La pollution de l’eau potable fragilise la ministre wallonne de l'environnement. L’écologiste Céline Tellier va devoir s’expliquer cette semaine devant le parlement wallon à propos des révélations de la RTBF concernant la présence en trop grande quantité de PFAS, des polluants éternels, dans l’eau du robinet de plusieurs communes wallonnes. Il y a un risque que cette affaire débouche sur un scandale plus grand. Pour Ecolo les voyants sont au rouge vif. Oui, à ce stade, on ne parle que d’un problème de communication. Des taux trop élevés par rapport à une norme qui n’entrera en vigueur qu’en 2026, localisés dans quelques communes. Un manque de transparence qui fragilise la ministre, mais pas encore d’un scandale majeur. Mais rien ne dit qu’un tel scandale ne se produise pas. En Flandre, c’est ce qui est arrivé. Au départ l’annonce d’une pollution à ces polluants éternels à l’usine 3M de Zwijndrecht apparaissait comme un événement isolé. Mais on est allé de révélation en révélation dans cette affaire. Lors de travaux sur un site proche de l’usine, on trouve une concentration importante de ces polluants. On découvre des fraudes de l’entrepreneur pour masquer le problème. Inquiétude des riverains, interdiction de manger des légumes ou des œufs produits dans la zone, prise de sang généralisée qui révélera des taux trop élevés chez de nombreuses personnes. On découvrira que les autorités auraient pu intervenir plus tôt mais ont préféré éviter de communiquer sur le sujet par crainte de mettre en péril l’important chantier du contournement d’Anvers. L’homologue de Céline Tellier en Flandre est pointée du doigt. Une commission d’enquête est mise sur pied. Elle aboutit à charger l’usine 3M. La ministre Zuhal Demir de la NVA finira par s’en sortir en exigeant de 3M d'importantes compensations financières, plus de 500 millions d’euros pour des travaux d’assainissement. Céline Tellier n’est pas encore dans une position aussi compliquée que celle de Zuhal Démir. Non, mais quand une affaire comme celle-ci débute, on ne sait jamais où cela va s’arrêter. S'il y a une pollution, il y a forcément un pollueur. Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce qu’il y a eu pollution ? Qui savait ? Qui ne savait pas ? Et puis n’y a-t-il pas pollution ailleurs ? C’est un champ de mines qui se présente devant la ministre Ecolo Céline Tellier et d’ailleurs devant le gouvernement wallon, car la ministre socialiste de la santé Christie Morreale ou le ministre libéral de l’économie Willy Borsus pourraient à un moment donné éventuellement se retrouver sous le feu des projecteurs. Céline Tellier, la ministre de l'environnement, sera entendue ce mardi en commission du parlement wallon. Son explication sera décisive. Oui, et pour les écologistes, c’est un moment particulièrement sensible. Ce n’est pas pour rien qu’Ecolo avait choisi Céline Tellier, ancienne responsable d’Inter-environnement, issue de la société civile pour ce poste. Ecolo est en partie né politiquement d’un scandale sanitaire. Le scandale sanitaire de la dioxine en 1999. À l’époque, on découvre en pleine campagne électorale que des farines animales contiennent des quantités importantes de dioxine, dangereuse pour la santé. Fraudes, mensonge, incurie des autorités, tout y passe… les ministres de la santé et de l’agriculture démissionnent. Ecolo, déjà très haut dans les sondages, bétonne un score historique, monte au gouvernement pour la première fois et obtient, notamment la création de l'AFSCA, l’agence pour la sécurité de la chaîne alimentaire. Malgré les difficultés de cette première participation, Ecolo est crédité d’avoir renforcé la législation sanitaire et environnementale et mieux protégé les citoyens contre les pollutions. Ces avancées restent créditées au vert. Ce crédit est donc potentiellement en danger. C’est l’ADN d’Ecolo qui pourrait trembler. Oui, demain la ministre devra s’expliquer. Pourquoi ces taux trop élevés n’ont pas été révélés ? Qu’est-ce qui a été fait ? La ministre devra démontrer que cette pollution est un événement mineur et isolé dans un dispositif solide et qu’elle n’en est pas directement responsable. Sur base de ce qu’on sait, ce n’est pas une tâche impossible, elle a des arguments à faire valoir. D’ailleurs, aucun parti ne demande sa démission à ce stade. Mais dans ce genre d'affaires le danger ne provient pas tellement de ce qu’on sait, mais de ce qu’on ne sait pas encore. L’effet pelote de laine, le fil qu’on tire, si ce fil est long, il pourrait se dérouler jusqu’à la campagne et mettre en danger Écolo sur un de ses fondamentaux. Tous les adversaires des verts le savent et sont désormais à l'affût.
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