Zakia Khattabi, Ahmed Laaouej, Hadja Lahbib, l’élection à Bruxelles va se jouer autour de figures politiques issues de la diversité. Une évolution qui fait dire à certains que la politique bruxelloise est rongée par le communautarisme. Aveugle L’accusation de communautarisme a ceci de marquant, c’est qu’elle dénonce toujours le communautarisme des autres et reste aveugle à son propre communautarisme, c’est-à-dire au fait de voter pour des gens auxquels on s’identifie sur le plan de l’origine culturelle, territoriale, religieuse, du genre, de l’âge, de l’origine socio-économique et pas seulement, comme on l’affirme souvent, pour des valeurs. Une évidence jamais évidente à reconnaître, encore accentuée en Belgique par le communautarisme de la langue. Le point n’est pas tellement de dénoncer le communautarisme, mais de se demander où est-ce qu’il n’y en a pas ? Dans ce pays qui a officiellement reconnu trois communautés linguistiques, et en réalité trois communautés culturelles, le vote est organisé sur base communautaire. À Bruxelles en particulier, notre système a des airs de Liban. Les deux communautés linguistiques votent pour des listes séparées et élisent un nombre garanti de députés, qui est plus favorable à la communauté flamande. Un système qui serait, dans la France pétrie de Jacobinisme, considéré comme une horreur communautariste. Machine à voix Mais pourquoi les partis ont-ils décidé cette fois de placer autant de candidats issus de la diversité en haut de leur liste ? Parce qu’ils font des voix. Ahmed Laaouej, lors de la dernière élection au fédéral, avait réalisé 31 000 voix, Zakia Khattabi 29.000 voix. Dans le même temps, à la région, Rudi Vervoort faisait 16.000 voix et Alain Maron 11.000. À partir du moment où Ahmed Laaouej a annoncé son rapatriement à la région, Ecolo et puis le MR ont été poussés à ramener eux aussi à Bruxelles leur machine à voix. Le MR aurait pu choisir Didier Reynders qui avait réalisé 33.000 voix en 2019 ou Sophie Wilmès mais tous les deux avaient d’autres ambitions. David Leisterh n’étant pas encore suffisamment populaire, Hadja Lahbib a été poussée à venir l’épauler. La logique aurait sans doute été qu’elle soit tête de liste, mais les équilibres internes ont joué. Esprit de clocher Mais est-ce que ça veut dire qu’il faut absolument avoir des origines marocaines ou algériennes pour réussir à Bruxelles. Non, mais ça veut dire que la démocratie joue son rôle. Les partis se doivent de représenter la diversité des électeurs de la circonscription où ils se trouvent. Dans une élection communale d’une région rurale à la population plus ou moins homogène culturellement, l’enjeu est de former des listes où se trouvent des représentants des différents villages, car l’esprit de clocher joue encore fortement. Vous allez voter pour des représentants de votre quartier, de votre village, parce que vous jugez que c’est votre intérêt ou que vous vous identifiez à eux. Dans une zone urbaine où la population est beaucoup moins homogène, la diversité est plus difficile à représenter sur des listes, mais le phénomène est un peu le même. L’électeur se sent représenté par des élus dans lesquels il se reconnaît. Et les études de sociologie électorale montrent que ce phénomène d’identification est plus marqué chez les minorités, Juifs, Arabes, Turcs, homosexuels, jeunes. Tout l’enjeu évidemment est de ne pas participer à enfermer l’électeur dans son identité, dans sa communauté d’appartenance, puisqu’en réalité, chaque électeur participe d’une identité multiple. L’enjeu est aussi que ce souci de représentation de la diversité n’écrase pas la référence aux valeurs des différents partis. C’est le chemin qui mène à la politisation et à la reconnaissance. On ne fait pas de politique en niant les identités, mais si on fait une politique entièrement axée sur les identités, on finit par nier la politique. Le pire à Bruxelles aurait été de se retrouver avec des listes ethniques, des listes pour des blancs, des listes pour les musulmans. Bref, le pire serait d’aboutir à ce qu’on a fait pour les langues dans ce pays, enfermer chacun dans sa communauté.
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