’un territoire immense et opaque en dehors de l’équation mondiale. Or c’est tout l’intérêt du livre de Benjamin Bürbaumer Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation (Éditions La Découverte) : proposer une analyse approfondie et synthétique des relations sino-américaines qui nous permette de prendre du recul face à la reconfiguration du jeu entre les puissances mondiales. Cet ouvrage témoigne de la fécondité d’une approche marxiste de l’économie politique mondiale, inscrivant le face-à-face entre les deux puissances dans une fresque historique saisissante. Tout en ne négligeant pas le rôle central des luttes de classes internes aux espaces nationaux, Bürbaumer éclaire les dynamiques contemporaines du conflit mondial par une analyse des infrastructures stratégiques et des politiques monétaires internationales, offrant une synthèse salutaire de ces éléments trop souvent dissociés.
Ce Lundisoir, nous plongerons donc dans l’histoire de la mondialisation, perçue comme une « solution spatiale » aux crises économiques et sociales américaines des années 1970, tout en examinant comment la Chine a su tirer profit de cette ouverture pour libéraliser son économie et s’imposer au cœur de l’échiquier mondial. Nous explorerons comment les technologies de pointe sont devenues des enjeux cruciaux, tant sur le plan militaire que commercial, ainsi que l’ambition du renminbi de s’émanciper de la domination du dollar. Nous analyserons aussi le rôle des classes populaires, qui, tout en résistant à cet ordre mondial, se trouvent écrasées par cette course à l’hégémonie. Enfin, nous mettrons en lumière la contradiction fondamentale de la mondialisation entre ces deux titans, où la domination américaine est contestée pour la première fois depuis la fin de la guerre froide par une puissance émergente redéfinissant les règles du jeu mondial.
Accrochez vos ceintures : plongeons dans les méandres du capitalisme mondial.
00:00 Intro
00:11 Présentation de Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation
01:35 Pourquoi les États-Unis ont ils « fabriqué » la mondialisation ?
8:44 Le rôle des traités de libre-échange à partir des années 1990. Comment s'est imposée l'idée selon laquelle la prospérité intérieure dépendait de la politique étrangère, au point qu’aujourd’hui « les profits étrangers dans leur totalité représentent en moyenne 67 % des profits nationaux » ?
09:44 Préciser le rapport entre État et Capital
15:45 Pourquoi l'histoire de la mondialisation doit aussi être comprise depuis l’intérieur de l’histoire économique et politique chinoise. Comment s'est déroulée la libéralisation du Parti Communiste chinois ?
20:26 Pourquoi le concept de « chaîne globale de valeur » est-il central pour comprendre l'évolution du capitalisme mondial ?
25:37 Division du travail et explosion géographique de la production : les paradoxes apparents de la chaîne globale de valeur s'expliquent par le développement technologique au service de l'exploitation
27:52 La bataille économico-juridique entre la Chine et les États-Unis
29:11 La réponse de la Chine à la crise économique de 2008 et au Covid
37:03 Le rattrapage technologique spectaculaire de la Chine
40:03 Comment le conflit autour des infrastructures se matérialise : réseaux de communications et intelligence artificielle, la « contingence historique favorable » de la Chine
50:33 L'enjeu autour de Taiwan est-il lié à la q
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Depuis le 10 décembre, ils sont environs 300 « mineurs non accompagnés » à occuper la Gaîté Lyrique, célèbre salle de spectacle parisienne. Après avoir rejoint la France seuls, souvent au péril de leur vie, ils se sont retrouvés confrontés à toute l'inhumanité des politiques migratoires françaises et au déni de l'accès aux droits les plus élémentaires. Sur le papier, tout mineur présent sur le sol français doit pouvoir bénéficier d'une prise en charge minimale : l'accès à l'école, à des soins, à un toit. Ils sont pourtant des milliers d'enfants sur le territoire à se retrouver à la rue, sans ressource et sans possibilité de se soigner, ils ont donc décidé de lutter. Leur point commun à tous, c'est d'avoir été jeté dans les limbes de l'État de droit. Les services de l'Aide Sociale à l'Enfance se disant incapables d'établir l'authenticité de leurs papiers, même lorsque des cartes d'identité biométriques leur sont présentés, ils sont renvoyés vers un juge afin que celui-ci valide leur qualité d'enfant. Sauf que pour cela, ils doivent patienter des mois, parfois même une année. En attendant, ils doivent survivre dans la rue et dans le froid, n'ont pas le droit d'aller à l'école et ne peuvent pas voir le moindre docteur s'ils tombent malades. Pour ce lundisoir, nous avons invité une douzaine de ces jeunes militants organisés et déterminés qui ont fait de la Gaîté lyrique un point de ralliement depuis lequel trouver des alliés et des soutiens et agréger leurs propres forces pour arracher ce qui leur est dû. Leur assemblée générale se tient chaque jour à 18h, tous les soutiens sont les bienvenus. Leur cagnotte en ligne est ici :
https://www.helloasso.com/associations/liberte-egalite-papiers/formulaires/1
00:00 intro
1:33 Pourquoi occuper la Gaîté lyrique ?
3:41 Comment s'organise l'occupation
5:50 Face à l'inaction des pouvoirs publics, l'auto-organisation
7:15 Comment s'organise le quotidien
9:29 La genèse du collectif et de la lutte
21:17 « On est là parce que la France a pillé chez nous »
22:41 Comment fonctionne la « reconnaissance de minorité »
25:18 « La place d'un enfant, c'est à l'école »
28:32 Les procédures kafkaïennes d'évaluation de la minorité
35:50 Les refus de minorité comme stratégies de découragement de l'État français
38:08 La propagande d'extrême droite comme premier soutien des politiques migratoires inhumaines de la France
41:02 Grâce à la lutte, une centaine de jeunes ont pu être scolarisés
45:47 « Quand on lutte, on obtient des victoires »
48:04 Venir en aide aux autres isolés
51:53 « On ne va pas changer d'acter de naissance pour faire plaisir à l'ASE »
54:58 Vous attendiez vous à ce que la politique française soit aussi raciste ?
58:39 L'organisation des manifestations
1:05:27 Exemple de violences policières
1:08:07 La menace policière sur l'occupation et le soutien de la direction de la Gaîté lyrique
1:09:08 La menace fasciste
1:10:51 « Si les gouvernants français savaient que leurs enfants étaient à la rue, ils réagiraient comment ? »
1:15:06 Remerciements au soutiens et appels aux volontaires
1:16:03 « Si tu manges, tu es en forme pour lutter »
1:16:26 Appels à tous ceux qui ont des sentiments humains à venir lutter à leurs côtés
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Le dernier livre de Bernard Aspe La division du politique, sonne un peu comme un bilan d’étape. Où en sommes-nous ? Outre les différents types de domination et d’exploitation que l’on connaît, plus mortifères que jamais, nous sommes entrain de perdre le monde. Et à vrai dire, non pas seulement ce monde-ci – qu’après tout nous détestons assez pour ne pas pleurer sa disparation annoncée –, mais la condition même de la pluralité des mondes, aussi bien ceux du pouvoir que ceux dont on pouvait encore rêver, il y a peu. Les conditions de possibilité de la révolution s’amenuisent cruellement, non pas seulement parce que les luttes sont faibles, mais aussi parce que le support des mondes est écologiquement menacé.
Qui est ce « nous », qui demande où nous en sommes ? C’est là qu’est l’os, le véritable problème politique ; l’articulation d’un « nous » révolutionnaire qui saurait à la fois maintenir les singularités et les unir pour recouvrer enfin, de nouveau, une véritable puissance de frappe. Ce « nous » n’a pas d’autre choix que d’être révolutionnaire – comme le disait le camarade Tronti, « comprend vraiment celui qui hait vraiment ». Mais le parti de la révolution est terriblement divisée. C’est à la fois légitime et regrettable, et il faut en finir avec la crainte de l’unité, le culte du multiple. En somme, il faut cesser de confondre le rival et l’ennemi. Du moins est-ce là une proposition, ouverte mais déterminée.
Cette proposition, lancée à la cantonade révolutionnaire, consiste à trouver une condition commune aux différentes subjectivités en rupture, et à définir face à la réalité « le point d’attaque le plus commun qui puisse être trouvé ». Pour cela, il faut trois choses : une analyse des subjectivités d’abord, de leurs divisions aussi bien individuelles que collectives. Ensuite, un diagnostic sur une domination dont il faut prouver qu’elle est bel et bien globale. Enfin, déterminer la forme de l’unité qui pourrait se configurer pour briser cette dernière globalité destructrice. Et ce sans pour autant en revenir à un léninisme poussiéreux, boomer, refusant l’irréductibilité au moins partielles des oppressions. Ce trait d’un, Bernard Aspe propose de le situer dans le refus, non pas du travail, mais de la mise au travail qui capte chaque existence, humaine comme non-humaine, pour l’accaparer et et la broyer dans la grande machine économique. Il s’agit, depuis cette unité minimale, de dégager un espace et une puissance proprement révolutionnaire.
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C’est parti pour le 1er épisode de lundi bon sang de bonsoir cinéma avec Nicolas Klotz, Saad Chakali et Ghassan Salhab. On y discute, en profondeur, du cinéma d’aujourd’hui, d’hier et de demain ; d’amitié, de guerre et de Joy Division. Le chapitrage ci-dessous offre quelques repères et une orientation. L’épisode 0, Que peut le cinéma au XXIe siècle avec Marie José Mondzain est toujours accessible ici, de Nicolas Klotz on se réfèrera au cheval du Turin… ( le cinéma est une ère géologique, pas une industrie ) quant à l’oeuvre de Ghassan Salhab, on lira volontiers Ghassan Salhab en revenant, métis inauthentiqu de Saad Chakali.
00:00 Intro
00:14 Commencer, toujours, par l’amitié quand les ennemis ne finissent plus de s’accumuler
2:40 Ce qui sépare fait le rapport même de l’amitié
5:09 « Quand l’argent domine un tournage, on ne respire plus »
9:36 Beyrouth fantôme : le retour de l’ami qui a trahi la Palestine
12:07 L’engagement, l’amitié, la guerre et l’oubli
14:14 Les trahisons comme ravages
17:03 Peut-on filmer Benjamin Netanyahu ou Bachar al-Assad ?
19:58 Gaza, les images et l’ennemi invisible
27:05 Le cinéma d’aujourd’hui est-il resté bloqué au XIXe siècle ?
28:15 Mosab Abu Toha : Ce que vous trouverez caché dans mon oreille
30:45 Le nouveau monde et la condition atomique
33:38 Ce que l’on ne veut plus faire, ce qu’il ne faut plus faire
35:57 Filmer à travers la guerre
39:00 Le bourreau est la fiction, la victime du côté du documentaire
42:02 La surproduction des images, comment s’en sortir ?
46:16 La 6e extinction et les couches du vivant
47:28 Fernand Deligny : la connivence profonde entre les images et les animaux sauvages
48:56 Mohammed Darwish : l’ami qui empêche de faire les comptes
Gaza comme hors champs, le cinéma est toujours du côté de la vie
51:35 Les années 50 et 60 ou l’apparition d’un cinéma politique depuis « les gens »
53:56 Comment recommencer le cinéma ?
58:50 Retrouver la lumière par-delà l’essoreuse des images qui colonisent
1:01:45 « Notre musique c’est celle de tout le monde », Jean-Luc Godard et Michael Witt
1:04:10 Repenser et réinventer la production et la distribution
1:06:44 Joy Division et Ian Curtis, l’ami commun
1:12:33 La solidarité entre les squats de Manchester et de Paris
1:15:04 Joy Division ou le cri étouffé
1:20:42 L’ami qui prend soin et prend la douleur
1:24:28 Peut-on se retirer sans trahir ?
1:28:17 Filmer depuis l’intérieur même de la destruction, désorienter, resituer
1:30:02 « Tant qu’on pense que le cinéma est une industrie, on est foutus »
1:36:19 Le geste cinématographique, la domination par le cinéma
1:40:26 Le cinéma et l’enchevêtrement du temps
1:45:30 Faire un pas de côté pour pouvoir dire le monde
1:55:33 Fuir les malentendus, partir de l’industrie
2:02:18 La voix sur l’épaule, Laurence Chable et François Tanguy
2:12:29 Que peut le cinéma aujourd’hui ?
2:13:23 « A moins qu’il ne faille penser que pour rendre la peine encore plus atroce et plus subtile, l’enfer a été placé en plein cœur du paradis » (Agamben)
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L’édition de cette semaine se trouve chamboulée par la chute du régime syrien. Nous avons improvisé, dimanche soir, cette discussion avec deux amis révolutionnaires en (ex-)exil et préparons plusieurs articles sur cet évènement majeur. On publie le live tel quel, le son est un peu ric-rac par moment, si c’est trop pénible à suivre, on le refera au propre dans la journée. Ce qui s’y dit nous semble néanmoins crucial pour comprendre cette séquence historique et s’y repérer, sans bafouiller.
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Il y a cinquante ans, la population de l’archipel des Comores était invitée à se prononcer sur le statut de son territoire. Si trois des quatre îles votèrent massivement pour l’indépendance, Mayotte (Maore), où un courant sécessionniste animé par l’élite créole exerçait un puissant lobbying, vota contre, tandis qu’à Paris l’armée et le « parti colonial » encore très puissant ne voulaient pas perdre cette position stratégique dans l’océan Indien. La France accorda donc l’indépendance aux Comores mais conserva Mayotte, devenue en 2011 le 101e département français à l’issue d’un processus unique de « colonisation consentie ».
Tout renvoie à la colonie sur cette île : les ghettos de Blancs, la hiérarchisation raciale au travail comme dans la vie quotidienne, la dépendance économique envers la « métropole », les défaillances des infrastructures mises en lumière par les récentes pénuries d’eau… Entre des Mahorais reniant leur passé pour être « français à tout prix », dont la dérive vers l’extrême droite semble sans fin, des « métros » qui se comportent en terrain conquis et cultivent l’entre-soi, et des Comoriens devenus « étrangers » par l’effet d’une politique d’État délibérée, la violence à Mayotte est le résultat d’un double processus de dislocation et de colonisation. Ce livre raconte les principaux épisodes de cette histoire et dresse un portrait sans concession de « Mayotte française » et du présent colonial qui continue de l’animer.
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Dans ce lundisoir nous poursuivons notre enquête sur le fascisme qui vient avec le philosophe Michel Feher. Son dernier livre Producteurs et Parasites, conceptualise l’imaginaire du RN comme « producerisme », soit l’idée selon laquelle les improductifs sont des parasites et qu’ils doivent être épurés du corps social, nous reviendrons avec lui sur la manière dont la fascisation consiste à passer d’un parasitisme productiviste général (de droite) à un parasitisme racialisé (d’extrême-droite).
Nous abordons aussi cette fascisation actuelle à travers le concept d’« impérialisme continental » (Hannah Arendt). Il ne s’agit ni d’un « impérialisme colonial » ni d’un « totalitarisme » : d’un côté, ce fascisme-là ne prétend pas (encore) partir à la conquête de terres exotiques ; de l’autre, ce fascisme-là ne prétend pas à la production idéale d’un « homme nouveau ». Ce fascisme-là, selon Feher, est un fascisme d’épuration, ethno-différentialiste fondé sur le retour nostalgique à une terre que l’on nous a promise et que l’on a perdue. Dans le fascisme russe, inspiré par Ilyne ou Douguine, l’impérialisme se limite aux frontières de l’ancienne formation impériale russe et soviétique : ferveur nostalgique épuratrice. Dans le fascisme israélien, la colonisation ne se fait pas sur une population indigène exotique mais dans le mythe biblique et à travers lui. L’idéologie néofasciste de l’hindutva indienne, fétichisant le Grand Bharat (l’Inde pré-coloniale), se donne lui aussi dans des limites où la Grandeur est concomitante d’une Nostalgie et d’une rétribution. Le mouvement MAGA qui accompagne le trumpisme est très exactement l’articulation de cette Greatness, la réactivation du mythe fondateur étasunien, et de la Rédemption messianique vengeresse – qui se dit dans l’épuration et la déportation de tous les parasites improductifs qui, depuis trop longtemps, auraient humilié sa puissance. De même en est-il discrètement encore pour la Chine qui fait valoir son droit historique constitutionnel à l’absorption de Hong Kong et de Taïwan dans le Zhōngguó mèng (« rêve chinois »).
Mais l’intervention, en même temps que ces aspects fascistes régénérateurs et rédempteurs, d’une nouvelle forme de capital, celui de la financiarisation, qui transforme tout individu non plus en simple salarié pour un patron, mais en auto-entrepreneur de soi-même, se donnant du crédit afin de recevoir investissement, ce capital financiarisé qui fait de chacun un « Investi », couplé à l’avènement encore inachevé du capital cybernétique de l’IA, des plateformes et du Cloud, ce capital technologique d’interfaces digitales, impliquant de nouvelles logistiques matérielles dans l’organisation des flux de circulation du capital, des choses et des données, l’arrivée, enfin, de ces « paléo-libertariens brutalistes » au pouvoir (Musk, Milei), ceux-là qui annoncent, selon Varoufakis, le basculement du capitalisme dans le « techno-féodalisme », la fin du profit en faveur de la rente, et, peut-être, le basculement du règne de l’Économie dans celui de l’Éthonomie, tout cela, toute cette nouvelle « modernisation » ne risque-t-elle pas, elle, de faire passer, peu à peu, l’actuel fascisme encore nostalgique et strictement continental dans un fascisme à visées hégémonique planétaire, accompagné de l’avènement de sociétés nouvelles et d’hommes nouveaux ?
C’est à partir de ces questions, de celle des fascismes présents et de ceux à venir, que la discussion stratégique « à gauche » devrait être reprise et repensée considérablement. Pour Michel Feher, il faut une drôle de « gauche d’occasion », capable de comprendre que les paradigmes dans lesquels elle pense aujourd’hui sont inadéquats.
Pour le philosophe, l’antagonisme entre logique de classe et logique de genre et race, bien que nombreux·ses soient celles et ceux qui cherchent à le lever, continue de surseoir à l’occasion commune de s’unir. Se
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Pour nous qui avons vécu la majeure partie de nos existences en temps de « paix », la guerre est une réalité qu’il suffit de regretter, dénoncer ou conjurer. Pourtant, elle est bien là, toujours, y compris derrière chaque dispositif de pacification dont l’existence même doit nous rappeler le retournement de l’aphorisme de Clausewitz par Foucault : « la politique est une continuation de la guerre, par d’autres moyens » (notons que l’invité de ce lundisoir n’est pas du tout convaincu par ce détournement/retournement). Clausewitz donc, c’est ce stratège, officier aristocrate Prussien né à la fin du XVIIIe siècle dont le célèbre De la guerre a servi de livre de chevet à des généraux impériaux autant qu’aux communistes soviétiques (Lénine) ou à l’avant-garde artistique mégalomane et paranoïque (Debord). T. Drebent que nous recevons dans ce lundisoir est tombé dans cette pensée de la stratégie militaire un peu par hasard. Comme il le raconte, les livres de Clausewitz lui sont d’abord tombés des mains jusqu’à ce qu’il y trouve une source presque intarissable de déchiffrement du passé comme du présent, lorsque les actes se doivent de venir continuer la pensée. Il en a fait un livre Clausewitz et la guerre populaire. C’est de tout cela dont on parle avec lui ici.
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En juillet dernier, en réaction à la menace d’une prise de pouvoir par le RN, de nombreuses organisations ont annoncé le début d’une campagne intitulée Désarmer l’empire Bolloré. Il s’agissait de trouver des leviers contre la fascisation en cours qui ne se limitent pas à l’isoloir. C’est dans ce contexte que plus de 80 libraires indépendants viennent de signer une tribune la semaine dernière : « Ne laissons pas Bolloré et ses idées prendre le pouvoir sur nos librairies ! ». Il s’agit pour eux de ne pas se rendre complices du « combat civilisationnel » mené par le magnat en faisant disparaître, autant que faire se peut, les livres du groupe Hachette de leurs étales.
Outre la prise de position politique que représente cette tribune, elle a aussi le mérite d’ouvrir des questions et des contradictions particulièrement épineuses pour les libraires, signataires ou non. Dans un secteur aussi concentré où cinq gros groupes détiennent l’immense majorité des titres publiés ainsi que toute la logistique de production et de mise en circulation qui va avec, est-ce si facile de tenir une promesse de « boycott » sans se tirer soi-même une balle dans l’étale ? Si Bolloré concentre toutes les attentions de par son empire tentaculaire mis au service de l’extrême droite et de la fascisation des esprits, n’oublie-t-on pas un peu vite les dégâts que produisent aussi ses concurrents ? Et que faire de ces livres (et éditeurs) chers, pris dans les griffes de cette industrie culturelle ? Parce qu’il n’existe aucune réponse simple à toutes ces questions, nous avons invité cinq libraires indépendants pour en discuter, Nicolas de Libertalia, Anaïs du Rideau Rouge, Natacha de L’Atelier, Alexis de Petite Egypte et Martin de Michèle Firk. . Certains ont signé la tribune, d’autres non, mais tous nous éclairent sur leurs techniques et stratégies pour résister et faire que le livre ne puisse être réduit à une simple marchandise.
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