La pollution de l’eau du robinet par les PFAS, les polluants éternels, va animer la journée en Wallonie. La ministre de l'environnement Céline Tellier est attendue de pied ferme au parlement. Une polémique qui intervient alors que dans le même temps l’Europe renonce à les interdire par peur du déclassement industriel. Polluants éternels Oui, les PFAS sont des polluants éternels, oui, les PFAS sont un problème de santé publique. Oui, ils interviennent dans la survenue de cancers, de dysfonctionnements hormonaux, d’affaiblissement du système immunitaire. Pourtant, non, on ne va pas les interdire. Car l’industrie européenne dit n'avoir à ce jour aucune alternative économiquement crédible et rentable pour les remplacer. Or, ce sont des éléments importants dans la chaîne industrielle et de consommation: GSM, cosmétiques, imperméables, produits de nettoyage, emballages alimentaires, voitures, éoliennes, appareils médicaux. La Commission européenne a donc discrètement décidé il y a quelques jours d’abandonner la proposition d’interdiction de ces polluants qui figurait pourtant dans le Green Deal de la présidente Ursula Von der Leyen. Santé publique VS Géopolitique Les temps ont changé. Au moment où Ursula Von Der Leyen a présenté son Green Deal, l’interdiction des PFAS paraissait un objectif atteignable. Il y avait un coût bien sûr pour l’industrie, mais un coût qui semblait politiquement assumable. Désormais, sur fond de guerre en Ukraine, et de recomposition rapide du monde, la souveraineté industrielle est devenue un thème majeur. La Chine, la Russie et surtout les États-Unis mettent en place des politiques protectionnistes. L’Europe, en particulier l’Allemagne et son industrie chimique bâtie sur le gaz russe, est en train de perdre des milliards d’euros d’investissement au profit de pays plus accueillants et plus compétitifs. C'est le cas en particulier des États-Unis dopés par le méga plan de relance de Joe Biden. Résultat, l'économie européenne décroche face aux États-Unis. C’était déjà vrai depuis la crise de 2008, mais l’écart s’accentue depuis la guerre en Ukraine. En Allemagne, il suffit d’ouvrir un journal, c’est la panique, le risque de déclassement industriel est évoqué tous les jours. Les lobbyistes du secteur chimique n’ont pas dû chercher bien loin des arguments pour convaincre les décideurs européens, y compris la Belgique, de reporter une interdiction des PFAS, qui aurait encore affaibli leurs positions. Conflits La montée de la préoccupation pour la souveraineté industrielle en Europe va poser des tas de questions environnementales dans un continent très peuplé, armé de législations strictes. Au nom de la souveraineté industrielle, l’Europe est amenée à construire de nouvelles capacités nucléaires, ou à ouvrir ses propres mines de lithium pour alimenter les batteries des voitures électriques. Le temps où l’union pouvait délocaliser ses industries les plus polluantes et tabler sur une économie de service et de hautes technologies semble révolu. La pause réglementaire réclamée par Alexander De Croo il y a quelques mois au nom d’impératifs stratégiques est en train de s’imposer. L’abandon de l’interdiction des PFAS par la Commission en est une parfaite illustration. La Wallonie en bout de chaîne, n’aura pas d’autre choix que de faire face. Il va falloir faire avec des PFAS dans notre environnement, assumer le coût pour la dépollution des sols et de l’eau, assumer le coût pour la santé publique. Selon une étude de l’Agence européenne des produits chimiques, le coût des PFAS sur la santé publique est estimé entre 52 et 84 milliards d’euros par an en Europe. Une autre étude, menée par la commission et citée par le journal Le Monde, calculait que le coût d’une interdiction pour l’industrie était bien moins important : entre 1 milliard et 2,7 milliards d’euros par an. Mais dans une Europe qui risque le déclassement, l’industrie est en position de force et ces arguments ne sont plus audibles.
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