François : Nous étions hier dans un hôpital, nous allons nous intérresser ce matin dans l'heure des comptes aux finances des hôpitaux avec ce constat : en 2022, plus de la moitié des hôpitaux ont fini l'année dans le rouge... en déficit. Bonjour Guillaume Woelfle, vous faites partie de la cellule Décrypte, et vous vous avez regardé de près les finances des hôpitaux. Ces établissements ont perdu chacun en moyenne 2 millions d'euros en 2022. Oui, c'est une moyenne évidemment, et donc certains hôpitaux font mieux que d'autres. 37 hôpitaux sur 86 ont fini l'année en positif. Les autres, une cinquantaine, ont fini effectivement dans le rouge. C'est ce que rapporte l'analyse annuelle de Belfius qui fait référénce dans le milieu. Pour certains hôpitaux, le déficit est même de 10, 15, 20 millions d'euros, c'est inquiétant puisque un hôpital, il peut bien sûr tomber en faillite, . Un hôpital, c'est une asbl, mais c'est une société. Et si elle ne sait plus payer elle est en faillite. Alors on n'en est pas encore à ce niveau-là, mais c'est inquiétant. François : rentrons un peu dans le détail de ces comptes, qu'est-ce qui fait que ça dérapé en 2022 ? Et bien François, l'hôpital, comme la population a subi, l'inflation en 2022. C'est-à-dire la montée des prix de l'énergie. Un hôpital c'est souvent bien chauffé, on ne chauffe pas à 18-19 degrés, mais plutôt à 20-21°. A l'inverse, on refroidit aussi des salles quand on stocke des médicaments. Bref, un hôpital, cela demande beaucoup d'énergie. En 2022, les factures d'énergie ont augmenté de 62% dans les hôpitaux du pays. Et puis souvenez-vous, 2022, c'était aussi l'année de l'indexation exceptionnelle des salaires. Et dans les hôpitaux, les salaires, des soignants, des médecins, des employés, c'est le plus gros poste de dépenses, c'est ce qui coute le plus cher : 40% des dépenses, ce sont les salaires. Et bien ces salaires ont augmenté de 14%, en comptant l'inflation, la revalorisation des professions de la santé et l'engagement de nouveaux collaborateurs. Donc si on met bout à bout toutes ces dépenses qui augmentent, les hôpitaux ont dépensé 8% de plus en 2022 que l'année d'avant. François : 8% de dépenses en plus, et donc pour rester à l'équilibre, il faudraitt 8% de recettes en plus. Exact, et ça n'a pas été le cas. Il n'y a eu que 6% et demi de recettes en plus. Donc si vous avez plus de dépenses que de revenus, c'est comme à la caisse du supermarché, ça coince à la fin du mois. Alors là aussi, on peut analyser les recettes. Les hôpitaux marchent sur deux jambes, ils ont deux sources principales de revenus : d'une part, le financement par l'Etat. Et l'autre jambes, ce que vous, patient, vous payez quand vous allez à l'hôpital pour une une consultation, une hospitalisation, etc. La première jambe, celle qui est payée par l'Etat a augmenté de plus de 10%. Donc à ce niveau-là, ce financement a plutôt répondu aux attentes. Par contre, la deuxième jambe n'a pas bien marché... les factures de prestations médicales n'ont augmenté que de 1,6%... donc quasi pas d'augmentation. Le trou, il est là. François : et comment on explique que ces prestations médicales n'ont pas assez rapporté aux finances des hôpitax ? Oui, il y a plusieurs explications, mais la première c'est que les hôpitaux n'ont toujours pas retrouvé leur niveau d'activité d'avant-Covid. C'est assez simple à mesurer, on compte les admissions, et on voit que 2022 était plus bas que 2019. On suppose qu'il y ait une crainte, une réticence à aller dans un hôpital depuis le covid. Moins d'admissions, ça fait moins de prestations. Première raison. Deuxième raison, l'Etat pousse à la médecine ambuatoire, la médecine de jour. Vous arrivez et vous repartez le même jour, vous ne dormez pas l'hôpital. Or cette médecine de jour rapporte moins que quand on reste une ou deux nuits à l'hôpital, ça fait donc moins de rentrées pour les hôpitaux. Et puis troisième raison, et elle est très importante, c'est le manque de personnel, le manque de soignants, il manque 2800 personnes dans les hôpitaux en ce moment. Alors vous allez me dire, s'il manque des soignants, ça fait des économies, on ne paie pas de salaires. C'est vrai. Mais à l'inverse, cela veut dire des services des unités qui ne fonctionnent pas bien, une charge de travail reportée sur les collègues, cela fait augmenter l'absentéisme et au final, parfois ce sont des unités, des services qu'il faut fermer. Et donc là encore, si on ferme un service, on accepte moins de patients, c'est moins de recettes. François : Bon ce n'est pas très réjouissant tout ça pour nos hôpitaux. L'avenir aussi mauvais ? Alors selon Belfius qui fait cette analyse, 2023 n'était pas partie sur de bonnes bases non plus. Les hôpitaux ont toujours autant de mal à engager des soignants, et on ne peut pas faire grand chose contre les réticences à aller à l'hôpital. Alors le monde politique que fait-il ? Et bien le minsitre de la Santé Franck Vandenbroucke prépare depuis des années une grande réforme du financement des hôpitaux, une sorte de bing bang où tout est remis à plat : les suppléments d'honoraires, les salaires des médecins, la concurrence entre hôpitaux qui sont à quelques kilomètres l'un de l'autre. Bref, c'est un bing bang qui est à la fois nécessaire, mais incertain : parce que ça prendra plusieurs années à être appliqué et puis surtout, il y a tellement de mesures, de changements qu'il est difficile d'estimer l'impact, le résultat final. D'autant que vous le savez François, dans 6 mois on vote. Et que deviendra cette réforme avec un autre gouvernement ? Un autre ministre de la Santé ? Voire pas gouvernent du tout, s'il y a un blocage ? Et pourtant, on l'a dit, le bilan de santé financier de l'hôpital, il n'est pas très bon.
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